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	<title>6 Le sport Archives - FRANCOISE STEREO</title>
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		<title>Se prendre en main</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:15:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
		<category><![CDATA[VIARGE! - Éditoriaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>FRANÇOISE STÉRÉO Depuis le 31 mars, c’est le Défi Santé. Pour y participer, on s’inscrit sur le site du Défi et on consigne ses efforts. L’objectif : manger cinq portions de fruits et légumes par jour, bouger 30 minutes et prendre au moins une pause par jour. Le Défi Santé est une initiative de Capsana, « [u]ne [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_49_-_La_Danse_F17BOU005427.jpg" rel="attachment wp-att-1913"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1913" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_49_-_La_Danse_F17BOU005427.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_49_-_La_Danse,_F17BOU005427" width="2316" height="1876" /></a></p>
<h2 style="text-align: right;">FRANÇOISE STÉRÉO</h2>
<p style="text-align: justify;">Depuis le 31 mars, c’est le <em>Défi Santé</em>. Pour y participer, on s’inscrit sur le site du <em>Défi</em> et on consigne ses efforts. L’objectif : manger cinq portions de fruits et légumes par jour, bouger 30 minutes et prendre au moins une pause par jour. Le <em>Défi Santé</em> est une initiative de <a href="http://www.capsana.ca/qui-sommes-nous" target="_blank">Capsana</a>, « [u]ne organisation à vocation sociale, propriété des fondations de l&rsquo;Hôpital Maisonneuve-Rosemont et du Centre ÉPIC, qui est en lien avec l&rsquo;Institut de cardiologie de Montréal, ainsi que de la Fondation PSI ». On ne saurait être contre la vertu. Mais demandons-nous un instant combien d’argent est injecté dans la promotion des « saines habitudes de vie », tant par le gouvernement que par les fondations privées. Dans le budget 2015-2016 du gouvernement du Québec seulement, ce sont 20 millions de dollars qui sont alloués au « Fonds pour la promotion des saines habitudes de vie » du portefeuille Santé et Services sociaux. On incite la personne à se « prendre en main » (l’expression est partout dans les articles sur le <em>Défi </em>et dans les communiqués de l’organisation).</p>
<p style="text-align: justify;">Le coût des aliments a explosé depuis les dernières années. Les fruits et les légumes sont de plus en plus chers. Mais pour se prendre en main, il faut ce qu’il faut. Dans les « partenaires » du <em>Défi Santé</em>, on compte d’ailleurs Fontaine santé, Oasis, les salades Attitude, les poissons High Liner, le yogourt Astro et la margarine Becel. Ah oui! et IGA aussi, parce que ces produits-là, il faut les acheter quelque part.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être qu’au lieu de dépenser des millions de dollars pour convaincre les gens de se prendre en main, on pourrait s’attaquer aux facteurs structurels qui causent les problèmes de santé et réduisent l’espérance de vie. Je sais pas moi, la pauvreté? <a href="http://www.atdquartmonde.ca/wp-content/uploads/Le-sens-des-sous-pour-resoudre-la-pauvrete.pdf" target="_blank">À l’échelle canadienne</a>, les coûts indirects de la pauvreté s’élevaient en 2007 à 24,3 milliards de dollars, tandis que l’écart de pauvreté s’élevait à 12,3 milliards de dollars. <a href="http://www.pauvrete.qc.ca/prejuge-3-lutter-contre-la-pauvrete-ca-couterait-trop-cher/" target="_blank">Éliminer la pauvreté coûterait moins cher que ce que la pauvreté nous coûte collectivement</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">La mesure du panier de consommation (MPC) calcule le montant minimum pour vivre décemment, c’est-à-dire sans détérioration de la santé. On est vraiment dans le minimum ici. La source des <a href="http://naufrages.radio-canada.ca/place_publique_en_savoir_plus_article.aspx?id=2" target="_blank">chiffres suivants</a> (qui ont le mérite d’être clairement présentés) n’est pas précisée, mais les données ressemblent à celles qu’on trouve dans divers rapports sur le sujet (<a href="http://www.pauvrete.qc.ca/IMG/pdf/MPC_et_seuils-1a-Texte_de_base-141030.pdf" target="_blank">ici</a> par exemple). Pour une famille avec deux enfants, quelque part au Québec et quelque part dans les années 2000, la MPC est de 26 560 $ par année. Sur ce montant, 28 % sont alloués à la nourriture. 583 $ par mois. 145 $ par semaine. C’est pas avec ça qu’on achète des framboises en hiver et des laitues Attitude.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.revenuquebec.ca/fr/salle-de-presse/statistiques/revenu-total-des-particuliers.aspx" target="_blank">En 2013</a>, selon Revenu Québec, 40,94 % des particuliers ayant produit un rapport d’impôts gagnaient moins de 25 000 $.</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;organisation du Défi Santé n&rsquo;est pas la seule à vouloir que les Québécois.es se prennent en main. L&rsquo;expression « je me prends en main », c’est aussi le nom d’un concours de transformation corporelle d’une chaîne de centres de mise en forme. Un genre de « Biggest Loser » québécois. À l’instar de la populaire téléréalité américaine, la chaîne de gyms n’a pas cru bon de se défaire des clichés de la remise en forme. À lui seul, le titre convoque culpabilité et contrôle. Il incarne la rupture entre le moment où on doit reprendre le contrôle sur une vie faite d’excès qui a mené à un corps imparfait, disgracieux, dont il faut avoir honte. Vous direz : « Oui, mais il faut voir ça comme une décision de se sentir mieux, d’avoir une meilleure santé. Eh bien non ! Le concours est basé sur les photos avant/après la transformation et sur la diminution de l’IMC. Pas de critères sur l’amélioration de la qualité de vie ni sur le plaisir trouvé dans le sport. On n’évaluera pas les participant.e.s sur la diminution de leur stress, sur la qualité de leur sommeil ni sur leur énergie enfin retrouvée. Non. Il n’y en a, comme toujours, que pour la disparition des bourrelets autour de la taille ou pour le raffermissement du gras de bras. C’est comme si dans l’esprit de ces centres sportifs, la seule chose qui pouvait inciter les femmes à faire du sport, c’est de vouloir être plus minces, plus fermes, donc plus belles.</p>
<p style="text-align: justify;">Bon, on chiale, on chiale. Ne pensez surtout pas qu’on n’aime pas le sport. Ben non, on adore ça ! C’est pour ça qu’on fait un numéro sur le sport. On court, on joue au soccer, à la balle molle, on fait du vélo, heille, on va même s’entraîner des fois. On regarde le hockey, on suit l’Impact, on va aux Capitales. On voudrait cependant mettre au clair certains détails.</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li>On va s’acheter un chandail aux couleurs de l’équipe, merci; pas besoin de le faire en rose. Et si vous offrez des chandails pour femme, pouvez-vous s’il vous plaît offrir les mêmes que pour les hommes? Non, on n’aime pas juste les « beaux » joueurs <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>.</li>
</ol>
<ol style="text-align: justify;" start="2">
<li>Plus de Chantal Macchabée s’il vous plaît. Et les filles que vous cantonnez au compte rendu de ce qui se dit sur les réseaux sociaux? Ça vous tente pas de leur faire faire autre chose des fois ? Elles aussi, elles connaissent ça le sport.</li>
</ol>
<ol style="text-align: justify;" start="3">
<li>On fait du sport pour avoir du plaisir, voir nos amis et s’en faire des nouveaux, se dépasser, se sentir bien, se défouler, se déstresser.</li>
</ol>
<ol style="text-align: justify;" start="4">
<li>On peut être grosse et en santé, on peut être mince et pas du tout en forme. Certains sports de haut niveau exigent un corps tout sauf mince. Arrêtez de présumer que seules les filles jeunes et minces sont des sportives, que faire du sport peut faire maigrir tout le mode et que l’amaigrissement est le but ultime du sport.</li>
</ol>
<ol style="text-align: justify;" start="5">
<li>On aime le sport, mais on reste critique sur sa promotion et ses bienfaits sociaux. On a envie d&rsquo;avoir du plaisir en pratiquant nos activités favorites. Exit l’image d’une salle d’entraînement ou de <em>spinning</em> remplie de petits soldats de bonne volonté, uniformes collés au corps, obéissant de tout leur zèle au caporal qui hurle les mouvements à exécuter…</li>
</ol>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Laissons le mot de la fin à <a href="http://likemoi.telequebec.tv/episodes/3-episode-3/sketchs/3-tutoriel-beaute-2" target="_blank">Gaby Gravel</a>. « <em>Si t’as le choix, c’est mieux d’être belle que d’être en santé. Les filles en santé ont des gros mollets, les filles cutes et malades rencontrent des docteurs. »</em></p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Nous avions vu passer une discussion sur le sujet dans un groupe Facebook l’an dernier et qui avait provoqué une discussion des plus intéressante. Nous n’avons pas pu retracer l’intervention initiale ni son auteure ; si elle se reconnaît, cela nous fera grand plaisir de la citer ou de lui offrir un espace dans la revue.</p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Collectif éditorial</strong><br />
Marie-André Bergeron<br />
Valérie Gonthier-Gignac<br />
Catherine Lefrançois<br />
Marie-Michèle Rheault<br />
Djanice St-Hilaire<br />
Julie Veillet</p>
<p>Graphisme: Djanice St-Hilaire<br />
Illustrations: Catherine Lefrançois, d&rsquo;après les illustrations de l&rsquo;ouvrage <em>Les jeux et plaisirs de l&rsquo;enfance</em> (Paris, 1657, Stella); gravures de  Claudine Bouzonnet Stella d&rsquo;après des dessins de Jacques Stella.<br />
Révision: Julie Veillet</p>
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		<title>Protect yourself at all times : les jeunes filles et le sport</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:15:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>VANESSA COURVILLE CATHERINE DUSSAULT FRENETTE Au commencement, des craintes nous habitent; de ces craintes qui hantent toutes celles qui ont subi de petites ou grandes violences, dans le sport, ou ailleurs. La peur des représailles, du backlash, celle qui paralyse et met en doute la légitimité de notre parole. Il a fallu nous rappeler que [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_32_-_Le_Bain_F17BOU005410.jpg" rel="attachment wp-att-1903"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1903" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_32_-_Le_Bain_F17BOU005410.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_32_-_Le_Bain,_F17BOU005410" width="2268" height="1900" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">VANESSA COURVILLE</h2>
<h2 style="text-align: right;">CATHERINE DUSSAULT FRENETTE</h2>
<h2 style="text-align: justify;"></h2>
<p style="text-align: justify;">Au commencement, des craintes nous habitent; de ces craintes qui hantent toutes celles qui ont subi de petites ou grandes violences, dans le sport, ou ailleurs. La peur des représailles, du <em>backlash</em>, celle qui paralyse et met en doute la légitimité de notre parole. Il a fallu nous rappeler que notre réticence à prendre la parole participe justement de l’impunité dont jouissent ceux qui pratiquent ces mêmes violences. C’est contre elles que nous écrivons, que nous résistons. La parole avait d’abord été offerte à l’une de nous, et cette dernière a voulu, à son tour, ouvrir un nouvel espace de réflexion en convoquant l’expérience d’une seconde jeune fille dans le sport. L’idée de départ était de développer une argumentation autour des lieux que sont la jeunesse au féminin, le sport et la sexualité. Promptement, au fil des discussions, nous avons manifesté le besoin de nous confier, l’une à l’autre, de nommer ce qui nous habite dès lors qu’on aborde le sport, et la façon dont ce monde nous a appris à nous méfier. « <em>Protect yourself at all times »</em>, disent les arbitres aux athlètes avant chaque combat de boxe professionnel, signifiant qu’ils doivent se surveiller en tout temps – même après le son de cloche. Cette phrase regorge de sens lorsque nous choisissons de nous intéresser aux jeunes filles et au sport. Sous le signe du respect et de la complicité qui nous ont été refusés dans ce domaine, nous avons entamé ce processus d’écriture ensemble. Nos deux témoignages devaient être a priori fort différents, mais, au moment de rendre publiques ces lignes, nous restons encore surprises par leur similitude.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>*</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Pourquoi je ne suis pas devenue sportive</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>(Catherine)</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au moment où je réfléchis à l’écriture de ce billet, des souvenirs d’un autre temps affluent graduellement, et défilent dans ma tête des images de moi à huit ans, à quatorze ans, à seize ans, jeune fille timide et maladroite, désirant plus que tout plaire à qui la regarde, à qui l’écoute, à qui la touche pour la première fois. Une fille introvertie, élevée dans des robes cousues sur mesure, cheveux tressés à la française, souliers vernis portés lors des récitals de piano, chaussettes à rebord en dentelle, et qui, de toute sa jeunesse, s’est tenue bien loin des terrains de sport, préférant la peinture au soccer, la lecture au volleyball, l’indifférente solitude aux rassemblements bruyants. Elle a des manières un peu empruntées, elle qui, tous les matins d’école, demande à être coiffée, assise sur le rabat de la cuvette, elle qu’on habille <em>comme une carte de mode </em>et à qui on demande gentiment de faire attention de ne pas trop froisser ses vêtements.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle ne se reconnaît aucun talent particulier pour le sport, à l’exception peut-être du ski et de la natation (et encore, elle a le malheur d’être allergique au chlore, ce qui la force, à plusieurs reprises durant les cours, à venir s’agripper au rebord en céramique de la piscine pour y éternuer une bonne dizaine de fois). Il reste que c’est avec gaieté et assurance qu’elle effectue des longueurs de brasse l’été, et qu’elle dévale les pentes l’hiver. Mais bientôt, sans qu’elle puisse vraiment se l’expliquer, elle décide d’arrêter les cours et bientôt, l’un des seuls moments où elle pratiquera des sports, c’est lors des cours d’éducation physique. Toutefois, à l’école, où l’on mise avant tout sur la pratique des sports d’équipe, c’est bien différent. Car il faut désormais performer. Pour soi, mais surtout pour les autres. Il faut prouver qu’on a sa place dans l’équipe. En groupe, on est constamment soumis au regard de l’autre, et c’est d’être vue, comparée, évaluée dont souffre cette jeune fille.</p>
<p style="text-align: justify;">Je dois avoir huit ou neuf ans. Je suis en troisième année du primaire. Nous avons un nouveau professeur d’éducation physique et sur lui courent des rumeurs troublantes que certaines d’entre nous s’empressent de raconter aux autres, à l’abri dans le vestiaire des filles. Parmi d’autres histoires qui m’échappent aujourd’hui, il semble qu’il se serait tenu un peu trop près d’une fille pour lui montrer à plonger, aurait laissé ses mains sur elle assez longtemps pour qu’elle ne se sente pas bien et en fasse part à ses amies.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes très jeunes, et rien, a priori, ne nous permet de douter de cette histoire : après tout, nous l’avons toutes vu, à plusieurs reprises, pousser la porte de notre vestiaire (les toilettes des filles) alors que nous étions pour la plupart à moitié nues, nous apprêtant à revêtir nos costumes de sport, nous l’avons toutes senti attarder son regard juste un peu trop longtemps, le temps que nous poussions de petits cris, lui intimant de refermer la porte et de nous laisser nous préparer, entre nous.</p>
<p style="text-align: justify;">À ce jour, il m’est impossible de savoir s’il était réellement animé des intentions que les rumeurs lui prêtaient. Vingt ans ont passé, et au moment où tout cela se déroule, c’est avec des yeux d’enfants que je vois la scène (et ce sont nos corps d’enfants qui sont regardés par un adulte – là réside le cœur du rapport de pouvoir qui joue en notre défaveur). Je ne sais pas si ce qu’on dit à propos du professeur d’éducation physique est vrai; je sais seulement que lorsqu’il ouvre notre porte, quelque chose nous serre le ventre, et nous nous empressons de nous cacher. Je ne peux aujourd’hui m’aventurer plus loin dans cette histoire, même si des amies contactées récemment, qui étaient présentes avec moi dans ce vestiaire, me confirment qu’elles se souviennent du malaise et de la nervosité qui planaient cette année-là dans les toilettes des filles.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’à cela ne tienne, cette histoire montre qu’au-delà, quelque chose dans notre éducation nous avait appris qu’il vaudrait mieux nous tenir loin, redouter son regard et sa proximité. On nous avait enseigné à avoir peur de ce qui se trame dans la tête des hommes, surtout lorsque nous nous retrouvions en situation vulnérable. À cet instant où s’ouvre la porte, nous sommes dépourvues; nous avons huit ans, et nous ne savons pas lesquels parmi les hommes sont des loups, et lesquels n’en sont pas.</p>
