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	<title>Numéro 8 - FRANCOISE STEREO</title>
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		<title>L&#8217;amour de la science et de la bouffe : entrevue avec La Foodie scientifique, Anne-Marie Desbiens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Julie Veillet Vous vous êtes toujours demandé pourquoi les pommes brunissent et comment le contrer? Ou encore, mais d’où viennent les dates d’expiration? Ou bien, est-ce que le fait d’ajouter du sel à l’eau des pâtes diminue le temps de cuisson? Pour toutes ces questions, et bien plus encore, La Foodie scientifique a une réponse [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens.png"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2253" src="/wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens.png" alt="anne_marie_desbiens" width="1490" height="1151" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens.png 1490w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-300x232.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-768x593.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-1024x791.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-65x50.png 65w" sizes="(max-width: 1490px) 100vw, 1490px" /></a></p>
<h2 style="text-align: right;">Julie Veillet</h2>
<p style="text-align: justify;">Vous vous êtes toujours demandé <a href="http://lafoodiescientifique.com/pourquoi-les-pommes-brunissement-et-comment-le-contrer/" target="_blank">pourquoi les pommes brunissent</a> et comment le contrer? Ou encore, mais <a href="http://lafoodiescientifique.com/dou-viennent-les-dates-dexpiration/" target="_blank">d’où viennent les dates d’expiration</a>? Ou bien, est-ce que le fait <a href="http://lafoodiescientifique.com/sel-eau-pates/" target="_blank">d’ajouter du sel à l’eau des pâtes</a> diminue le temps de cuisson? Pour toutes ces questions, et bien plus encore, <a href="http://lafoodiescientifique.com/" target="_blank">La Foodie scientifique</a> a une réponse pour vous! Et pas une réponse du genre forum de santé plus ou moins fiable où chacun donne sa théorie personnelle sur le phénomène, non, des réponses scientifiques, documentées et fouillées. <em>Françoise Stéréo</em> s’est entretenu avec la scientifique derrière le blogue, Anne-Marie Desbiens.</p>
<p style="text-align: justify;">D’aussi loin qu’elle se souvienne, Anne-Marie Desbiens a toujours été passionnée par plusieurs choses en même temps. Son intérêt à la fois pour les sciences et pour les arts la pousse à s’inscrire en sciences, lettres et arts au cégep, afin de se garder comme on dit « toutes les portes ouvertes ». Avoir toutes les portes ouvertes, c’est aussi avoir beaucoup (trop) d’options. Lorsqu’elle est sur le point de finir son cégep, elle a, comme plusieurs à cette étape de leur vie, énormément de difficulté à trouver son programme universitaire. Suivent alors plusieurs séances avec l’orienteur du cégep. « On a réalisé que j’aimais beaucoup ce qui concerne l’alimentation, faire la cuisine, mais j’aimais aussi la science, le fait de créer des choses. On a donc réfléchi pour trouver une science créative, qui alliait mes passions. On a parlé de ça pendant assez longtemps, pendant plusieurs séances, et c’est seulement vers la fin qu’il a allumé et qu’il m’a dit que sa sœur avait étudié dans un programme vraiment peu connu, en sciences et technologies des aliments. » Anne-Marie se renseigne sur ce programme, qui se donne seulement à l’Université Laval et à McGill, et réalise qu’il offre en effet à la fois un côté scientifique et un côté créatif. Bingo! Elle s’inscrit donc au baccalauréat en sciences et technologies des aliments, formation qu’elle termine quatre ans plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Après quelques stages en entreprise au courant de ses études qui lui confirment qu’elle est bel et bien dans son domaine, Anne-Marie commence à travailler dans une usine à Saint-Hyacinthe, la firme Biena, qui crée des probiotiques. Elle travaille en laboratoire comme responsable contrôle qualité, et voit du même coup ce que représente le travail en usine. « Une femme en science, c’est moins difficile qu’une femme dans une usine. Dans les laboratoires, ça commence à être plus facile pour les femmes, mais dans les usines, c’est autre chose. » Il faut dire aussi que le programme sciences et technologies des aliments est un des domaines scientifiques les plus féminins. « À l’université, on était 90 % de femmes dans mes cours environ. »</p>
<p style="text-align: justify;">Souhaitant se perfectionner et accéder à d’autres postes impliquant plus de responsabilités, elle entreprend en 2013 un MBA en gestion d’entreprises afin d’acquérir des compétences en gestion. Avec déjà un petit bonhomme à la maison et l’idée d’en avoir un deuxième bientôt, Anne-Marie prend la décision de quitter son travail pour se concentrer à temps plein sur sa maîtrise. « Je me disais que je n’y arriverais jamais sinon! » Elle tombe effectivement enceinte peu de temps après, ce qui lui permet « de rentabiliser » cette période où elle ne travaille pas. « Quand t’es une femme et que t’as un poste de cadre, puis que tu pars en congé de maternité, c’est un plus gros casse-tête pour te remplacer. Alors, ton employeur ne saute pas de joie. Il faut comme que tu planifies ça si tu veux garder ta place. » Il lui est déjà arrivé, lors d’un processus d’entrevue pour une multinationale, de se faire demander par le directeur si elle pouvait lui promettre de ne pas tomber enceinte pour les cinq prochaines années! Ce à quoi elle a évidemment répondu non. Devinez quoi? Ils ont finalement choisi le candidat masculin.</p>
<p style="text-align: justify;">Et La Foodie scientifique, c’est né comment? Durant son deuxième congé de maternité, bien qu’elle apprécie beaucoup le temps qu’elle a pour s’occuper de son enfant, la mordue de science, et « un peu <em>workaholic </em>», qu’elle est a de la difficulté à rester en place. Elle se met alors à réfléchir à un projet personnel qu’elle pourrait développer et qui lui permettrait de relever de nouveaux défis. « Je me suis dit, ce que j’aime, c’est la science, c’est faire des dessins. J’ai eu cette idée-là de blogue en lisant un article de <em>Forbes</em>. J’avais fait une concentration Web à la maîtrise, alors je savais déjà comment bâtir un site Web et gérer les réseaux sociaux. » Un projet qui allie la science, la bouffe et les arts? Eh bien voilà! La Foodie scientifique est née. Elle crée son site en deux semaines environ, puis commence à écrire quelques articles, qu’elle illustre elle-même. Satisfaite de ses premiers essais, elle lance officiellement La Foodie scientifique sur les réseaux sociaux au mois de mai dernier. Pour trouver les idées de ses articles, elle s’inspire de l’actualité, comme lorsqu’elle a écrit son texte sur <a href="http://lafoodiescientifique.com/quest-ce-que-le-lait-diafiltre/" target="_blank">le lait diafiltré</a>, et des questions que les gens lui posent. Son blogue, qui vise à « vulgariser de façon conviviale la science derrière les aliments », aborde une foule de sujets et de mythes liés à la bouffe et répond à des questions toutes simples que chacun de nous se pose dans sa cuisine à un moment ou un autre (moi, ça m’arrive constamment). La Foodie scientifique obtient un très bel accueil et on commence à en parler dans les médias et sur d’autres plateformes qui s’intéressent à la science, aux aliments, ou aux deux. Le blogue retient même l’attention de l’équipe du  <a href="http://lepharmachien.com/" target="_blank">Pharmachien</a>, qui demande à Anne-Marie de collaborer à l’émission pour parler de la transformation des fruits et légumes en jus (à voir dans une télé près de chez vous très bientôt).</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour la suite? Anne-Marie ne sait pas trop encore. Elle souhaite évidemment poursuivre le blogue et aimerait peut-être tenter sa chance du côté des médias. Elle reçoit déjà des offres; elle a d’ailleurs commencé une collaboration avec le site d’inspirations culinaires <a href="https://www.fraichementpresse.ca/" target="_blank">Fraîchement pressé</a>. Elle songe aussi à retourner travailler en entreprise comme gestionnaire, ce pourquoi elle a fait sa maîtrise. Elle aimerait bien pouvoir concilier les deux, un emploi dans le domaine scientifique et son blogue, mais la rédaction de ses articles lui prend beaucoup de temps (environ 12 heures de recherche, de rédaction et d’illustration pour chaque article) et elle ne sait pas si elle pourra être aussi active sur son blogue avec un travail à temps plein et deux jeunes enfants. Elle prend donc le temps d’analyser toutes ses possibilités et de voir les opportunités qui s’offrent à elle avant de se lancer dans de nouveaux projets. Pour l’instant, toutes les portes sont ouvertes comme on dit!</p>
<p style="text-align: justify;">Pour découvrir le blogue La Foodie scientifique : <a href="http://lafoodiescientifique.com/" target="_blank">http://lafoodiescientifique.com/</a></p>
<p style="text-align: left;">Vous pouvez également la suivre sur Facebook : <a href="https://www.facebook.com/LaFoodieScientifique/?fref=ts" target="_blank">https://www.facebook.com/LaFoodieScientifique/?fref=ts</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
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		<title>La femme de l&#8217;ADN</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Camille B. Vincent Avec ses 37 publications scientifiques, notamment dans la prestigieuse revue Nature, Dr Franklin a contribué à l’une des plus grandes découvertes du XXe siècle, celle portant sur la structure de l’ADN. Pourtant, sa contribution est pratiquement tombée dans l’oubli. C’est l’histoire de Rosalind Franklin, une brillante chercheuse incarnant le triste symbole de la [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><strong><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2175" src="/wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin.png" alt="rosalind_franklin" width="1275" height="941" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin.png 1275w, /wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin-300x221.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin-768x567.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin-1024x756.png 1024w" sizes="(max-width: 1275px) 100vw, 1275px" /></a>Camille B. Vincent</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Avec ses 37 publications scientifiques, notamment dans la prestigieuse revue <em>Nature</em>, D<sup>r</sup> Franklin a contribué à l’une des plus grandes découvertes du XX<sup>e</sup> siècle, celle portant sur la structure de l’ADN. Pourtant, sa contribution est pratiquement tombée dans l’oubli. C’est l’histoire de Rosalind Franklin, une brillante chercheuse incarnant le triste symbole de la femme oubliée dans le panthéon de la science.</p>
<p style="text-align: justify;">Chercheuse intransigeante, célibataire et sans enfants, Franklin n’a jamais été ordinaire, autant dans sa vie personnelle que professionnelle. À 16 ans, la jeune Anglaise était déjà passionnée par la chimie, la physique et les mathématiques, des sphères (encore aujourd’hui) dominées par les hommes (<em>The Dark Lady of DNA</em>, 2002). À l’époque, la science était enseignée différemment selon le genre des élèves, les femmes recevant un enseignement axé sur la minutie, la propreté et la répétition plutôt que sur l’audace et l’amour de la science. Ce dont Franklin ne manquait pourtant pas. Car pour étudier — et percer — dans un domaine où les étudiantes ne recevaient pas le même diplôme que leurs homologues masculins, ça prenait de l’audace et beaucoup d’entêtement. Un entêtement qui a mené Rosalind à consacrer sa vie à sa quête scientifique, littéralement.</p>
<p style="text-align: justify;">Rosalind Franklin s’intéresse à la diffractométrie de rayons X, une spécialité précieuse alors que la recherche sur la structure de l’ADN devient, en 1950, une véritable course à laquelle sont conviés parmi les plus grands chercheurs de l’époque. Parmi eux, les scientifiques Frederick Griffith, Oswald Avery, Colin MacLeod et Maclyn McCarty ont déjà contribué à prouver, en 1943, que c’est l’ADN, et non pas la protéine, comme on le croyait au départ, qui transmet les attributs héréditaires. Mais le mystère persiste, car la molécule d’ADN est immensément plus simple qu’une protéine. Comment une substance aussi peu complexe peut donc permettre une telle diversité d’organismes vivants?</p>
<p style="text-align: justify;">En 1951, Franklin est invitée à rejoindre le département de biophysique du King’s College. Rapidement, celle dont les mains sont qualifiées de « <em>golden hands</em> » par un ancien collègue est amenée à étudier la structure de fibres biologiques par la diffractométrie de rayons X.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Franklin, il n’est toutefois pas question de courir pour arriver plus vite au résultat. Car au-delà de son désir d’élucider le mystère de la structure de l’ADN, la rigoureuse scientifique a appris à s’appuyer sur des faits vérifiés, à ne jamais tirer de conclusions allant plus loin que ce que ces faits démontrent. Mieux vaut le faire bien et plus lentement que trop vite, dirait-elle.</p>
<p style="text-align: justify;">La suite de l’histoire lui aura partiellement donné raison.</p>
<p style="text-align: justify;">Car entre 1951 et 1953, James Watson et Francis Crick (les mêmes qui élucideront, plus tard en 1953, le véritable mystère de l’ADN) ainsi que Linus Pauling ont tour à tour proposé une structure inexacte de l’ADN qui ne prenait pas — ou trop peu — en considération les données expérimentales connues de la molécule. Une aberration pour Franklin, « un travail bâclé », dira-t-elle à ses collègues.</p>
<p style="text-align: justify;">Au King’s College, où les femmes ne sont pas admises en 1951 dans la salle commune professorale, on travaille également sur la structure de l’ADN, mais les relations interpersonnelles au sein du labo compliquent la tâche. C’est que Maurice Wilkins, le directeur adjoint du département de biophysique, et Franklin ne s’entendent pas. Tous deux sont collègues, mais Wilkins est de rang supérieur. Et avec leur tempérament opposé, le travail d’équipe est impossible.</p>
<p style="text-align: justify;">Wilkins se tourne alors vers Francis Crick, son ami de longue date et chercheur à Cambridge. C’est à lui, et à son collègue James Watson, que Wilkins montrera, en 1953, une photographie — désormais célèbre — d’ADN prise par Franklin par diffractométrie de rayons X. Une photographie d’une telle clarté qu’elle constituait à elle seule la clé de l’énigme de la structure de l’ADN.</p>
<p style="text-align: justify;">Inutile de dire que Franklin n’a pas été consultée avant que soit présenté à des chercheurs d’une autre université ce qui lui avait pris plusieurs années à élaborer.</p>
<p style="text-align: justify;">Wilkins, qui qualifiait Rosalind Franklin d’« <em>angry woman</em> », fournit également à Watson et Crick un document élaboré par sa collègue où sont décrits précisément ses résultats expérimentaux. Tout ce qui manquait aux deux chercheurs de Cambridge pour relier les ficelles de la structure de l’ADN, finalement. Bien entendu, Watson et Crick seraient probablement arrivés au même résultat. Mais la contribution involontaire de Franklin leur aura facilité la tâche.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs ont reproché à la chercheuse de ne pas avoir su arriver aux conclusions de Watson et Crick à partir des résultats qu’elle avait entre les mains. C’est que, pour Franklin, sa fameuse photographie ne suffisait pas à prouver hors de tout doute la structure de l’ADN. Rigoureuse scientifique, elle préférait récolter davantage de données expérimentales avant de publier ses résultats. De la bouche même de Crick, Rosalind serait arrivée aux mêmes conclusions que son collègue et lui… trois mois plus tard.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce ne sera jamais arrivé. Et elle n’a jamais su à quel point son talent a été déterminant dans la découverte de la structure de l’ADN.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est morte le 16 avril 1958, soit presque cinq ans jour pour jour après la publication par James Watson et Francis Crick de l’article « Molecular Structure of Nucleic Acids : A Structure for Deoxyribose Nucleic Acid », qui leur aura valu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1962. À leurs côtés pour recevoir la prestigieuse récompense, Maurice Wilkins, celui-là même qui aura tenté de discréditer Rosalind Franklin durant ses trois années passées au King’ s College.</p>
<p style="text-align: justify;">Ironie du sort, le travail qu’elle aimait tant lui aura finalement coûté la vie. Elle est décédée d’un cancer de l’ovaire après surexposition à la radioactivité. Sur son certificat de décès est inscrit : « chercheuse, vieille fille et fille d’Ellis Arthur Franklin, un banquier ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ajoutant l’insulte à l’injure, James Watson publie en 1968 le livre <em>The Double Helix</em>, qui relate sa propre vision de l’histoire entourant la découverte de la structure de l’ADN. Watson y décrit une « Rosy » — un surnom que Franklin détestait — incapable de comprendre ses propres données. Une femme qui aurait traité les hommes comme de vilains garçons, et qui aurait porté des robes encore plus démodées que celles de la moyenne des Anglaises.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre à quel point ces propos sont loin de la réalité, il faut savoir que Franklin était reconnue pour son élégance et son style sophistiqué. Pas d’une beauté conventionnelle, elle est complimentée pour ses grands yeux bruns lui donnant un regard perçant.</p>
<p style="text-align: justify;">Même Crick et Wilkins, des alliés de Watson à l’époque, se sont opposés à la publication d’un tel ouvrage. <em>The Double Helix</em> a tout de même été publié, devenant rapidement un <em>best-seller</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Rosalind Franklin, la scientifique comme la femme, est demeurée un mystère pour plusieurs personnes l’ayant côtoyée. Femme de caractère qui accordait plus d’importance à sa carrière qu’à sa vie personnelle, on ne lui connaît d’ailleurs aucun conjoint ou (conjointe), bien que certaines amies proches assurent qu’elle a déjà été amoureuse. Selon la cousine de Franklin, celle-ci aurait dû fonder une famille, mais elle était trop intelligente pour les hommes autour d’elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs croient que Franklin aurait reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1962 si elle avait été toujours vivante — les prix Nobel ne peuvent être remis à titre posthume. On ne le saura jamais. Au lieu de ça, un bâtiment du King’s College a été nommé en son honneur… et en celui qui la surnomma la « <em>dark lady</em> ». C’est la bibliothèque Franklin-Wilkins.</p>
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		<title>« Because they were trained never to make mistakes » : Margaret Hamilton et le développement du software à la NASA</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Philippe Poliquin Livres, séries télévisées, documentaires, name it : la course à la Lune fascine le genre humain.  Toutefois, on parle très peu de l’apport des femmes à cette parcelle importante de l’histoire. Où étaient les femmes durant cet épisode? Ont-elles pu participer, elles aussi, à la conquête de l’astre lunaire? Après quelques recherches sur le [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2208" src="/wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton.png" alt="margaret_hamilton" width="2198" height="2807" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton.png 2198w, /wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton-235x300.png 235w, /wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton-768x981.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton-802x1024.png 802w" sizes="(max-width: 2198px) 100vw, 2198px" /></a>Philippe Poliquin</h2>
<p style="text-align: justify;">Livres, séries télévisées, documentaires, <em>name it </em>: la course à la Lune fascine le genre humain.  Toutefois, on parle très peu de l’apport des femmes à cette parcelle importante de l’histoire. Où étaient les femmes durant cet épisode? Ont-elles pu participer, elles aussi, à la conquête de l’astre lunaire? Après quelques recherches sur le sujet, il m’a semblé incontournable de consacrer cet article à l’une des femmes dont la contribution a été essentielle à l’accomplissement de cet exploit : Margaret Hamilton, ingénieure informatique. Jamais entendu parler d’elle? Cela ne me surprend pas, mais pour vous illustrer à quel point elle est « <em>big</em> », sachez que c’est à elle qu’on attribue le terme « <em>software ingineering</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en 1960, alors qu’elle est âgée de 24 ans, que Margaret Hamilton rejoint le Massachusetts Institute of Technology – la Polytechnique américaine de la côte est – afin de travailler sur un projet de logiciel permettant d’améliorer les prédictions météorologiques. À cette époque, l’informatique est une discipline toute récente dans laquelle le concept de <em>software</em> (logiciel en français) n’existe pas encore. Pourtant, c’est le domaine dans lequel Hamilton va se spécialiser. Les débuts très rudimentaires de cette discipline s’appuient néanmoins sur le travail de femmes : « <em>Since the Manhattan Project, that developed the first atomic bomb, </em><em>« </em><em>mere programming</em><em>« </em><em> was in charge of women, as working with punchcards seemed « much like typing</em>.<em> » </em><a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_photo.png"><img decoding="async" class="wp-image-2209 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_photo.png" alt="hamilton_photo" width="294" height="373" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_photo.png 885w, /wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_photo-236x300.png 236w, /wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_photo-768x975.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_photo-806x1024.png 806w" sizes="(max-width: 294px) 100vw, 294px" /></a>Travailler sur les prédictions météorologiques est alors, pour Hamilton, la seule façon d’acquérir des connaissances en informatique puisqu’aucun cours à l’université n’est donné sur le sujet. Performante à son travail et attaquant d’autres projets de front au cours des années 1960, Margaret Hamilton se forge une réputation d’informaticienne redoutable. Son expertise dans la programmation informatique finit par trouver écho jusqu’à la NASA où elle commence à œuvrer, en 1965, sur ce que nous nommons aujourd’hui les logiciels, et dont la fonction première permet d’automatiser certaines actions à partir de la mémoire de l’ordinateur. Et, oui, déjà à l’époque, la base de ces commandes s’appuie sur deux chiffres : 0 et 1. Chargée de développer les logiciels pour les vaisseaux <em>Apollo</em>, Hamilton et l’équipe qu’elle dirige réalisent qu’une majorité des erreurs informatiques sont dues à une question de surmenage de l’ordinateur qui n’est pas capable de prioriser les actions qui lui sont demandées : « <em>Hamilton’s team found that nearly three-quarters of them were interface errors, like conflicts in timing or priority. Since the computer code was on cards, a software engineer might write code that told the computer how many cards to advance; if someone later added a card in the middle while working on the code, that number would be wrong. </em><em>Hamilton realized that those problems were avoidable. </em><a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a> »</p>
<p style="text-align: justify;">La solution à ce problème est fort simple : programmer l’ordinateur pour qu’il puisse prioriser lui-même ses activités en fonction de l’étape à laquelle il est rendu. Cette fonction, qui semble à première vue plutôt de base, s’est avérée fort utile pendant l’alunissage d’<em>Apollo 11 </em>: même si on avait dit à Margaret Hamilton que les astronautes sont formés pour ne pas faire d’erreurs, eh bien, ils en font! En effet, un radar utilisé pour la navigation spatiale n’a pas été désactivé pendant la phase d’alunissage. Résultat : l’ordinateur a affiché une alarme disant qu’on lui en demandait plus qu’il ne pouvait faire, soit alunir et faire fonctionner le radar en même temps. La procédure informatique mise en place par l’équipe de Margaret Hamilton entre alors en scène : « <em>The software’s action, in this case, was to eliminate lower priority tasks and re-establish the more important ones… If the computer hadn’t recognized this problem and taken recovery action, I doubt if Apollo 11 would have been the successful moon landing it was</em>.<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a> »</p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant, la question qui tue : est-ce facile pour une femme d’évoluer dans ce milieu? Oui et non, dit-elle. C’était un <em>boys club</em>, certes, mais c’était surtout un <em>nerds club</em> où la maîtrise des références contribuait à créer le climat au sein du groupe. Pour faire partie du club, il importait plus d’avoir le même bagage intellectuel que le même bagage génétique. Toutefois (et cela ne surprend personne),</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #008080;">Hamilton says that she was so wrapped up in her work that she didn’t notice the gender problems of the time until Mad Men came around and seemed a little too familiar. Even if gender wasn’t uppermost in her mind, she did advance that cause too : Hamilton recalls that a woman on her team was told by the MIT credit union that she couln’t get a loan without her husband’s signature, though male applicants didn’t need spousal approval. <a style="color: #008080;" href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">L’informatique, dans les années 1960, était évidemment un lieu sexiste, bien que Margaret Hamilton nuance cette position. Selon Rose Eveleth qui a écrit un article sur la place des femmes dans les débuts de l’informatique, « <em>it’s not that managers of yore respected women more than they do now (…) They simply saw computer programming as an easy job. It was like typing or filing to them and the development of software was less important that the development of hardware. So women wrote software, programmed and even told their male colleagues how to make the hardware better </em><a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a> ». L’informatique n’était alors pas un milieu si différent des autres milieux de travail de cette époque.</p>