<p style="text-align: justify;">À vingt-huit ans, les questions m’assaillent : était-ce une simple maladresse de sa part? Prenions-nous trop de temps pour nous changer? Étions-nous trop lentes? Était-ce donc <em>notre faute</em>? Je me ravise aussitôt, connaissant bien la source de ce qui nous pousse sans relâche sur le chemin de la culpabilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me demande pourquoi ce geste d’ouvrir la porte de notre vestiaire était toléré, alors que, si nous avions eu dix-sept ou dix-huit ans, la dénonciation se serait sûrement faite sans attendre, avec fracas. L’intégrité corporelle ne concerne-t-elle donc que les corps dits (sexuellement) « matures » <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>? En contrepartie, celui des enfants semble pouvoir être regardé, touché, sans que cela cause de problème. Enfant, notre corps ne nous appartient pas. N’a-t-on pas maintes fois entendu un parent sommer un.e enfant d’embrasser un oncle ou une tante, même s’il ou elle n’en avait pas envie? N’attend-on pas qu’ils et elles se laissent cajoler sans trop montrer de résistance? Cela est d’autant plus vrai des petites filles, desquelles on attend pourtant, paradoxalement, davantage de pudeur et de retenue. À ce moment précis, dans le vestiaire des filles de l’école primaire, il semble que nous n’avions pas les ressources nécessaires pour défendre notre intégrité, ni même la légitimité de le faire (n’avons-nous pas, à huit ans, « rien à cacher »?). Mais une chose est sûre : derrière la porte close de cet espace réservé aux filles, ces corps n’appelaient pas à être regardés.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre chose m’empêche de profiter pleinement des périodes allouées au sport pendant les jours d’école : nous sommes toutes et tous obligé.e.s de porter un short pour faire de l’activité physique. Mais voilà, il se trouve que j’ai hérité d’une importante pilosité, et que celle-ci suscite l’étonnement à tout coup comme si, chaque cours, on découvrait cette abomination pour la première fois. À chaque début de séance, nous devons nous asseoir en cercle autour du professeur, et moi je tire de toutes mes forces sur mon chandail de sport pour recouvrir mes jambes le plus possible. Mais lorsque le jeu commence et qu’il faut se remettre debout, je ne peux plus les cacher, et je n’ai déjà plus envie de me joindre aux autres. En cinquième année, excédée, je supplie ma mère de me prendre un rendez-vous chez l’esthéticienne pour une épilation à la cire.</p>
<p style="text-align: justify;">Des années passent. J’ai quinze ans. Le sport du jour est le basketball. J’ai une migraine, alors je ne joue pas. Je suis assise seule sur un banc, à regarder, derrière mes yeux mi-clos, mes camarades qui courent d’un bout à l’autre du gymnase. Le professeur remplaçant s’approche de moi et me demande, sourire en coin et clin d’œil inapproprié, puisque je semble être au bord de la sieste, <em>lequel de mes petits chums m’a empêchée de dormir la nuit passée</em>. Je ne connais alors de l’amour et de la sexualité que des promenades main dans la main et de rapides baisers sur la bouche. Aussi bien dire : rien, ou presque. Mais je comprends que, dans son regard à lui, je couche déjà avec des garçons. Mon corps est subitement érotisé, malgré que je n’y sois pour rien. Je ne réponds pas et il ricane, fier de sa remarque. Un an ou deux plus tard, alors que se termine ma dernière année à cette polyvalente, il m’apostrophe dans un corridor désert pour m’inviter à l’accompagner dans son voyage <em>backpack </em>en Europe. Je réponds que je vais y penser, parce que devant ce sentiment d’élection qu’on m’a appris à apprécier, je ne sais pas encore dire non.</p>
<p style="text-align: justify;">            En cinquième secondaire, il y a une étape complète de piscine obligatoire. Bien que je sois une très bonne nageuse et que j’aie récolté une note presque parfaite, les cours me rendent nerveuse, et je manque l’équivalent d’une séance sur deux. C’est que je redoute toujours le moment où mon corps, moulé par mon maillot une-pièce, sera exposé, et où seront exhibés mes poils, aux jambes, aux aines et aux aisselles, et que je n’ai pas eu le temps, ou plutôt la patience d’enlever.</p>
<p style="text-align: justify;">            Et puis il y a les garçons – certains d’entre eux – qui, en petits groupes, évaluent l’apparence des filles : la peau, les seins, les cuisses… Je me souviens que nous étions plusieurs, cette année-là, à « oublier » régulièrement notre maillot de bain.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, tout cela ne suffit pas à expliquer pourquoi je ne suis pas devenue sportive. Le peu d’intérêt que je porte aux sports, à la base, y est pour beaucoup. Mais chose certaine, l’apprentissage de la féminité – celle-là même qui situe les filles comme objets du désir masculin, et qui implante, dans l’esprit de chacune, l’impression de se mouvoir dans un corps offert en pâture à des regards impitoyables – et le choix, consenti ou non (car on y cède plus souvent qu’on y consent, comme l’écrivait Nicole-Claude Mathieu), de s’y assujettir fait partie de ces facteurs qui tiennent plusieurs filles éloignées des sports.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em><em>Comment je suis devenue sportive</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em><strong>(Vanessa)</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai commencé à pratiquer la boxe amateur à l’âge de onze ans sous le couvert de deux influences : Xena, une image de femme guerrière, dont je visionnais régulièrement les aventures à la télévision, et mon père qui me partageait sa passion avec un enthousiasme contagieux. Il m’invitait quelquefois à des combats pour lesquels il avait remporté des billets en participant aux tirages à la radio. Je me souviens que l’affrontement entre Shane Sutcliffe et Trevor Berbick en 1999 avait été déterminant dans mon parcours. À un instant dans le match, un des boxeurs s’était mis à faire des frivolités qui ne respectaient pas la bienséance du noble art. Je m’étais levée de mon siège pour me rendre au-devant des estrades, ma poupée à la main. Furieuse, j’avais crié : « Ce n’est pas un jeu, c’est un combat! » Il me semble que du haut de mes huit ans, j’avais compris quelque chose. Je savais que monter dans un ring n’était pas une partie de plaisir, qu’il y avait forcément un prix à payer. Je ne savais pas encore que le mien serait double.</p>
<p style="text-align: justify;">J’avais quinze ans et un titre de championnat canadien à mon actif quand je suis entrée au Round 64 <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a> en 2006, un club de boxe montréalais auparavant situé sur Bois-de-Boulogne. Deux entraîneurs en étaient responsables : un qui n’acceptait pas les filles dans son établissement et l’autre, présent en attendant de se trouver un local. Le second était le mien, et celui de Sophie <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>, ma partenaire d’entraînement âgée de trente et un ans. À cet endroit, il n’y avait pas de toilettes pour les femmes. Je me changeais donc dans la conciergerie avec Sophie. Si on voulait aller aux toilettes, il fallait cogner à la porte de celles des hommes et demander l’autorisation d’entrer. Lorsqu’elles étaient occupées, on devait sortir du gym avec nos vêtements trempés de sueur pour aller au restaurant de l’autre côté de la rue. Sophie m’a déjà confié qu’un des gars avait ouvert la porte de la conciergerie (qui ne se verrouillait pas) à deux reprises, puis l’avait regardée de haut en bas alors qu’elle était complètement nue. Elle cachait son corps avec ses bras, lui lançait des invectives. Il y avait un lavabo au sol dans lequel les gars rinçaient les chaudières de crachats. Souvent, on y urinait quand on ne voulait pas traverser la rue en hiver. Sophie me racontait à la blague que lorsqu’on allait officiellement déménager du gym, elle laisserait un beau tas de merde pour le propriétaire. Ce même propriétaire – un commentateur reconnu – nous obligeait à revêtir du linge ample pour ne pas « déconcentrer ses gars ». Il avait même déjà averti une fille en lui demandant les raisons pour lesquelles elle portait des shorts de boxe ce jour-là plutôt que des pantalons, comme à l’habitude. Pour en revenir à Sophie, elle était mon idole. La plupart du temps, elle me protégeait. Quand j’étais au bord des larmes devant les gars, elle s’empressait de mettre une serviette sur mon visage et soupirait : « Encore ton nez qui saigne ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mes premiers entraînements au Round 64 se sont déroulés sans Sophie. Elle était en période de repos à la suite de ses exigeantes compétitions. Les gars s’amusaient à accrocher ma corde à danser lors du réchauffement pour me faire manquer mes sauts. Je reprenais, sans rien dire. Je me rappelle que pendant un exercice en équipe de trois sur un sac de frappe, un des gars ne voulait pas que je sois avec eux pour ne pas, disait-il, ralentir leur rythme. J’étais pourtant plus rapide que lui. Tout cela sans compter le nombre incalculable de blagues de mauvais goût, dirigées envers moi ou les femmes en général, dont j’ai dû essuyer les retombées. J’ai mis environ quatre mois à m’entraîner seule avant que l’entraîneur réputé décide de s’occuper de moi. Contrairement aux gars, j’avais des preuves à faire. Sous sa tutelle, j’ai remporté deux autres titres de championnat canadien et le Ringside World Championships <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>. Les améliorations étaient notables. Il disait que j’étais une « fille-gars », signifiant par là que j’avais la biologie d’une femelle (ce qui aurait dû me désavantager, selon sa logique), mais aussi le potentiel de réussite d’un homme. Les gens étaient moins élogieux avec Sophie. Les hommes du milieu la traitaient de « lesbienne sur les stéroïdes ». Ce sont les mots qu’ils réservaient à une femme dépassant leur entendement au point de vue physique. Ils considéraient qu’elle ne pouvait pas développer une musculature sans l’intervention du dopage, son corps n’étant pas conçu pour la force, et l’insultaient avec des propos homophobes pour lui déclarer une identité à part. Aujourd’hui, je comprends que les lesbiennes sont celles sur qui les hommes n’ont plus le droit de regard, celles qui défont les oppositions valorisées par le patriarcat, celles qui sèment le trouble dans l’ordre.</p>
<p style="text-align: justify;">On a finalement quitté ce club de boxe ouvertement misogyne pour nous installer de manière permanente au centre-ville de Montréal. Là-bas, il y avait un vestiaire pour les hommes et un pour les femmes. L’inégalité était encore présente dans les structures du sport organisées par la Fédération de boxe olympique du Canada. Les femmes s’entraînaient sur des rounds de deux minutes, les hommes sur des rounds de trois minutes. Les femmes devaient porter le casque pour les compétitions, alors que les hommes en étaient dispensés. Au moment où je boxais, une femme championne canadienne obtenait une bourse de six mille dollars alors qu’un homme pouvait recevoir jusqu’à vingt-cinq mille dollars. Un petit bonus qui vient avec la possibilité de travailler moins pour s’entraîner plus, d’être moins épuisé donc plus performant. Une atmosphère plus accessible transparaissait dans ce gym et la présence de Sophie à mes côtés continuait de me sécuriser. Cependant, une rumeur courait : pendant qu’une fille faisait des redressements assis, un gars lui avait ouvert les jambes pour mimer l’acte sexuel. J’avais entendu dire que ce geste avait fait rire le <em>boys club</em>. La même chose m’est arrivée quand je suis allée chercher la balance dans le vestiaire des gars, en prenant bien soin d’attendre leur accord avant d’entrer, et qu’un d’eux avait mis son pénis à un pouce de mon visage. Cette fois, c’était bien moi qui étais la cible des éclats de rire du <em>boys club.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Avec l’expérience, je suis devenue <em>one of the boys</em>. Il s’agit d’un art qui m’a demandé d’innombrables stratégies. Je devais performer la masculinité, à aucun moment avoir une aventure sexuelle avec un des gars, ce qui aurait risqué de remettre en question le respect qu’ils me vouaient. Oui, nous étions respectées en fonction de notre capacité de retenue. Les actes qui dérogeaient des attentes remettaient en question notre réputation finement modulée et nous exposaient aux jugements dépréciatifs. À seize ans, je n’étais plus une jeune fille et pas encore tout à fait une femme. Je devais constamment me surveiller. Ce problème s’est résolu au moment où j’ai bâti une relation à long terme avec un boxeur. Désormais, « j’appartenais » à un des gars. Les autres ne pouvaient plus me tester, me faire des avances. On a été ensemble un an et demi. Bien que ce fût foncièrement malsain, je n’arrivais pas à sortir de cette relation parce que je connaissais mon statut précaire au sein du gym. Je savais qu’on s’en foutait des filles, qu’elles ne gagneraient pas leur pain avec la boxe parce que les promoteurs ne les signaient pas pour des combats professionnels au Québec <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>. Je savais que c’était une faveur qu’on leur faisait de les entraîner. Excepté qu’un jour la violence de mon copain est survenue en dehors du ring, sur mon corps de surcroît. J’ai décidé de le quitter. Il ne venait plus au gym. Mon entraîneur lui a dit : « Si tu ne reviens pas au gym, je la crisse dehors. » À moi, il a dit : « De toute manière, il peut se pogner beaucoup plus belle que toi et bien meilleure. » En rétrospective, je crois que j’aurais aimé lui dire qu’il pouvait certainement trouver plus belle, qu’on trouve toujours plus belle, mais pas plus talentueuse, non. J’ai seulement pleuré. Sophie n’était pas présente pour me tendre une serviette.</p>
<p style="text-align: justify;">Parallèlement, notre entraîneur avait commencé à être malveillant avec Sophie. Elle avait décidé de partir pour un autre gym où le remplaçant serait désormais son mari. Je les ai suivis. Je me plaisais dans cette liberté qu’on s’était accordée, celle d’être suffisamment courageuses pour s’entraîner ailleurs qu’à ce gym coté numéro un au Québec. Le plaisir fut de courte durée. Pendant les séances, le mari de Sophie, mon nouvel entraîneur, mettait l’accent sur mon transfert de poids et croyait bon de poser ses mains sur mes hanches pour me montrer l’exemple. Quelquefois, ses mains glissaient sur mes fesses. La première fois, j’ai pensé que c’était parce que mes pantalons étaient amples – les pantalons que nous devions porter pour ne pas déconcentrer les gars – mais les mouvements de la main se sont faits moins ambigus, plus insistants. Comment dire à sa partenaire de boxe, à son amie, ayant participé à la femme que je suis devenue à l’instant où j’écris, que son mari de quarante ans s’était livré à des attouchements sur moi? Qu’il avait dit à une autre de nos partenaires en allant la reconduire en voiture, une main sur sa cuisse : « Je ne tromperais pas ma femme, mais avec toi, je ferais bien exception »? J’ai quitté le gym sans dire au revoir à Sophie. C’est mon seul regret dans cette histoire. Je suis moins forte que Xena avec Gabrielle, peut-être parce que je ne suis pas une fiction. À dix-neuf ans, considérée comme un espoir pour l’équipe nationale, j’ai abandonné mon sport.</p>