<p style="text-align: justify;">Magaret Hamilton a eu la responsabilité de subvenir aux besoins de sa famille, du moins, le temps que son mari termine ses études, bien qu’elle poursuivait son imposante carrière d’informaticienne. Résultat : sa fille Lauren a passé plusieurs soirées au bureau pendant qu’Hamilton travaillait à mettre en place des programmes pour rendre plus performant l’ordinateur qui servait aux commandes d’<em>Apollo</em>. Un extrait d’une entrevue donnée à <em>Wired </em>sur ce point montre son ambiance de travail :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #008080;"> As a working mother in the 1960s, Hamilton was unusual; but as a spaceship programmer, Hamilton was positively radical. Hamilton would bring her daughter Lauren by the lab on weekends and evenings. While 4-year-old Lauren slept on the floor of the office overlooking the Charles River, her mother programmed away, creating routines that would ultimately be added to the Apollo’s command module computer.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #008080;">People used to say to me, “How can you leave your daughter? How can you do this?”, Hamilton remembers. But she loved the arcane novelty of her job. She liked the camaraderie—the after-work drinks at the MIT faculty club; the geek jokes, like saying she was “going to <a style="color: #008080;" href="http://en.wikipedia.org/wiki/Branch_%28computer_science%29">branch left minus</a>” around the hallway. Outsiders didn’t have a clue. But at the lab, she says, “I was one of the guys”. <a style="color: #008080;" href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"> Pour conclure cet article, le tableau qui suit <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a> illustre bien le lent déclin de la place des femmes dans le monde informatique – contrairement à d’autres champs du savoir longtemps (encore?) réputés pour leur fort taux de misogynie. Il montre que près du tiers des étudiants qui obtenaient leur diplôme au début des années 1980 étaient des femmes, ce nombre baissant depuis. La question de la place des femmes dans l’univers informatique et virtuel est autant une question pertinente en 2016 qu’elle l’était à ses débuts <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a> et un retour sur l’une des figures de proue de ce domaine telles que Margaret Hamilton permet d’asseoir cette importante discussion dans une temporalité dépassant l’anecdotique des cas de sexisme ordinaire à celui d’une structure patriarcale bien ancrée refusant souvent tout compromis.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_graphique.png"><img decoding="async" class="wp-image-2212 alignnone" src="/wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_graphique.png" alt="hamilton_graphique" width="615" height="485" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_graphique.png 814w, /wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_graphique-300x237.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_graphique-768x606.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Hamilton_graphique-65x50.png 65w" sizes="(max-width: 615px) 100vw, 615px" /></a></p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Intéressé.e par la place des femmes dans l’histoire informatique? Surveillez la sortie du film <em>Hidden Figures</em> prévue en 2017 qui relatera l’histoire de mathématiciennes afro-américaines dans le programme spatial américain dans les années 1960. La bande-annonce (en anglais) ici : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=8EiZe6WONWY" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=8EiZe6WONWY</a></p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Verne, « Margaret Hamilton, the Engineer Who Took the Apollo to the Moon », <em>Mediom</em>, 25 décembre 2014, <a href="https://medium.com/@verne/margaret-hamilton-the-engineer-who-took-the-apollo-to-the-moon-7d550c73d3fa#.s1vq7twuf" target="_blank">https://medium.com/@verne/margaret-hamilton-the-engineer-who-took-the-apollo-to-the-moon-7d550c73d3fa#.s1vq7twuf</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Lily Rothman, « Remembering the Appolo 11 Moon Landing with the Woman Who Made It Happen », <em>Time</em>, 20 juillet 2015, <a href="http://time.com/3948364/moon-landing-apollo-11-margaret-hamilton/" target="_blank">http://time.com/3948364/moon-landing-apollo-11-margaret-hamilton/</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Verne, <em>op. cit.</em> Extrait d’une entrevue avec Margaret Hamilton.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Lily Rothman, <em>op. cit.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Rose Eleveth, « Computer Programming Used To Be Women’s Work », <em>Smithsonian.com</em>, 7 octobre 2013. <a href="http://www.smithsonianmag.com/smart-news/computer-programming-used-to-be-womens-work-718061/?no-ist" target="_blank">http://www.smithsonianmag.com/smart-news/computer-programming-used-to-be-womens-work-718061/?no-ist</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> Robert McMillan, «Her code got humans on the Moon – and invented software itself », <em>Wired</em>, 13 octobre 2015. <a href="http://www.wired.com/2015/10/margaret-hamilton-nasa-apollo/" target="_blank">http://www.wired.com/2015/10/margaret-hamilton-nasa-apollo/</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> Lisa Warde, « What Happened to All the Women in Computer Science », <em>Pacific Standard</em>, 12 janvier 2015. <a href="https://psmag.com/what-happened-to-all-of-the-women-in-computer-science-46a0fb3552e5#.2r5ckca2y" target="_blank">https://psmag.com/what-happened-to-all-of-the-women-in-computer-science-46a0fb3552e5#.2r5ckca2y</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> À ce sujet, voir le texte d’Élise Desaulniers publié dans le quatrième numéro de <em>Françoise Stéréo</em> : <a href="/pour-changer-le-monde-il-faut-changer-le-code/" target="_blank">/pour-changer-le-monde-il-faut-changer-le-code/</a>.</p>
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		<title>L’utérus responsable de tous les maux féminins : entre ignorance et imagination</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Marie-Lou Beaudin J’enseigne la biologie en soins infirmiers. Mon chapitre préféré? Celui sur le système reproducteur. C’est un sujet particulièrement riche. On peut s’en servir pour discuter de tabous, déboulonner de vieux mythes et se questionner sur notre société hypersexualisée, mais pas si bien informée. Au cours du chapitre, on en arrive à l’utérus. Trois [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><b><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2228" src="/wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu.png" alt="chien_shiung_wu" width="1093" height="1415" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu.png 1093w, /wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu-768x994.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu-791x1024.png 791w" sizes="(max-width: 1093px) 100vw, 1093px" /></a>Marie-Lou Beaudin</b></h2>
<p style="text-align: justify;">J’enseigne la biologie en soins infirmiers. Mon chapitre préféré? Celui sur le système reproducteur. C’est un sujet particulièrement riche. On peut s’en servir pour discuter de tabous, déboulonner de vieux mythes et se questionner sur notre société hypersexualisée, mais pas si bien informée.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours du chapitre, on en arrive à l’utérus. Trois couches de tissus : l’endomètre, le myomètre et le périmétrium <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. J’ajoute habituellement : « Saviez-vous que le mot « hystérique » vient du mot grec « hustera », signifiant « utérus » <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>? » Silence. Puis, chuchotements. Cette salle de classe est la plupart du temps remplie presque exclusivement de femmes. La première question posée à la suite de cette petite leçon de langue ressemble généralement à celles-ci : « Ça veut dire que l’utérus est la cause de l’hystérie? » ou « Ça veut dire que si on a un utérus, on est forcément hystérique? »</p>
<p style="text-align: justify;">Le lien entre l’utérus et l’hystérie, on y a longtemps cru.</p>
<p style="text-align: justify;">L’étude de l’histoire de la médecine féminine est fort intéressante, bien qu’il en existe très peu de traces. D’abord, elle est surtout révélatrice de l’omniprésence masculine dans ce domaine, et ce, depuis Hippocrate (460-370 av. J.-C.) <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>. C’est à ce dernier que l’on doit l’importante « théorie des humeurs », qui demeurera un principe fondateur en médecine jusqu’au 18<sup>e</sup> siècle <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>. Les humeurs, ce sont ces quatre liquides qui composeraient le corps humain : le sang, la phlegme, la bile jaune et la bile noire. Un déséquilibre de ces fluides entraînerait la maladie, la mélancolie, la colère ou encore les tempéraments sanguin ou flegmatique. C’est sur la base de ce principe qu’on a longtemps prescrit la saignée, ou encore les purgatifs, pour rétablir l’équilibre des liquides et « guérir » le patient <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« La femme ne peut-elle se transformer en homme? »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire de la médecine féminine témoigne aussi d’une grande ignorance — et de beaucoup d’imagination — de la part de ces spécialistes masculins. Si les médecins veulent découvrir le corps de la femme, c’est pour comprendre comment elle arrive à enfanter <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>. On se préoccupe donc principalement de « la matrice », c’est-à-dire l’utérus. Cependant, on le fait un peu à l’aveugle puisque les dissections humaines sont interdites, le plus souvent pour des questions religieuses <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a>. On extrapole alors l’anatomie de la femme, interne et secrète, à partir de celle de l’homme ou grâce à la dissection d’animaux. Les préceptes d’un médecin de l’Antiquité appelé Galien (131-201), basés sur l’anatomie de porcs et de bœufs, resteront d’ailleurs des références en médecine féminine pendant presque 15 siècles <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a>. Pour Galien, « toutes les parties génératives qui sont en l’homme se trouvent aussi en la femme <a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a> ». Il croit que les structures génitales seraient restées repliées à l’intérieur de l’abdomen féminin en raison de sa « nature froide et humide », alors que chez l’homme, ces mêmes organes se seraient élargis, dilatés et seraient sortis de son ventre puisqu’il est chaud et sec.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, selon ces principes, le corps féminin est inachevé. Cette mobilité et cette capacité d’inversion des organes ont même mené à de nombreuses fables sur la transsexualité, où le membre viril daigne finalement sortir de l’abdomen d’une femme au moment où elle attend plutôt ses menstruations. On mentionne des observations de ce phénomène de transformation dans l’encyclopédie d’histoire naturelle de Pline l’Ancien (23-79), avant les travaux de Galien, et aussi plus tardivement dans le journal de voyage en Italie de Michel de Montaigne (1533-1592), publié pour la première fois en 1774 <a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a>, <sup><a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a></sup>. Bien que ces fables semblent ridicules, elles furent tout de même le sujet d’une thèse soutenue à la faculté de médecine de Paris en 1624 par Guy Patin et ayant pour titre « La femme ne peut-elle se transformer en homme? <a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a> ». Rassurons-nous, l&rsquo;étudiant en serait arrivé à une réponse négative.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des noms d’hommes dans l’anatomie féminine</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le vocabulaire servant à décrire la femme sera d’abord calqué sur celui de l’homme : le col de l’utérus est décrit comme une verge inversée, les ovaires sont appelés « coillons » ou « testicules », et le clitoris est nommé « prépuce » <a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a>. Un vocabulaire plus spécifique à l’anatomie féminine sera développé lorsqu’on constatera qu’il y a bien plus qu’une différence de position avec les organes de l’homme. Cela se produit probablement au 16<sup>e </sup>siècle avec l’augmentation – bien que très restreinte — du nombre de dissections <a href="#_ftn14" name="_ftnref14">[14]</a>. De plus, à cette époque, les ouvrages sur la gynécologie, l’obstétrique et l’hygiène se multiplient.</p>
<p style="text-align: justify;">Si vous avez étudié un tant soit peu l’anatomie il y a plus de dix ans, au secondaire ou au cégep, vous avez peut-être remarqué qu’il restait encore des traces de la prépondérance masculine dans les manuels. Pensons d’abord aux trompes de Fallope : Gabriel, de son prénom (1523-1562), aurait décrit le premier l’anatomie fine de l’utérus, ainsi que le clitoris <a href="#_ftn15" name="_ftnref15">[15]</a>. Puis, les glandes de Bartholin : lubrifiant le vagin et la vulve lors de l’excitation sexuelle, elles ont été découvertes par Casper Bartholin, dit « le jeune » (1655-1738) <a href="#_ftn16" name="_ftnref16">[16]</a>. Finalement, le point G a été nommé en l’honneur d’Ernest Gräfenberg, le médecin impliqué dans le développement du stérilet (et qui aurait lui aussi découvert une zone érogène, mais il n’est pas clair que ce soit celle dont on parle tant) <a href="#_ftn17" name="_ftnref17">[17]</a>. Dans les plus récents livres de référence, ces patronymes tendent à disparaître : on parle maintenant de trompes utérines et de glandes vestibulaires. Le point G n’a cependant pas changé de place dans l’alphabet.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’utérus, cet animal…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Revenons à l’hystérie. Cet utérocentrisme de la médecine en vient à attribuer à la matrice tous les maux de la femme. Dans l’Antiquité, l’organe a les traits d’une bête dotée de sentiments et d’une grande sensibilité olfactive, un « animal dans l’animal ». On peut lire de telles descriptions au 16<sup>e</sup> siècle, notamment dans le <em>Livre de l’anatomie</em> d’Ambroise Paré (1510-1590), chirurgien français <a href="#_ftn18" name="_ftnref18">[18]</a> :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #008080;">Or, pour le dire en un mot, la matrice a ses sentiments propres, estant hors de la volonté de la femme; de manière qu’on la dit estre un animal, à cause qu’elle se dilate et accourcit plus ou moins, selon la diversité des causes. Et quand elle desire, elle fretille et se meut, faisant perdre patience et toute raison à la pauvre femmelette, luy causant un grand tintamarre <a style="color: #008080;" href="#_ftn19" name="_ftnref19">[19]</a>.</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">L’utérus, ainsi irrité, pourrait s’agiter et se déplacer dans le corps, provoquant mélancolie, vertiges, sautes d’humeur, hystérie ou même étouffement chez la patiente. Pour qu’il reprenne sa place, on l’attirait avec de douces fragrances appliquées près du vagin. On conseillait aussi à la femme d’être enceinte le plus souvent possible, pour occuper « l’animal » et le maintenir en place <a href="#_ftn20" name="_ftnref20">[20]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean Fernel, médecin de Diane de Poitiers et de la reine Catherine de Médicis, a publié un livre sur l’hystérie en 1646 <a href="#_ftn21" name="_ftnref21">[21]</a>. Pour lui, l’utérus n’est qu’un organe comme le sont l’estomac et l’intestin <a href="#_ftn22" name="_ftnref22">[22]</a>. Cependant, il considère que la rétention des menstrues en son sein peut affecter l’organisme en entier, jusqu’à engendrer l’hystérie. Dans le même ordre d’idées, Galien disait que l’accumulation des sangs produirait des vapeurs internes, ce qui provoquerait la suffocation de l’utérus et le dysfonctionnement d’autres organes <a href="#_ftn23" name="_ftnref23">[23]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le pouvoir des menstruations</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour éviter l’hystérie, il faut donc avoir ses règles. L’écoulement du sang permet d’éliminer l’humeur en trop pouvant mener à un déséquilibre — en concordance avec la théorie d’Hippocrate —, mais aussi permet de se débarrasser des substances toxiques et ainsi de se purifier. Il y a là une certaine contradiction, puisque les menstruations ont longtemps été vues comme un signe d’impureté et même de dangerosité. Pline l’Ancien décrit ainsi le pouvoir des menstruations : « Aux approches d’une femme dans cet état, les liqueurs s’aigrissent, les grains qu’elle touche perdent leur fécondité, les essaims d’abeilles meurent, le cuivre et le fer rouillent sur-le-champ et prennent une odeur repoussante <a href="#_ftn24" name="_ftnref24">[24]</a>. » À la fin du 19<sup>e</sup> siècle, on a demandé à des femmes réglées de marcher dans des champs de choux afin de se débarrasser des insectes détruisant les récoltes.</p>
<p style="text-align: justify;">À ce compte-là, il vaut donc mieux être enceinte : l’utérus se tient tranquille et on est moins menaçante. Des arguments bien complexes et contradictoires avec, entre les lignes, l’incitation indirecte à se marier et à enfanter. Rappelons aussi qu’à la Renaissance, l’hystérie était associée au diable, ce qui a fait monter de nombreuses femmes au bûcher <a href="#_ftn25" name="_ftnref25">[25]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les idées modernes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est qu’à la fin du 18<sup>e</sup> siècle que le milieu médical a finalement accepté que l’hystérie était plutôt causée par le cerveau et qu’elle pouvait aussi toucher l’homme, annihilant ainsi toutes les hypothèses farfelues citées plus haut. Dans toute cette épopée médicale, quelques voix masculines se sont fait entendre pour défendre l’autre sexe. Les lacunes suivantes étaient énoncées : dans la conception créationniste, comment peut-on admettre que le maître d’œuvre se soit trompé en créant une « espèce » imparfaite? Pourquoi dénigrer les femmes alors que Dieu les a choisies pour perpétuer l’espèce humaine? Il y a probablement eu quelques voix féminines, aussi, lorsqu’elles ont réussi à faire leur place dans les universités. Une des premières des temps modernes fut Elizabeth Blackwell, qui a obtenu son diplôme de médecine en 1849, à New York <a href="#_ftn26" name="_ftnref26">[26]</a>. Au Québec, Irma Levasseur fut la première Canadienne française à pratiquer la médecine, en 1903, après des études au Minnesota <a href="#_ftn27" name="_ftnref27">[27]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire de la médecine féminine est donc le reflet de cette longue domination des hommes dans le monde de la science, d’un manque flagrant de connaissances et de vocabulaire anatomique, ainsi que de fantasmes associés à la matrice. On peut sans doute être rassurées de toutes les avancées technologiques récentes et de la progression du nombre de femmes en médecine au Canada. Le Québec domine d’ailleurs le palmarès des provinces en se rapprochant de la parité <a href="#_ftn28" name="_ftnref28">[28]</a>. Cependant, des tabous liés au corps féminin restent encore à briser, entre autres à propos des menstruations. La réaction qu’a suscitée la nageuse chinoise Fu Yuanhui en parlant de ses règles comme étant la cause de ses résultats aux derniers Jeux olympiques le prouve <a href="#_ftn29" name="_ftnref29">[29]</a>.</p>
<hr />
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> MCKINLEY, Michael P. <em>et al.</em>,<em> Anatomie et physiologie </em>(adaptation française par Dave Bélanger <em>et al</em>.), Chenelière Éducation, Montréal, 2014.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> RAY DEBOVE, Josette et Alain REY, <em>Le petit Robert 2012, dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, </em>Dictionnaires Le Robert, Paris, 2012.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> JOUANNA, Jacques, « Hippocrate de Cos (~460—env. ~370) », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/hippocrate-de-cos/] (page consultée le 3 septembre).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> SPITZ, Sophie, « Théorie des humeurs », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/theorie-des-humeurs/] (page consultée le 2 septembre).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> SPITZ, Sophie, « Théorie des humeurs », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/theorie-des-humeurs/] (page consultée le 2 septembre).</p>
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<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> Auteur inconnu, <em>Portraits de médecins — La médecine de la Renaissance du XVe et du XVIe siècles, </em>15 février 2014,[<a href="http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/divers_institutions/medecine_3_renaissance.html" target="_blank">http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/divers_institutions/medecine_3_renaissance.html</a>], (page consultée le 3 septembre).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> BROSSOLLET, Jacquelin, « Claude Galien (131 env.-env. 201) », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/claude-galien/] (page consultée le 5 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> BERRIOT-SALVADORE, Evelyne, <em>Un corps, un destin : la femme dans la médecine de la Renaissance,</em> Honoré Champion Éditeur, Paris, 1993.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> GRIMAL, Pierre, « Pline l’Ancien (23-79) », en ligne. <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/pline-l-ancien/] (page consultée le 5 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> GARAVINI, Fausta, « Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/montaigne-michel-eyquem-de/] (page consultée le 5 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> BERRIOT-SALVADORE, Evelyne, <em>Un corps, un destin : la femme dans la médecine de la Renaissance,</em> Honoré Champion Éditeur, Paris, 1993.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> BERRIOT-SALVADORE, Evelyne, <em>Un corps, un destin : la femme dans la médecine de la Renaissance,</em> Honoré Champion Éditeur, Paris, 1993.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref14" name="_ftn14">[14]</a> Auteur inconnu, <em>Portraits de médecins — La médecine de la Renaissance du XVe et du XVIe siècles, </em>15 février 2014, [<a href="http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/divers_institutions/medecine_3_renaissance.html" target="_blank">http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/divers_institutions/medecine_3_renaissance.html</a>], (page consultée le 3 septembre).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref15" name="_ftn15">[15]</a> GACHELIN, Gabriel, « Gabriel Fallope (1523-1562) », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/gabriel-fallope/] (page consultée le 5 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;">BERRIOT-SALVADORE, Evelyne, <em>Un corps, un destin : la femme dans la médecine de la Renaissance,</em> Honoré Champion Éditeur, Paris, 1993.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref16" name="_ftn16">[16]</a> ENERSON, Ole Daniel, « Bartholin&rsquo;s gland (Caspar Bartholin The Younger) », <em>Who named it? A dictionary of medical eponyms</em>, 2016, [<a href="http://www.whonamedit.com/synd.cfm/3320.html" target="_blank">http://www.whonamedit.com/synd.cfm/3320.html</a>] (page consultée le 6 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;">Auteur inconnu, <em>Portraits de médecins – Famille Bartholin, </em>15 février 2014, [<a href="http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/bartholin.htm" target="_blank">http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/bartholin.htm</a>], page consultée le 6 septembre 2016.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref17" name="_ftn17">[17]</a> VANDAMME, <em>et al. </em> <em>I</em><em>nitiation à la connaissance du médicament,</em> Éditions médicales internationales, Cachan, 2010.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref18" name="_ftn18">[18]</a> BROSSOLET, Jacqueline, « Ambroise Paré (1510 env.-1590) », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/ambroise-pare/] (page consultée le 5 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref19" name="_ftn19">[19]</a> PARÉ, Ambroise, <em>Œuvres complètes, </em>t. II, <em>De la Generation</em>, ch. LII, p. 753, cité dans BERRIOT-SALVADORE, Evelyne, <em>Un corps, un destin : la femme dans la médecine de la Renaissance,</em> Honoré Champion Éditeur, Paris, 1993.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref20" name="_ftn20">[20]</a> BIG BROWSER (blogue), « Maïeutique : l’étonnante histoire de la théorie de l’utérus mobile », <em>Le Monde.fr, </em>8 mai 2014, [<a href="http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/05/08/maieutique-letonnante-histoire-de-la-theorie-de-luterus-mobile/" target="_blank">http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/05/08/maieutique-letonnante-histoire-de-la-theorie-de-luterus-mobile/</a>] (page consultée le 5 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref21" name="_ftn21">[21]</a> BROSSOLLET, Jacqueline, « Jean Fernel (1497-1558) », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/jean-fernel/], (page consultée le 4 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref22" name="_ftn22">[22]</a> BERRIOT-SALVADORE, Evelyne, <em>Un corps, un destin : la femme dans la médecine de la Renaissance</em>, Honoré Champion Éditeur, Paris, 1993.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref23" name="_ftn23">[23]</a> BIG BROWSER (blogue), « Maïeutique : l’étonnante histoire de la théorie de l’utérus mobile », <em>Le Monde.fr, </em>8 mai 2014, [http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/05/08/maieutique-letonnante-histoire-de-la-theorie-de-luterus-mobile/] (page consultée le 5 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref24" name="_ftn24">[24]</a> LE NAOUR, Jean-Yves et Catherine VALENTI, « Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque », <em>Clio. Histoire, femme et société</em>, 14 (2001) [<a href="http://clio.revues.org/114" target="_blank">http://clio.revues.org/114</a>] (page consultée le 30 août 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref25" name="_ftn25">[25]</a> LEMPÉRIÈRE, Thérèse, « Hystérie », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/hysterie/] (page consultée le 1<sup>er</sup> septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref26" name="_ftn26">[26]</a> UNIVERSALIS, « Elizabeth Blackwell (1821-1910) », <em>Encyclopædia Universalis</em>, [http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/elizabeth-blackwell/] (page consultée le 7 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref27" name="_ftn27">[27]</a> BOUCHARD, Serge, « Quand l’oubli devient scandale », <em>L’Actualité</em>, 3 novembre 2008, [http://www.lactualite.com/culture/quand-loubli-devient-scandale/] (page consultée le 7 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref28" name="_ftn28">[28]</a> LABBÉ, Jérôme, « La profession de médecin se féminise, surtout au Québec », <em>Ici Radio-Canada.ca, </em>30 septembre 2015, [<a href="http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/09/30/002-femmes-medecins-profession-metier-portrait-rapport-icis-quebec.shtml" target="_blank">http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/09/30/002-femmes-medecins-profession-metier-portrait-rapport-icis-quebec.shtml</a>] (page consultée le 6 septembre 2016).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref29" name="_ftn29">[29]</a> CHERRID, Margot, « Rio 2016 – Quand la nageuse Fu Yuanhui brise le tabou des règles dans le sport », <em>TV5, </em>19 août 2016, [<a href="http://information.tv5monde.com/terriennes/rio-2016-le-tabou-des-regles-dans-le-sport-123831" target="_blank">http://information.tv5monde.com/terriennes/rio-2016-le-tabou-des-regles-dans-le-sport-123831</a>] (page consultée le 13 octobre 2016).</p>