<p style="text-align: justify;">Au moment de mon départ circulaient des rumeurs quant à la tenue, pour la première fois de l’histoire, de compétitions de boxe féminine aux Jeux olympiques de Londres, en 2012 (en démonstration), rumeurs qui se sont avérées. Plusieurs voulaient faire porter des jupes aux femmes pour distinguer leur corps androgyne de ceux des hommes. Grâce aux nombreuses résistances exprimées, notamment par des Américaines, ces intentions n’ont pas été portées à terme, mais elles ont quand même fait l’objet d’un débat. Les dirigeants ont mis en place seulement trois catégories de poids pour les femmes, soit trente-six boxeuses. Pour les hommes, il y avait dix catégories de poids pour deux cent cinquante boxeurs. Une restriction qui a empêché maintes athlètes de se présenter. Celles qui ont réussi à se glisser dans une catégorie couraient ainsi un risque : soit le gain de poids les forçait à affronter des femmes plus fortes, donc susceptibles de les blesser sérieusement, soit la perte de poids mettait leur santé en danger. Des commentaires sexistes comme ceux du Français Jean-Claude Bouttier persistaient : « Quand je commentais sur Canal +, il y avait toujours un combat féminin dans les réunions des années 1990 aux États-Unis. J’allais fumer une cigarette. Je n’ai pas changé d’avis, je suis gêné de voir deux femmes se battre… » <strong>(</strong><strong>Cochennec, 2012),</strong> et contribuaient à maintenir l’exclusion des filles dans le sport.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p style="text-align: justify;">Somme toute, il y a les propensions, le feu sacré, la socialisation par la famille faisant en sorte que nous tendons vers un état plus qu’un autre – les manières empruntées, les héroïnes des émissions populaires. Dans nos vies de jeunes filles, on ne se défait pas des rumeurs. Celles entendues, mais que nous répétons en cachette pour avoir aussi compris qu’il ne fallait pas les écouter, que ce n’était pas gentil d’insinuer. Dans nos vies de jeunes filles, on ne se défait pas des mises en garde. Celles qui renforcent l’idée que les hommes sont des prédateurs envers lesquels il faut constamment être aux aguets. C’est dans cet entre-deux, entre le silence exigé et la méfiance obligée, que nous avançons dans le sport – comme dans le monde. C’est aussi dans cet entre-deux que rapidement les yeux des hommes au pouvoir se posent sur nos corps juvéniles, nous scrutant, nous évaluant, patientant pour quelques traits de maturité. Ces corps dont ils connaissent la vulnérabilité, le manque d’outils pour résister, en raison notamment du nombre inférieur de femmes en position d’autorité en ce domaine. Nos corps reçoivent des violences sexistes, parfois subtiles ou ouvertement dirigées, que ni l’une ni l’autre n’accepterait de subir dans la mi-vingtaine. Quelles sont les permissions que certains hommes responsables se sont attribuées à notre insu? Quel système rend possible la perpétuation de cette culture, faisant que toutes deux n’avons pas continué notre cheminement dans le sport? Nous voici à présent, et depuis quelques années, évoluant dans le monde universitaire de la littérature. Malgré une plus grande inclusion des femmes, il semble que le <em>boys club </em>ne soit jamais bien loin. Mais à travers ces lieux et ces moments marqués par la tradition masculine, des résistances se forment : des femmes donnent la parole à d’autres femmes, aménagent des espaces de réciprocité où se côtoient les expériences des unes et des autres. Nous appelons un monde où les filles refuseront de se taire, où la crainte de représailles n’aura plus de prise.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Lorsque je cherche le mot « intégrité » dans un dictionnaire en ligne, je trouve cette définition, placée en deuxième : « <em>En partic.</em> Qui n’a subi aucune atteinte dans son corps. Synon. <em>virginité d&rsquo;une femme.</em> » Il semble ainsi que l’intégrité du corps soit invariablement pensée en regard de la sexualité, laquelle est, dans une large mesure, niée aux enfants.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Nom fictif.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Nom fictif.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Le Ringside World Championships est un tournoi annuel qui se déroule à Kansas City, au Missouri. Il convoque plus de 1000 athlètes de partout dans le monde. Dans le <a href="http://www.ringside.com/ringside/iec-rwc" target="_blank">Independence Events Center</a>, six rings assurent le roulement des compétitions sur une durée de sept jours.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Entre le moment où nous avons écrit ce texte et sa publication, une boxeuse professionnelle a obtenu un contrat avec le groupe GYM.</p>
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		<title>Chronique de cubes – section interactive</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:14:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LAURENCE SIMARD &#160; &#160; &#160; Préambule L’idée de « faire du sport », ou pire encore, « de l’activité physique », me rebute profondément. Je ressens toujours un malaise lorsqu’on m’appose l’épithète de « sportive », en référence à mes pauvres petits kilomètres courus poussivement sur les plaines. Je bredouille un démenti embarrassé, « non, mais je cours pas vite là&#8230; et [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_24_-_La_Culbute_F17BOU005402.jpg" rel="attachment wp-att-1877"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1877" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_24_-_La_Culbute_F17BOU005402.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_24_-_La_Culbute,_F17BOU005402" width="2226" height="1866" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">LAURENCE SIMARD</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Préambule</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’idée de « faire du sport », ou pire encore, « de l’activité physique », me rebute profondément.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ressens toujours un malaise lorsqu’on m’appose l’épithète de « sportive », en référence à mes pauvres petits kilomètres courus poussivement sur les plaines. Je bredouille un démenti embarrassé, « non, mais je cours pas vite là&#8230; et c’est juste pour ma santé mentale&#8230; », mortifiée qu’une part de mes habitudes d’hygiène de vie banale soit catégorisée de la sorte et encensée au grand jour, et – surtout – horrifiée à l’idée d’être si entièrement incomprise que cette partie de mon intimité puisse être considérée comme prétexte valable et bienvenu à socialiser avec le premier quidam venu.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne juge personne ceci dit. Vautrez-vous dans le sport tout votre saoul, bâtissez de chaudes camaraderies à jaser de vos pratiques sportives, soit, mais mêlez-moi pas à ça.</p>
<p style="text-align: justify;">Faisant fi de cet aimable précepte, sur lequel repose il me semble une bonne partie des éléments d’une vie harmonieuse en société, le « Grand défi Pierre Lavoie », disent les internettes, « s’est donné pour mission d’encourager les Québécois [sic] à adopter de saines habitudes de vie sur une base régulière de façon à ce que les choix santé deviennent la norme pour les générations de demain. »</p>
<p style="text-align: justify;">Si étaler à tout vent mon petit quant-à-moi me déplaît, une chose que je fais volontiers c’est chialer, et le ton agressivement enjoué, normalisant et intrusif du Grand défi m’enlève toute trace d’inhibition, voire de bonne foi. C’est l’équivalent de Noël pour la chiâleuse que je suis – une célébration d’atroce mauvais goût des habitudes de vie privée jugées vertueuses, accompagnée d’un opprobre bien senti envers les hordes de malpropres qui consacrent leurs loisirs à tivi, bière, party mix et – scandale! – cigarettes, ces ennemis publics, ces mauvais esprits qui refusent d’admettre que le sport, c’est la santé, et ce POUR LEUR PROPRE BIEN.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Grand défi en soi m’inspire moult vitupérations, mais n’accote pas – beaucoup s’en faut – le défi des cubes d’énergie, sa variante suppôt, adopté dans toutes les écoles de la province, qui représente pour moi un inépuisable filon de créativité et de vilipenderies. La manne est ouverte.</p>
<p style="text-align: justify;">« Mais c’est quoi, Laurence, les cubes d’énergie? » me demande quelque bienheureux-se qui, n’ayant point enfanté, peut se permettre d’adopter une superbe indifférence face à ce déplorable phénomène.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est simple : chaque enfant d’âge scolaire se voit attribuer un carnet de cubes, qu’elle ou il peut colorier à mesure que sont accumulées des minutes d’exercice (15 minutes = 1 cube) effectuées par ledit ou ladite enfant, ou par un membre de sa famille dûment enquiquiné pour « faire des cubes ». Le tout est lié à une sombre histoire de concours – l’an passé, par exemple, il était question d’une fin de semaine à la Ronde, qu’ont dû se taper de malheureux parents de l’école affligée d’une telle victoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Émanant d’un projet qui, à la base, a de quoi faire sourciller – voir invectivations ci-haut –, l’idée des cubes d’énergie ajoute l’insulte à l’injure. C’est la goutte qui fait déborder ce vase de vulgarité nocive, symptomatique d’une société absolument décadente, qui comptabilise enthousiaste les calories dépensées, le bon air frais respiré, qui régimente les satisfactions les plus primaires de l’existence selon un modèle scientifiquement établi (Foucault capoterait), avec l’accent faux bon enfant des campagnes antitabac du gouvernement fédéral, « la drogue c’est mal les enfants, le saviez-vous? Regardez cette belle bande de jeunes en santé là-bas, ne sont-ils pas “cool”? » (Les guillemets du « cool » indiquant la petite liberté qu’on s’est octroyée ostensiblement : utiliser un mot vernaculaire, heurtant la rationalité systématiquement inefficace de toute bonne bureaucratie, prouvant jusqu’où on est prêt-es à aller pour faire rimer santé avec funné.)</p>
<p style="text-align: justify;">(Note à la lectrice, les cubes d’énergie sont toutte sauf funnés.)</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pour le leitmotiv. Ça dure un mois ce maudit défi-là, et je vais en chialer tous les jours que le bon Dieu emmènera. Je m’offre donc à vous en faire un calendrier de l’avent : un jour une chialerie. Ou peut-être certaines chialeries plus consistantes pourront faire pour plusieurs jours, on verra.</p>
<p style="text-align: justify;">J’entends déjà les esprits chagrins protester : « Mais Laurence, le défi des cubes c’est au mois de mai. Rapport le calendrier de l’avent – tu peux ben chialer tous les jours sans tenter de te justifier avec des velléités esthétiques&#8230; » La réponse c’est que j’y ai pensé dans le temps de Noël à ce texte-là. Comme Frank Sinatra, il a fait son album de Noël en plein été. C’est de même ça marche.</p>
<p style="text-align: justify;">(NB : je le sais pas combien il en aura de jours, le défi des cubes cette année, ce qui m’enlève toute prétention à la rigueur. La lectrice avisée aura compris que je m’en sacre.)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 1.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En ce premier jour du Grand défi, ma fille, oracle de calamités à venir dans un avenir prochain, revient de l’école la tête pleine de cubes. L’air est pesant d’un inévitable encore imprécis : les criss de cubes d’énergie, ça va assurément être du « trouble », selon l’usage du terme établi par <a href="http://www.instantmeme.com/ebi-addins/im/ViewBooks.aspx?id=3023" target="_blank">François Blais</a> :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La devise </em>[de la mère de Martin]<em>, qu’elle répétait plusieurs fois par jour, tenait en cinq mots : « J’veux pas de trouble! », le vocable « trouble » couvrant dans ce contexte un champ sémantique quasiment infini. </em><a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le défi des cubes, je le sens déjà confusément, parviendra à fauter le trouble par des voies quasiment infinies – à commencer par le fait que cette pensée coupable m’apparente à la mère de marde du roman. Vaincue avant même avoir combattue. C’est là peut-être la leçon centrale à retirer de ce calvaire de défi : on gagnera juste pas.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 2.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Maman y’est où mon carnet de cubes?? » Fuck, y’est où le carnet de cubes. Voilà, du trouble : si la situation était moins dramatique je goûterais sans mélange le plaisir un peu mesquin d’avoir fait preuve d’autant de perspicacité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 4.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comptabiliser les cubes implique une gestion précise. Le désir de favoriser l’apprentissage de l’autonomie est à ma connaissance le prétexte le plus communément invoqué par les parents pour se laver les mains de toute l’affaire. Sauf que les conséquences de ce laxisme sont tragiques : au souper, on m’annonce gravement que Tel Tit Gars aurait triché dans son carnet de cubes. Ainsi, la vilenie du monde a investi l’esprit de ma douce enfant, virée <em>stoole</em> pour une sombre histoire de cubes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 6.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Force est de constater que le principe de « faire de l’exercice 15 minutes et colorier un tit cube » fonctionne mieux pour les banlieusard-es, qui peuvent aisément embarquer dans leur char pour aller virer en rond à Lévis sur la piste cyclable. Facile de compter dans ce temps-là. Pour nous, tite plèbe de la ville, ça devient rapidement problématique : si on passe notre temps à faire des 6 minutes de marche pour aller à l’école ou se rendre à l’épicerie, ça compte-tu? Pis niaiser dans le parc en bas de notre bloc? Sur le tas des indignités inhérentes au rôle de parent, dois-je ajouter celui de police des cubes? « Heille tite fille, que je te voye pas musarder en haut de la glissade pendant tes minutes d’exercice&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 8.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Non ma chérie, ce soir maman n’ira pas courir en rond dans le parc avec toi pendant 15 minutes. Maman préfère niaiser sur Facebook. »</p>
<p style="text-align: justify;">Tenter de faire face sereinement à la désillusion et la déception qui envahissent les yeux de ma pauvre enfant. Tôt ou tard, c’était inévitable.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 10.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(NB : cette entrée-là est inspirée d’un livre dont vous êtes le héros. Si t’es <em>geek</em> tu la lis, sinon tu passes au Jour 11.)</p>
<p style="text-align: justify;">Parlant de Facebook, <em>flashback</em> d’un de mes statuts du mois de mai de l’an passé :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Mon analyse à deux cennes : le défi Pierre Lavoie c’est l’incarnation d’une dystopie foucaldienne. Sauf que depuis que la journée d’école commence avec des exercices dans la cour ça paraît pas que Vivianne arrive en retard.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Normativité 1 : Laurence 1</em></p>
<p style="text-align: justify;">Probablement la pensée la plus positive exprimée ici.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 11.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Qu’on se le dise, le défi des cubes d’énergie combine avec égale conviction tout un ramassis d’éléments de discours normalisant, moralisateur et individualisant sur la santé. La glorification du sport et d’un mode de vie « sain » (manger des affaires qui coûtent cher, éviter les distractions grossières comme le Nintendo et les chips, etc.) prend préséance sur nos choix collectifs dans une mauvaise foi ronflante et exaltée, couvrant de sa clameur les rabat-joies qui ramènent encore, ces perfides gauchistes, que la pauvreté et les inégalités sociales sont le facteur prépondérant dans la détermination de la santé. Autrement dit, le fait d’être pauvre c’est pas mal pire que d’être gros-se, et que, si on va par là, d’apposer une valeur morale au coloriage individuel de tits cubes ne risque pas de contribuer à l’atteinte de l’objectif d’améliorer la santé des masses.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Jour 15.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Chialer contre le Grand défi me donne des airs de psychopathe. On me rappelle qu’il s’agit à la base d’une initiative d’un père ayant perdu deux enfants de l’acidose lactique, et que l’idée était de lever des fonds pour financer la recherche en vue de lutter contre cette maladie épouvantable. Ce drame me bouleverse sincèrement – je ne peux même pas commencer à imaginer la souffrance de perdre ses enfants. Loin de moi l’idée de vouloir ridiculiser le vécu et les efforts de Pierre Lavoie. Ceci dit il me répugne profondément de voir l’horreur et la compassion généralisée suscitée par une telle histoire instrumentalisée pour nourrir une logique caritative en lien avec nos services de santé, qui camoufle un désinvestissement de l’état toujours plus marqué.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 16.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la lignée « analyse sociale », je me permets de réitérer l’évidence, comme quoi ce damné défi-là représente un maudit beau vecteur d’inégalité. On s’entend que si moi, dans mon propret Saint-Jean-Baptiste, ça me fait chier la gestion comptable des cubes, je n’ai par contre pas à subir l’inquiétude et le dégoût d’envoyer courir mes enfants dans le trafic, la laideur et le pas d’arbre/pas de trottoir d’un coin pauvre de Vanier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 18.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Maman y’est où mon carnet de cubes?? » La question est posée machinalement : toute trace d’espoir a maintenant disparu de la voix de ma rejetonne : les cubes d’énergie ont prouvé de façon éclatante l’incompétence de sa mère à l’aider à mener sa barque. Dans cette vallée de larmes, on naît seul-e et on meurt seul-e.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 20.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pensée oisive de file d’attente à l’épicerie : le carnet de cubes, c’est une malédiction dans la même lignée (mais ô combien plus cruelle) que le cahier de timbres pour les casseroles du IGA. Même odeur de trouble, même potentiel (lire : certitude) de perte. Et faites-moi pas accroire qu’on s’est pas fait fourrer en se faisant changer les gracieusetés de la semaine contre la perspective d’éventuellement acquérir des casseroles à petit prix (et encore, petit, faut lire vite).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><strong>Jour 21.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ma voisine appelle chez nous pour nous inviter à aller dehors « faire des cubes » avec sa fille qui – malédiction! – s’adonne à être celle de qui ma pauvre enfant, dans son égarement, voudrait être la meilleure amie. À la valeur morale des cubes vient de s’ajouter une opportunité sociale. La calamité est inéluctable : une connivence forcée entre parents sera tissée autour des maudits cubes, faite de <em>small-talk</em> malaisant autour du thème « c’est donc l’fun profiter un peu du dehors, c’est donc fin ça nous permet de se mettre en forme ». Et ce qui est fait ne pourra être défait.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 24.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans notre univers social de schnoutte, l’impression persiste d’un droit acquis et généralisé sur l’attention des femmes – en tant qu’objets de désir (à ce sujet ce <a href="http://stoptellingwomentosmile.com/" target="_blank">blogue-là</a> vaut le détour) et en tant que mères, entre autres – qui s’exprime par un devoir de sourire et d’encaisser les propos les plus agressants de stupidité, des jokes grasses aux jugements bien intentionnés. Paradoxalement c’est de se soustraire à ce devoir qui est considéré comme un manque de tact impardonnable.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Grand défi profite de la manne en dressant un tit kiosque, lors de la journée porte ouverte de l’école, dans le but avoué de <em>shamer </em>les parents (lire : les mères) sur la nature des aliments ingurgités par leur progéniture. « Qu’est-ce que vous avez mangé pour déjeuner ce matin? Hum…. Du jus… Vous savez que c’est bien meilleur les fruits? »</p>
<p style="text-align: justify;">Ma journée est faite par une mère inconnue, Jeanne D’Arc du manque de tact, qui répond à ces malotrus rengorgés de respectabilité sociale et de vertu : « Pis toé, qu’est-ce t’as mangé, pour déjeuner? »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 27.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mon attention est attirée par un débat houleux entre blogueurs-ses sur le sujet de « ça marche tu ou ça marche tu pas le défi Pierre Lavoie ». La problématique au cœur de l’altercation est de savoir si le pénible procédé des cubes d’énergie atteindra son but, qui est, on se rappelle, « d’encourager les [tits enfants] à adopter de saines habitudes de vie sur une base régulière de façon à ce que les choix santé deviennent la norme pour les générations de demain. » Certains sceptiques vont jusqu’à affirmer que nenni, il n’en restera rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Du fond de ma fatigue la surprise me sidère : est-ce par candeur excessive, ou par énergie débordante, que ces pauvres illuminé-es croient encore à un objectif, à un fil conducteur porteur de cohérence au sein de cette épreuve? Que n’ont-elles et ils pas encore compris que, rendu-es là, la seule préoccupation qui vaille c’est de passer au travers du maudit défi?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jour 30.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Maman y’est où mon carnet de cubes?? » Y’est là ton carnet ma belle, mon amour, mon cœur. Demain c’est fini. On a passé au travers.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a>          Blais, François, <em>La classe de Madame Valérie</em>, Québec, L’Instant même, 2014, p. 16</p>
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		<title>Pour un stade sécuritaire : critique d’une tradition du sport-spectacle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:14:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CLAUDINE BERNARD BARBEAU &#160; &#160; &#160; Les traditions du sport-spectacle sont un bel objet d’analyse pour qui s’intéresse aux inégalités sociales et relations de pouvoir qui les sous-tendent. Sexisme, misogynie et, plus globalement, système patriarcal, sont disséminés parmi diverses démonstrations qui se veulent souvent inoffensives, bon enfant. Ces formes de violence se matérialisent à travers [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_12_-_Colin-Maillard_F17BOU005390.jpg" rel="attachment wp-att-1905"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1905" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_12_-_Colin-Maillard_F17BOU005390.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_12_-_Colin-Maillard,_F17BOU005390" width="2250" height="1842" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">CLAUDINE BERNARD BARBEAU</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Les traditions du sport-spectacle sont un bel objet d’analyse pour qui s’intéresse aux inégalités sociales et relations de pouvoir qui les sous-tendent. Sexisme, misogynie et, plus globalement, système patriarcal, sont disséminés parmi diverses démonstrations qui se veulent souvent inoffensives, bon enfant. Ces formes de violence se matérialisent à travers des pratiques parfois plus manifestes que d’autres (<em>ring girls</em>, danses de célébration au football, remise de médailles aux Olympiques), peut-être parce qu’étant accessibles pour les spectateurs à l’extérieur du stade, elles sont plus évidentes. Il n’en demeure pas moins que d’autres traditions réservées au public sur place ont leurs lots de tares et qu’il est tout aussi intéressant, et important, de s’y attarder.</p>
<p style="text-align: justify;">La Kiss Cam est une démonstration fascinante d’inégalités perçues comme ordinaires. Court segment à durée qui varie selon celle des intermissions qu’elle permet de combler, la Kiss Cam est à la recherche de baisers potentiels parmi les partisans. Et, coûte que coûte, elle en trouvera.</p>
<p style="text-align: justify;">Son mode de fonctionnement est particulier. Des caméras placées de parts et d’autres du stade balaient la foule. Des individus font signe avec leurs bras. Certains déjà s’embrassent. D’autres n’ont pas remarqué l’annonce du début du segment Kiss Cam, présenté à l’écran central du terrain. Qu’importe, le caméraman derrière la Kiss Cam arrêtera le point central de sa caméra sur qui bon lui semble<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. S’il privilégie les partisans qui désirent participer, il ne néglige pas non plus les autres plus gênés.</p>
<p style="text-align: justify;">On s’attend des gens filmés leur participation au segment. Idéalement, ils s’embrassent. Or, les démonstrations sont plus ou moins variées. Il y a parfois des mises en scène dites humoristiques, que l’on comprend comme arrangées avec le gars des vues. Or, la majorité du temps, les individus qui apparaissent à l’écran répondent bien à la demande, quoique plus ou moins aisément. Mais, l’on s’y attend, il y a aussi des refus, celui d’embrasser le voisin ou simplement de participer au segment, point.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais comme il faut divertir la foule, les réactions aux manifestations produites pour la Kiss Cam diffèrent selon qui y est présenté, et selon ce qui est offert à la caméra. L’effet de foule est particulièrement prenant: applaudissements, chahutage, rires, attendrissement&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Les problèmes liés à la Kiss Cam sont somme toute assez évidents, à commencer par son mode de recrutement, par le choix des individus qu’elle affiche au<em> jumbotron</em>, l’écran central. Blancs, jeunes, minces et beaux, ils sont, avant tout, hétérosexuels. En effet, la Kiss Cam s’attarde principalement à des individus que l’on conçoit comme de sexes opposés.</p>
<p style="text-align: justify;">L’on s’intéresse à l’homosexualité presque uniquement à des fins humoristiques, particulièrement lorsqu’il s’agit de deux hommes, comme les mises en scène de deux femmes semblent davantage représenter un jeu de séduction. Qui plus est, il est courant de filmer deux membres de l’équipe adverse pour les narguer, puisque, comme l’a dit Anthony Cumia, « <em>it’s kind of funny the idea of two professional baseball players kissing</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi est dépeinte l’homosexualité dans les segments Kiss Cam de la Major League Baseball (MLB) et de la Ligue nationale de hockey (LNH). Une notion absurde, une pratique qu’il faut ridiculiser pour évacuer toute possibilité d’une affectuosité homosexuelle dans le stade. Il faut aussi noter qu’en 2002, un couple lesbien ayant participé à la Kiss Cam a dû quitter le stade des Dodgers où elles assistaient à un match de baseball, à la suite d’une plainte reçue par une autre membre du public. Belle incohérence, considérant qu’en posant l’objectif sur le couple, l’on s’attendait à rien de moins qu’un baiser…!</p>
<p style="text-align: justify;">En 2010, un groupe LGBT revendiquait une plus grande parité, considérant leur groupe comme marginalisé lors des segments Kiss Cam. Peut-être les temps sont-ils en train de changer : au cours de la dernière année, les Mets ont décidé de mettre fin à la plaisanterie jouée à l’équipe adverse, soit la présentation de deux de ses joueurs. Aussi, deux couples homosexuels sont apparus pour la première fois lors de matchs de la LNH et de la MLB à la Kiss Cam; il semble que les réactions aient été positives, suivies d’applaudissements d’un bout à l’autre du stade.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’agit en effet d’avancées vers un environnement plus sécuritaire pour les couples homosexuels, dans un milieu largement dominé par une culture des masculinités hégémoniques. Or, les articles qui traitent de ces trois évènements méritent de soulever de nouvelles interrogations. Certes, les évènements de la dernière année indiquent des changements dans le stade sportif, mais en même temps, ces initiatives redorent l’image de clubs souvent critiqués pour les hypermasculinités dont ils font la promotion. Sont-elles totalement authentiques ou font-elles suite à des plaintes répétées? Parlent-ils profits et maintien des fans ou l’inclusivité est une de leurs réelles valeurs?</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, qui sont ces couples homosexuels que l’on a présentés? Deux couples mariés ou en voie de l’être, formés de deux hommes. Dans chacun d’eux, l’un des partenaires était acteur, mais tous les deux étaient jeunes et beaux. Deux couples à qui l’on a demandé la permission avant de les filmer. Encore une fois, un pas tout de même dans la bonne direction, mais aussi faudra-t-il s’intéresser à l’homosexualité de monsieur madame Tout-le-Monde, aux différentes manières d’être qui, sous leurs formes variées, sont toutes appréciables et doivent être appréciées. Et, de demander à ces couples s’ils souhaitent être filmés, s’agit-il d’une politique du stade dans la pratique de la Kiss Cam ou simplement le reflet d’un malaise qui persiste, d’une crainte des réactions du public?</p>
<p style="text-align: justify;">La Kiss Cam n’est pas que dysfonctionnelle dans le tri des gens qu’elle affiche à l’écran. Elle l’est aussi par son mode de fonctionnement qui s’apparente au <em>shaming</em>, lorsqu’est indiqué un refus de participer au segment. Comme l’indiquait Danielle Goldey, une des partenaires du couple homosexuel expulsé du stade des Dodgers, en 2002, si l’expérience était à refaire, peut-être refuserait-elle, considérant sa fiancée comme étant « <em>definitely not a Kiss Cam person […] she is very private</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, la Kiss Cam n’est pas pour tout le monde. Au contraire, embrasser son ou sa partenaire devant des foules de quelques, voire plusieurs milliers de personnes peut être particulièrement angoissant. Certes, la Kiss Cam se veut innocente, mais les réactions de la foule, et celles des individus qui apparaissent à l’écran, laissent parfois croire le contraire.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en ce sens qu’un autre débat concernant la Kiss Cam a émergé, en septembre dernier, à la suite d’un match de football universitaire, à Syracuse, aux États-Unis. Malgré qu’au moment de leur apparition au <em>jumbotron</em>, deux femmes ont signifié explicitement aux hommes avec qui elles se trouvaient leur refus de les embrasser pour la Kiss Cam, ces derniers ont tout de même procédé à l’acte. Dans le premier cas, «<em>the male student pleaded his case for a kiss on the big screen while the female adamantly shook her head no, the crowd cheers</em>» alors que pour le deuxième, «<em>six sets of hands from the seats around her shove her unwilling </em><em>face into his, crowd cheers</em>».</p>
<p style="text-align: justify;">Les images décrites ici sont particulièrement violentes. Ce sont celles données par le plaignant, Steve Port, un individu qui assistait à l’évènement. Comme il le souligne, il est particulier de voir une foule encourager de tels comportements, considérant la promotion faite au cours des dernières années en lien avec la culture du viol abondamment critiquée dans le monde universitaire et la sensibilisation aux relations intimes consensuelles. L’on y voit, en faisant toujours écho aux propos de Port, une démonstration claire d’un <em>male entitlement</em> que l’on retrouve aussi dans les vidéos sur YouTube qui représentent des moments forts des Kiss Cam. Dans ceux-ci sont aussi dépeintes d’autres problématiques plus tôt soulignées, hétéronormativité, homophobie.</p>
<p style="text-align: justify;">Or, si l’on examine un vidéo de Kiss Cam régulière, non pas ses «meilleurs moments», on voit apparaître à l’écran, oui, des moments d’excitation, mais aussi de grand malaise, de baisers dont la durée à respecter est incertaine pour certains, alors que pour d’autres le temps alloué semble trop court. Dans d’autres évènements, aux Olympiques, notamment, elle se démocratise à tous les spectateurs du stade, adultes, aînés, enfants, groupes ou couples. De ces derniers l’on espère certes un baiser, mais pour les autres, on semble prêt à se contenter d’une salutation, d’une accolade.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut alors peut-être comprendre la Kiss Cam comme opérant de manière variée d’un évènement à l’autre, selon les particularités qu’il présente, selon les cultures sportives, le type d’évènement, le lieu où il survient, les gens qui sont présents… Peut-on parler d’un phénomène Kiss Cam généralisé, doit-on parler d’évènements isolés? Il semble que les segments Kiss Cam représentés comme étant les meilleurs sont ceux où l’on peut percevoir un nombre d’éléments liés à une culture des masculinités hégémonique qu’il nous faut déconstruire pour mieux nous comprendre, entre nous et soi-même.</p>
<p style="text-align: justify;">La Kiss Cam apparaît ainsi efficace pour discipliner les individus. Simplement par son nom, la Kiss Cam dicte un comportement à avoir. Par les individus qui, à travers elle, sont présentés à l’écran central, l’on sait qui peut et qui ne peut pas participer au segment. Par le maintien de son attention même sur les couples qui ne souhaitent pas s’embrasser, ni même apparaître devant la foule, l’on sait qu’une aversion de la Kiss Cam n’est pas désirée. La Kiss Cam, dans sa forme la plus primaire, par le comportement qu’elle tente d’imposer, par le maintien d’un point central insistant sur des gens qui refusent d’être filmés, semble drôlement reproduire un schéma similaire à celui qui mène au non-consentement.</p>
<p style="text-align: justify;">De ce fait, si pour Cenk Uygur, du réseau The Young Turks, des évènements comme celui de Syracuse pourraient être évités en détournant la caméra des gens qui visiblement refusent de s’embrasser, peut-être faut-il simplement penser à recruter des participants dans la foule même, comme c’est le cas dans l’organisation des Saints de St-Paul, au baseball. Et, surtout, s’assurer d’une plus grande diversité.</p>
<hr />
<p>Références</p>
<p>Deb Peterson, « <a href="http://www.stltoday.com/news/local/columns/deb-peterson/gays-and-lesbians-want-kiss-cam-parity/article_0738511e-c07d-11df-b12e-0017a4a78c22.html" target="_blank">Gays and lesbians want kiss cam parity</a> », St. Louis Post-Dispatch.</p>
<p>CBC News, « <a href="http://www.cbc.ca/news/trending/nhl-s-first-gay-kiss-cam-moment-makes-crowd-go-wild-1.3400109" target="_blank">NHL&rsquo;s first gay kiss-cam moment makes crowd go wild</a> ».</p>