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		<title>Suis-je une maladie, docteur?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Suzy Boudreault Québec, 1977 Suzy a 17 ans. Elle patiente depuis quelques minutes dans le bureau de la secrétaire du directeur du personnel d’une grande entreprise de téléphonie. Elle se tient bien droite sur sa chaise, le regard illuminé par l’espoir d’obtenir un poste de commis pour l’été. Suzy a confiance en elle. Elle se [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2234" src="/wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel.png" alt="caroline_herschel" width="1275" height="1650" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel.png 1275w, /wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel-768x994.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel-791x1024.png 791w" sizes="(max-width: 1275px) 100vw, 1275px" /></a>Suzy Boudreault</h2>
<p style="text-align: justify;">Québec, 1977</p>
<p style="text-align: justify;">Suzy a 17 ans. Elle patiente depuis quelques minutes dans le bureau de la secrétaire du directeur du personnel d’une grande entreprise de téléphonie. Elle se tient bien droite sur sa chaise, le regard illuminé par l’espoir d’obtenir un poste de commis pour l’été. Suzy a confiance en elle. Elle se sent prête pour cette première entrevue d&#8217;embauche. Elle est bien décidée à faire valoir ses compétences et à convaincre le directeur qu’elle sera fiable et dévouée. Soudain, un trouble l’envahit. Ses idées se dispersent dans une brume nauséeuse. Ses jambes deviennent lourdes et son ventre se contracte. « Ah non », songe-t-elle avec désespoir, « pas ici, pas maintenant! » Elle ne bouge plus, respire lentement, se convainc que si elle reste parfaitement immobile, son utérus fera de même et que tout rentrera dans l’ordre. Elle a chaud. La tête lui tourne. La secrétaire se lève et vient vers elle :</p>
<p style="text-align: justify;">– Mademoiselle, vous êtes toute pâle. Est-ce que ça va?</p>
<p style="text-align: justify;">Suzy respire profondément, s’accroche encore, voulant croire que, comme le disent les héros au cinéma, l’esprit est plus fort que la matière. Elle aimerait rassurer la secrétaire, mais le regard qu’elle lui lance ressemble à un appel à l’aide. La secrétaire lui parle. Suzy ne l’entend plus. Elle craint de perdre connaissance. Elle concentre toute son énergie à empêcher la vague de l’engloutir.</p>
<p style="text-align: justify;">– Voulez-vous que j’appelle une ambulance?</p>
<p style="text-align: justify;">– Non! réussit-elle à articuler.</p>
<p>– Un taxi? Vous n’allez vraiment pas bien là. Je pense que ce serait mieux que vous retourniez chez vous.</p>
<p style="text-align: justify;">Suzy acquiesce silencieusement. Elle a honte. Elle a tout raté. Elle n’aura jamais cet emploi parce que ses menstruations sont arrivées au mauvais moment. Dans le taxi qui la ramène chez sa mère, elle n’a plus qu’une seule pensée : arriver chez elle avant que le sang inonde la banquette et que l&rsquo;humiliation s&rsquo;ajoute à l&rsquo;échec.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette jeune fille, c’est moi il y a quarante ans. Je souffrais d’endométriose, mais je ne le savais pas encore à cette époque. Chaque mois, je prenais le lit pour un ou deux jours et je me débattais de longues heures contre les spasmes de mon utérus qui secouaient mes organes internes en tous sens. J’avais envie de vomir, j’avais envie de chier, j’avais mal au ventre, mal aux reins et au dos, et je voulais mourir.</p>
<p style="text-align: justify;">Ma mère me tenait la main tout le temps que cela durait en respirant avec moi et me répétant qu’elle avait vécu la même chose à mon âge et que tout cela cesserait à mon premier enfant. Il n’y avait qu’une seule manière de guérir des menstruations douloureuses et c’était d’enfanter. <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></p>
<p style="text-align: center;"> * * *</p>
<p style="text-align: justify;">Québec, 2016</p>
<p style="text-align: justify;">Ariane s’est levée avec un léger mal de tête. Elle se sent nerveuse et un peu irritable. Elle se prépare un café avant de partir pour l’université. C’est l’examen de métho ce matin. Elle ouvre le frigo pour prendre le carton de lait et en verse dans sa tasse de café. Dès que les gouttes touchent le liquide, elles se transforment en grumeaux brunâtres.</p>
<p style="text-align: justify;">Ariane pousse un long soupir. « Y’a des jours comme ça », se dit-elle avec philosophie. Elle devrait quand même manger quelque chose avant de partir, mais elle n’a pas faim. Peut-être que l’air frais lui ouvrira l’appétit. Elle enfile son coupe-vent, saisit son sac à dos et saute dans ses baskets. Elle observe un moment la clef de son cadenas de vélo… mais bof, elle prendra l’autobus, elle ne se sent pas très en forme. Pourtant, elle a bien dormi la nuit dernière. C’est sans doute le stress de l’examen, se dit-elle en dévalant l’escalier.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsqu’elle arrive au coin de la rue, elle aperçoit l’autobus qui attend au feu rouge. Si elle pique un sprint, elle devrait réussir à l’attraper. Elle traverse la rue d’un trait, une crampe la plie en deux en arrivant sur le trottoir. L’autobus démarre. Ariane court vers l’arrêt en se tenant le ventre, l’autobus passe sans s’arrêter. « Y’a des jours comme ça », se répète-t-elle en maugréant un peu tout de même.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle patiente 15 minutes en textant avec des amis. Christian ne lui répond pas. « Fait chier! » Elle voit bien qu&rsquo;il est en ligne. Ariane révise ses notes de cours une fois assise dans le bus. Elle a de la difficulté à se concentrer. Ses pensées vagabondent, son attention refuse de se fixer. Elle craint que Christian n’ait pas terminé sa partie du travail d’équipe qui doit être remis demain.</p>
<p style="text-align: justify;">L’autobus se gare devant le pavillon Desjardins. Une pluie fine se met à tomber. Ariane rabat le capuchon de son coupe-vent sur sa tête. Au moins, madame météo partage son avis sur cette journée. Lorsqu’elle arrive au café étudiant, Christian est là, affalé sur le canapé au fond du local. Elle va vers lui et aborde le sujet directement :</p>
<p style="text-align: justify;">– J’ai pas reçu ta partie pour le travail, tu l’as-tu envoyée?</p>
<p style="text-align: justify;">– Ah non, j’ai pas eu le temps de la faire, répond-il d’un ton léger.</p>
<p style="text-align: justify;">Ariane reste quelques secondes silencieuse. Elle n’est pas d’humeur à se faire niaiser.</p>
<p style="text-align: justify;">– Comment ça, t’as pas eu le temps?</p>
<p style="text-align: justify;">– Ah! Jeff est venu faire un tour et on a joué à <em>Lovecraft</em> toute la soirée.</p>
<p style="text-align: justify;">Ariane explose. Elle le traite d’adolescent immature, de tête brûlée, d’égoïste individualiste qui ne pense pas aux autres, aux conséquences de ses gestes sur les autres. Christian essuie la tempête d’un œil morne, puis lâche dans un sourire méprisant :</p>
<p style="text-align: justify;">– C’est quoi là? T’es en SPM?</p>
<p style="text-align: center;"> * * *</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être qu’Ariane se trouve sous l’effet du syndrome prémenstruel. Peut-être que si son niveau hormonal eut été légèrement plus bas ou plus élevé, elle aurait réagi différemment. Mais peut-être aussi que n’importe qui ayant la migraine, sauté son café, raté son autobus et se trouvant mal préparé pour son examen aurait explosé de la même manière devant le manque de coopération flagrant de son collègue. Va-t-on savoir…</p>
<p style="text-align: justify;">Difficile à dire, puisque – parlant de connaissances – la science a peu exploré cette délicate question des menstruations, saignée mensuelle à laquelle toute femme doit verser son écot pendant 30 à 40 ans de sa vie active. Qu’il s’agisse de l’endométriose associée à la dysménorrhée au moment du déclenchement des menstruations ou du syndrome prémenstruel qui comprend un mélange de symptômes psychiques et physiologiques de huit à dix jours avant le début des menstruations, la littérature scientifique bute sur les causes de ces symptômes ainsi que sur la manière de les traiter : doit-on les considérer comme un phénomène naturel qu’il est préférable d’accepter sans y accorder trop d’importance, ou, au contraire, les voir comme un problème qu’il faudrait éliminer? On peut certainement se questionner sur le peu d&rsquo;options offertes aux femmes qui éprouvent des douleurs ou des malaises lors de leurs menstruations. Il faut dire que l&rsquo;intérêt de la science et de la médecine pour les problèmes liés à la condition féminine est plutôt récent.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant longtemps, psychologues et médecins ont semblé s’entendre sur l’aspect pathologique de la condition féminine elle-même, jusqu’à laisser croire qu’il y aurait un mal féminin lié à la nature même de la femme. Au début du XX<sup>e</sup> siècle, un psychiatre statue que la femme se présente pendant la plupart de sa vie comme un être anormal. Tout en n’étant pas considérées comme une véritable maladie, on croit à cette époque que « les menstruations et la grossesse troublent profondément l’équilibre mental et portent atteinte à la capacité de discernement et au sens juridique <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a> ». Hippocrate, le père de la médecine, avait réglé la question en affirmant que l’utérus était la cause de toutes les maladies des femmes, ce qui semble avoir fortement inspiré les premiers psychiatres et leur théorie sur l’hystérie. Dans la lignée de Freud, Icard note en 1890 que « la menstruation s’annonce pendant huit jours par des coliques, des picotements aux seins, des maux de tête. La fille devient méchante, irascible, furieuse à la moindre objection » <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est pas anodin de souligner ici que les auteurs cités précédemment mêlent allègrement troubles psychiques et physiologiques. Nous verrons dans la suite de cet article que ce point de vue sur les menstruations semble avoir perduré jusqu’à aujourd’hui. Concentrons-nous d&rsquo;abord sur le fameux SPM qui fait régulièrement la manchette des revues féminines et qui concernerait davantage de femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un rapide survol des sites Web qui traitent des questions de santé, on découvre une information confuse et parfois contradictoire. Pour témoin, voici, en vrac, quelques taux de prévalence <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a> du syndrome prémenstruel :</p>
<p style="text-align: justify;">50 à 80 % (santéPratique.fr)</p>
<p style="text-align: justify;">33,3 % (<a href="http://santeweb.ch/" target="_blank">santeweb.ch</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">50 % (santé.journaldesfemmes)</p>
<p style="text-align: justify;">75 % (clinique du spm-hôpital d’Ottawa)</p>
<p style="text-align: justify;">25 à 50 % occasionnels (créapharma)</p>
<p style="text-align: justify;">3 à 9 % (<a href="http://xn--e-sant-gva.fr/" target="_blank">e-santé.fr</a>)</p>
<p style="text-align: justify;">20 à 30 % (passeportsanté)</p>
<p style="text-align: justify;">De sorte que Wikipédia écrit, sans rire, que le taux de prévalence est de 5,3 à 50,2 %. Suis-je la seule à m’étonner devant un taux de prévalence qui varie de 5 à 50 %? J’en conclus que la science éprouve quelques difficultés à cerner le sujet. De quoi parle-t-on exactement?</p>
<p style="text-align: justify;">La liste des symptômes a de quoi inquiéter toute jeune fille qui s’aventurerait à s’informer sur ce qui plane au-dessus de sa tête juvénile mensuellement. Sur le site de la clinique du SPM de l&rsquo;hôpital d&rsquo;Ottawa, on mentionne : ballonnements abdominaux, diarrhée, constipation, changements dans l&rsquo;appétit et envie excessive de certains aliments, seins sensibles, épisodes de pleurs ou crises de larmes, déprime, fatigue, maux de tête, douleurs articulaires ou musculaires, sautes d&rsquo;humeur, irritabilité ou colère, tension ou anxiété, problèmes de sommeil, gain de poids en raison de rétention d&rsquo;eau. Nous pouvons ajouter à cette liste d&rsquo;autres symptômes cités sur différents sites : gonflement des chevilles, maux de dos, acné, nausée et vomissements</p>
<p style="text-align: justify;">La liste des désagréments associés au SPM ne s’arrête pas aux troubles psychiques ou physiologiques, on y ajoute des conséquences sociales assez importantes. En effet, il serait « la cause d’échecs professionnels ou scolaires, de performances médiocres et d’absentéisme et est également associé à davantage de divorces » (santepratique.fr). Les résultats d’une recherche de 1960, encore cités dans des articles récents, indiquent que le SPM diminue le rendement des étudiantes à l’école, et est associé à une augmentation du nombre d’accidents au travail et de l’activité criminelle <a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup>[5]</sup></a>. Oui, chères lectrices, « en cour, des accusées ont été acquittées de meurtres qu&rsquo;elles auraient commis sous l&#8217;emprise de ce bouillonnement hormonal » <a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup>[6]</sup></a>. Dans le <em>Châtelaine</em> de février 2009, on mentionne le procès d&rsquo;une barmaid qui a poignardé une collègue qui lui tapait sur les nerfs au Royaume-Uni en 1981.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, le diagnostic de SPM serait « peu fiable » (Steiner, 1980; Haskett <em>et al</em>., 1983; Rubinow <em>et al</em>., 1984); la femme « somatiserait » la venue de ses menstruations. Quelques hypothèses psychosomatiques valent la peine d&rsquo;être relevées.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie Langer (1951), affirme qu&rsquo;une fille normale vit ses menstruations comme une réconciliation avec la mère, un cadeau qui lui permet d&rsquo;avoir des enfants et ne ressent donc aucun trouble lié à elles. Par contre, la femme névrotique percevrait les règles de façon angoissante et culpabilisante, « l&rsquo;hémorragie deviendrait la preuve que ses futurs enfants ont été endommagés » <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1960, Th. Benedek formule l&rsquo;hypothèse que « le déficit relatif d&rsquo;hormones ovariennes, caractéristique de cette période du cycle, est à la base d&rsquo;une augmentation de l&rsquo;irritabilité du système nerveux central favorisant l&rsquo;apparition de « névroses récurrentes » prémenstruelles chez des femmes prédisposées » <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a>. Est-ce à dire que les troubles d&rsquo;humeur seraient une caractéristique naturelle de la condition féminine? Est-il plus rassurant de percevoir ces sautes d&rsquo;humeur comme une fatalité de la condition de la femme ou comme un trouble psychologique que l&rsquo;on pourrait traiter?</p>
<p style="text-align: justify;">Les psychologues évolutionnistes ne manquent pas d&rsquo;imagination pour expliquer les perturbations féminines. Il s&rsquo;agirait là d&rsquo;une ruse de l’évolution : par sa mauvaise humeur, la femelle ferait fuir le mâle qui n&rsquo;aurait pas su l&rsquo;engrosser <a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a>. Monsieur Gillings affirme d&rsquo;un même souffle que le syndrome prémenstruel affecte plus de 80 % des femmes et représente d&rsquo;importants coûts sociaux et économiques. Selon le célèbre médecin et romancier Martin Winkler, spécialisé en gynécologie, « le SPM ressemble terriblement à un syndrome de sevrage, de « manque », lié à la baisse brutale des hormones sexuelles dans le sang si la femme n&rsquo;est pas enceinte » <a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus récemment, des chercheuses combattent cette vision pathologique de la femme. Jane Ussher y voit l&rsquo;expression d&rsquo;un ras-le-bol : fatiguées d&rsquo;être de bonnes épouses et de bonnes mères, les femmes se servent du SPM pour se payer une crise de nerfs <a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a>. Les Instituts de recherche en santé du Canada vont dans le même sens : « des facteurs comme la santé physique, le stress ressenti et le soutien social exerceraient une bien plus grande influence sur l&rsquo;humeur que n&rsquo;importe quelle phase du cycle menstruel » <a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a> et ajoutent que « le lien entre le cycle menstruel et les humeurs négatives que tiennent pour acquis de nombreuses femmes n&rsquo;est pas reconnu universellement » et qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait pas de lien direct entre ces deux éléments.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais les médecins persistent et signent : sautes d&rsquo;humeur ou pas, il existe des troubles physiologiques réels. Allez dire à toutes ces femmes qui souffrent de migraines, de douleurs musculaires ou de maux de dos qu&rsquo;elles « somatisent » leur désir d&rsquo;enfanter.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-on faire quelque chose? Les conseils de prévention se résument à la même bouillie inodore que l&rsquo;on sert aux dépressifs, aux obèses ou aux angoissés : faire de l&rsquo;activité physique, avoir de saines habitudes de vie, éviter le tabac et l&rsquo;alcool, bien dormir, avoir un poids santé, bien manger, diminuer le stress, prendre soin de soi, se donner du temps et de la considération et, ajoute le <em>Reader&rsquo;s Digest</em>, ne pas consommer de viandes. Les thérapies médicales offrent trois options : prendre des contraceptifs oraux, tomber enceinte ou prendre des antidépresseurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur les sites d’informations santé, une nouvelle tendance semble se dessiner, une solution radicale à ce mal-être féminin : éliminer les menstruations en prenant la pilule contraceptive en continu. Sur passeport.santé, on apprend que « des médecins n&rsquo;hésitent pas à dire que le nombre très élevé de périodes de menstruations que connaissent les Occidentales aujourd&rsquo;hui serait désavantageux pour leur santé. Car si les femmes qui mettent plusieurs enfants au monde et les allaitent longuement peuvent ne connaître qu&rsquo;une centaine de menstruations durant leur vie, ce nombre passe facilement à 450 ou plus pour celles qui n&rsquo;ont qu&rsquo;un enfant. Ce processus mensuel serait inutile et malsain parce qu&rsquo;il provoquerait d&rsquo;innombrables problèmes physiques et psychologiques <a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a> ». Sur le site de CanalVie, on précise « qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas d&rsquo;études à long terme qui pourraient prouver que l&rsquo;arrêt des menstruations cause des problèmes de santé. La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada affirme dans une étude officielle que « rien ne porte à croire que les règles permettent l&rsquo;élimination de quelque forme de toxine que ce soit, comme l&rsquo;affirment certains des opposants de la suppression menstruelle ». Certaines études ont par ailleurs mis en lumière que la prise de pilules contraceptives en continu annule en tout ou en partie certains inconvénients, comme le SPM, les migraines et les crampes très douloureuses. Elle serait aussi efficace pour réduire les risques de certains cancers (ovaire, endomètre) <a href="#_ftn14" name="_ftnref14">[14]</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il est à noter ici que les arguments en faveur de l’élimination des menstruations englobent non seulement la disparition des désagréments liés au SPM, mais aussi tous les problèmes de santé liés à l’endométriose en incluant la dysménorrhée. On va même jusqu’à prétendre que cela diminuerait les risques de certains cancers. C’est de l’artillerie lourde, ça! Sur le site de Top santé.com, un médecin <a href="#_ftn15" name="_ftnref15">[15]</a> dément ces avantages : « Médicalement, supprimer les règles ne comporte aucun bénéfice » et ajoute une mise en garde : « Il ne faudrait pas que cette nouvelle liberté oblige les femmes à zapper leurs règles pour répondre à une demande de « plus de productivité au bureau » ou de « plus de sexe à la maison »… Sans compter que pour certaines femmes, les règles font partie de la féminité. Elles peuvent même contribuer à la conscience de son corps et donc à la confiance en ses facultés à devenir mère. <a href="#_ftn16" name="_ftnref16">[16]</a> »</p>
<p style="text-align: justify;">Cet avertissement me pousse à me questionner sur les véritables motivations des tenants de l&rsquo;abolition des menstruations. On peut présumer que la société capitaliste se passerait bien de cet empêcheur de produire en rond que sont les menstruations des femmes. Précisons seulement ici que la recherche médicale est encore majoritairement réalisée par des hommes et qu’il manque peut-être de points de vue féminins sur cette question. Les menstruations existent depuis qu’il y a des femmes et elles constituent, sans doute, une part de l&rsquo;identité féminine. Certainement, le fait d&rsquo;être menstruée (qu’il s’agisse ici de SPM ou de dysménorrhée) représente un problème pour la société : absentéisme, diminution de la performance au travail, échecs scolaires, problèmes de couple, etc. Comme le disent savamment les chercheurs de la fondation Genevoise, « la menstruation est une sorte de situation « parapsychologique » où les facteurs biologiques jouent, à côté des facteurs émotionnels, culturels et sociaux, un rôle divers selon les conditions de réactivité émotionnelle de la femme <a href="#_ftn17" name="_ftnref17">[17]</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Vivre un épisode de menstruation douloureuse ou se sentir capable d’égorger son conjoint lors d’une crise de SPM demeure une expérience qui, comme toutes les expériences, comporte du positif et du négatif. « Personne ne parle jamais des côtés positifs du SPM », écrit Joan C. Chrisler qui souligne que certaines femmes y puisent une plus grande sensibilité et créativité <a href="#_ftn18" name="_ftnref18">[18]</a>. Aujourd’hui, chaque femme peut opter pour ce qu’elle juge préférable pour elle-même. Il faudrait peut-être maintenant travailler à ce que la société accepte le choix de chacune même si cela signifie parfois de l’absentéisme ou une diminution momentanée de leur performance. Peut-être aussi – et j’invite les chercheurs à se pencher sur la question – que la productivité des femmes se trouve accrue à la suite d’un épisode de SPM… Sait-on jamais.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me demande parfois si « être une femme » ne serait pas une situation parapsychologique où les facteurs biologiques jouent, à côté des facteurs émotionnels, culturels et sociaux, un rôle différent selon les conditions de réactivité émotionnelle de la personne. Je suis ménopausée aujourd’hui et je dois admettre que la disparition de mon cycle menstruel fut une véritable libération. Si cette option d&rsquo;éliminer les menstruations m&rsquo;avait été proposée, je l&rsquo;aurais sans doute acceptée avec reconnaissance étant donné les graves problèmes de santé que m&rsquo;a occasionnés l&rsquo;endométriose. Par contre, il m&rsquo;arrive d&rsquo;éprouver une certaine nostalgie de ces moments de parfaite intimité, lorsque, épuisée par des heures de souffrance, je restais alanguie, calme et paisible, mon attention toute tournée vers moi, sans autre préoccupation que d&rsquo;être là, hors du temps, hors du monde et de ses exigences, seule avec moi-même, dans la moiteur de ce sang chaud qui débordait de ma culotte. Je revenais au monde avec ce regard étonné et neuf, comme après une longue maladie dont on ne sait pas si on en reviendra, avec l&rsquo;énergie et la volonté de vivre intensément jusqu&rsquo;au prochain combat.</p>