<p>Ed Mazza, « <a href="http://www.huffingtonpost.com/2015/05/04/gay-kiss-cam-dodgers_n_7209626.html" target="_blank">Gay Kiss Cam Moment Has Dodger Stadium Crowd Cheering</a>, Huffington Post.</p>
<p>Dead Spin, «<a href="http://deadspin.com/the-kiss-cam-and-american-sports-fans-a-slightly-awkwa-1523113498" target="_blank">The Kiss Cam And American Sport Fans: The History of A Romance</a>».</p>
<p>Fox News, «<a href="http://www.foxnews.com/us/2015/09/23/syracuse-university-pulls-kiss-cam-after-complaint-about-forced-affection.html" target="_blank">Syracuse University pulls &lsquo;kiss cam&rsquo; after complaint about forced affection</a>».</p>
<p>Syracuse.com, « <a href="http://www.syracuse.com/opinion/index.ssf/2015/09/no_means_no_even_on_the_carrier_dome_kiss_cam_your_letters.html" target="_blank">No means no, even on the Carrier Dome kiss cam (Your letters)</a> ».</p>
<p>TYT, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=11EAaJ4XY_U" target="_blank">«</a><span id="eow-title" class="watch-title " dir="ltr" title="The Crazy Reason Syracuse Suspended Their ‘Kiss Cam’"><a href="https://www.youtube.com/watch?v=11EAaJ4XY_U" target="_blank">The Crazy Reason Syracuse Suspended Their « Kiss Cam »</a>».</span></p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Le choix des participants à la Kiss Cam semble varier d’une organisation sportive à une autre; certaines vont demander aux gens s’ils souhaitent être présentés lors du segment Kiss Cam, alors que d’autres aléatoirement choisissent des gens dans la foule. Voir <a href="http://jezebel.com/5819719/the-kisscam-demystified" target="_blank">http://jezebel.com/5819719/the-kisscam-demystified</a></p>
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		<title>Quand les femmes aussi veulent jouer</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:14:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>MARIE-MICHÈLE RHEAULT &#160; La fin du XIXe siècle voit poindre la présence des femmes dans les milieux sportifs. Elles sont peu nombreuses, certes, mais elles commencent à pratiquer le golf, le patin ou la natation. Si pour certains médecins et spécialistes de la santé, le sport est un moyen efficace et sain pour améliorer l’hygiène [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_11_-_Les_Petits_feux_F17BOU005389.jpg" rel="attachment wp-att-1864"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1864" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_11_-_Les_Petits_feux_F17BOU005389.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_11_-_Les_Petits_feux,_F17BOU005389" width="2292" height="1836" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">MARIE-MICHÈLE RHEAULT</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">La fin du XIX<sup>e</sup> siècle voit poindre la présence des femmes dans les milieux sportifs. Elles sont peu nombreuses, certes, mais elles commencent à pratiquer le golf, le patin ou la natation. Si pour certains médecins et spécialistes de la santé, le sport est un moyen efficace et sain pour améliorer l’hygiène de vie des femmes, pour d’autres autorités sociales, notons évidemment le clergé, le sport ouvre la voie à une multitude de questions sur le rapport au corps, à la féminité, à la maternité, à la sexualité. Tous ne voient pas d’un bon œil la pratique par les femmes de la bicyclette ou de sports d’équipe habituellement réservés aux jeunes hommes pour renforcer leur masculinité. La pratique de la bicyclette, par le frottement de la vulve contre la selle, ne risque pas de donner un orgasme à la jeune fille de bonnes vertus qui s’adonnerait à ce sport? Immoralité quand tu nous tiens! Qu’à cela ne tienne! Le nombre de clubs sportifs féminins croît à Montréal au début du XX<sup>e</sup> siècle et les Québécois.es doivent mener à bien le débat social sur la place des femmes dans le sport amateur et professionnel.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/MisesAuJeu_Petit.jpg" rel="attachment wp-att-1868"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1868 size-medium" src="/wp-content/uploads/2016/04/MisesAuJeu_Petit-200x300.jpg" alt="MisesAuJeu_Petit" width="200" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/MisesAuJeu_Petit-200x300.jpg 200w, /wp-content/uploads/2016/04/MisesAuJeu_Petit.jpg 400w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a>C’est à partir des débats entretenus par différents acteurs sociaux du début du XX<sup>e</sup> siècle qu’Élise Detellier étudie la pratique sportive au féminin et les inégalités qui sévissent entre les hommes et les femmes dans ce domaine dans un essai publié au Éditions du remue-ménage en 2015 : <em><a href="http://www.editions-rm.ca/livre.php?id=1679" target="_blank">Mises au jeu. Les sports féminins à Montréal, 1919-1961</a>.</em> Dans cet essai fort bien documenté et au style particulièrement accessible, Detellier interroge les discours des médecins, des professeurs d’éducation physique, des clercs catholiques et des athlètes pour comprendre les fondements des angoisses sociales liées à la pratique sportive des femmes du Québec.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord, Detellier aborde les craintes des autorités par rapport à l’atteinte à la moralité et à la féminité. Si certains acteurs sociaux s&rsquo;entendent pour dire que le sport est excellent pour la santé des femmes, les activités qu&rsquo;elles pratiquent doivent toutes contribuer à renforcer leur féminité et, donc, leur capacité à procréer. Puisque l&rsquo;on considère le sport amateur comme un vecteur de masculinité et de virilité chez la jeunesse mâle canadienne-française, il convient d&rsquo;être extrêmement prudents quant aux pratiques sportives des femmes. Les autorités n&rsquo;ont nulle envie de voir dériver le rôle des femmes de son essence première: rester au foyer pour faire des enfants et s&rsquo;en occuper. On s&rsquo;applique donc à faire comprendre aux femmes les bienfaits d&rsquo;une activité physique modérée sur leur santé, mais on s&rsquo;attarde surtout à les mettre en garde contre une montée d&rsquo;ambitions sportives.</p>
<p style="text-align: justify;">Les performances sportives des femmes inquiètent aussi. Même ceux qui croient aux bienfaits du sport chez les femmes ont plusieurs réticences quant à la pratique plus sérieuse des femmes dans certains sports. Par exemple, on ne peut s’empêcher de craindre que les performances féminines viennent dépasser celles des hommes et ainsi venir concurrencer ceux-ci. « Si des femmes performaient aussi bien – voire mieux – que des hommes dans les sports jugés les plus virils, comme le football, la lutte ou la boxe, elles contesteraient la théorie du déterminisme biologique selon laquelle tous les hommes sont “naturellement” plus forts que toutes les femmes. » (Detellier: 49) Les autorités craignent donc un renversement des pouvoirs sociaux si les femmes devenaient plus performantes. Si elles veulent le soutien de l’Église, les femmes doivent donc se restreindre à développer dans leurs pratiques sportives des qualités morales que l’on associe généralement aux femmes. Exit la force et la compétition. Les femmes doivent plutôt faire preuve de grâce et de charité.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&rsquo;intérêt des femmes pour le sport est grandissant et les athlètes ont besoin de lieux pour s&rsquo;épanouir. Dans son essai, Detellier se penche sur deux endroits montréalais qui ont été important dans l&rsquo;organisation du sport féminin: la Palestre nationale et la YWCA. Évidemment, ces lieux sont empreints d&rsquo;une culture et d&rsquo;une pratique religieuse qui leur sont propres: d&rsquo;un côté, les Franco-Canadiens catholiques, de l&rsquo;autre, les Anglos protestants. Ces deux endroits verront naître deux esthétiques sportives bien différentes, mais qui participeront à l&rsquo;émancipation des femmes dans le sport amateur et professionnel.</p>
<p style="text-align: justify;">La complexité de l&rsquo;histoire du sport au féminin au Québec est grande. Si l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Élise Detellier permet d&rsquo;en saisir quelques bribes, le travail qu&rsquo;il reste à faire à ce sujet est énorme et les pistes de réflexion proposées par l&rsquo;autrice sont nombreuses. Toutefois, <em>Mises au jeu</em> reste une excellent ouvrage pour comprendre les prémices de notre culture sportive.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>6. À propos de la sodomie, du sport de compétition et de la culture du viol. Petite analyse insuffisante du désir masculin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:14:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Notes pour un existentialisme queer]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>PIERRE-LUC LANDRY « Le geste du sodomite contient la fin de l’être humain. » Pier Paolo Pasolini, Salò ou les 120 Journées de Sodome &#160; Voir son anus comme une faille On parle beaucoup de « non-futurité » dans les études queer, dans la mesure où la futurité est un concept associé à la reproduction sexuée, encore aujourd’hui réservée [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_34_-_Le_jeu_du_Pet_en_gueule_F17BOU005412.jpg" rel="attachment wp-att-1911"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1911" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_34_-_Le_jeu_du_Pet_en_gueule_F17BOU005412.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_34_-_Le_jeu_du_Pet_en_gueule,_F17BOU005412" width="2298" height="1869" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">PIERRE-LUC LANDRY</h2>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;">« Le geste du sodomite contient la fin de l’être humain. »</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;">Pier Paolo Pasolini, </span></p>
<p style="text-align: right; padding-left: 60px;"><span style="color: #33cccc;"><em>Salò ou les 120 Journées de Sodome</em></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Voir son anus comme une faille</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On parle beaucoup de « non-futurité » dans les études queer, dans la mesure où la futurité est un concept associé à la reproduction sexuée, encore aujourd’hui réservée dans une large mesure au couple hétérosexuel. Il existe bien entendu de nouvelles « méthodes » de procréation permettant à des individus évoluant à l’extérieur du nucléus d’engendrer une descendance, mais l’accession à la parentalité concerne majoritairement les couples hétérosexuels formés d’un homme et d’une femme, « capables » de se reproduire à travers un ou des enfants. L’individu queer est ainsi positionné <em>contre</em> la futurité, dans son refus narcissique et antisocial d’assurer un avenir à la race humaine – dans sa « non-futurité », donc, qui pour certains théoriciens comme Lee Edelman (2004) doit être récupérée radicalement pour en faire une véritable pulsion de mort politiquement et éthiquement subversive.</p>
<p style="text-align: justify;">La sodomie est en ce sens un geste de non-futurité. Néanmoins, pour certains comme Jeffrey Guss, le sexe anal peut être ultimement productif en ce qu’il complexifie les binômes homme-femme et masculin-féminin, par exemple (2010 : 139). L’érotisme anal du sujet masculin est dangereux, notamment parce qu’il déstabilise les identités de genre traditionnelles et remet en question les mécanismes d’acquisition de la masculinité. Le cliché psychanalytique suppose en effet que cet érotisme primitif soit refoulé afin que l’enfant atteigne la troisième phase de son développement psychosexuel – le stade phallique, bien entendu – et qu’il se produise pour lui-même quelque chose comme une identité masculine stable capable de contenir la dangerosité de l’érotisme anal ainsi réprimé (Guss, 2010 : 125). De cette manière, le geste nettement assumé du sodomite non repentant, s’il ne crée rien à proprement parler, a un potentiel de transgression redoutable face à la norme et au discours dominant : « it does destroy the conflation of phallic hegemony and masculinity », écrit Guss (2010 : 127). L’anus remplirait même, selon lui, une fonction de citadelle, « defending masculinity through tight resistance to intrusion, serving as a site of anxious vulnerability, a site that, when transgressed, can permit dangerous gender leakage » (2010 : 131). Pas étonnant, dans ces conditions, qu’y réside un tabou puissant : l’anus de l’homme est un non-lieu fortement territorialisé – marqué, cartographié et mis en forme par les normes sociales, diraient Holmes et Warner (2005 : 16) – qu’il faut protéger, au risque de voir la suprématie du phallus s’effondrer tout à fait, avec dans son sillage la masculinité virile que l’on devine jour après jour de plus en plus fragile.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’est d’ailleurs toujours pas acquis qu’entre adultes consentants il n’existe aucune position sexuelle dégradante. L’interdit d’ordre presque moral de la pratique du sexe anal chez les hommes – surtout chez le sujet recevant, encore plus dans le cadre d’une relation hétérosexuelle – en est un excellent exemple. On reconnaît chez l’homme qui retire du plaisir à être pénétré certaines qualités féminines indésirables. Le « scandale » – le mot est bien fort – entourant les révélations d’Amber Rose au sujet de la présumée sexualité anale de Kanye West montre une fois de plus qu’un homme, un « vrai », n’a pas intérêt à accorder à cet orifice quelque érotisme que ce soit. Un homme pénètre, s’introduit, prend, possède. Domine. Colonise. L’homme doit demeurer souverain. C’est ce que Kanye West affirme, d’une certaine façon, en précisant à l’intention de ses 18 millions d’abonnés sur Twitter qu’il n’a jamais laissé personne faire joujou avec son anus : « Exes can be mad but just know I never let them play with my ass… I don’t do that… I stay away from that area all together… » (<a href="https://twitter.com/kanyewest/status/692967570740224001" target="_blank">gazouillis du 29 janvier 2016</a>).</p>
<p style="text-align: justify;">Une telle réaction, qui n’a rien d’inaccoutumé, est pernicieuse. Le journaliste et écrivain Nico Lang rappelle, dans son article « Hey, Kanye: Anal Play Is Not an Insult », ce que ce comportement coupable peut avoir de directement délétère, notamment en ce qu’il consolide l’homophobie haineuse et messianique de certains groupes ou individus :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[Q]ueer people face a disproportionately high rate of violence across the United States. When it comes to gay men, the American Psychological Association suggests that these attacks — commonly referred to as hate crimes — are motivated by both sexuality and gender roles.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">« These assailants view themselves as social norm enforcers who are punishing moral transgressions, » the APA writes<a style="color: #000000;" href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. « They object not so much to homosexuality itself but to visible challenges to gender norms, such as male effeminacy or public flaunting of sexual deviance. » If the APA explains that effeminate men are the ones targeted for violence, it’s because being « the woman » is still seen as being a punishable act (2016 : en ligne).</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La « transgression morale » – le sexe anal entre hommes – doit être punie, dans cette logique, puisqu’elle dénote un efféminement du mâle qui « reçoit », donc sa dévirilisation. L’homophobie serait en ce sens une forme de misogynie ; une détestation, dès lors, une aversion, et non pas une peur comme le terme le laisse entendre. Il faut ainsi voir la phallocratie comme une ennemie des hommes qui aiment les hommes – ou, plus simplement, de ceux qui admettent un certain érotisme anal –, en plus de tout le reste.</p>
<p style="text-align: justify;">On en arrive au sport.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une économie libidinale de la domination</strong></p>
<p style="text-align: justify;">            Brian Pronger, philosophe du sport d’inspiration foucaldienne, voit dans la culture euroaméricaine du sport d’équipe compétitif une certaine célébration du viol patriarcal ainsi qu’une résistance homophobe à la pénétration. Il tient ces propos univoques et impétueux dans son puissant article de 1999, maintes fois cité, « Outta My Endzone. Sport and the Territorial Anus », où il examine l’économie libidinale de domination territoriale à l’œuvre notamment au hockey, au soccer, au football, au basketball et au rugby. Pronger suggère que l’investissement émotif des sportifs est ancré « in the masculine colonizing will to conquer the space of an “other” while simultaneously protectively enclosing the space of the self » (1999 : 376). Cette mécanique coloniale s’incarnerait dans le sport à travers le désir de marquer des points en violant le territoire de l’équipe adverse, tout en protégeant ses arrières, littéralement, afin que le <em>challenger</em> ne puisse pas en faire autant (1999 : 377). Violer ou être violé, en d’autres mots, dans un environnement puissamment homophobe et phallocentrique permettant au mâle de jouer avec le corps de l’autre sans pour autant abdiquer sa masculinité :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">[T]he well-known homophobia of competitive sport serves an important structural sociocultural function. It prevents the implicit homoeroticism of competitive sport, the pleasures of male bodies playing with each other, from proceeding to explicit sexual expression. That is to say, it maintains the panoptic line that must not be crossed if the orthodox masculine – which is to say the patriarchal heterosexual – credentials of competitive sports are to be maintained. In other words, the homophobia of competitive sport allows men to play with each other’s bodies and still preserve their patriarchal heterosexist hegemony; they can have their (beef)cake and eat it, too (Pronger, 1999 : 374).</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Dans cette logique, le désir masculin est tenu de fermer tous les orifices (bouche, anus, etc.) pour affirmer sa puissance – phallique –, donc son invulnérabilité / inviolabilité. Le mâle doit envahir sans être conquis ; son corps est territorialisé au même titre que le terrain sur lequel le sport s’exerce (Pronger, 1999 : 381).</p>
<p style="text-align: justify;">Le parallèle avec les mécanismes du capitalisme est évidemment facile à établir ; il s’agit d’une économie essentiellement brutale : « One takes one’s delight in the vulnerability of one’s competitor, in one’s phallic ability to pry open their otherwise closed openings against their will, and specifically because it is against their will » (Pronger, 1999 : 386). <em>Against their will</em>. Le plaisir de la pénétration, dans le sport, dépend selon Pronger de la violence avec laquelle le territoire de l’équipe adverse est envahi, colonisé – nous revenons donc au viol. Le sport serait ainsi une configuration farouchement immorale du désir (Pronger, 1999 : 387).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qu’il y a de particulièrement dérangeant dans l’analyse de Pronger, c’est qu’elle révèle les mécanismes souterrains à l’œuvre dans le sport et qui participent, à l’insu de tous ou à peu près, à la réitération du patriarcat, de l’hétéronormativité, de l’homophobie, de la misogynie et de la culture du viol. Le sport est une école de la vie pour nombre de garçons, qui y apprennent des manières d’agencer leurs désirs assez inquiétantes :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Boys raised on competitive sport learn to desire, learn to make connections according to the imperative to take space away from others and jealously guard it for themselves. Competitive sport trains desire to conquer and protect space, which is to say it stimulates phallic and anal desire on the playing field. The most masculine competitive sports are those that are the most explicitly spatially dominating: boxing, football, soccer, hockey. In the sports, players invade the space of others and vigorously guard the same from happening to themselves. The only honorable form of desire in these competitive sports is domineering and protective; it is anathema to welcome other men into one’s space. The team whose desire produces the most invasive phallus, which is called offensive strategy, and tightest asshole, known as defensive strategy, wins (Pronger, 1999 : 382).</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">            Ainsi, le discours du sport de compétition, fortement en accord avec la norme sociale et le discours dominant (capitaliste, hétéronormatif, etc., etc.), reproduit chez les « garçons en série », pour reprendre une expression de Martine Delvaux tout en la triturant un peu, l’idée reçue que la pénétration anale correspond à l’humiliation de la défaite. « Being opened to the penetrations of phallic desire is feminizing, which in patriarchal culture is humiliating », écrit Pronger (1999 : 383). Kanye West, en n’admettant pas le désir déterritorialisé, se comporte exactement comme les sportifs de compétition qui considèrent la pénétration de leur territoire par l’autre (l’ennemi) comme une vulnérabilité insoutenable. C’est-à-dire que l’ouverture qu’une telle pénétration suppose est en désaccord avec tout ce que les mâles ont « appris » à propos de leur propre masculinité, qui reposerait sur un corps souverain, sans faille aucune, impénétrable. L’opposé de cette souveraineté résiderait bien sûr dans l’autre terme du binôme homme-femme, c’est-à-dire chez le sujet féminin, inférieur, que l’on peut conquérir et violer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour ne pas conclure</strong></p>
<p style="text-align: justify;">            Si j’ai fait beaucoup de place aux analyses des autres, dans ces sixièmes notes, c’est qu’elles me semblent plus aptes que moi à exprimer le profond malaise que je peux ressentir devant les discours du sport et de la masculinité, qui présentent tous deux une idée de la virilité nocive et dommageable dans laquelle, on le devinera, je suis incapable de me reconnaître. Ou, plutôt : dans laquelle je ne <em>veux pas</em> me reconnaître. Il est bien évident que je n’échappe pas à mes innombrables contradictions. Il est bien évident aussi que j’<em>habite le monde </em>et que je suis donc perméable à bien des forces qui me dominent, notamment celles de la doxa et du langage. Voilà pourquoi je reviendrai sans aucun doute, dans des notes subséquentes et dans mon travail intellectuel et artistique, sur la performativité des désirs interdits, notamment ceux exprimés à travers l’anus pensé comme zone érogène subversive, orientée vers une futurité queer décidément transgressive. Il faut voir la réappropriation de l’anus par les intellectuels comme une déterritorialisation en acte, un engagement concret dans la lutte contre le contrôle, la surveillance et la régulation des corps. L’anus comme arme de combat, finalement, contre la phallocratie et la domination des hommes sur les femmes.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie</strong><strong> </strong></p>
<p style="text-align: left;">DELVAUX, Martine (2013), <em>Les filles en série. Des Barbies au Pussy Riot</em>, Montréal, les éditions du remue-ménage.</p>
<p style="text-align: left;">EDELMAN, Lee (2004), <em>No Future: Queer Theory and The Death Drive</em>, Durham, Duke University Press.</p>
<p style="text-align: left;">FRANKLIN, Karen (2016), « Prevalence of Antigay Aggression among a College Sample », <em>American Psychological Association, Advocacy Issues</em>, [en ligne]. <a href="http://www.apa.org/about/gr/issues/lgbt/anti-gay.aspx">http://www.apa.org/about/gr/issues/lgbt/anti-gay.aspx</a> (Page consultée le 25 mars 2016).</p>
<p style="text-align: left;">GUSS, Jeffrey R. (2010), « The Danger of Desire: Anal Sex and the Homo/Masculine Subject », <em>Studies in Gender and Sexuality</em>, vol. 11, n<sup>o</sup> 3, p. 124–140.</p>
<p style="text-align: left;">HOLMES, Dave et Dan WARNER (2005), « The anatomy of a forbidden desire: men, penetration and semen exchange », <em>Nursing Inquiry</em>, vol. 12, no 1, p. 10–20.</p>
<p>LANG, Nico (2016), « Hey, Kanye: Anal Play Is Not an Insult », <em>HuffPost Queer Voices</em>, [en ligne]. <a href="http://www.huffingtonpost.com/nico-lang/hey-kanye-anal-play-is-no_b_9158644.html?utm_hp_ref=queer-voices&amp;">http://www.huffingtonpost.com/nico-lang/hey-kanye-anal-play-is-no_b_9158644.html?utm_hp_ref=queer-voices&amp;</a> (Page consultée le 25 mars 2016).</p>
<p>PASOLINI, Pier Paolo (1976), <em>Salò ou les 120 Journées de Sodome</em>, DVD.</p>
<p>PRONGER, Brian (1999), « Outta My Endzone. Sport and The Territorial Anus », <em>Journal of Sport &amp; Social Issues</em>, vol. 23, no 4, p. 373–389.</p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Dans un article de Karen Franklin (2016), « Prevalence of Antigay Aggression among a College Sample », <em>American Psychological Association, Advocacy Issues</em>, [en ligne]. <a href="http://www.apa.org/about/gr/issues/lgbt/anti-gay.aspx" target="_blank">http://www.apa.org/about/gr/issues/lgbt/anti-gay.aspx</a> (Page consultée le 25 mars 2016).</p>
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		<title>Un film de chasse de filles : entrevue avec la réalisatrice Julie Lambert</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:13:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>JULIE VEILLET &#160; &#160; Écouter Un film de chasse de filles, ça donne le goût de se promener en quatre-roues, de marcher dans la bouette dans le bois et même (oui, je sais…) de tirer du gun! Faire une entrevue avec Julie Lambert [1], ancienne travailleuse sociale devenue cinéaste et réalisatrice du film, ça donne [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_46_-_Le_Pape-guay_F17BOU005424.jpg" rel="attachment wp-att-1918"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1918" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_46_-_Le_Pape-guay_F17BOU005424.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_46_-_Le_Pape-guay,_F17BOU005424" width="2216" height="1860" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">JULIE VEILLET</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Écouter <a href="http://unfilmdechassedefilles.com/" target="_blank"><em>Un film de chasse de filles</em></a>, ça donne le goût de se promener en quatre-roues, de marcher dans la bouette dans le bois et même (oui, je sais…) de tirer du <em>gun</em>! Faire une entrevue avec Julie Lambert <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>, ancienne travailleuse sociale devenue cinéaste et réalisatrice du film, ça donne le goût de faire tout ça… avec elle!</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir vu ce documentaire sur la pratique de la chasse au féminin paru en 2014 et dont j’avais beaucoup entendu parler, j’ai tout de suite eu envie de discuter de la démarche entourant ce film avec celle qui l’avait réalisé et ça tombait bien, parce qu’on avait un numéro sur le sport en préparation et qu’en plus, Julie Lambert a immédiatement accepté mon invitation lorsque je l&rsquo;ai contactée.</p>
<p style="text-align: justify;">J’avais vraiment hâte de poser des questions à Julie sur les raisons qu’il l’avait poussée à s’intéresser à ce sujet, à aller rencontrer des amoureuses de la chasse (et pas amoureuses à moitié, laissez-moi vous le dire!) et à transposer ces rencontres dans un film. Mon père a toujours chassé (bon, ça fait un petit bout de temps qu’on n’a pas mangé d’orignal, mais il n’est pas moins passionné, je vous le jure), alors j’avais une compréhension de base de ce en quoi consistait la pratique sportive de la chasse, mais je dois avouer que j’entretenais tout de même quelques préjugés par rapport à tout ça et que mon opinion sur les armes à feu est plus que mitigée <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>. Et je n’étais pas la seule à entretenir des idées préconçues sur la chasse. En tant qu’ancienne végétarienne (par conviction), Julie aussi! «J’avais une réelle peur des armes à feu. J’avais aussi comme préjugé que la chasse était cruelle, que les chasseurs étaient cruels, jusqu’à temps que je comprenne que les vrais chasseurs, ce sont les plus grands amoureux des animaux et de la nature. En dehors de la chasse, s’il y a un cerf qui est blessé, un orignal qui est blessé, ce sont les premiers à les aider.»</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/PO_Photo_JulieLambert_credit_HELENE_BOUFFARD.jpeg" rel="attachment wp-att-1919"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1919" src="/wp-content/uploads/2016/04/PO_Photo_JulieLambert_credit_HELENE_BOUFFARD.jpeg" alt="PO_Photo_JulieLambert_credit_HELENE_BOUFFARD" width="480" height="534" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/PO_Photo_JulieLambert_credit_HELENE_BOUFFARD.jpeg 480w, /wp-content/uploads/2016/04/PO_Photo_JulieLambert_credit_HELENE_BOUFFARD-270x300.jpeg 270w" sizes="(max-width: 480px) 100vw, 480px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Photo: Hélène Bouffard</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C’est lors d’un voyage en Gaspésie, en pleine saison de la chasse, alors que plusieurs de ses ami.e.s chassaient et qu’il y avait des orignaux partout («Je capotais! Je ne voulais pas sortir!») que l’idée du film lui est venue : «Je voyais mes ami.e.s, qui ne sont pas des gens cruels, en action et je voyais leurs yeux qui brillaient tellement, alors je me suis dit : « Mon dieu, il y a quelque chose que je ne comprends pas. »» Par un tour de force, les ami.e.s de Julie ont réussi à la convaincre de goûter à de la viande d’orignal («J’ai vécu un moment!») et petit à petit, elle a recommencé à manger de la viande. Puis, lors d’un autre voyage chez des ami.e.s chasseur.se.s, elle est tombée sur une feuille d’inscription pour un cours de maniement d’armes à feu, et a découvert à sa grande surprise que plusieurs des participant.e.s étaient des femmes. Réalisant que la pratique de la chasse par les femmes prenait de plus en plus d’ampleur au Québec, Julie a eu envie d’en parler dans un film.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/FILMDECHASSE_affiche-laurier.png" rel="attachment wp-att-1926"><img decoding="async" class="alignright wp-image-1926 size-medium" src="/wp-content/uploads/2016/04/FILMDECHASSE_affiche-laurier-209x300.png" alt="FILMDECHASSE_affiche-laurier" width="209" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/FILMDECHASSE_affiche-laurier-209x300.png 209w, /wp-content/uploads/2016/04/FILMDECHASSE_affiche-laurier.png 446w" sizes="(max-width: 209px) 100vw, 209px" /></a>À force de bouche-à-oreille, elle a réussi à regrouper quatre femmes de différents âges (Florence, Megan, une très jeune chasseuse, Hélène et Jannie) qu’elle a suivies dans leurs sorties de chasse et questionnées sur leur pratique. En plus de mettre en scène des passionnées de chasse, Julie souhaitait aussi et surtout présenter des gens qui chassent pour se nourrir. «J’ai vu leur congélateur, y’a aucune viande d’épicerie là-dedans là! […] Moi, ça m’intéressait de me mettre en position pour comprendre ma place dans la chaîne alimentaire. De me sortir la tête de l’eau et de me dire : « Si je mange quelque chose, y’a quelqu’un qui l’a tué quelque part. »»</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ça ressemble à quoi, l’univers d’une femme qui chasse? À quoi est-elle confrontée? Qu&rsquo;est-ce qui différencie la chasse des femmes de celle des hommes? «Florence [la chasseuse la plus âgée du film], ça fait 30 ans qu’elle chasse toute seule. Elle a commencé à l’époque où il n’y avait aucune fille qui chassait. C’est parce qu’elle a un bon caractère là! Son beau-père l’a amenée à la chasse quand elle a commencé et il la mettait tout le temps dans un endroit où il savait qu’il n’y avait pas de chevreuil qui passait. Un moment donné, elle s’est tannée, elle a construit sa cache. Son mari ne chassait pas, il l’attendait avec un petit verre de brandy à la maison. [Rires] Elle, elle a vécu ça, donc. Elle venait enregistrer un animal avec un gros panache et là les gars lui disaient : « Ben voyons, vous l’avez pas sorti toute seule » ou « C’est pas vous qui l’avez chassé ». Moi, dans les contextes de chasse où je suis allée, dans la famille de Megan par exemple, on ne sent pas ça. Le père est fier justement quand sa fille chasse. C’est autre chose. […] Mais je sais que ça existe encore. Dans ma recherche, il y a des endroits où on devait aller tourner et on s’est fait refuser le tournage en se faisant dire qu’il n’y aurait pas de fille qui allait rentrer dans le bois. Ça se peut encore. Y’en a de moins en moins, mais… C’est comme si la chasse, c’était la dernière chasse gardée masculine au Québec, mais ça change, c’est en train de prendre le bord.»</p>