<p style="text-align: justify;">NOTE : Pour celles qui voudraient davantage d&rsquo;informations sur la manière dont les menstruations sont vues à travers le monde, <em>Courrier International</em> vient de publier un numéro spécial sur la question : <a href="http://www.courrierinternational.com/article/editorial-regles-indiscretes" target="_blank">http://www.courrierinternational.com/article/editorial-regles-indiscretes</a>.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Note : Lorsque ma mère était adolescente, la pilule anticonceptionnelle n&rsquo;existait pas encore. Mais on savait, à cette époque, qu&rsquo;après une première grossesse, les douleurs menstruelles diminuaient considérablement. Quelques années plus tard, un gynécologue me confirmait qu&rsquo;enfanter mettait fin à l&rsquo;endométriose.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Moebius, J.P., <em>L&rsquo;inferiorità mentale della donna</em> (1900), Torino, Einaudi, 1978.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Icard, S., <em>La femme pendant la période menstruelle</em>, Alcan F, Paris, 1890.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> La prévalence est une mesure de l&rsquo;état de santé d&rsquo;une population, dénombrant le nombre de cas de maladies à un instant donné ou sur une période donnée. On calcule le taux de prévalence en rapportant à la population considérée, le nombre de cas (ici de SPM) présents dans cette population.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Dalton, K., « Menstruation and accidents », <em>Br. Med. J.</em>, nov. 1960, 12 : 1425-1426 ; Dalton, K., « Schoolgirls&rsquo; behaviour and menstruation », <em>Br. Med</em>.<em> J</em>., 1960, dec 3 : 1647-1649 ; Dalton, K., « Menstruation and crime », <em>Br. Med. J.</em>, dec. 1961, 30 : 1752-1753.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6" name="_ftn6"><sup>[6]</sup></a> Éthier, Chantal, « SPM extrême », <em>Châtelaine</em>, 18 février 2009.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> Langer, M., <em>Maternità e sesso</em> (1951), trad. it. Loescher, Torino, 1981.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> Benedek, T, « The organisation of the reproductive drive », <em>Int. J. Psychoan</em>., XLI, 1, 1960 : 1-15.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> Gillings, MR, « Were there evolutionary advantages to premenstrual syndrome ? », <em>Evol Appl</em>., sept, 7(8) : 897-904.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> <a href="http://www.rtl.fr/culture/lifestyle/regles-tout-comprendre-sur-le-syndrome-premenstruel-7779800543" target="_blank">http://www.rtl.fr/culture/lifestyle/regles-tout-comprendre-sur-le-syndrome-premenstruel-7779800543</a></p>
<p><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> Ussher, J. and Perz, J. (2014), « « I used to think I was going a little crazy » : women&rsquo;s resistance to the pathologization of premenstrual change », <em>Women Voicing Resistance: Discursive and Narrative Explorations</em>, Routledge 9781848721036.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> Instituts de recherche en santé du Canada, « Science ou science-fiction : le SPM existe-t-il? », numéro 3, décembre 2014, http://www.cihr-irsc.gc.ca/f/48939.html.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> Dumoulin, Lucie (2004), Et si on supprimait les menstruations?, <a href="http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/ArticleInteret.aspxdoc=menstruations_perspectives_dumoulin_l_2004_pm" target="_blank">http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/ArticleInteret.aspxdoc=menstruations_perspectives_dumoulin_l_2004_pm</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref14" name="_ftn14">[14]</a> Moreschi, Cécile (2016), <em>Plus jamais de menstruations!</em>, http://www.canalvie.com/sante-beaute/sante/prevention-et-maladies/plus-jamais-de-menstruations-1.1074234</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref15" name="_ftn15">[15]</a> Dr Hélène Jacquemin Le Vern, gynécologue, sexologue et auteur du livre <em>Le sang des femmes</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref16" name="_ftn16">[16]</a> <a href="http://www.topsante.com/medecine/gyneco/regles-douloureuses/prevenir/gyneco-et-si-on-supprimait-les-regles-9816" target="_blank">http://www.topsante.com/medecine/gyneco/regles-douloureuses/prevenir/gyneco-et-si-on-supprimait-les-regles-9816</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref17" name="_ftn17">[17]</a> A. Lastrico, A. Andreoli, A. Campana (2016), Syndrome prémenstruel : une mise au point, Fondation Genevoise pour la formation et la recherche médicales, Aldo Campana, <a href="http://www.gfmer.ch/Presentations_Fr/Syndrome_premenstruel.htm" target="_blank">http://www.gfmer.ch/Presentations_Fr/Syndrome_premenstruel.htm</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref18" name="_ftn18">[18]</a> Joan C. Chrisler, psychologue et chercheuse à l’Université du Connecticut, dans Châtelaine, <em>ibid</em>.</p>
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		<title>Quelques femmes scientifiques à découvrir</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Julie Veillet Françoise Briquel-Chatonnet Voir le texte On est toutes des Françoise… Briquel-Chatonnet Marie Curie Maria Sklodowska, connue sous le nom de Marie Curie, est née en Pologne en 1867 d’un père professeur de sciences et d’une mère institutrice. Malgré les embûches liées au fait que peu de femmes tentent d’accéder à des études scientifiques [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;">Julie Veillet</h2>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Françoise Briquel-Chatonnet</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png"><img decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-2196" src="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-300x186.png" alt="francoise_briquel_chatonnet" width="300" height="186" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-300x186.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-768x476.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-1024x635.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png 1286w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a>Voir le texte <em>On est toutes des <a href="http://wp.me/p4GsK4-zp" target="_blank">Françoise… Briquel-Chatonnet</a></em></p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Marie Curie</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2239 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie-235x300.png" alt="marie_curie" width="235" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie-235x300.png 235w, /wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie-768x983.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie-800x1024.png 800w, /wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie.png 981w" sizes="(max-width: 235px) 100vw, 235px" /></a>Maria Sklodowska, connue sous le nom de Marie Curie, est née en Pologne en 1867 d’un père professeur de sciences et d’une mère institutrice. Malgré les embûches liées au fait que peu de femmes tentent d’accéder à des études scientifiques à l’époque, elle quitte la Pologne en 1891 pour poursuivre des études en mathématiques à la Sorbonne à Paris. Elle fait rapidement sa marque et ses qualités de chercheuse sont saluées. Son travail la mène à collaborer avec Pierre Curie, alors professeur à l’École de physique, avec qui elle se marie en 1895. Les recherches de Marie Curie l’amènent ensuite à travailler sur un nouveau phénomène, dévoilé par Henri Becquerel, qu’elle baptise la radioactivité. Son mari Pierre décide de la rejoindre dans son travail et les deux scientifiques poursuivent ensemble leurs recherches sur les radiations. Leur travail leur vaut le <a href="https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/physics/laureates/1903/marie-curie-facts.html" target="_blank">prix Nobel de physique</a> de 1903, conjointement avec Becquerel.</p>
<p style="text-align: justify;">Après la mort de son mari en 1906, Marie Curie prend sa place à titre de professeure de physique générale à la Sorbonne, ce qui fait d’elle la première femme à occuper un tel poste. En 1911, elle est la seule femme à participer au réputé congrès Solvay et, la même année, elle remporte son deuxième prix Nobel, cette fois en chimie, pour la découverte de deux nouveaux éléments, le radium et le polonium, et l’étude de leur nature et de leurs composés. Cette deuxième distinction fait d’elle la première scientifique, hommes et femmes confondus, à recevoir deux prix Nobel. Curie poursuit son travail sur les éléments radioactifs en développant et promouvant la <a href="http://www.futura-sciences.com/sciences/personnalites/chimie-marie-curie-222/" target="_blank">technique de la radiothérapie</a>. Sa fille Irène, qui a seulement 18 ans à l’époque, se joint à elle dans cette entreprise. Les avancées scientifiques de Marie Curie dans le domaine sont si importantes qu’on donne le nom <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Curie#L.E2.80.99Institut_du_radium" target="_blank">Institut Curie</a> à ce qui était auparavant appelé l’Institut du radium et qui se consacre à la recherche sur le traitement du cancer par radiothérapie. Après des années d’exposition à des éléments radioactifs, Marie Curie développe une leucémie et meurt en 1934. Sa fille Irène poursuit quant à elle sa carrière scientifique et remporte à son tour un <a href="http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/chemistry/laureates/1935/joliot-curie-facts.html" target="_blank">prix Nobel de chimie en 1935</a>, conjointement avec son mari Frédéric Joliot, pour leur découverte de la radioactivité artificielle.</p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Hypatie d&rsquo;Alexandrie</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2186 alignright" src="/wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie-300x221.png" alt="hypatie_d_alexandrie" width="300" height="221" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie-300x221.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie-768x565.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie-1024x754.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie.png 1292w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a>Mathématicienne et philosophe de la Grèce antique, Hypathie d’Alexandrie serait née autour de 360 après Jésus-Christ. Fille de Théon d’Alexandrie, lui-même mathématicien, elle apprend de son père les rudiments des sciences. Son intérêt pour les mathématiques et la philosophie la pousse à poursuivre sa formation à Athènes, après quoi elle revient dans sa ville natale, où elle enseigne les préceptes de Platon et Aristote à des disciples au sein de l’École néoplatonicienne d&rsquo;Alexandrie. Sa réputation est telle que Socrate parle d’elle dans ces termes, dans son ouvrage <a href="http://remacle.org/bloodwolf/eglise/socrate/eglise7.htm" target="_blank"><em>Histoire de l’Église. Livre septième</em></a><em> </em>: « Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu&rsquo;elle surpassait tous les Philosophes de son temps, et enseignait dans l&rsquo;école de Platon et de Plotin, un nombre presque infini de personnes, qui accouraient en foule pour l&rsquo;écouter. La réputation que sa capacité lui avait acquise, lui donnait la liberté de paraître souvent devant les Juges, ce qu&rsquo;elle faisait toujours, sans perdre la pudeur, ni la modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe peu de sources traitant d’Hypatie d’Alexandrie et celles-ci ne s’entendent pas sur les différents éléments de sa vie et les avancées qu’elles pourraient avoir faites. Actuellement, bien qu’on lui reconnaisse quelques <a href="https://edl.revues.org/390#tocto1n2" target="_blank">commentaires sur des ouvrages de grands mathématiciens</a>, on ne lui attribue aucune découverte à proprement parler. Le grave incendie ayant anéanti la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypatie#Analyses_modernes" target="_blank">bibliothèque d’Alexandrie</a> serait responsable du peu de traces retrouvées sur ses accomplissements.</p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie Desbiens</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens.png"><img decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-2253" src="/wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-300x232.png" alt="anne_marie_desbiens" width="300" height="232" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-300x232.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-768x593.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-1024x791.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens-65x50.png 65w, /wp-content/uploads/2016/10/Anne_Marie_Desbiens.png 1490w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a> Voir le texte<a href="http://wp.me/p4GsK4-Ak" target="_blank"> <em>L’amour de la science et de la bouffe</em></a></p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Mileva Einstein Maric</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Mileva_Einstein.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2262 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/10/Mileva_Einstein-300x242.png" alt="mileva_einstein" width="300" height="242" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Mileva_Einstein-300x242.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Mileva_Einstein-768x618.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Mileva_Einstein-1024x824.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Mileva_Einstein.png 1436w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a>Née en 1875, Mileva Maric est une mathématicienne et physicienne serbe. Venant d’une famille assez aisée, elle a la chance de fréquenter de bonnes écoles, ce qui lui permet d’avoir accès à des laboratoires de chimie et de physique. Elle y développe sa fibre scientifique et parvient à suivre des cours de physique, qui étaient à l’époque réservés aux garçons. Elle entreprend en 1896 des études plus poussées en mathématiques et physique à l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH), <a href="http://www.fembio.org/english/biography.php/woman/biography/mileva-maric-einstein/" target="_blank">une institution d’élite encore à ce jour dominée par les hommes</a> (à preuve, la première femme professeure y a été embauchée en 1985). C’est à ce moment que Maric fait la rencontre d’Albert Einstein, qui deviendra éventuellement son mari et avec qui elle mènera plusieurs recherches importantes. Ils réalisent tous les deux des thèses de doctorat avec le même professeur sur des sujets semblables, et alors que Maric est totalement investie dans son travail, Einstein, selon des aveux faits plus tard, est plutôt désintéressé de ses études.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1898, elle collabore avec son mari et deux autres scientifiques, Marcel Grossmann et Michele Besso, à des recherches qui jettent les <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mileva_Einstein" target="_blank">bases de la théorie de la relativité</a>. Après avoir fait face à un grand nombre d’injustices et de discriminations liées à son statut de femme tout au long de son parcours scolaire, particulièrement à l’école de Zurich réputée pour offrir un traitement différent aux femmes, Maric échoue deux fois à son examen de doctorat et ne parvient jamais à obtenir son diplôme, même après avoir terminé sa thèse avec succès. Albert Einstein remporte quant à lui le prix Nobel de physique en 1921 pour ses travaux sur la théorie de la relativité. Un débat est lancé dans les années 1980 quant à l’implication de Mileva Maric dans les avancées scientifiques de son mari, mais la mauvaise conservation des documents de Maric à travers le temps ne permet pas d’établir clairement la vérité.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Gertrude Elion</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion.png"><img decoding="async" class=" wp-image-2263 alignright" src="/wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-300x224.png" alt="gertrude_elion" width="339" height="253" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-300x224.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-768x572.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-1024x763.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-65x50.png 65w, /wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion.png 1559w" sizes="(max-width: 339px) 100vw, 339px" /></a>Gertrude Belle Elion est une pharmacologue et biochimiste américaine née à New York en 1918. La mort de son grand-père, atteint d’un cancer, alors qu’elle était adolescente la pousse à s’intéresser à la science. Étudiante enthousiaste qui raffole de l’école, elle entre au Collège Hunter en 1933 et y étudie la chimie. Les emplois dans le domaine scientifique sont rares et les quelques postes disponibles sont très souvent réservés aux hommes. Après plusieurs essais infructueux, Elion réussit à obtenir un emploi d’assistante de laboratoire pour lequel elle ne reçoit <a href="https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/medicine/laureates/1988/elion-bio.html" target="_blank">aucune rémunération pendant un an et demi</a>, pour finalement obtenir un salaire de 20 $ par semaine. Ayant réussi à amasser un peu d’économies avec ce maigre salaire, elle entre à l’Université de New York en 1939, où elle est la seule femme de sa classe de chimie. Durant ses études, elle travaille comme professeure dans un lycée le jour et fait ses recherches le soir et la fin de semaine. Elle parvient à obtenir son diplôme de maîtrise en chimie en 1941.</p>
<p style="text-align: justify;">Se trouvant de nouveau à la recherche de travail, elle décroche un poste d’assistante auprès du scientifique George Hitchings. Ce travail lui permet d’explorer différentes sphères de la science, comme la biochimie, la pharmacologie, l’immunologie et la virologie. Parallèlement, elle entreprend des études doctorales de soir à l’Institut polytechnique de Brooklyn, mais ne sera pas en mesure de les terminer, devant éventuellement choisir entre son travail et son doctorat. Elion prend la décision de poursuivre ses recherches avec Hitchings, avec qui elle travaille au développement de nouveaux médicaments servant à soigner différentes maladies. Parmi ses accomplissements, on lui attribue notamment le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gertrude_Elion" target="_blank">développement d’un premier traitement pour la leucémie</a> et de médicaments servant à traiter la malaria, la goutte, la méningite, l’herpès et autres infections. En 1988, elle reçoit conjointement avec George Hitchings et un autre collègue, James Black, le prix Nobel de physiologie ou médecine pour souligner leurs découvertes concernant d’importants principes de traitements par médicaments.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong> Rosalind Franklin</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"> <a href="/wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin.png"><img decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-2175" src="/wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin-300x221.png" alt="rosalind_franklin" width="300" height="221" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin-300x221.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin-768x567.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin-1024x756.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Rosalind_Franklin.png 1275w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a> Voir le texte <a href="http://wp.me/p4GsK4-z2" target="_blank"><em>La femme de l’ADN</em></a></p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Jane Goodall</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2189 alignright" src="/wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall-300x217.png" alt="jane_goodall" width="300" height="217" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall-300x217.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall-768x556.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall-1024x741.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall.png 1310w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a>Née à Londres en 1934, Jane Goodall aime les animaux depuis son enfance. Petite, elle rêve de vivre avec les animaux en Afrique et de pouvoir étudier leurs comportements. Loin de la décourager, sa mère lui enseigne à travailler fort et à ne pas abandonner pour réaliser ses rêves. Après avoir terminé ses études secondaires, elle n’est pas en mesure de se payer des études universitaires. Elle apprend donc le métier de secrétaire et travaille pendant un certain temps à l’Université d’Oxford. Elle déniche ensuite un emploi à Londres dans une firme de production de films, où elle est responsable de trouver la musique pour les documentaires. C’est une invitation de son amie Clo Mange à visiter la ferme de sa famille au Kenya qui change le cours de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1957, à l’âge de 23 ans, elle se rend au Kenya par bateau. Sa visite en Afrique est le théâtre de <a href="http://www.janegoodall.ca/goodall-bio-timeline.php" target="_blank">sa rencontre avec le célèbre anthropologue et paléontologue Louis S. B. Leakey</a>. Goodall n’a dès lors qu’une idée en tête : démontrer à Leakey qu’elle a les connaissances et la passion qu’il faut pour devenir son assistante. Elle participe avec lui et sa femme, l’archéologue Mary Leakey, à des expéditions en Tanzanie. Elle a finalement gain de cause; Leakey l’embauche comme assistante. Les deux scientifiques entreprennent une étude sur les chimpanzés sauvages dans la région du lac Tanganyika. En 1960, Goodall et sa mère Vanne, qui la rejoint pour l’accompagner dans ses nouveaux projets, s’installent dans le parc Gombe Stream afin d’y étudier le comportement des chimpanzés. La vie dans la jungle n’est pas facile. Les animaux ont peur de Goodall et ne se laissent pas facilement approcher. Armée de patience et de détermination, la jeune scientifique réussit progressivement à se faire accepter par les chimpanzés. Après quelques mois d’observations, elle découvre que les primates mangent de la viande, et ne sont donc pas végétariens, comme on le croyait à l’époque. Un mois plus tard, elle est en mesure d’affirmer que les chimpanzés utilisent des outils pour attraper leur nourriture, ce qui représente une découverte cruciale dans l’étude des comportements de ces animaux. Cette avancée scientifique la mène à déclarer : <a href="http://www.janegoodall.ca/goodall-bio-timeline.php" target="_blank">« Now we must redefine tool, redefine Man, or accept chimpanzees as humans. »</a></p>
<p style="text-align: justify;">En 1962, les travaux de Goodall lui valent d’être reçue comme candidate au doctorat à l’Université de Cambridge, même si elle ne possède aucun diplôme universitaire. Ce privilège lui attire des critiques, tout comme ses méthodes de recherche, qui lui font donner des noms aux chimpanzés qu’elle étudie plutôt que des numéros. Elle avance alors l’idée que les primates ont des émotions et des personnalités, tout comme les humains. La célèbre revue <em>National Geographic</em> s’intéresse aux travaux de Goodall et décide de les soutenir. Un premier article de la primatologue paraît dans la revue en 1963 et s’intitule « My Life Among Wild Chimpanzees ». Deux ans plus tard, elle termine avec succès ses études doctorales en éthologie, la science qui étudie les comportements des animaux dans leur milieu naturel. La même année, un centre de recherche est construit à Gombe Stream, puis en 1977, Goodall fonde le Jane Goodall Institute for Wildlife Research, Education and Conservation en Californie, dont la mission est de préserver les primates et leurs habitats. L’institut compte maintenant des bureaux dans 23 pays dans le monde. Goodall poursuit depuis sa lutte pour la préservation des chimpanzés sauvages à travers divers programmes qui ont pour but d’éduquer les jeunes à prendre soin des animaux, de travailler au développement durable des populations et d’améliorer les conditions de vie des chimpanzés en captivité.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Margaret Hamilton</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton.png"><img decoding="async" class="alignnone size-medium wp-image-2208" src="/wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton-235x300.png" alt="margaret_hamilton" width="235" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton-235x300.png 235w, /wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton-768x981.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Margaret_Hamilton-802x1024.png 802w" sizes="(max-width: 235px) 100vw, 235px" /></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Voir le texte <a href="http://wp.me/p4GsK4-zB" target="_blank"><em>«Because they were trained never to make mistakes» : Margaret Hamilton et le développement du software à la NASA</em></a></p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Caroline Herschel</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2234 alignright" src="/wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel-232x300.png" alt="caroline_herschel" width="232" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel-768x994.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel-791x1024.png 791w, /wp-content/uploads/2016/10/Caroline_Herschel.png 1275w" sizes="(max-width: 232px) 100vw, 232px" /></a>Être la première femme à découvrir une comète et la première femme à être reconnue officiellement en tant que scientifique; c’est l’exploit réalisé par l’astronome allemande Caroline Herschel, née en 1750. Venant d’une famille de musiciens, Herschel baigne dès son plus jeune âge dans cet univers. Alors que son frère William est installé en Angleterre pour poursuivre une carrière musicale, Caroline décide de le rejoindre et d’apprendre le chant. Soprano très talentueuse, elle devient rapidement une chanteuse bien en vue et participe à une foule de concerts. En plus de la musique, William a une grande passion pour l’astronomie. Progressivement, il s’y adonne de plus en plus sérieusement et demande à Caroline de l’aider, notamment pour le « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Caroline_Herschel" target="_blank">maniement des divers dispositifs astronomiques</a> ». Ainsi, Caroline s’initie à son tour à la science et finit par devenir son assistante de recherche. Parmi les diverses tâches qu’elle réalise pour lui, elle passe notamment un temps fou à polir des miroirs et à monter des télescopes, en plus de préparer les observations astronomiques de son frère. En 1781, William fait sa marque dans le domaine scientifique en découvrant la planète Uranus, ce qui lui vaut d’être invité par le roi George III à devenir son astronome privé. Caroline continue de travailler conjointement avec son frère et ensemble, ils enregistreront près de <a href="http://www.space.com/17439-caroline-herschel.html" target="_blank">2500 nouveaux amas d’étoiles et nébuleuses</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Progressivement, Caroline prend de l’assurance en tant que scientifique et commence des observations en solo. Durant les années qui suivent, elle observe un grand nombre d’objets célestes et découvre par elle-même 14 nouvelles nébuleuses, dont NGC 205, second compagnon de la galaxie d’Andromède. C’est en 1786 qu’elle découvre sa première comète, faisant d’elle la première femme à en découvrir une. Même si elle aidait déjà son frère dans ses recherches depuis des années, ce n’est qu’à ce moment qu’on commence à la reconnaître en tant que scientifique à proprement parler. Le roi George III décide en 1787 de l’embaucher officiellement, comme assistante toujours cela dit, et de lui offrir un salaire pour son travail, faisant d’elle la première femme à recevoir une rémunération pour des services scientifiques. Dans la décennie qui suit, elle découvre sept autres comètes et ajoute plus de 550 étoiles au registre d’étoiles créé précédemment par John Flamsteed. La mort de son frère en 1822 la pousse à retourner s’installer en Allemagne, où elle continue de faire sa marque dans le domaine de l’astronomie. Pour souligner sa contribution à la science, Caroline Herschel reçoit en 1828 la médaille d’or de la Royal Astronomical Society, en plus d’y être élue membre honoraire en 1835.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Shirley Ann Jackson</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2222 alignright" src="/wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson-224x300.png" alt="shirley_ann_jackson" width="224" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson-224x300.png 224w, /wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson-768x1028.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson-765x1024.png 765w, /wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson.png 1051w" sizes="(max-width: 224px) 100vw, 224px" /></a>L’Américaine Shirley Ann Jackson est une physicienne spécialisée en physique des matières condensées et des matériaux opto-électroniques. Née à Washington en 1946, Jackson est encouragée très jeune par ses parents à s’intéresser à la science et à faire des études. Rapidement poussée par ses professeurs à se diriger vers les mathématiques, elle est une élève brillante qui réussit très bien. Ajoutant la physique à ses intérêts scientifiques, elle entreprend des études supérieures au Massachusetts Institute of Technology (MIT). En 1968, elle obtient un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Shirley_Ann_Jackson" target="_blank">baccalauréat en physique après avoir travaillé sur les supraconducteurs</a>. Ses bons résultats scolaires lui ouvrent les portes de plusieurs grandes universités américaines, comme Harvard, l’Université Brown et l’Université de Chicago, mais elle choisit de poursuivre ses études au MIT, malgré la discrimination dont elle est victime de la part de certains collègues et professeurs en raison de son origine afro-américaine. Elle se spécialise ensuite en physique théorique des particules et obtient en 1973 son doctorat, faisant d’elle la première femme afro-américaine à obtenir ce grade au MIT. Puis, elle poursuit des études postdoctorales sur les interactions fortes entre particules subatomiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir travaillé durant quelques années dans des centres et laboratoires de recherche et dans le domaine de l’enseignement, elle fait son entrée en 1976 aux laboratoires AT&amp;T Bell, où elle mène des recherches en physique de la matière condensée, en physique théorique, en physique du solide, en physique quantique et en optique. Pendant cette période, la physicienne est très engagée dans son milieu, s’impliquant au sein de divers organismes et siégeant à plusieurs conseils d’administration. À partir de 1991, elle enseigne la physique théorique à l’Université Rutgers, tout en demeurant consultante pour AT&amp;T. En 1999, Jackson devient la <a href="http://rpi.edu/president/profile.html" target="_blank">18<sup>e</sup> présidente de la Rensselaer Polytechnic Institute</a>, la plus ancienne université de recherche technologique aux États-Unis. Elle est ainsi la première Afro-Américaine à diriger une institution scientifique de recherche.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Mae Jemison</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Mae_Jemison.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2268 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/10/Mae_Jemison-300x235.png" alt="mae_jemison" width="300" height="235" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Mae_Jemison-300x235.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Mae_Jemison-768x601.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Mae_Jemison-1024x802.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Mae_Jemison-65x50.png 65w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a>Mae Jemison est née en 1956 en Alabama, avant de s’installer avec sa famille à Chicago trois ans plus tard. Passionnée d’arts et de sciences, elle fréquente le Morgan Park High School, puis l’Université Stanford dès ses 16 ans. Diplômée de génie chimique et d’études africaines et afro-américaines en 1977, elle entre ensuite au Weill Medical College, où elle obtient un doctorat en médecine. Elle pratique la médecine à Los Angeles au USC Medical Center, puis dans différents pays du monde, comme Cuba, le Kenya, la Thaïlande, le Libéria et la Sierra Leone. En 1983, Jemison décide de suivre son rêve de petite fille et tente d’intégrer la NASA, mais voit son inscription refusée. Sa deuxième tentative est plus fructueuse; elle est embauchée par l’agence spatiale américaine en 1987 pour faire partie de la première cohorte d’astronautes depuis l’accident de la navette <em>Challenger</em> ayant causé la mort des sept membres de son équipage. Après un an d’entraînement, elle devient <a href="http://www.space.com/17169-mae-jemison-biography.html">la première femme afro-américaine à devenir astronaute</a>, puis à se rendre dans l’espace, lors de la mission <em>Endeavour</em>. Cette mission, qui a été la seule qu’elle ait faite, a duré 190 heures, 30 minutes et 23 secondes.</p>
<p style="text-align: justify;">Jemison quitte la NASA en 1993 pour ensuite fonder sa propre compagnie, le Groupe Jemison, qui vise à encourager les étudiants à s’intéresser aux sciences et à faire la promotion des technologies dans la vie quotidienne. Elle a également mis sur pied la fondation Dorothy Jemison, en l’honneur de sa mère, qui offre notamment des camps scientifiques internationaux pour les étudiants. Fait amusant, elle est <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mae_Jemison#Biographie" target="_blank">la première astronaute réelle à faire une apparition dans la série <em>Star Trek</em></a>.</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong>Sofia Kovalevskaya</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2183 alignright" src="/wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya-300x204.png" alt="sofia_kovalevskaya" width="300" height="204" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya-300x204.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya-768x524.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya-1024x698.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya.png 1423w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a>Parmi les plus grands mathématiciens de l’époque moderne figure Sofia Kovalevskaya, une mathématicienne russe née à Moscou en 1850. Jeune femme très déterminée, elle contracte un mariage blanc pour pouvoir quitter sa Russie natale et aller faire des études en Allemagne. À Berlin, elle étudie auprès de Karl Weierstrass, grand maître mathématicien allemand. Puisque l’Université de Berlin est réservée aux hommes, Kovalevskaya ne peut y avoir accès; c’est donc par des cours privés qu’elle reçoit les enseignements de Weierstrass.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa carrière de scientifique débute dans les années 1870, alors que son travail de recherche lui permet de remettre en question certains éléments d’un théorème sur les solutions analytiques d’un système d’équations aux dérivées partielles énoncé par Augustin Louis Cauchy, un mathématicien français. Le contre-exemple qu’elle propose redéfinit ce qu’on appelle aujourd’hui le théorème Cauchy-Kovalevskaya. En plus de ce théorème, elle défend deux articles, l’un sur les intégrales abéliennes et l’autre sur la forme des anneaux de Saturne, au cœur d’une thèse déposée à l’Université de Göttingen. Elle reçoit son doctorat en 1874, faisant d’elle <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Sofia_Kovalevska%C3%AFa#.C3.89tudes_et_doctorat" target="_blank">la première femme à obtenir ce titre en Allemagne</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Kovalevskaya retourne en Allemagne, où elle éprouve de la difficulté à pratiquer son métier de mathématicienne. En 1884, elle est nommée professeure à l’Université de Stockholm, grâce au soutien de Gösta Mittag-Leffler, un grand mathématicien suédois. Le 24 décembre 1888, on lui remet « <a href="http://images.math.cnrs.fr/Les-deux-idees-de-Sofia-Kovalevskaya.html" target="_blank">le prix Bordin de l’Académie des sciences de Paris, récompensant ses travaux sur le mouvement d’un solide autour d’un point fixe </a>».</p>
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<h3 style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Rita Levi-Montalcini</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Rita_Levi_Montalcini-1.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2270 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/10/Rita_Levi_Montalcini-1-232x300.png" alt="rita_levi_montalcini" width="232" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Rita_Levi_Montalcini-1-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Rita_Levi_Montalcini-1-768x994.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Rita_Levi_Montalcini-1-791x1024.png 791w, /wp-content/uploads/2016/10/Rita_Levi_Montalcini-1.png 1275w" sizes="(max-width: 232px) 100vw, 232px" /></a>Née en 1909 à Turin, Rita Levi-Montalcini est une grande neurologue italienne. Issue d’une famille juive de quatre enfants, elle grandit dans un milieu familial épanouissant, guidée par des parents cultivés et valorisant le développement intellectuel. Malgré tout, son père a des objections à ce que ses filles poursuivent des études supérieures, croyant que le fait d’aller à l’université allait les éloigner de leur rôle d’épouse et de mère. Faisant fi des mises en garde de son père, Levi-Montalcini décide tout de même de s’inscrire à l’École de médecine de Turin, après avoir été grandement affectée par la mort de sa gouvernante, atteinte de leucémie. Elle y étudie avec le réputé histologiste italien Giuseppe Lev. La carrière de Levi-Montalcini est interrompue par le Manifeste de la race mis sur pied par Benito Mussolini, qui <a href="https://www.nobelprize.org/nobel_prizes/medicine/laureates/1986/levi-montalcini-bio.html" target="_blank">empêche les citoyens italiens non aryens de poursuivre des carrières académiques et professionnelles</a>. Après un court séjour en Belgique, elle revient à Turin et décide de se construire un petit laboratoire de fortune dans sa chambre afin de pouvoir continuer ses recherches, s’inspirant de travaux de Viktor Hamburger.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1946, Levi-Montalcini est invitée par l’Université Washington à St. Louis pour travailler avec le même Hamburger. Alors qu’elle devait rester aux États-Unis seulement 10 ou 12 mois, les excellents résultats des recherches menées conjointement par les deux scientifiques la forcent à repousser son retour en Italie. En 1952, son travail sur des tissus cancéreux la mène à réussir <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rita_Levi-Montalcini#Vie_professionnelle" target="_blank">« l’exploit d’isoler le facteur de croissance nerveux »</a>. En 1956, elle se fait offrir un poste de professeure adjointe, puis deux ans plus tard, un poste de professeure au sein de l’Université Washington, fonction qu’elle a occupée jusqu’à sa retraite en 1977. De 1969 à 1978, elle dirige également l’Institut de biologie cellulaire du Conseil national italien de recherche à Rome. En 1986, elle reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine conjointement avec Stanley Cohen pour leur découverte des facteurs de croissance de cellules nerveuses. Levi-Montalcini sera aussi nommée ambassadrice de bonne volonté à l’Organisation des Nations Unies et sénatrice à vie au Sénat italien. Qualifiée d’infatigable par plusieurs, Rita Levi-Montalcini s’éteint en 2012 à l’âge vénérable de 103 ans.</p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Ada Lovelace</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Ada_Lovelace.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2271 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/10/Ada_Lovelace-300x219.png" alt="ada_lovelace" width="300" height="219" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Ada_Lovelace-300x219.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Ada_Lovelace-768x560.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Ada_Lovelace-1024x747.png 1024w, /wp-content/uploads/2016/10/Ada_Lovelace.png 1330w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a>Ada Lovelace est née en 1815 à Londres, fille du poète britannique Lord Byron, mais élevée seulement par sa mère, l’intellectuelle Annabella Milbanke. Cette dernière lui enseigne elle-même les mathématiques, puis embauche des tuteurs pour qu’ils poursuivent son enseignement en mathématiques et en sciences. Il est peu commun pour une jeune femme à l’époque de recevoir une telle formation, de sorte que ses études sont scrutées à la loupe. Cela n’empêche pas Lovelace de persister. À l’âge de 17 ans, elle rencontre une chercheuse réputée du nom de Mary Sommerville, qui l’encourage à poursuivre dans le domaine des mathématiques. En 1837, Sommerville lui présente Charles Babbage, un éminent mathématicien et professeur à l’Université de Cambridge, qui travaille sur des machines à différences, les ancêtres des calculatrices, qui fascinent complètement la jeune scientifique. Lovelace et Babbage entretiennent une correspondance durant plusieurs années, ce qui permet à celle-ci d’approfondir ses connaissances en mathématiques. En plus de son travail sur les machines à différences, Babbage planche sur une audacieuse machine analytique, travail que Lovelace a la chance de pouvoir suivre de près. C’est ainsi qu’elle assiste à la création du premier ordinateur moderne.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années qui suivent, Lovelace se marie et vit trois grossesses qui sont particulièrement éprouvantes pour sa santé, ce qui l’empêche de se consacrer pleinement aux mathématiques pendant un certain temps. Elle reprend du collier en 1839 et travaille sous la tutelle d’Auguste De Morgan, professeur à l’Université de Londres, qui lui enseigne notamment la logique, l’algèbre et l’analyse. En 1842, un jeune mathématicien, Federico Luigi Menebrea, publie un texte en français sur la machine analytique de Babbage. Lovelace est approchée pour faire la traduction du texte pour la revue <em>Scientific Memoirs</em>. Le résultat impressionne grandement Babbage, qui suggère à la scientifique d’ajouter ses propres notes à l’article, afin de lui donner plus de profondeur. La traduction ainsi bonifiée est d’une telle qualité que Babbage considère <a href="https://femmessavantes2.pressbooks.com/chapter/ada-lovelace-mathematicienne-1815-1852/" target="_blank">« cette traduction étoffée sur la machine analytique comme étant le document original »</a>. Parmi ses ajouts, Lovelace inscrit ce qui sera le premier algorithme, basé sur les nombres de Bernouilli, à pouvoir être réalisé par la machine. Bien que certains historiens remettent en question l’importance du rôle joué par Lovelace dans cette découverte, pour laquelle elle a travaillé en étroite collaboration avec Babbage, il semble que ce soit bel et bien elle qui ait écrit ce programme, dépassant la complexité de tous les programmes écrits par son mentor auparavant.</p>
<p style="text-align: justify;">La machine de Babbage ne connaît malheureusement pas le destin souhaité. Ne recevant plus de subventions du gouvernement britannique, les deux scientifiques n’arrivent pas à obtenir le financement pour construire la machine, et ce, malgré les tentatives de Lovelace de gagner de l’argent en faisant des paris sur des courses de chevaux. Ada Lovelace meurt en 1852 des suites d’un cancer, laissant sa famille passablement endettée.</p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Julie Payette</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2244 alignright" src="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-232x300.png" alt="julie-payette" width="232" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-768x991.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-793x1024.png 793w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png 1039w" sizes="(max-width: 232px) 100vw, 232px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Une des scientifiques les plus connues du Québec, Julie Payette est une astronaute montréalaise née en 1963. Après des études primaires et secondaires à Montréal, elle entreprend en 1982 un baccalauréat international au United World College of the Atlantic, au Royaume-Uni. Elle entre en 1986 à l’Université McGill où elle fait un baccalauréat en génie électrique, puis réalise une maîtrise en sciences appliquées, avec une spécialisation en génie informatique, à l’Université de Toronto. Elle travaille durant plusieurs années dans le domaine informatique, s’intéressant notamment au traitement du langage naturel et à la reconnaissance vocale automatique. Payette œuvre ensuite comme ingénieure chez IBM Canada, comme professionnelle de recherche à l’Université de Toronto, comme scientifique invitée au IBM Research Laboratory et comme ingénieure de recherche chez BNR/Nortel.</p>
<p>C’est en 1992 que Julie Payette amorce sa carrière d’astronaute, lorsqu’elle est sélectionnée par l’Agence spatiale canadienne (ASC) pour faire partie d’un groupe de quatre nouveaux astronautes. Elle suit sa formation de base au Canada, puis travaille comme conseillère technique pour le système d’entretien mobile, qui sera intégré à la Station spatiale internationale. De 1996 à 1998, elle poursuit sa formation au Centre spatial Johnson de Houston et contribue au travail de différents départements, dont celui de la robotique et celui de l’électronique. En 1999, elle participe à sa première mission spatiale, la STS-96, à bord de la navette <em>Discovery</em>, dans le cadre de laquelle l’équipage effectue le premier amarrage manuel de la navette à la Station spatiale internationale, en plus d’y installer quatre tonnes de matériel. À cette occasion, Julie Payette devient <a href="http://www.asc-csa.gc.ca/fra/astronautes/biopayette.asp" target="_blank">« la première Canadienne à participer à une mission de construction de la Station spatiale internationale et à monter à bord du laboratoire orbital »</a>. Elle entreprend sa deuxième mission spatiale en 2009 à bord de la navette <em>Endeavour</em>, où elle agit comme ingénieure et commande les trois bras robotiques spatiaux utilisés pour faire des installations à la Station spatiale.</p>
<p>En 2011, Julie Payette devient déléguée scientifique du Québec à Washington, tout en demeurant membre du Corps des astronautes de l’ASC. Elle quitte l’ASC en 2013 pour devenir directrice du Centre des sciences de Montréal, qui accueille chaque année des centaines de milliers de visiteurs.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<h3 style="text-align: justify;"><strong>Chien-Shiung Wu</strong></h3>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu.png"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-2228 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu-232x300.png" alt="chien_shiung_wu" width="232" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu-768x994.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu-791x1024.png 791w, /wp-content/uploads/2016/10/Chien_Shiung_Wu.png 1093w" sizes="(max-width: 232px) 100vw, 232px" /></a></p>
<p>Surnommée par certains la « Première dame de la physique », Chien-Shiung Wu est une physicienne spécialisée en physique nucléaire. Née en 1912 à Shanghai, Wu a la chance d’avoir comme père <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chien-Shiung_Wu#En_Chine" target="_blank">un fervent défenseur de la parité des sexes qui a notamment fondé l’École supérieure professionnelle de femmes de Mingde</a>. Ce dernier l’encourage donc à faire des études et à réaliser ses ambitions. En 1929, elle fait son entrée à l’Université centrale nationale de Chine, où elle obtient sa licence de physique. Souhaitant poursuivre ses études au doctorat, elle choisit de partir aux États-Unis et atterrit finalement à l’Université de Californie de Berkeley, où elle rencontre le physicien, futur prix Nobel, Ernest Lawrence, qui la convainc de travailler avec lui. Elle obtient son doctorat avec succès en 1940, puis épouse un autre physicien, Luke Yuan. Les deux scientifiques déménagent ensemble sur la côte est, où Wu devient <a href="http://discov-her.com/fr/article/chien-shiung-wu-premiere-dame-de-la-physique" target="_blank">la première femme à obtenir un poste de professeure assistante à l’Université de Princeton</a>. Elle fait ensuite le saut à l’Université de Columbia, où elle travaille sur le projet de recherche ultrasecret Manhattan, réunissant des milliers de scientifiques ayant pour mandat de mettre au point la bombe atomique avant les nazis. En plus d’être une des seules femmes chercheuses de l’équipe, elle est la première et seule scientifique chinoise.</p>
<p>Après avoir donné naissance à son premier enfant, elle poursuit ses recherches au sein de l’Université de Columbia, où elle travaille notamment sur la désintégration bêta. En compagnie des chercheurs Chen Ning Yang et Tsung-Dao Lee, elle amorce au début des années 50 une collaboration qui vise à réfuter la « théorie de la conservation de la parité » sur les particules à l’œuvre dans des réactions nucléaires. Dans le cadre de cette recherche, Wu réussit à prouver expérimentalement que la parité est violée lors de la désintégration bêta, ce qui remet en question plusieurs fondements de la physique. Pour leur travail, Chen Ning Yang et Tsung-Dao Lee reçoivent le prix Nobel en 1957, laissant de côté Chien-Shiung Wu. Alors que certains affirment que le côté expérimental des recherches de Wu a contribué à les rendre moins importantes, plusieurs attribuent cette décision au sexisme du comité de sélection. Ne se laissant pas démonter par cette affaire, Wu poursuit son travail et publie le livre <em>La désintégration bêta</em>, qui demeure aujourd’hui une référence dans le domaine. En 1975, elle devient la première femme à devenir présidente de la Société américaine de physique.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230; Briquel-Chatonnet</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Marie-Michèle Rheault Le prix Irène Joliot-Curie, du nom de la célèbre chimiste qui a obtenu un prix Nobel pour la découverte de la radioactivité artificielle, est décerné chaque année à des femmes dont la carrière exemplaire participe à la promotion de la recherche en France et à l’étranger. Il récompense trois chercheuses s’étant illustrées dans [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2196" src="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png" alt="francoise_briquel_chatonnet" width="1286" height="797" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png 1286w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-300x186.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-768x476.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-1024x635.png 1024w" sizes="(max-width: 1286px) 100vw, 1286px" /></a>Marie-Michèle Rheault</h2>