<p style="text-align: justify;">Parler à des femmes chasseuses et les suivre dans le bois, c’est bien, mais en bonne documentariste qu&rsquo;elle est, Julie ne pouvait pas en rester là et se contenter d&rsquo;observer. Elle s’est donc plongée dans la pratique aussi et a elle-même fait son expérience de chasse. Après avoir suivi son cours de maniement d’armes à feu, avoir participé à <a href="http://www.seigneuriedutriton.com/forfaits/educationnel/fauniquement-femme/">Fauniquement Femme Latulippe</a>, un programme spécialement conçu  pour les femmes souhaitant s&rsquo;initier aux techniques de chasse et de pêche, et avoir baigné pendant plusieurs années dans l’univers de la chasse, elle s’est finalement lancée. Alors, ça fait quoi d&rsquo;abattre un animal pour la première fois? «Dans ma recherche, chaque fois que je demandais aux filles ce que ça fait d&rsquo;abattre un animal, […] les filles ou les gars en fait, c&rsquo;est comme une question où les gens bafouillent. Personne n&rsquo;est capable de dire précisément ce que ça fait parce que ça fait en même temps plein d&rsquo;affaires. T&rsquo;es sur un un méga <em>high</em> d&rsquo;adrénaline, ç&rsquo;a monté pareil comme si je venais de sauter en deltaplane, et en même temps, je viens de tuer un être vivant, alors ça confronte. Moi, en plus, on l&rsquo;a cherché pendant trois heures avant de le retrouver [le chevreuil qu&rsquo;elle venait d&rsquo;atteindre par balle]. Je capotais, je voulais mourir. […] J&rsquo;étais dans un état là&#8230; Fallait que je le retrouve! C&rsquo;était  hors de question [que je ne le retrouve pas]. Et là Hélène [la chasseuse qui l&rsquo;a accompagnée] me disait : « C&rsquo;est pas grave Julie, si on ne le retrouve pas, y&rsquo;a des ours et des loups qui vont te remercier. » J&rsquo;ai dit : « J&rsquo;m&rsquo;en fous là! C&rsquo;est moi qui va le manger! » Je voulais juste le retrouver. Quand je l&rsquo;ai retrouvé, il était froid, alors j&rsquo;ai vu qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas souffert. […] Donc, c&rsquo;est toutes sortes d&rsquo;émotions qui te passent dans la tête.»</p>
<p style="text-align: justify;">Après cette première expérience intense, et après avoir mangé la viande du premier chevreuil abattu de ses propres mains, Julie a considérablement modifié son rapport à la viande et à la nourriture en général. «Chaque fois que je mange de la viande et que je ne sais pas d&rsquo;où elle vient, ça me chicote. Encore plus loin que ça, des fois je regarde, je sais pas moi, un concombre, et j&rsquo;essaie de penser à tout ce que ça prend comme ressources. Je ne suis pas devenue une méga philosophe de ça, mais j&rsquo;ai plus cette conscience-là, par exemple, du gaspillage.»</p>
<p style="text-align: justify;">Bon là, j’entends certaines d’entre vous me dire : «Mais la chasse là, c’est pas vraiment un sport, non?» Eh bien, à voir Florence se débattre à essayer de sortir du bois le chevreuil qu’elle vient de tuer, laissez-moi vous dire que c’est difficile d’en douter! Oui, la chasse, c’est souvent de longues heures à attendre dans sa cabane, immobile et silencieuse. Mais c’est aussi ressentir le gros <em>rush</em> d’adrénaline quand vient le temps de tirer, c’est être physiquement capable d’encaisser le coup de la carabine, c&rsquo;est repenser son rapport à la nourriture, c’est traîner tout son matériel matin et soir de son camp à sa <em>watch</em>, et c’est parfois aussi marcher durant des heures dans le bois pour essayer de retrouver le chevreuil qu’on vient de tirer, pas vrai Julie?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Un film de chasses de filles</em> est en vente en DVD, disponible en <a href="http://unfilmdechassedefilles.com/en-video-sur-demande/" target="_blank">location</a> sur Viméo et sera présenté prochainement sur les ondes de TV5 Monde.</p>
<p>Pour en savoir plus sur les femmes dans l&rsquo;industrie du documentaire et, plus globalement, sur les femmes réalisatrices, on vous invite à visiter le site des <a href="http://realisatrices-equitables.com/les-dames-du-doc/">Dames du doc-Réalisatrices équitables</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Julie Lambert est une ancienne travailleuse sociale. Après quelques années de pratique, très inspirantes, mais également très difficiles émotionnellement, elle décide de recommencer à faire de la photo, passion qu’elle entretient depuis toujours. Petit à petit, la photo la mène vers le cinéma. Elle retourne à l’université en études cinématographiques, puis participent à différents projets (notamment un s’apparentant à la <em>Course destination monde</em>) qui la mènent vers le documentaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Je n’entrerai pas ici dans des considérations entourant le registres des armes à feu puisque ni Julie ni moi ne nous sentons suffisamment outillées pour en débattre. Mais je considère que cette question ne peut être écartée de la pratique de la chasse et que ce débat mérite d’être tenu.</p>
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		<title>« Bienvenue aux dames » : Réflexion féministe sur le hockey cosom amateur mixte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:13:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>JULIE DUFORT STÉPHANIE DUFRESNE ANDRÉANNE MARTEL STÉPHANIE MAYER CAROL-ANNE VALLÉE Illustratrice : Cyndie Belhumeur &#160; &#160; Ça s’est passé dans le vestiaire. On attachait nos souliers, on mettait nos gants, on pliait notre palette. On savait que l’on était adversaires sur le terrain, mais on était aussi conscientes que quelque chose d’autre nous liait profondément : on [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_41_-_La_Crosse_-_F17BOU005419.jpg" rel="attachment wp-att-1810"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1810" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_41_-_La_Crosse_-_F17BOU005419.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_41_-_La_Crosse_-_F17BOU005419" width="2268" height="1908" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">JULIE DUFORT</h2>
<h2 style="text-align: right;">STÉPHANIE DUFRESNE</h2>
<h2 style="text-align: right;">ANDRÉANNE MARTEL</h2>
<h2 style="text-align: right;">STÉPHANIE MAYER</h2>
<h2 style="text-align: right;">CAROL-ANNE VALLÉE</h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">Illustratrice : Cyndie Belhumeur</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Ça s’est passé dans le vestiaire. On attachait nos souliers, on mettait nos gants, on pliait notre palette. On savait que l’on était adversaires sur le terrain, mais on était aussi conscientes que quelque chose d’autre nous liait profondément : on faisait partie des rares femmes à jouer dans la ligue de cosom amicale de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’esprit de compétition s’est effrité et on s’est mises à partager nos expériences, à s’encourager et même, à jouer ensemble. Puis des questionnements ont émergé : pourquoi, comme femmes, sommes-nous toujours en sous nombre dans les ligues de cosom mixtes? Pourquoi les comportements, commentaires et blagues sexistes, telles que « T’es bonne pour une fille » ou encore, « Pis, comment a été ton match de ringuette hier », sont-ils si fréquents? Est-il possible de concevoir que la participation des femmes au hockey, ce sport de tradition masculine, permette de transformer les dynamiques marquant les rapports de genre dans cet espace et, potentiellement, les normes dominantes de féminité et de masculinité?</p>
<p style="text-align: justify;">Notre premier réflexe comme hockeyeuses <a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup><sup>[1]</sup></sup></a> a été de consulter les statistiques pour « admirer » l’écart entre les hommes et les femmes. Au plan professionnel, la pratique et la notoriété du hockey sont largement dominées par les hommes. Alors que le club des Canadiens de Montréal a un plafond salarial de 71,4 millions de dollars américains en 2015, les joueuses des Canadiennes de Montréal (anciennement les Stars) doivent encore payer leur « tape de hockey » (Breton-Lebreux, 2015). Comme elles ne sont pas rémunérées pour jouer au niveau professionnel<em>, </em>elles doivent non seulement avoir un emploi en parallèle, mais certaines ont déjà dû prendre des congés sans solde afin de participer à la finale de la Coupe Clarkson, le pendant féminin de la Coupe Stanley (Poulin, 2011) <a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup><sup>[2]</sup></sup></a>. La disproportion est telle que le salaire annuel du joueur le moins bien rémunéré de la Ligue nationale de hockey (LNH) en 2013 (525 000 $) équivalait au budget annuel de l’ensemble de la ligue canadienne de hockey féminin (LCHF) (Baril, 2013 : 200). De façon générale, nous assistons à une invisibilité médiatique des sportives professionnelles. Par exemple, ESPN SportsCenter, la plus grande chaîne de télévision sportive aux États-Unis (qui rejoint plus de 94 millions de foyers américains), a dédié 2 % de son temps d’antenne aux sports pratiqués par les femmes en 2014 (Cooky et <em>al</em>., 2015). De plus, elles sont systématiquement moins bien rémunérées (au regard des salaires, de la publicité et des commanditaires) et les journalistes insistent souvent sur leur féminité et leurs tenues vestimentaires. Plus encore, le modèle de référence en ce qui a trait aux performances sportives reste masculin (le sport des femmes est jugé moins compétitif, moins agressif, moins rapide) et la lecture des résultats obtenus par les athlètes féminins reste souvent traversée par des stéréotypes de genre (la grâce, la finesse, la beauté).</p>
<p style="text-align: justify;">Puisque tout n’est pas que statistiques, notre deuxième réflexe comme universitaires a été de consulter la littérature dans les champs des études féministes et de la sociologie du sport. Même si ce sujet de recherche est traditionnellement masculin et qu’il ne fait généralement pas partie des priorités dans les débats féministes (Laberge, 2004 : 1), plusieurs textes ont tout de même été écrits sur la construction des rapports sociaux de genre, sur la sexualisation des pratiques sportives <a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup><sup>[3]</sup></sup></a> ainsi que sur l’expression de sexualités ou d’identités non traditionnelles dans le sport (Ravel, 2010). De plus, des travaux historiques sur la pratique sportive des femmes au Québec et au Canada ont été menés (Baril, 2013; Demers, 2013; Hall, 2002; Tillotson, 2000), dont certains s’intéressaient spécifiquement aux discours dominants (Église, État, médecin) favorables et réticents aux sports amateurs pratiqués par les femmes (Detellier, 2015; Gilbert, 2015). Jusqu’aux années 1960, « faire du sport » était une démarche majoritairement masculine puisqu’elle consistait à sortir de l’espace domestique pour pratiquer une activité physique avec, la plupart du temps, une finalité compétitive. À partir des années 1980, le nouveau « devoir » d’entretenir son corps à des fins esthétiques et de santé a encouragé de plus en plus de femmes (et d’hommes) à pratiquer des activités physiques et sportives (Louveau, 2004 : 41). Évidemment, certains sports comme le hockey (mais aussi les sports de combat, l’haltérophilie et le cyclisme) ont conservé leur culture masculine tandis que d’autres ont été considérés comme plus appropriés pour les femmes (le patinage artistique, la gymnastique et le tennis) (Courcy et <em>al</em>., 2006 : 29). Alors qu’une grande partie de la littérature en études féministes et en sociologie du sport aborde les pratiques au niveau professionnel, peu d’auteur.e.s se penchent sur les rapports de genre dans la pratique de sports amateurs, comme les loisirs dans les écoles secondaires (Alley et Hicks, 2005; Courcy et <em>al</em>., 2006).</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, notre troisième réflexe comme féministes a été de répertorier les différents organismes impliqués dans la poursuite d’une plus grande égalité au sein de la pratique sportive et de l’activité physique des femmes. Au Québec, il faut noter la présence d’<a href="http://www.egaleaction.com/" target="_blank"><em>Égale Action</em></a> fondée au tournant des années 2000 qui œuvre pour l’égalité et l’accessibilité dans le sport (amateur et professionnel) pour les femmes ainsi que son pendant canadien l’<a href="http://www.caaws.ca/?lang=fr" target="_blank"><em>Association canadienne pour l’avancement des femmes, du sport et de l’activité physique</em></a> mise sur pied en 1981. Enfin au niveau international, il importe de relever l’influence majeure de <a href="http://iwg-gti.org/" target="_blank"><em>International Working Group on Women and Sport</em></a> qui agit au sein des grandes associations sportives dans le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">À l’instar de ces différentes recherches et initiatives, nous souhaitions également contribuer à ces réflexions féministes sur le sport. Pour ce faire, nous prenons appui sur nos expériences vécues : se rendre semaine après semaine au gymnase pour jouer au hockey cosom au sein d’équipes et de ligues où nous sommes toujours en infériorité numérique. Nos récits sont donc situés et ne recouvrent pas toutes les situations et réalités vécues par les personnes pratiquant ce sport <a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup><sup>[4]</sup></sup></a>. Nous nous identifions comme femmes, ayant majoritairement des pratiques hétérosexuelles, blanches, scolarisées, sportives et ne vivant pas avec une situation de handicap. Enfin, ce texte se penche sur les rapports de genre au hockey cosom et de manière plus globale, il offre une réflexion féministe sur la place des femmes dans le sport non professionnel. Notre objectif n’est pas de dresser le portrait des différentes ligues mixtes de cosom amateur, mais plutôt de raconter et de croiser nos expériences vécues dans ces ligues montréalaises : la ligue « uqamicale » de l’UQAM; CHOC : ligue de hockey cosom au Cégep du Vieux-Montréal; la ligue de hockey-balle Powerball ainsi que la ligue non mixte du Centre du Plateau. Ces ligues ont été pour une majorité d’entre nous le premier contact avec l’univers du hockey. Nous y avons appris à tirer de la pointe, à « <em>crasher</em> au net » et à (ne pas) « <em>cross-checker</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/julie_dufort.jpg" rel="attachment wp-att-1820"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1820" src="/wp-content/uploads/2016/04/julie_dufort.jpg" alt="julie_dufort" width="400" height="306" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/julie_dufort.jpg 700w, /wp-content/uploads/2016/04/julie_dufort-300x230.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/04/julie_dufort-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a>Comme en témoignent nos « cartes » de joueuses, les raisons qui nous ont poussées à nous inscrire au hockey cosom mixte diffèrent. Pour certaines, la passion du hockey remonte au plus jeune âge tandis que pour d’autres, il s’agissait d’un objectif féministe que d’investir ce sport. Cela dit, nous sommes toutes arrivées au même constat : le milieu du hockey cosom mixte à Montréal est chargé de sexisme « ordinaire » <a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup><sup>[5]</sup></sup></a> et, parfois, « extraordinaire ». Dire simplement – ce qui est déjà beaucoup – que les « dames sont les bienvenues » (comme dans les bars) est loin d’être suffisant pour renverser la culture dominante et rendre la pratique du hockey sans accrocs sexistes. Il nous semblait donc impératif de se regrouper pour réfléchir aux différentes formes de discrimination qui nuisent à la participation des femmes à ce sport, mais aussi aux changements potentiels qui peuvent favoriser la mixité, tant dans le but d’accroître le nombre de joueuses que d’améliorer l’ambiance générale de cette pratique sportive. Nous partons donc de l’idée selon laquelle la pratique sportive en mixité, c’est-à-dire entre femmes et hommes, peut entraîner des transformations sociales dans une perspective d’égalité des genres <a href="#_ftn6" name="_ftnref6"><sup><sup>[6]</sup></sup></a>. Ainsi, au même titre où l’on revendique une certaine forme de parité et d’égalité dans des espaces publics, comme en politique ou dans les médias, les ligues de cosom mixtes sont un lieu à investir pour tendre vers une société sans discrimination sur le plan du genre notamment. Nous considérons donc que le gymnase, le vestiaire et le bar, où se prennent les bières d’après-match, constituent des espaces de reproduction du sexisme « ordinaire », mais aussi de contestation de la tradition masculine du hockey.</p>
<p style="text-align: justify;">Loin de supposer que nos vécus de hockeyeuses peuvent être généralisés à l’ensemble des ligues mixtes de cosom, nous souhaitons tout de même démontrer par ce texte que nos expériences témoignent de rapports de genre inégalitaires qui méritent d’être interrogés dans une perspective féministe. Cette réflexion est le résultat d’un consensus généré lors de nombreuses discussions entre nous portant sur l’interprétation de certains comportements, commentaires et règlements ainsi que sur les voies possibles de changements. Ce texte écrit à dix mains est divisé en quatre sections. Nous abordons successivement les problématiques reliées au langage et au corps pour tenter de dégager les spécificités des expériences genrées. Par la suite, nous questionnons les règles formelles et informelles du jeu ainsi que leur impact sur la mixité dans les ligues de hockey. Finalement, nous terminons en dédiant une « <a href="#lettreamoncoequipier">lettre à mon coéquipier </a>» qui s’adresse à tout hockeyeur de ligue mixte qui veut connaître nos pistes de solution pour non seulement tendre vers l’égalité des genres, mais aussi agir en faveur de la transformation des dynamiques sexistes afin de négocier notre place dans l’univers du hockey cosom.</p>