<p style="text-align: justify;">Le prix Irène Joliot-Curie, du nom de la célèbre chimiste qui a obtenu un prix Nobel pour la découverte de la radioactivité artificielle, est décerné chaque année à des femmes dont la carrière exemplaire participe à la promotion de la recherche en France et à l’étranger. Il récompense trois chercheuses s’étant illustrées dans leur domaine de recherche et tend à promouvoir la place des femmes dans la recherche scientifique. Le 14 septembre dernier, c’est Françoise Briquel Chatonnet qui remportait ce prix dans la catégorie «Femme scientifique de l’année» pour ses travaux en histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">À la fois docteure en histoire, directrice de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au laboratoire Orient et Méditerranée, directrice de la <a href="http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article105" target="_blank">mission épigraphique franco-syrienne</a> sur les inscriptions syriaques et coresponsable du <a href="http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article108" target="_blank">catalogage des manuscrits syriaques</a> du patriarcat syro-catholique à Charfet au Liban, Françoise Briquel Chatonnet se consacre depuis plus de vingt ans à la recherche sur les manuscrits syriaques et la culture des chrétiens d’Orient. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages scientifiques et a à cœur de former la relève en soutenant les étudiantes dans leurs recherches :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #008080;">Dans le cadre de son travail de terrain, notamment en Syrie et au Liban mais aussi en Inde, Françoise Briquel Chatonnet a pu réfléchir à la place des femmes et essayer de jouer un rôle afin d&rsquo;aider localement les femmes qui souhaitaient faire de la recherche sur leur tradition en nouant des collaborations. En tant que directrice de l’équipe Mondes sémitiques de l’UMR Orient et Méditerranée du CNRS, elle a également à cœur de former des étudiantes, en master ou doctorantes, venant de Syrie, Liban, Tunisie ou encore Chypre, en leur apportant encadrement, encouragement et soutien, mais aussi aide matérielle et soutien auprès des instances de leur pays, ou de la France, afin qu’elles obtiennent un poste en rapport avec leurs compétences. <a style="color: #008080;" href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Françoise Briquel-Chatonnet a su, autant par la qualité de ses recherches que par sa présence sur le terrain, se forger une place de choix dans son domaine. Elle est maintenant reconnue par ses pairs comme une historienne chevronnée et une référence incontournable dans le champ des études syriaques et sémitiques.</p>
<hr />
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Extrait du <a href="http://www.orient-mediterranee.com/IMG/pdf/prix-irene-joliot-curie-2016_628975.pdf" target="_blank">dossier de presse</a> du prix Irène Joliot-Curie.</p>
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		<title>Patriarcarlin vole la vedette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcalin]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Toony</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;">Toony</h2>
<p><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_final.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2178" src="/wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_final.jpg" alt="patriarcalin-vole-la-vedette_final" width="2048" height="1365" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_final.jpg 2048w, /wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_final-300x200.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_final-768x512.jpg 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_final-1024x683.jpg 1024w" sizes="(max-width: 2048px) 100vw, 2048px" /></a> <a href="/wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_la-suite_final.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2179" src="/wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_la-suite_final.png" alt="patriarcalin-vole-la-vedette_la-suite_final" width="2049" height="1366" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_la-suite_final.png 2049w, /wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_la-suite_final-300x200.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_la-suite_final-768x512.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Patriarcalin-vole-la-vedette_la-suite_final-1024x683.png 1024w" sizes="(max-width: 2049px) 100vw, 2049px" /></a></p>
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		<title>Mesurer le sexisme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[VIARGE! - Éditoriaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les dernières semaines ont été plutôt éprouvantes pour les féministes. D’abord, on ne saurait passer sous silence le courage de celles qui ont osé dénoncer les agressions sexuelles qu’elles ont subies. On ne saurait ignorer la force de celles qui se sont confiées, qui ont nommé leurs souffrances, qui ont exposé leurs plaies au grand [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2239" src="/wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie.png" alt="marie_curie" width="981" height="1255" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie.png 981w, /wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie-235x300.png 235w, /wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie-768x983.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Marie_Curie-800x1024.png 800w" sizes="(max-width: 981px) 100vw, 981px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Les dernières semaines ont été plutôt éprouvantes pour les féministes. D’abord, on ne saurait passer sous silence le courage de celles qui ont osé dénoncer les agressions sexuelles qu’elles ont subies. On ne saurait ignorer la force de celles qui se sont confiées, qui ont nommé leurs souffrances, qui ont exposé leurs plaies au grand jour et qui ont pointé du doigt leurs agresseurs. Elles se sont levées et ont crié bien fort le nom de ceux qui leur ont fait mal, de ceux qui ont brisé leur tête, leur cœur, leur corps.</p>
<p style="text-align: justify;">Elles ont crié tellement fort que bien des femmes ont senti le besoin de parler à leur tour. Soulignons, entre autres, le courage des femmes qui ont dénoncé les agressions sexuelles survenues dans les résidences de l’Université Laval à la mi-octobre. Pensons aussi à celles qui ont choisi de se taire ou qui se sentent incapables de crier. Elles ne sont pas moins courageuses et leur douleur n’en est pas amoindrie. Que vous criiez votre douleur ou que vous la viviez en silence, sachez que nous vous croyons.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Université Laval étant l’alma mater de la majorité des membres du collectif <em>Françoise Stéréo</em>, inutile de dire que cette nouvelle nous a bouleversées. À la veille de la sortie de notre numéro sur la science, nous avons été choquées de constater que l’université, ce lieu où les grands esprits naissent, où les humains qui le fréquentent s’ouvrent à la connaissance et doivent être dotés d’un jugement certain, était encore et toujours un lieu de menace pour les femmes. Nous nous sommes battues pour y entrer, pour pouvoir y étudier, et maintenant, nous devons nous battre pour y être en sécurité? Vraiment? L’université devrait être le lieu de tous les possibles, de tous les savoirs. Elle devrait permettre aux femmes de se dépasser intellectuellement et de repousser les barrières. Pourquoi faut-il alors que des évènements aussi violents qu’une agression sexuelle ou qu’une violation de la vie privée viennent détruire la confiance que les étudiantes ont mis des années à bâtir? Pourquoi les femmes doivent encore et toujours se méfier des attaques possibles sur leur corps alors qu’elles ne voudraient que pouvoir se concentrer sur le développement de leurs connaissances? Puis, les attaques sont insidieuses. Quand on parle d’agressions sexuelles dans une résidence universitaire, c’est criant de violence et tout le monde est d’accord pour condamner ces gestes. Mais qu’en est-il de la misogynie latente dans les laboratoires de chimie? Qu’en est-il de ces chercheuses en sociologie qui se tapent la compilation de données de recherche pour un prof qui va recevoir tous les mérites? Comment démontrer les inégalités qui surviennent dans une assemblée générale étudiante d’un programme de physique où la majorité des étudiants sont masculins et où les femmes peinent à faire valoir leurs besoins et leurs idées? On parle ici du milieu universitaire, mais les milieux de travail liés aux sciences, qu’il s’agisse de sciences appliquées ou humaines, ne sont guère plus équitables.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour notre huitième numéro, nous avons choisi de nous intéresser à la science. Le thème a inspiré beaucoup de collaboratrices et nous sommes heureuses de la diversité de sujets et d’approches que cela a engendrée. Naturellement, il y a dans ce numéro des portraits de femmes scientifiques qui n’ont pas eu toute l’attention qu’elles auraient mérité. Nous pensons ici à Margaret Hamilton, une pionnière dans le domaine de la programmation informatique, puis à Rosalind Franklin, qui a contribué à la découverte de la structure de l’ADN. Ce numéro a aussi été l’occasion pour certaines de constater à quel point plusieurs pans de la recherche scientifique spécifiquement liés aux femmes ne sont pas assez développés. Pensons notamment à la recherche sur les SPM, sur l’endométriose ou sur la contraception. Ce numéro abordera aussi l’épineuse question des sciences « molles » que certains considèrent comme moins scientifiques ou légitimes que les sciences dites « pures ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le collectif éditorial aimerait remercier Yannick Hervieux et Anthony Charbonneau Grenier de <a href="https://www.facebook.com/bicephal/?fref=ts" target="_blank">Bicéphale – Solutions graphiques </a>pour l’illustration de ce présent numéro. Dans un concept ludique, les deux illustrateurs ont voulu rendre hommage à quelques grandes scientifiques qui se sont illustrées dans plusieurs domaines tels que l’astronomie, la chimie, les mathématiques, etc. Soulignons aussi l’arrivée d’une nouvelle venue dans l’équipe de chroniqueuses. Eftihia Mihelakis signera maintenant la chronique <em>C&rsquo;est kif-kif</em> qui portera sur ce qui se trame derrière les échanges les plus banals de notre quotidien, pour enquêter sur les dangers/plaisirs d&rsquo;une naturalisation des phénomènes culturels. Quelques objets qui y seront étudiés cette semaine : le yogourt grec, Disney Land dans le monde, l’alma mater, etc.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Collectif éditorial</strong><br />
Marie-André Bergeron<br />
Valérie Gonthier-Gignac<br />
Catherine Lefrançois<br />
Marie-Michèle Rheault<br />
Julie Veillet<br />
Illustrations : Yannick Hervieux et Anthony Charbonneau Grenier de <a href="https://www.facebook.com/bicephal/?fref=ts" target="_blank">Bicéphale – Solutions graphiques </a><br />
Révision : Julie Veillet</p>
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		<title>#jesuismolle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Contemplations du câlice]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Marie-Michèle Rheault J’ai dix-neuf ou vingt ans et j’en suis à ma deuxième session au cégep. Oui, j’ai vingt ans, bon! Je fais partie de ces gens qui ont voulu vivre leur vie entre le secondaire et le cégep (lire ici, travailler de nuit au salaire minimum pour me payer un appartement minable dans le [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><strong><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2186" src="/wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie.png" alt="hypatie_d_alexandrie" width="1292" height="951" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie.png 1292w, /wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie-300x221.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie-768x565.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Hypatie_d_Alexandrie-1024x754.png 1024w" sizes="(max-width: 1292px) 100vw, 1292px" /></a>Marie-Michèle Rheault</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">J’ai dix-neuf ou vingt ans et j’en suis à ma deuxième session au cégep. Oui, j’ai vingt ans, bon! Je fais partie de ces gens qui ont voulu vivre leur vie entre le secondaire et le cégep (lire ici, travailler de nuit au salaire minimum pour me payer un appartement minable dans le vieux Noranda). Bref, on est en 2002 et j’étudie en soins infirmiers : chimie, biologie, microbiologie, pathologie, pharmacologie, etc. C’est fascinant! J’apprends à connaître chaque millimètre du corps humain, chaque vaisseau sanguin, chaque organe. J’apprends aussi les réactions des médicaments dans le foie, le cerveau, le sang. On m’enseigne à faire des pansements, à prendre les signes vitaux d’un patient, puis à faire preuve d’empathie, d’altruisme, d’humanité. Un beau programme. Vraiment. Exigeant, mais beau et complet.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec les études collégiales viennent – au grand dam de bien des étudiants des programmes techniques – les cours du tronc commun général qui comprend la philo, la littérature. Je me retrouve donc au beau milieu du cours Littérature II avec mes futures collègues infirmières. Le prof, un beau grand brun passionné, s’active devant la classe. Tommy qu’il s’appelle. Il nous parle avec verve du <em>Germinal</em> d’Émile Zola. À travers ses mots je sens, je comprends, je saisis d’un seul souffle ce qu’impliquent les conditions de travail effroyables, la lutte des classes, l’amour quand tu crèves de faim, la loyauté, la résistance, la révolte, la révolution, la résignation. Je suis là, dans la salle de classe, et je <em>catche</em> toute l’étendue de ce qu’un roman peut nous apprendre. Je me sens soudainement flouée : pourquoi on ne m’a jamais dit que la littérature, ça pouvait être si grand? J’étais où, moi, toutes ces années? Ignorante que je suis. Tout d&rsquo;un coup, je suis complètement absorbée par ce qu&rsquo;on me raconte de <em>Germinal</em>. Je me retrouve catapultée dans une mine froide et humide du nord de la France au XIX<sup>e</sup> siècle. Le réalisme de Zola se fraye un chemin directement dans mes neurones et j&rsquo;ai presque l&rsquo;impression que la salle de classe sent le charbon et que mes poumons en sont pleins. À mes côtés, une collègue de soins infirmiers me glisse à l&rsquo;oreille : « Ostie que c&rsquo;est plate ». Je la regarde, médusée. Mon cerveau fait trois tours, se met à <em>spiner</em>, et s&rsquo;arrête brusquement. Je la fixe avec des yeux ronds, incapable d&rsquo;acquiescer à sa remarque. Faute de mieux, je lui fais un faux sourire niais. Ma tête dit/crie NON et ça devient d&rsquo;une évidence déconcertante. Moi, je ne veux plus donner des médicaments et demander aux patients la couleur de leur marde. Moi, je veux de la littérature TOUS LES JOURS. Je veux que ma vie soit remplie de littérature, d&rsquo;histoire, de sciences politiques, d&rsquo;anthropologie, de sociologie, de philosophie, d&rsquo;arts visuels, de cinéma. Je ne suis pas une scientifique, dite pure. Je suis molle! Je suis de celles qui voient tout ce que les sciences humaines et sociales, dites « molles », contiennent de connaissances et de possibilités. Je suis molle!</p>
<p style="text-align: justify;">Vous en conviendrez, l’appellation « sciences molles », c’est <em>fucking</em> péjoratif. Si je cherche dans Antidote, on me dira que <em>mou</em> est ce « qui n’est pas ferme au toucher, qui s’enfonce lorsqu’on appuie dessus, qui n’est pas rigide et plie facilement, qui manque de vigueur, de vivacité, de dynamisme ». Pas étonnant qu’on nous rabâche les oreilles avec l’inutilité des sciences molles. Qu’a-t-on à foutre d’une science qui plie facilement, qui manque de vigueur et de dynamisme? Mais je ne pense pas que ces qualificatifs définissent ce que sont réellement l’anthropologie ou l’histoire ou la sociologie. Je discutais l’autre jour avec Typhaine et Sah sur l’idée de qualifier ces domaines de sciences « souples ». Plutôt que de propager l’idée de mollesse et de manque de vigueur, la souplesse renvoie plutôt à des notions de flexibilité et de mouvement. Quand on est souple, on tangue, on se transforme, on se modifie, mais on ne casse pas. Cette façon de qualifier les sciences humaines et sociales me semble beaucoup plus juste : à la fois profond, ouvert, complexe. Puis, elle renvoie moins à la dichotomie mou/dur et, par le fait même, diminue la perception négative des sciences qui n’entrent pas dans la sacro-sainte famille des « pures ».</p>
<p style="text-align: justify;">Au-delà de la perception des sciences molles, on peut interroger l’éthique scientifique ou la méthodologie derrière les résultats d’une étude en sciences sociale ou humaine. Les détracteurs des mous vont dire que les sciences sociales ne reposent sur aucun fondement vérifiable, quantifiable, mesurable, qu’elles sont trop vulnérables aux facteurs extérieurs qui pourraient venir brouiller les résultats. Mais l’interprétation de faits sociaux est-elle vraiment moins précise et solide que l’interprétation de données dites « scientifiques » qui peuvent, elles aussi, être influencées par un paquet de facteurs plus ou moins contrôlés? Certes, l’interprétation des faits historiques est influencée par les valeurs politiques et sociales de la personne qui la fait. N’en est-il pas ainsi de la pharmacologie? Des lettres au néon formant les mots Bayer et Monsanto flashent dans votre tête en ce moment? C’est normal. C’est difficile d’accepter que l’industrie pharmacologique soit influencée par l’agroalimentaire et l’économie. La pureté est moins blanche tout à coup, hein? Vous avez envie que je vous parle de la pureté des laboratoires universitaires financés par des compagnies privées? Des études sur le climat commandées par des gouvernements pro-sable bitumineux?</p>
<p style="text-align: justify;">Au lendemain de mon épisode de grande lucidité zolesque, j’ai sacré mon camp du programme de soins infirmiers pour m’inscrire en arts et lettres. Meilleure décision de ma vie. Je ne serais pas la féministe/militante que je suis devenue si je n’avais pas fait l’effort de me plonger dans les sciences humaines et sociales, si je n’avais pas lu Louky Bersianik, si je n’avais pas consulté les travaux de Micheline Dumont ou de Virginie Despentes, si je n’avais pas vu les films de Léa Pool. Comment aurais-je pu prendre conscience des inégalités sociales et travailler à les déconstruire si je n’avais pas eu accès aux connaissances qui émergent des sciences molles? Et aujourd’hui encore, je réitère mon besoin et mon envie de participer à l’émergence de nouvelles idées, de me battre pour le féminisme et l’écologie, contre le racisme et la pauvreté. Et tout cela passe, j’en suis plus que convaincue, par les connaissances que m’apportent les sciences humaines et sociales. #jesuismolle ! L’êtes-vous?</p>
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		<title>Vous allez pas crever</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; Céline Hequet J’ai déjà raconté ailleurs comment c’est mon contact avec les hommes des sciences sociales qui m’a fait prendre conscience de ma condition de femme. D’abord comme militante, alors que je logeais encore au département beaucoup moins genré de biologie. Puis comme étudiante, quand j’ai finalement trouvé la place qui me convenait en [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<h2 style="text-align: right;"><strong><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2183" src="/wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya.png" alt="sofia_kovalevskaya" width="1423" height="970" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya.png 1423w, /wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya-300x204.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya-768x524.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Sofia_Kovalevskaya-1024x698.png 1024w" sizes="(max-width: 1423px) 100vw, 1423px" /></a>Céline Hequet</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">J’ai déjà raconté <a href="http://raisons-sociales.com/articles/liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui/replique-au-texte-liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui-walter-benjamin-et-les-conservateurs-de-gauche/pourquoi-jecris-un-texte-pour-raisons-sociales/" target="_blank">aill</a><a href="http://raisons-sociales.com/articles/liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui/replique-au-texte-liberer-du-conformisme-une-tradition-en-passe-detre-violee-par-lui-walter-benjamin-et-les-conservateurs-de-gauche/pourquoi-jecris-un-texte-pour-raisons-sociales/" target="_blank">eurs</a> comment c’est mon contact avec les hommes des sciences sociales qui m’a fait prendre conscience de ma condition de femme. D’abord comme militante, alors que je logeais encore au département beaucoup moins genré de biologie. Puis comme étudiante, quand j’ai finalement trouvé la place qui me convenait en sociologie, après beaucoup d’errance.</p>
<p style="text-align: justify;">Au début, je dois dire, je prenais beaucoup sur moi les disparités que j’observais entre les hommes et moi. Alors que j’avais toujours été une première de classe, multiboursière et polyhonorée, je vivais désormais avec la douloureuse impression d’être constamment à la remorque de mes camarades de classe. Moi qui avais suivi un cursus scientifique dès le secondaire quatre et qui n’avais jamais lu un livre théorique de ma sainte vie, je me sentais comme une parfaite inculte à mon arrivée à l’UQAM et j’avais mal au ventre chaque fois que les autres <em>namedroppaient</em> leurs lectures. À la vitesse où je lisais et étant dotée d’une concentration digne d’un enfant de cinq ans qui vient de manger trois tartines de Nutella, ce retard était et demeure tout simplement irrattrapable.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis l’époque où la simple idée d’un cercle de lecture me rendait malade, parce que je me sentais profondément idiote et inapte. Avec les bons résultats que j’ai eus dans mes séminaires, un processus de rédaction qui s’est finalement plutôt bien déroulé dans les circonstances (décès d’un parent) et la confiance que l’équipe de <em>Ricochet</em> a accordée à mon écriture, j’ai tranquillement pris confiance en moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, cette prise de confiance s’est révélée à double tranchant. À mesure que je me convaincs que j’ai quelque chose à dire qui mérite d’être lu ou écouté, que j’ai développé une expertise plutôt unique sur les méthodes d’évaluation monétaire de la nature et peut-être un peu, même, sur le néolibéralisme (voyez comme la confiance reste partielle malgré tout), je me rends compte que tout un pan de la vie intellectuelle me demeure inaccessible. J’ai la désagréable impression que plus je m’approche du sérieux, du formel et de l’académique, plus je deviens transparente. Je me sens comme à l’époque où j’étais « la blonde de » : je suis le meuble à côté. Je suis peut-être assez bonne pour être invitée sur une <em>date</em>, mais peut-être pas assez pour participer à leurs colloques ou à leurs ouvrages collectifs. Faudrait pas exagérer quand même!</p>
<p style="text-align: justify;">J’observe autour de moi quelques femmes qui ont réussi à faire leur place dans cet univers et je les admire. Cependant, j’ai l’impression que ce sont toujours les trois ou quatre mêmes qui sont recyclées à chaque panel et qui jouent les <em>token girls</em> dans les revues branchées de l’élite intellectuelle montréalaise. J’ai d’ailleurs eu l’impression d’avoir fait ma place dans <em>Raisons sociales</em> à coups de hache et d’avoir formulé mon texte de telle façon qu’il ne pouvait être refusé.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces femmes ont toutes quelques années de plus que moi, alors que je vois beaucoup d’hommes plus jeunes qui ont pris leurs aisances dans ce milieu depuis belle lurette. Elles ont une posture privilégiée par rapport à leurs collègues féminines dont elles ne sont peut-être pas conscientes, mais cette posture est fort peu enviable dès qu’on les compare à leurs collègues masculins. Une amie me confiait récemment qu’elle a été invitée à la toute dernière minute à remplacer un homme sur un panel, lorsque les organisateurs se sont rendu compte, oh surprise, qu’il ne comptait aucune femme. La décision a été prise en catastrophe, si bien que le nom de l’homme remplacé figurait encore sur le programme au moment de la présentation. Ça, c’est la façon dont on traite les rares femmes qui ont atteint les hautes sphères dans le milieu des sciences sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’entends ces histoires, ça me rend folle de rage. Je dois dire que j’en ai plus que marre de ces ouvrages collectifs d’hommes, de ces revues d’hommes, de ces panels d’hommes et de ces réunions d’hommes. Je me fous de savoir si j’ai moins lu, si ma présentation sera moins solide, si ma voix va trembloter, si mon texte aura moins de notes de bas de page, s’ils n’y ont « tout simplement pas pensé » ou s’ils ont « essayé mais personne n’était disponible ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette situation ne peut tout simplement plus durer. Je le dis et je le répète, même si je suis déjà épuisée : être féministe, ce n’est pas juste une belle petite étiquette qu’on rajoute après anticapitaliste avec une trâlée d’autres termes un peu creux pour se flatter dans le dos. Être féministe, c’est une lutte quotidienne contre un ordre dominant, ce sont des choix et des sacrifices afin de remettre les femmes de l’avant. Les hommes qui ne sont pas prêts à faire ces efforts ne peuvent tout simplement pas être des alliés du féminisme. Les milieux qui ne sont pas prêts à faire de la place aux femmes ne sont pas féministes. Et nous ne demandons pas seulement <em>une </em>place, mais LA place qui nous revient, c’est-à-dire la moitié.</p>
<p style="text-align: justify;">Sinon, on va devoir arrêter de demander gentiment et commencer à exercer un rapport de force. On n’est pas assez bonnes pour militer avec vous ou contribuer à vos réflexions théoriques? Parfait, alors j’imagine qu’on n’est pas assez bonnes non plus pour corriger vos textes, pour fourrer, pour taper les PV ou pour vous torcher. La mixité ne peut pas advenir seulement quand ça vous arrange, quand vous avez besoin d’un reposoir. Vous faites des efforts? Faites-en plus! Vous allez pas crever.</p>
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		<title>À propos du yogourt grec</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[C'est kif-kif]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Eftihia Mihelakis L’autre jour, assise face à l’ordi, elle est en train de bouffer son dîner toute seule dans son bureau, quand une collègue cogne à la porte pour lui demander si elle a envie de son pot de yogourt. Elle lui tend le pot et lui dit que c’est du yogourt grec, en lui [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2244" src="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png" alt="julie-payette" width="1039" height="1341" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png 1039w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-768x991.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-793x1024.png 793w" sizes="(max-width: 1039px) 100vw, 1039px" /></a>Eftihia Mihelakis</h2>
<p style="text-align: justify;">L’autre jour, assise face à l’ordi, elle est en train de bouffer son dîner toute seule dans son bureau, quand une collègue cogne à la porte pour lui demander si elle a envie de son pot de yogourt. Elle lui tend le pot et lui dit que c’est du yogourt grec, en lui faisant un clin d’œil. Elle prend le pot, le place à côté de l’écran : <em>ah ! du yaourt, merci !</em> <em>Je le mangerai plus tard, pour la collation.</em> (Elle ne mange jamais de collation.) Elle tourne le dos pour faire face à l’écran. Avant de fermer la porte, sa collègue réagit. <em>Yaourt ? C’est quoi ça du yaourt ?! Viens pas me dire que c’est normal de dire yaourt, comme les Français ?!</em></p>
<p style="text-align: justify;">Que disons-nous de nous-mêmes et des autres quand nous portons une attention surdimensionnée à la nécessité de manger du yogourt de façon quotidienne ? Et pourquoi est-il si important de manger du yogourt grec ? S. dit : <em>considère le marché pour un instant. Il y avait un vide il y a une dizaine d’années où il ne se passait rien dans le milieu du yogourt</em>. <em>Le yogourt grec est devenu une stratégie marketing pour combler ce vide. </em>C’est quand même exceptionnel que dans le milieu du yogourt, il y avait un continent noir à explorer. Et à exploiter.</p>
<p style="text-align: justify;">Alléluia ! Une équipe de marketing semble avoir découvert le trajet pour atterrir sur le nouveau continent. Elle étudie les données produites par la communauté scientifique : <em>les études démontrent que les bactéries dans le yogourt activent les mouvements gastro-entériques pour accélérer le processus naturel de la digestion et rétablissent la flore intestinale. Qui pourrait vouloir acheter ça ? Les femmes ! Il faut les faire chier.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Avant, on aurait eu du yogourt pas exotique, pas genré. Du yogourt nature ou du yogourt avec de la confiture au fond du pot, du yogourt sans gras, mais c’était du yogourt bien ordinaire, avec rien de vraiment différent, juste de l’aspartame. Rien qui aurait éveillé en nous un besoin profond jusque-là insatisfait et inexploré.</p>
<p style="text-align: justify;">Et tout d’un coup, les pubs abondent. Des femmes qui dansent à la télé en plein milieu du salon ou dans la cuisine, là où elles semblent être bien confortables ; et sur leur ventre, un schéma dynamique avec des flèches qui tournent en rond. Elles semblent être enfin contentes, soulagées&#8230; de ne plus être constipées.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y aurait eu rétablissement de l’équilibre. Elles auraient enfin liquidé tout ce qui est pogné dans leurs tripes depuis des millénaires. On entend les femmes dire à la télé : <em>c’est bien de retrouver l’équilibre en soi.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Amen !</p>
<p style="text-align: justify;">Le bonus : le yogourt probiotique garde la flore vaginale bien fraîche, bien en équilibre. C’est ce que disent les publicités, les amies, même la yuppie à l’épicerie bio du coin le dit. <em>Un pot par jour, c’est santé !</em></p>
<p style="text-align: justify;">C’est possiblement vrai que les femmes soient tannées d’acheter des médicaments antifungiques pour traiter les infections à levures vaginales. Prends A. qui a dit l’autre jour : <em>c’est fou de penser au confort que je ressens lorsqu’une infection à levures s’actualise</em> live. <em>Plus besoin de médicaments, plus besoin d’aller voir le pharmacien qui feint de comprendre l’inconfort que procurent ces infections. Allez hop</em>, <em>je prends un pot de yogourt probiotique avant ou après le sexe, avant mes menstruations, après mes menstruations, pendant l’ovulation. </em>Et aussi pendant la collation? avait-elle envie de lui dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Z. a dit l’autre jour que le yogourt grec est un merveilleux supplément nutritionnel pour son entraînement. <em>Ah oui, le yogourt grec. Elle avait presque oublié que tous les yogourts n’étaient pas égaux. </em>Il est un haltérophile. Il lui dit : <em>je dois manger 239 g par jour de protéines</em>. <em>C’est sérieux mon affaire.</em> À quantité égale, le yogourt grec, plus ferme, et ayant un résidu solide, renferme deux fois plus de protéines que le yogourt ordinaire. Les pubs montrent un Adonis bien musclé qui est fier de transmettre sa culture. Une masse de gars se convertissent tout d’un coup. Ils ne croient qu’à la puissance du yogourt grec.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em>Le yogourt grec est deux fois plus cher que le yogourt ordinaire. Le procédé est pourtant bien simple : il est égoutté. La texture est lisse, ferme et onctueuse parce qu’on a enlevé l’excès de matières liquides. <em>Il n’y a rien de grec là-dedans !</em></p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;">Elle finit par réaliser : <em>j’aurais dû lui dire « substance laitière à forte concentration de protéines et de bactéries à l’intention des femmes qui sont peut-être constipées depuis </em>forever<em> ou des </em>douches<em> qui veulent augmenter leur masse musculaire ».</em> Elle finirait peut-être un jour par le bouffer le yogourt grec, sûrement, peut-être, mais pas tout de suite.</p>
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		<title>8. Science, université, savoir, vérité et objectivité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[Notes pour un existentialisme queer]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre-Luc Landry]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pierre-Luc Landry Dire « je » à l’université : voilà une idée révolutionnaire. Une idée qui ne devrait pourtant pas être aussi subversive qu’elle le semble en ce moment puisque le savoir, de tout temps, dans toutes les disciplines, n’existe pas sans orientation, sans être situé. Mon expertise à moi, bien petite et modeste, concerne la littérature, donc [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><strong><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson.png"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-2222" src="/wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson.png" alt="shirley_ann_jackson" width="893" height="1196" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson.png 1051w, /wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson-224x300.png 224w, /wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson-768x1028.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Shirley_Ann_Jackson-765x1024.png 765w" sizes="(max-width: 893px) 100vw, 893px" /></a></strong><strong>Pierre-Luc Landry</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">Dire « je » à l’université : voilà une idée révolutionnaire. Une idée qui ne devrait pourtant pas être aussi subversive qu’elle le semble en ce moment puisque le savoir, de tout temps, dans toutes les disciplines, n’existe pas sans orientation, sans être situé. Mon expertise à moi, bien petite et modeste, concerne la littérature, donc l’univers des humanités, des arts, des lettres, des sciences humaines et sociales. J’écris par conséquent depuis cette perspective particulière, ignorante de bien des modalités propres aux sciences de la santé, aux sciences de la terre, au génie et aux sciences appliquées. J’ose tout de même prétendre que le médecin, la chimiste, la physicienne ou le géologue partagent avec leurs collègues des facultés plus « molles », pour reprendre le cliché éculé et méprisant, une certaine humanité. En effet, cachés derrière un « nous » auctorial, derrière des données supposément neutres, la politologue, le critique littéraire et la sociologue, au même titre que leurs homologues de sciences et génie, sont absolument capables d’objectivé; néanmoins, ils n’en sont pas pour autant des êtres objectifs – la nuance est essentielle –, ni des esprits purs, des machines à réfléchir et à analyser pour qui le monde social n’existerait pas, qui seraient né·e·s et auraient grandi en vase clos, sans être formé·e·s par la doxa et ses discours dominants, sans avoir quelque relation que ce soit avec la culture, les institutions et le pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Ma perspective, à plus forte raison, est celle d’un homme blanc cisgenre hautement scolarisé et privilégié sur un nombre infini d’aspects. Il est important de le considérer. Mon discours n’est pas neutre. Surtout : il n’existe aucun discours neutre. Chaque prise de parole émerge d’un lieu d’énonciation dont les contours sont essentiels à la compréhension des différentes idéologies qui y sont à l’œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aimerais, par ces notes trop courtes, mettre de l’avant les réflexions sur le sujet de la part de quelques théoriciennes qu’il m’a été donné de lire récemment, dont le travail participe d’un certain renouvellement de la science qu’il est urgent d’appeler de nos vœux et, surtout, de mettre nous-mêmes en place.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>bell hooks</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’introduction de son ouvrage sur <em>L’imaginaire hétérolingue</em>, Myriam Suchet choisit, l’espace de quelques pages, de faire usage du « je » afin de « dissiper l’illusion de la chercheuse objective et extérieure à son travail » (2014 : 33). Inspirée par les théories postcoloniales, Suchet insiste sur l’importance de « reconnaître que nous pensons toujours de manière <em>située</em>, car c’est à partir d’une situation qu’une connaissance est possible, même si cette connaissance n’est pas réductible aux conditions de son élaboration » (2014 : 33). La « prétention à la neutralité scientifique » ne semble plus possible aujourd’hui, notamment puisque le postcolonialisme a montré que l’universalisme n’est toujours que l’expression d’un sujet collectif hégémonique qui se pose lui-même comme universel stable et invariable.</p>
<p style="text-align: justify;">La théorie du <em>standpoint</em> suggère de plus qu’il n’existe que des savoirs situés, partiaux et incomplets; bell hooks, dans <em>Teaching to Transgress</em>, propose de mettre cette idée à contribution dans la relation entre le professeur ou la professeure, savant·e incontesté·e et spécialiste de « son » sujet, et les étudiant·e·s qui s’abreuvent à son savoir. En effet, puisque nous pensons toujours de manière située, un enseignement qui fait de la place à l’expérience – paramètre si important de la méthode scientifique que l’on tend toutefois à oublier très vite en dehors du laboratoire – permettrait « d’améliorer notre capacité à connaître » (hooks, 1994 : 148; ma traduction). Ron Scapp, l’interlocuteur de bell hooks dans ce chapitre de son ouvrage, ajoute qu’un tel partage d’expériences personnelles à l’université « permet aux étudiant·e·s de revendiquer un socle de connaissances à partir duquel ils·elles peuvent s’exprimer » (1994 : 148; ma traduction). En ce sens, donc, hooks milite pour une science qui n’ignore pas volontairement que les êtres humains sont aussi faits d’émotions : « <em>The restrictive, repressive classroom ritual insists that emotional responses have no place. Whenever emotional responses erupt, many of us believe our academic purpose has been diminished. To me this is really a distorted notion of intellectual practice, since the underlying assumption is that to be truly intellectual we must be cut off from our emotions.</em> » (1994 : 155).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce partage pédagogique, favorisant l’apprentissage, n’est toutefois pas à sens unique, chez hooks. Elle invite en fait les professeur·e·s à exposer leur vulnérabilité, à prendre des risques. « <em>Engaged pedagogy does not seek simply to empower students</em> », écrit-elle (1994 : 21). « Ceux et celles qui s’attendent à ce que les étudiant·e·s partagent leur histoire personnelle mais qui sont peu disposé·e·s au partage eux-mêmes et elles-mêmes exercent leur pouvoir de manière coercitive », précise-t-elle aussi (1994 : 21; ma traduction). Pour qu’une telle pédagogie fonctionne, il faut que les professeur·e·s se mettent en danger d’abord, faisant le premier pas vers l’instauration d’un nouveau rapport de pouvoir, plus horizontal, « afin de montrer [à la classe] de quelle manière les expériences personnelles peuvent illuminer et rehausser notre compréhension du matériel théorique » (1994 : 21; ma traduction).</p>
<p style="text-align: justify;">La reconnaissance de la vulnérabilité des professeur·e·s ouvre une véritable boîte de Pandore qui, une fois déballée, pave la voie à la remise en cause de la culture de la vitesse dans le monde universitaire. Et c’est tant mieux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Maggie Berg et Barbara K. Seeber</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est à cette tâche herculéenne que Maggie Berg et Barbara K. Seeber s’attellent dans leur ouvrage <em>The Slow Professor.</em> Il est impossible de rendre justice à leur texte en quelques lignes seulement; leur manifeste pour plus de lenteur ainsi que leurs fines analyses des problèmes actuels de l’institution universitaire sont essentiels pour quiconque œuvre à l’université ou entend y passer un moment, étudiant·e·s comme professeur·e·s, chercheur·e·s et – surtout – administrateurs·trices. Je voudrais en dire quelques mots, ne serait-ce que pour souligner le courage et l’honnêteté avec lesquels Berg et Seeber se sont livrées à un exercice difficile d’humilité, de fragilité et d’intimité absolument nécessaire pour repenser la science et ses institutions.</p>
<p style="text-align: justify;">Leur ouvrage émerge des difficultés ressenties dans l’exercice de leurs fonctions, et a demandé de leur part un certain mépris du danger, puisqu’elles énoncent ainsi ce que d’aucuns pourraient considérer comme une incompétence fondamentale : « <em>Academic training includes induction into a culture of scholarly individualism and intellectual mastery</em> », écrivent-elles en introduction; « <em>to admit to struggle undermines our professorial identity. The academy as a whole has been reticent in acknowledging its stress; to talk about the body and emotion goes against the grain of an institution that privileges the mind and reason</em> » (2016 : 2). Considérant la pratique individuelle de leur profession comme un lieu de résistance, Berg et Seeber plaident pour une perturbation en profondeur du modèle corporatif appliqué à l’université, avec tout ce qu’il inclut de vitesse et de pression abusives. Elles réclament, pour les professeur·e·s et les étudiant·e·s à qui ils et elles enseignent (donc, par extension, pour la science), le droit à la santé (physique et mentale) et le droit à la vie privée; le manque de temps dont les scientifiques souffrent « n’est pas uniquement un problème individuel. Il est néfaste au travail intellectuel puisqu’il interfère avec notre capacité à penser de manière critique et créative » (2016 : 17; ma traduction). S’opposant au temps du monde des affaires, Berg et Seeber proposent que l’université a besoin d’exister à l’extérieur du temps, dans ce qu’elles nomment une « intemporalité » propice au travail intellectuel et scientifique. Elles refusent par le fait même les différentes « stratégies gagnantes » de gestion du temps, et suggèrent de permettre aux professeur·e·s, à l’université, d’en faire moins, d’une part, et de s’investir davantage, d’autre part, dans une pédagogie instruite par le plaisir, ainsi que dans une plus grande collégialité avec les collègues. En ce sens, leur programme n’est pas très éloigné de celui de bell hooks.</p>
<p style="text-align: justify;">Citant Margaret Blackie, Jennifer Case et Jeff Jawitz, Berg et Seeber réclament un environnement où les intellectuel·le·s et les scientifiques peuvent être vulnérables et explorer leurs incertitudes et leurs doutes (2016 : 33); en effet, l’émotion, à leur sens, peut faire de l’obstruction au programme global de l’université corporative (2016 : 34). Pour les deux autrices, comme pour bell hooks avant elles, l’intelligence a besoin d’un corps dans lequel s’incarner, et l’insistance des discours prononcés autour de la science sur l’autosuffisance de l’esprit « a des effets délétères sur [l’]enseignement » et la vie des professeur·e·s; elles suggèrent alors, pour le bénéfice des étudiant·e·s qui apprennent en grande partie grâce aux émotions ressenties lors du contact avec un nouveau savoir, de faire de l’université et de la science des endroits positifs (2016 : 34-35) où penser en collectifs, de manière éthique, en faisant de la place aux autres et à l’altérité (2016 : 58-59).</p>
<p style="text-align: justify;">Une telle collégialité est garante de plus d’attention et de soin, de <em>care</em>. La relation pédagogique se joue d’individu à individu; ainsi, il est nécessaire qu’elle se déroule dans le respect, dans l’écoute, dans l’ouverture, et un environnement positif où le professeur ou la professeure va bien, littéralement – c’est-à-dire qu’il ou elle n’est pas sur le point de craquer –, favorise le dépassement de soi. Ainsi, la résistance que prônent Berg et Seeber par rapport à la transformation de l’université en entreprise à but lucratif leur permet d’envisager le futur de la science et de ses institutions avec espoir : la culture peut changer, affirment-elles (2016 : 84).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons besoin d’affirmer, au sein même des institutions du savoir, que celui-ci n’est pas objectif et neutre. Nous avons besoin aussi de penser la science autrement, de comprendre que le savoir est situé, de réinvestir la salle de classe, de placer les étudiant·e·s au centre de la mission de l’université, et d’imaginer un espace de réflexion et de création qui n’étouffe pas ses professeur·e·s sous des demandes et des contraintes déshumanisantes. Myriam Suchet, bell hooks, Maggie Berg et Barbara K. Seeber nous y invitent, chacune à sa façon. Elles ne sont pas seules, bien entendu; les ouvrages sur la crise des institutions universitaires et des disciplines sont légion. Mais rares sont ceux qui mettent de l’avant les émotions et la vulnérabilité. Ces textes sont, la plupart du temps, écrits par des femmes. Je ne proposerai pas d’explication à ce « phénomène »; il me semble de toute manière qu’il est assez simple à comprendre (en surface, à tout le moins). Ne dit-on pas souvent qu’en politique les femmes font les choses autrement, lorsqu’elles ne se contentent pas de reproduire les comportements « masculins » toxiques hégémoniques, qu’elles les remettent plutôt en question? Parce que ce sont elles qui ont tout à perdre, peut-être, et qu’au jeu de quitte ou double la prudence ne sert plus à rien. Mais qu’est-ce que j’en sais, au fond? J’en sais seulement que les textes cités ici, dans ces notes, que j’espère d’ailleurs avoir traités avec la considération qu’ils méritent, suggèrent qu’il est urgent de faire descendre la science et le savoir de leur piédestal, non pas pour en atténuer le prestige, mais bien plutôt pour les envisager comme des activités humaines, donc empreintes d’idéologies, et de les rendre accessibles au plus grand nombre, dans l’esprit de l’avancement des connaissances.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">BLACKIE, Margaret A.L., Jennifer M. CASE et Jeff JAWITZ (2010). « Student-Centredness: The Link between Transforming Students and Transforming Ourselves », dans <em>Teaching in Higher Education</em>, volume 15, numéro 6 : 637-646.</p>
<p style="text-align: justify;">BERG, Maggie et Barbara K. SEEBER (2016). <em>The Slow Professor. Challenging the Culture of Speed in the Academy</em>, Toronto : University of Toronto Press.</p>
<p style="text-align: justify;">HOOKS, bell (1994). <em>Teaching to Transgress. Education as the Practice of Freedom</em>, New York : Routledge.</p>
<p style="text-align: justify;">SUCHET, Myriam (2014). <em>L’imaginaire hétérolingue. Ce que nous apprennent les textes à la croisée des langues</em>, Paris : Classiques Garnier (Perspectives comparatistes).</p>
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		<title>Les trous dans le tuyau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall.png"><img decoding="async" class="size-full wp-image-2189 aligncenter" src="/wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall.png" alt="jane_goodall" width="1310" height="948" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall.png 1310w, /wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall-300x217.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall-768x556.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Jane_Goodall-1024x741.png 1024w" sizes="(max-width: 1310px) 100vw, 1310px" /></a>Émilie Champagne</h2>
<p style="text-align: justify;">J’ai visité plusieurs universités et j’ai un faible pour celles avec des tunnels qui relient les différents pavillons. Quand il y a un tunnel, tu sais que tu es dans une ville où il fera froid et humide. L’Université Memorial, à St. John’s, a un beau réseau de tunnels avec des trajets de différentes couleurs qui rappellent le métro. Ça tombe bien, parce qu’il n’est pas encore 9 h du matin, il fait à peu près 10 degrés (en juillet !) et je suis à la recherche du SWEEET. Le Symposium for Women Entering Ecology and Evolution Today.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un titre intrigant. Trois E de suite dans un acronyme, ce n’est pas toujours pratique. Ensuite, « <em>today »</em>. Il me semble que c’est clair que je commence ma carrière en écologie et en évolution aujourd’hui et pas il y a cinq ans. De plus, en tant que biologiste, j’ai longtemps cru que la situation des femmes dans le milieu scientifique était un débat réglé. Logique : mes classes de baccalauréat étaient pleines de jeunes femmes. Et 56 % des biologistes québécois sont des biologistEs <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Dans le monde scientifique, la biologie a la réputation d’être une discipline ouverte aux femmes <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors pourquoi ce <em>today</em> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Les anglophones parlent du <em>leaky pipeline </em><a href="#_ftn3" target="_blank" name="_ftnref3">[3]</a>, soit le problème du tuyau percé. Au fil du cheminement vers les postes de professeurs-chercheurs, soit baccalauréat, maîtrise, doctorat, postdoctorat, les femmes disparaissent. Dans mon département au ratio des genres si équilibré durant mon baccalauréat, il y a quatre professeures… pour plus de vingt hommes. Les efforts pour recruter des femmes ne semblent pas aboutir. Pourquoi les femmes quittent-elles le milieu académique ? Pourquoi poser la question alors que moi-même je vais aller augmenter cette statistique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Comment concilier mon sentiment de colère par rapport à l’inégalité du milieu académique et mes choix personnels ? Petite note biographique: je ne sais pas pourquoi je me suis dirigée vers la biologie, mais ce désir date de mon secondaire. Personne n’a douté de mes capacités ou remis en question mon intérêt pour une carrière scientifique. J’ai rapidement compris que pour être biologiste et avoir un emploi dans le domaine, il faut faire une maîtrise. Tant qu’à y être, je serai docteure. Ça sonne bien, docteure Champagne. La première de ma famille à mener mes études aussi loin. Et j’aime le milieu académique, qui me stimule et me pousse à aller plus loin. Mais, ce milieu est incompatible avec ce que je désire comme carrière, comme vie. Oserais-je le dire? Je crois que ce milieu est hostile aux femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Commençons par les actes d’hostilité extrême. Les scientifiques sont des humains (surprenant, n’est-ce pas ?). Des humains qui peuvent harceler et agresser d’autres personnes. Des chercheuses ont récemment révélé des données affolantes au sujet du harcèlement lors des travaux de terrain, c’est-à-dire hors du campus universitaire, en anthropologie, en biologie, en archéologie et en science environnementales : 71 % des répondantes ont vécu du harcèlement et 26 % ont été agressées. Ces actes ont la plupart du temps été posés par des supérieurs sur des femmes au bas de l’échelle. Ce qui se passe sur le terrain, et donc en milieu isolé, reste sur le terrain ? Il le semble, car les mécanismes de plaintes sont peu connus et peu satisfaisants <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">De plus, ces humains sont souvent sexistes de façon inconsciente. Des études récentes s’intéressent aux biais dans la publication d’articles scientifiques, dans les lettres de recommandation, etc. La biologie a eu droit à son scandale lorsque le biochimiste nobélisé anglais Tim Hunt a déclaré que les laboratoires de recherche devraient être séparés selon le sexe, parce que le problème avec les filles, c’est « qu’elles tombent en amour avec vous, vous tombez en amour avec elles, et quand vous les critiquez, elles pleurent <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a> ». Décidément, pour être reconnu comme un domaine scientifique crédible, il nous fallait notre sexiste flamboyant. Bien que cette déclaration ne semble aucunement refléter l’œuvre de ce chercheur <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>, elle est symptomatique d’un milieu où l’on peut non seulement penser ces choses, mais les dire, par erreur et sans réfléchir.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout ça, c’est de la poudre aux yeux, c’est l’hostilité visible et facilement dénonçable. On crée un <em>hashtag</em> et voilà. C’est ce qui m’a fait longtemps croire que le problème n’était pas ici, mais ailleurs. Genre, aux États-Unis. Tous les problèmes proviennent de et prolifèrent aux États-Unis, c’est bien connu. D’ailleurs, je n’arrive pas à me rappeler un seul évènement où j’ai été victime d’un tel sexisme. Par contre, il y a un sexisme systémique, institutionnel, qui, par la persistance de certaines conditions, amène les femmes à quitter le milieu. Le tuyau n’est pas percé. Le tuyau est jonché de filtres qui retiennent au passage les femmes qui tentent de s’y engager <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a>. Des filtres comme les conditions de travail et les exigences de performance.</p>
<p style="text-align: justify;">En dehors du milieu académique, on pense que le professeur-chercheur travaille de 8 à 5. Douce illusion. La semaine dure bien plus de 50 heures et parfois plus de 60. Le travail la fin de semaine et les soirs est commun, sans compter la participation aux congrès, les travaux de terrain… comment concilier travail et famille dans ce contexte ? Certains réussissent, mais à quel prix ? Femmes et hommes demandent maintenant un milieu de travail qui concilie obligations familiales, mais les exigences de performances restent les mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Et ces exigences se manifestent également au moment d’augmenter son succès reproducteur. Certains départements, dominés encore majoritairement par les hommes, voient d’un mauvais œil les longs congés de maternité <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a>. Et certaines politiques liées à l’arrivée d’un enfant semblent plus profitables pour les hommes que pour les femmes ! En effet, des hommes utilisent leur congé de parentalité pour effectuer de la recherche <a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a>. Certaines femmes font de même et restent déchirées entre travailler durant leur congé et s’occuper de leur enfant <a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a>. Je pourrais également vous parler de l’exigence de mobilité géographique, qui pousse les scientifiques désirant avoir un CV compétitif à s’exiler pour effectuer leurs postdoctorats, une exigence difficile à remplir quand on a avec soi une famille. La question de quand avoir un enfant hante les chercheuses <a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a>. Et non, la réponse n’est pas lorsque vous êtes prête ou lorsque vous le désirez. Avoir un enfant, c’est partir avec des mètres de retard dans une course contre Usain Bolt <a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a>. Tout ça, ça arrive <em>today.</em> Et comment, en sachant tout ça, peut-on se demander encore pourquoi les femmes décident de quitter le milieu ?</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce sexisme institutionnalisé qui me donne la classification de féministe enragée par des collègues. C’est parler de ce qui est caché qui dérange. Harcèlement sexuel, blagues sexistes… il est de bon ton de s’indigner. Promouvoir des changements aux politiques de sélection des nouveaux professeurs ou aux conditions d’emplois ? Il ne faudrait surtout pas que des hommes compétents ne trouvent plus de <em>job</em>. Lorsque quelqu’un ose suggérer qu’il faudrait engager plus de femmes, les détracteurs ne contestent pas le besoin de modèles féminins pour les jeunes femmes ou ce que les femmes peuvent apporter de positif au milieu. Non, on soulève la vieille crainte de la compétence. Comme chaque fois qu’un premier ministre désire un cabinet paritaire. On ne craint pas que les femmes les plus compétentes soient oubliées à cause d’un milieu discriminatoire. On craint que les hommes les plus compétents soient laissés de côté.</p>
<p style="text-align: justify;">Au bout du tunnel, à St. John’s, j’ai trouvé une salle pleine. Environ 100 personnes, soit plus du quart des participants au congrès sur l’écologie et l’évolution qui débutera en soirée. Des femmes, jeunes ou moins jeunes, en début de carrière ou établies, réunies pour avoir des astuces sur comment naviguer dans le milieu. Des hommes aussi, une dizaine, qui veulent contribuer au changement. Du changement, il y en a et ça me remplit d’espoir. Mais comment encourager le changement quand plusieurs nient qu’il y a un problème? Par un texte pour un magazine féministe?</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être… En science, chaque chercheur ajoute sa petite brique à un édifice. En ne regardant que notre brique, on n’a aucune idée de la forme de l’édifice terminé ni même s’il sera complété un jour. On ne sait pas quelle brique viendra par-dessus, qu’elle idée on aura aidé à soutenir. On continue, pour le plaisir de la découverte et parce qu’on sait que l’on contribue à quelque chose de plus grand que soi.</p>
<p style="text-align: justify;">*Merci à Dawn Bazely et Imogen Coe, pour avoir alimenté mes réflexions lors de la 11<sup>e</sup> rencontre de la Société Canadienne d’Écologie et d’Évolution.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Emploi Avenir Québec. <em>Biologistes et autres scientifiques</em>, Statistiques Canada, août 2016, <a href="http://www.servicecanada.gc.ca/fra/qc/emploi_avenir/statistiques/2121.shtml" target="_blank">http://www.servicecanada.gc.ca/fra/qc/emploi_avenir/statistiques/2121.shtml</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Pollack, E. 2015. <em>The only women in the room: why science is still a boys’ club</em>, Beacon Press, 288 p.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Blickenstaff, J. C. 2005. <em>Women and science careers: leaky pipeline or gender filter?</em>, Gender and Education, 17: 369-386.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Clancy, K. B. H., Nelson, R. G., Rutherford, J. N. et K. Hinde. 2014. <em>Survey of academic field experiences (SAFE): Trainees report harassment and assault</em>, PLoS One 9.7: e102172.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Traduction libre d’une citation provenant de : Ratcliffe, R. et agences de presse. <em>Nobel scientist Tim Hunt: female scientists cause trouble for men in labs</em>, The Guardian, juin 2015, <a href="https://www.theguardian.com/uk-news/2015/jun/10/nobel-scientist-tim-hunt-female-scientists-cause-trouble-for-men-in-labs" target="_blank">https://www.theguardian.com/uk-news/2015/jun/10/nobel-scientist-tim-hunt-female-scientists-cause-trouble-for-men-in-labs</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> McKie, R. <em>Tim Hunt: « I’ve been hung out to dry. They haven’t even bothered to ask for my side of affairs »</em>, The Guardian, juin 2015, <a href="https://www.theguardian.com/science/2015/jun/13/tim-hunt-hung-out-to-dry-interview-mary-collins" target="_blank">https://www.theguardian.com/science/2015/jun/13/tim-hunt-hung-out-to-dry-interview-mary-collins</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> Blickenstaff, J. C. 2005, <em>op. cit.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> SquirrelyRed. <em>One kid? Fine. 2? 3?! Well, maybe not</em>, Tenure she wrote, août 2016, <a href="https://tenureshewrote.wordpress.com/2016/08/11/multiple-kid-penalty/" target="_blank">https://tenureshewrote.wordpress.com/2016/08/11/multiple-kid-penalty/</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> Wolfers, J. <em>A family-friendly policy that’s friendliest to male professors,</em> <em>The New York Times</em>, juin 2016, <a href="http://www.nytimes.com/2016/06/26/business/tenure-extension-policies-that-put-women-at-a-disadvantage.html?_r=1" target="_blank">http://www.nytimes.com/2016/06/26/business/tenure-extension-policies-that-put-women-at-a-disadvantage.html?_r=1</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> Duffy, M. <em>Sciencing with a newborn</em>, Dynamic Ecology, mars 2015, <a href="https://dynamicecology.wordpress.com/2015/03/18/sciencing-with-a-newborn/" target="_blank">https://dynamicecology.wordpress.com/2015/03/18/sciencing-with-a-newborn/</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> Kosmala, M. <em>When should I start a family? (Actual advice rather than platitudes for the early career academic</em>, Ecology bits, mai 2016, <a href="http://ecologybits.com/index.php/2016/05/18/when-should-i-start-a-family-actual-advice-rather-than-platitudes-for-the-early-career-academic/" target="_blank">http://ecologybits.com/index.php/2016/05/18/when-should-i-start-a-family-actual-advice-rather-than-platitudes-for-the-early-career-academic/</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> Mason, M. A. <em>The baby penalty</em>, The Chronicle of Higher Education, août 2013, <a href="http://chronicle.com/article/The-Baby-Penalty/140813/" target="_blank">http://chronicle.com/article/The-Baby-Penalty/140813/</a>.</p>
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		<title>Lecture : Sorcières, sages-femmes et infirmières</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Valérie Gonthier-Gignac En 1976, les Éditions du Remue-ménage faisaient paraître Sorcières, sages-femmes et infirmières, une histoire des femmes et de la médecine. En 1976, je n’étais pas née. Les Éditions du Remue-ménage avaient un an à peine, et ce livre, une traduction [1], n’était que leur deuxième publication. J’ai aujourd’hui trente-sept ans et j’aborde le livre [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2263" src="/wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion.png" alt="gertrude_elion" width="1559" height="1162" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion.png 1559w, /wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-300x224.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-768x572.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Gertrude_Elion-1024x763.png 1024w" sizes="(max-width: 1559px) 100vw, 1559px" /></a>Valérie Gonthier-Gignac</h2>
<p style="text-align: justify;">En 1976, les Éditions du Remue-ménage faisaient paraître <a href="http://www.editions-rm.ca/livres/sorcieres-sages-femmes-et-infirmieres/" target="_blank"><em>Sorcières, sages-femmes et infirmières, une histoire des femmes et de la médecine</em></a>. En 1976, je n’étais pas née. Les Éditions du Remue-ménage avaient un an à peine, et ce livre, une traduction <a href="#_edn1" name="_ednref1">[1]</a>, n’était que leur deuxième publication.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai aujourd’hui trente-sept ans et j’aborde le livre avec curiosité. Le livre est mince, à peine 100 pages. Quarante ans après sa parution, cette plaquette féministe se proposant de démystifier l’institution médicale vaut-elle encore le détour?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La chasse aux sorcières, quand la classe dirigeante s’organise pour obtenir un monopole</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La chasse aux sorcières, qui s’est étalée du quatorzième et dix-septième siècle et qui pourrait, selon les auteures, avoir fait jusqu’à un million de victimes, commence à faire l’objet de réinterprétations féministes; il suffit de penser au remarquable <em>Caliban et la sorcière </em><a href="#_edn2" name="_ednref2">[2]</a>, de Sylvia Federeci, auquel nous avons déjà d’ailleurs consacré un <a href="/plutot-sorcieres-que-corps-usine/" target="_blank">article</a>. Replaçant les événements dans le contexte des rébellions paysannes en réaction à l’émergence du capitalisme en Europe, les auteures posent la base d’une des thèses reprises par Federici trente ans plus tard : « Il est évident que cette chasse aux sorcières n’a pas vu le jour spontanément au sein du peuple, mais fut bel et bien une campagne de terreur organisée et menée par la classe dirigeante ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette campagne de répression a de multiples composantes, mais l’intérêt de la démarche des auteures est de s’attarder particulièrement à l’accusation « d’aider à guérir » qu’on portait contre les sorcières. Il faut savoir que, avant même que ne commence la chasse aux sorcières, la médecine avait déjà réussi à s’implanter comme une science et une profession. Mais, sous le contrôle strict de l’Église, elle s’occupait davantage de respecter les dogmes religieux que de la guérison efficace des malades : « Pour soulager le roi Édouard II d’un mal de dents, son médecin, diplômé d’Oxford en théologie et docteur en médecine, fit écrire sur sa mâchoire : “Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen” ». Évidemment, la pratique des sorcières et des guérisseuses, qui ne s’inscrit pas dans une logique religieuse, irrite les autorités : « Elles étaient empiristes : elles se fiaient à leur expérience personnelle plutôt qu’à une foi quelconque ou à un dogme. Elles procédaient par essai et erreur, recherchant les causes et les effets. […] Bref, leur “magie” était la science de l’époque ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/C1_sorcieres.jpg"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-2277 " src="/wp-content/uploads/2016/10/C1_sorcieres-198x300.jpg" alt="c1_sorcieres" width="268" height="406" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/C1_sorcieres-198x300.jpg 198w, /wp-content/uploads/2016/10/C1_sorcieres-768x1162.jpg 768w, /wp-content/uploads/2016/10/C1_sorcieres-677x1024.jpg 677w, /wp-content/uploads/2016/10/C1_sorcieres.jpg 1354w" sizes="(max-width: 268px) 100vw, 268px" /></a>À l’époque, la pratique de la médecine était déjà réservée aux diplômés des universités — dont on interdisait l’accès aux femmes. Mais malgré les lois, les guérisseuses continuaient de contaminer le peuple avec leurs procédés magiques. Méthodiques, l’Église et les médecins s’attaquèrent d’abord aux guérisseuses des villes, qui entraient directement en concurrence avec les médecins diplômés <a href="#_edn4" name="_ednref4">[3]</a>, ce qui permit à ces derniers, autour du XIVe siècle, « de s’approprier le monopole de la médecine au sein de la classe dirigeante ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la masse des guérisseuses, issue de la paysannerie, continue à défier les lois. La chasse aux sorcières peut commencer. À son terme, les quelques guérisseuses qui subsistent sont discréditées; le monopole des médecins est complet, et commence même à s’étendre à un domaine encore réservé aux femmes, l’obstétrique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Le développement de médecine aux États-Unis, ou le combat de l’élite pour s’approprier le monopole des soins</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais qu’en est-il du développement de la médecine comme profession dans l’Amérique libérée du joug européen? « Comment un certain type de personnes, de sexe masculin, à la peau blanche et de la classe moyenne, réussirent-ils à supplanter leurs compétiteurs, les sages-femmes, les guérisseuses et autres praticiens de la médecine traditionnelle qui dominaient la scène médicale américaine depuis le début des années 1800? »</p>
<p style="text-align: justify;">Car dans les États-Unis des années 1800, les quelques médecins diplômés d’universités européennes, les « réguliers », comme on les appelait alors, peinent s’imposer, et se distinguent essentiellement de la masse des guérisseurs par les tarifs élevés qu’ils pratiquent, leur clientèle aisée, mais aussi leurs méthodes de traitement « héroïques telles les saignées, les doses massives de laxatif comme le calomel à base de mercure, et plus tard, l’usage de l’opium. »</p>
<p style="text-align: justify;">Si, à l’époque, les traitements des « réguliers » ne sont certainement pas plus efficaces que ceux des guérisseurs, les « réguliers » ont l’avantage d’être étroitement liés avec le pouvoir, si bien que, dès 1830, ils ont déjà réussi à faire adopter des lois à leur avantage dans treize États. Mais c’est sans compter sur la grande méfiance que le peuple américain, au sortir de la Guerre d’Indépendance, entretient envers les élites.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre 1830 et 1840 naît le Mouvement pour la Santé du Peuple, soutenu par les mouvements féministes et ouvriers. Les femmes, piliers du mouvement, mettent l’accent sur l’éducation et la prévention, donnant des cours d’anatomie et enseignant des notions d’hygiène personnelle et abordant même la contraception.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que l’aile plus à gauche du Mouvement rejetait complètement l’idée d’une médecine rémunérée, l’aile plus modérée fut à l’origine de l’émergence d’un grand nombre de « sectes » qui démarrèrent leurs propres écoles – pour la plupart accessibles aux femmes, aux pauvres, et aux noirs–, et décernaient leurs propres diplômes. Les « réguliers » n’étaient plus qu’un groupe parmi d’autres, et, en 1840, les lois les favorisant avaient pratiquement toutes été abrogées.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la riposte des « réguliers » s’organise, et elle vise les femmes. Ainsi, si certaines écoles « régulières » acceptent encore les femmes, les hôpitaux refusent de les engager et leurs collègues masculins refusent de leur confier des patients. Le Mouvement pour la Santé du Peuple se scinde alors : les femmes de la classe moyenne, qui s’identifient probablement plus facilement aux « réguliers » qu’aux guérisseuses issues du prolétariat, concentrent leurs revendications sur l’accès à la profession « régulière ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la partie n’est pas encore gagnée pour les « réguliers » qui, rappelons-le, n’avaient encore aucune supériorité technique sur les autres guérisseurs. Il leur fallait, pour s’imposer, l’appui de la classe dirigeante, et, « par un heureux hasard, les connaissances scientifiques et l’appui de la classe dirigeante arrivèrent en même temps, au début du XXe siècle. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cet appui arrive par le biais de fondations (Rockefeller et Carnergie) mises en place par les grandes fortunes industrielles, qui vont permettre l’intervention organisée de la classe dirigeante dans la vie sociale. À partir de 1903, les écoles de médecine qui respectent les conditions dictées par les fondations sont subventionnées à coups de millions. En 1910, les règles deviennent encore plus strictes : conformez-vous ou fermez.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la fin de la médecine « irrégulière » : « six des huit écoles de médecine réservées aux Noirs durent fermer leurs portes ainsi que la majorité des écoles «irrégulières» qui acceptaient les femmes. La médecine était établie une fois pour toutes comme un secteur d’enseignement «supérieur», accessible uniquement après une longue et dispendieuse formation universitaire. Il est vrai que dans la mesure où les connaissances médicales se développaient, une formation plus longue devenait nécessaire, mais ni Flexner ni les institutions philanthropiques n’avaient l’intention de rendre cette formation accessible à la masse des guérisseurs et des «irréguliers ». Les portes étaient fermées pour les Noirs, la majorité des femmes et les Blancs pauvres. La médecine était devenue le métier de l’homme blanc de classe moyenne. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Développement des soins infirmiers, comment transposer l’image de la femme idéale de la maison à l’hôpital</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Une fois la médecine accaparée par les hommes, il ne restait plus aux femmes s’intéressant au domaine médicale qu’à investir les soins infirmiers. Mais avant le XXe siècle, « ce travail n’existait pas en tant que métier rémunéré – il fallait l’inventer. »</p>
<p style="text-align: justify;">Cette invention, ou du moins la transformation de l’image négative qu’on accolait aux infirmières fut portée par deux grandes figures réformistes, Florence Nightingale et Dorothea Dix. Les auteurs ne sont pas tendres envers ces femmes riches et oisives, qui, trouvant dans le soin aux malades une occupation naturelle et acceptable pour des femmes de leur rang, y virent aussi le terreau pour développer une nouvelle classe de travailleuses au service de la société et du pouvoir en place :</p>
<p style="text-align: justify;">« Leur formation était axée sur le développement de la personnalité plutôt que sur les capacités. Le produit fini, l’infirmière à l’image de Nightingale était la femme idéale, transposée de la maison à l’hôpital et dispensée de toute responsabilité reproductive. Pour le médecin, elle représentait toutes les vertus d’obéissance propres à l’épouse. Pour le patient, elle était à l’image de la dévotion maternelle. Pour les autres employés de l’hôpital, elle représentait la ferme et douce discipline d’une gouvernante, habituée aux travaux domestiques. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les auteures soulignent, et c’est l’un des points intéressants du livre, que le mouvement féministe ne protesta pas contre la nouvelle oppression que représentait le métier d’infirmière. Dans la lutte qui commençait pour l’obtention du droit de vote, les féministes abandonnèrent de grands pans des luttes passées, adoptant même des positions sexistes, qu’on qualifierait d’essentialistes aujourd’hui : « les femmes ont besoin de voter, soutenait le mouvement, non parce qu’elles sont des êtres humains à part entière, mais parce qu’elles sont des mères ». En même temps que le mouvement encouragea la professionnalisation des tâches domestiques, il abandonna les revendications pour l’égalité d’accès aux professions masculines.</p>
<p style="text-align: justify;">La profession d’infirmière se développa alors en complémentarité avec celle du médecin, dans des rôles qui restèrent stéréotypés et relativement étanches pendant une bonne partie du XXe siècle. Lors de la publication du livre, en 1973, on ne compte que 7 % de femmes médecins aux États-Unis.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors qu’aujourd’hui le nombre de femmes en médecine a pratiquement rejoint celui des hommes, on pourrait être tenté de penser l’analyse des auteures est révolue, périmée. Il y a quarante ans, lumineuses, elles avaient déjà une réponse à fournir aux tenants de cette idée :</p>
<p style="text-align: justify;">« Le professionnalisme en médecine, n’est rien de plus que l’institutionnalisation du monopole de la classe dirigeante. Il ne faut jamais confondre professionnel et expert. L’expert, par définition, accumule un certain nombre de connaissances et les partage alors que le professionnel est élitiste, exclusif sexiste, raciste et en faveur de la division des classes. Dans le passé, les Américaines qui reçurent une formation médicale étaient trop prêtes à accepter le professionnalisme que cela impliquait. Elles gagnèrent ce statut individuel, mais sur le dos de leurs sœurs moins privilégiées, les sages-femmes, les guérisseuses et les infirmières. Notre but aujourd’hui ne devrait pas être de donner accès à la profession médicale aux femmes mais d’ouvrir complètement la médecine —, et ce, à toutes les femmes. »</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref1" name="_edn1">[1]</a> Ehrenreich, Barbara et English, Deirdre, Witches, <em>Midwives and Nurses : A History of Women Healers</em>, The Feminist Press at CUNY, 1973.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref2" name="_edn2">[2]</a> [ii] Federici, Silvia, <em>Caliban et la sorcière</em>, Entremonde et Senonevero, 2014, Paris</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ednref4" name="_edn4">[3]</a> «Prenons l’exemple de Jacoba Félicie, qui fut mise en accusation en 1322 par la faculté de médecine de l’université de Paris pour pratique illégale de la médecine. Jacoba était une femme cultivée qui avait reçu une formation qui ne nous est pas spécifiée. Il apparaît clairement au cours du procès qu’elle avait une clientèle riche puisque tous les patients qui témoignèrent avaient consulté les médecins les plus renommés avant d’avoir recours à ses services. Les accusations portaient principalement sur le fait qu’elle guérissait « les maladies internes, les blessures et les abcès externes. Elle visitait ses patients assidûment, prenait leur tension artérielle, examinait leurs urines à la façon des médecins et procédait à un examen du corps et des membres ». Six témoins affirmèrent que Jacoba les avait guéris, après qu’ils eurent consulté un grand nombre de médecins qui, tous, s’étaient avérés impuissants. … Mais ces témoignages furent utilisés contre elle, puisque l’accusation ne portait pas sur sa compétence, mais bien sur le fait qu’elle osait pratiquer la médecine alors qu’elle était femme. »</p>
<p>&nbsp;</p>
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