<ol style="text-align: justify;">
<li><strong> Le langage : entre invisibilité et hypervisibilité </strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>Le coup de sifflet marque le début de la première période. Son équipe est présentement en zone offensive et elle s’efforce d’offrir une option de passe à la pointe. La balle se dirige vers elle. </em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>Alors que le joueur adverse est bien positionné pour intercepter la passe, il regarde la balle passer et dit à la hockeyeuse :</em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>« Vas-y… Vas-y… »</em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>Confuse, elle le regarde. Il poursuit :</em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>« Vas-y lance! »</em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><em><span style="color: #33cccc;">Déconcentrée par le comportement de son adversaire, elle se questionne. Pourquoi est-il en train de lui laisser le champ libre pour tirer? Pourquoi ne tente-t-il pas d’intercepter la passe? L’arbitre a-t-il sifflé un arrêt de jeu? La balle se dépose sur sa palette. Elle lance et rate la cible. Le jeu s’arrête. Elle rentre au banc, non seulement déçue d’avoir raté son tir, mais fâchée qu’on considère qu’elle ait besoin qu&rsquo;on lui laisse une chance. Est-ce que ce joueur aurait laissé une chance à son coéquipier masculin? Jamais!</span> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Cette expérience de sexisme « ordinaire » – que nous avons toutes vécue sous une forme similaire – témoigne d’une différence de traitement entre les hockeyeuses et les hockeyeurs. À talent égal, ce type de comportement se produit seulement quand une joueuse est impliquée.</p>
<p style="text-align: justify;">Tel qu’évoqué précédemment, le hockey est considéré dans l’imaginaire collectif comme un sport « de gars ». Tout comme plusieurs autres sports d’équipe, il est associé à la force, la puissance, la rudesse, l’agressivité alors que la perception stéréotypée de la « féminité <a href="#_ftn7" name="_ftnref7"><sup><sup>[7]</sup></sup></a> » est plutôt à l’opposé de ces images, renvoyant notamment à la douceur, la fragilité, la beauté et la faiblesse. Même si les femmes ont chaussé leurs patins et formé des équipes dès le 19<sup>e</sup> siècle (Baril, 2013), il n’en demeure pas moins que ce sport a visiblement été construit par et pour ceux (et non celles) qui le pratiquent.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce constat rejoint souvent nos expériences dans les ligues de cosom amateur. L&rsquo;omniprésence du genre masculin ne se remarque pas uniquement en termes de nombre de joueurs, mais également sous une forme plus subtile, mais non sans importance : le langage <a href="#_ftn8" name="_ftnref8"><sup><sup>[8]</sup></sup></a> comme façon de s’exprimer oralement. Le langage commun du hockey occulte souvent la présence des femmes dans les équipes, car celui-ci est hérité d’années de pratique du sport seulement entre hommes. Il n’est pas rare d’entendre des joueurs (et des joueuses, parfois) crier « <em>Lets’go les boys</em> » ou « Temps mort les gars », en parlant de l’ensemble de l’équipe, comme si le masculin incluait le féminin. Les expressions courantes liées au jeu semblent difficilement adaptables à la présence nouvelle de femmes et, surtout, à la mixité des équipes. Par exemple, l’expression « <em>man on</em> », souvent employée pour prévenir qu’un.e adversaire s’approche de la personne qui a la balle, révèle l’incapacité à parler et à penser le jeu en des termes qui ne reposent pas sur un postulat d’exclusivité masculine.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les joueuses restent invisibles dans le langage commun, elles sont extrêmement visibilisées sur le terrain. D’ailleurs, en situation de jeu, il est fréquent d’entendre les joueurs de l’équipe adverse crier « <em>check</em> la fille <a href="#_ftn9" name="_ftnref9"><sup><sup>[9]</sup></sup></a> » pour signifier qu’une joueuse est en position stratégique pour une passe ou un tir. Être une « fille » sur le jeu pendant un match de hockey où l’on ne retrouve habituellement que des hommes est un trait distinctif évident, une façon de signifier la singularité de leur présence par rapport à la norme, les joueurs. En outre, ceux-ci sont plus souvent interpellés par leur numéro (ce que nous avons également), car il serait inapproprié de les distinguer par la couleur de leurs cheveux ou bien de leur peau. Pourtant, l’identification d’une joueuse par son genre ne semble pas être perçue comme discriminante. Néanmoins, il arrive qu’à la suite d’un encouragement collectif « C’est beau les gars! », on ajoutera timidement « …et la fille aussi ». Cet exemple démontre la difficulté encore très présente d’utiliser un langage neutre. Ce dernier reste façonné par ses référents masculins et évoque l’image d’une intrusion des femmes dans ces espaces traditionnellement masculins.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le mentionne Marina Yaguello dans <em>Les mots et les femmes</em>, l’usage de la langue n&rsquo;est pas neutre, mais celui-ci doit plutôt être considéré comme « un système symbolique engagé dans des rapports sociaux » (1982 : 7). La langue est « dans une large mesure (par sa structure ou par le jeu des connotations ou de la métaphore), un <em>miroir culturel</em>, qui fixe les représentations symboliques, et se fait l&rsquo;écho des préjugés et des stéréotypes, en même temps qu&rsquo;il alimente et entretient ceux-ci » (Yaguello, 1982 : 8). En d&rsquo;autres termes, il s&rsquo;agit de considérer que les mots qui résonnent dans les gymnases, le vestiaire et dans les discussions d’après-match dans les bars sont porteurs de sens et qu&rsquo;ils jouent un rôle significatif dans nos comportements et dans la reproduction des différents rapports d&rsquo;oppression. Dans le cas du hockey, le langage employé pour décrire le jeu ou les stratégies témoigne d’une culture masculine dont les femmes sont exclues. Par le fait même, il véhicule un ensemble de représentations stéréotypées, souvent transmises sous le registre de la blague, que ce soit pour qualifier le jeu des femmes ou bien souligner leur présence.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans prétendre ici procéder à une analyse linguistique très élaborée, nous avons tout de même eu envie de rassembler quelques expressions et blagues auxquelles nous avons été confrontées, lesquelles nous considérons comme du sexisme « ordinaire ». Ces commentaires ont été émis autant par l&rsquo;équipe adverse que par nos propres équipes, mais également par les organisateurs de nos ligues, nos collègues, familles ou ami.e.s.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« <em>On ne joue pas à la ringuette! </em>»</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>«<em> Comment a été ton match de ringuette hier? </em>»</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La ringuette est généralement considérée comme le penchant féminin du hockey. L’histoire nous apprend d’ailleurs que ce sport aurait été inventé en 1963 afin de combler un besoin en matière de sport d’équipe d’hiver pour les filles et les femmes : il était inconcevable qu’elles partagent la patinoire avec les garçons et les hommes. Bien qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la ringuette soit également pratiquée par les hommes, elle a été créée à l’origine pour que les femmes aient « […] un sport d&rsquo;équipe qui leur serait propre et pourrait se jouer sur la glace et avec des patins » (Jeux du Québec, non daté : non paginé).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le contexte où le sport féminin est souvent perçu comme étant moins spectaculaire, moins rapide, moins technique et moins athlétique, dire « <em>on ne joue pas à la ringuette</em> » fait justement référence à ces stéréotypes. En effet, cette expression est utilisée lorsqu’il est question de qualifier un jeu qui manque d’agressivité et de compétitivité. En d’autres mots, « <em>jouer à la ringuette</em> » dans un contexte de hockey vise à dénigrer ou à se moquer du jeu en cours, en faisant allusion péjorativement à un sport « de femmes ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il nous est aussi arrivé de nous faire dire «<em> Comment a été ton match de ringuette hier? </em>», alors que la personne sait précisément que nous sommes des hockeyeuses. Ce type d’expressions formulées aux joueuses d’une équipe mixte (et non aux joueurs de celle-ci) témoigne d’une difficulté de penser le hockey comme étant un sport pouvant être pratiqué par des femmes. Cela réaffirme l’idée stéréotypée que le « vrai » hockey demeure l&rsquo;apanage des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« <em>T’es bonne<u> pour une fille</u> </em>»</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>«<em> Tu frappes fort<u> pour une fille</u> </em>»</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>«<em> T’es agressive<u> pour une fille</u> </em>»</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>(et toutes ses déclinaisons…)</em></p>
<p style="text-align: justify;">Alors que les intentions sont souvent celles de formuler des compliments aux joueuses, l’ajout de «<em> pour une fille </em>» est problématique sur plusieurs plans. D’une part, le postulat sous-jacent à ces expressions reste qu’il est surprenant (ou inconcevable) que les femmes puissent pratiquer ce sport et, surtout, qu’elles soient bonnes. En effet, dans ces exemples, spécifier le genre insinue que les femmes ne sont « naturellement » pas bonnes, pas fortes physiquement ou pas agressives au jeu. Soulignons que nous n’entendons jamais l’inverse : «<em> T’es bon pour un garçon </em>». Le commentaire s’arrête à complimenter la personne pour ses talents dans la pratique du sport sans spécifier son genre : les joueurs sont <em>bons</em> et les joueuses sont bonnes, <em>pour des filles</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autre part, non seulement ces formulations mettent en évidence le fait que les femmes sont considérées comme une catégorie à part et jugées à partir d’une perception d’inaptitude au hockey, mais elles évoquent également que les femmes sont constamment comparées entre elles : les femmes d’une même équipe puis avec les femmes d’une équipe adverse. Plutôt que de critiquer ou d’apprécier leur vision du jeu ou leurs habiletés comme hockeyeuses par rapport à l’ensemble des membres de l’équipe, comme c’est le cas pour les hockeyeurs, c’est par rapport aux autres femmes (sur le terrain ou en général) qu’on qualifie, et compare leur pratique sportive. Ces formulations réitèrent qu’elles ne sont pas intégrées à part entière, mais que les joueuses constituent une catégorie parallèle aux « vrais » joueurs.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, si le modèle de référence pour les joueurs est associé au contrôle de la balle, à la bonne lecture du jeu, aux positionnements stratégiques ou à la précision des tirs, le modèle féminin de hockeyeuses est tout l’inverse, quand il n’est pas inexistant. Il y a certes d’excellentes joueuses de hockey, mais dans l’imaginaire collectif, elles sont l’exception qui confirme la règle : les femmes ne savent pas jouer au hockey. Ainsi, le qualificatif « T’es bonne pour une fille » formulé à une joueuse signifie la perception d’un écart par rapport à la représentation sexiste de la pratique sportive des femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Les joueuses qui choisissent d’investir un sport peuvent aimer, tout comme leurs coéquipiers d’ailleurs, que l’on complimente leur jeu. Elles apprécieront certainement se faire dire, « <em>t’es bonne </em>»<em>,</em> tout simplement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>«<em> Sont bonnes <u>vos</u> filles </em>»</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il arrive également que des joueurs adverses, en parlant à nos coéquipiers, commentent le jeu « de <em>leurs </em>filles<em> </em>». Quand on sait qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas si longtemps, les femmes étaient les sujettes de leur père ou leur mari, il nous semble pertinent de revenir sur une règle de grammaire assez simple. L’emploi de l’adjectif possessif « vos » signifie « appartenir à quelqu’un ». Cette expression sous-tend que le groupe minoritaire des femmes appartient au groupe majoritaire des hommes. Bien qu&rsquo;il ne soit pas question de nier que nous sommes des femmes qui jouent au hockey – au contraire, nous en sommes bien fières! –, parler des femmes comme si elles appartenaient aux membres masculins de l’équipe n’est pour nous tout simplement pas acceptable.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>« Bats-la comme une enfant »</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette phrase a été entendue (incroyable, mais vrai) et il apparaît totalement évident qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas sa place ni sur le terrain ni même dans la vie en général. Cette phrase d’un sexisme « extraordinaire » a été criée par un membre de l&rsquo;équipe adverse assis sur le banc qui s&rsquo;adressait à son coéquipier pour qu’il bloque la joueuse dans un coin. L’énonciateur de ce propos qui s’est justifié par l’expression « c’est juste une blague » a rapidement compris que son humour tombait à plat. Loin d’être le reflet du langage quotidien, ce commentaire a vivement été dénoncé par les joueurs présents. Nul besoin de préciser que de faire référence à la violence, non seulement envers une femme, mais en plus en la rabaissant au statut d&rsquo;enfant, est tout à fait problématique.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette réflexion sur le langage a permis de faire ressortir deux tendances dans le sexisme « ordinaire » présent dans l’environnement du hockey cosom à Montréal. D&rsquo;une part, les femmes sont « invisibilisées ». Elles sont exclues du langage commun alors que le genre masculin est la principale référence en matière de hockey. D&rsquo;autre part, leur genre est « hypervisible » puisqu’elles sont toujours considérées comme un groupe distinct et jugées à partir d’une conception péjorative et sexiste de la pratique sportive des femmes selon laquelle elles sont « naturellement » moins douées pour le hockey. Enfin, les joueuses méritent d’être considérées <em>a priori</em> à titre de personnes qui jouent au hockey et non constamment reléguées au fait qu’elles sont des femmes dans un univers d’hommes.</p>
<ol style="text-align: justify;" start="2">
<li><strong> Le corps étranger</strong></li>
</ol>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>La « fille »</em> <em>embarque sur le terrain, un peu hésitante. Elle observe les autres joueurs, tous des gars, qui semblent baigner dans l’air un peu vicié du gymnase comme des poissons dans une mare. </em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em> </em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>Coup de sifflet, elle se raidit, tient son bâton un peu trop haut, un peu trop loin. Mise au jeu remportée par son équipe, la balle circule. Elle se déplace avec incertitude, réagissant aux mouvements des autres, cherchant à s’adapter à leurs déplacements. </em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em> </em></span></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 150px;"><span style="color: #33cccc;"><em>Puis, positionnée près de la ligne rouge, elle voit son coéquipier tourner la tête vers elle. Il hésite légèrement – subtilement, une fraction de seconde – puis envoie la longue passe. Elle regarde la balle arriver à grande vitesse, constate simultanément dans son champ de vision périphérique qu’un joueur adverse fonce vers elle. Nervosité. Elle connaît le geste qu’il faut poser « attrapelaballe.attrapelaballe.attrapelaballe ». Elle rate. La balle dévie, rapidement reprise au bond par l’adversaire en pleine course. Elle prend son souffle et soupire en même temps, puis se remet à courir.</em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Que s’est-il passé? Rien de particulièrement remarquable. C’est plutôt <em>elle</em> qui est remarquable. En effet, sur le terrain de hockey, le corps lu comme féminin est sans cesse remarqué. Invisible ou hypervisible, il est rarement tout à fait à « sa » place. Pourquoi?</p>
<p style="text-align: justify;">Nul besoin d’aller chercher du côté de son sexe. Des décennies de théories, recherches et expériences féministes indiquent sans ambiguïté que la réponse ne se trouve pas du côté d’une quelconque essence féminine qui ne lui conférerait pas ce « talent naturel » pour les sports, dont bénéficieraient les garçons. Et pourtant. Son genre <a href="#_ftn10" name="_ftnref10"><sup><sup>[10]</sup></sup></a>, et la façon dont il est inscrit dans son corps, n’est pas étranger à son inconfort sur le terrain, à sa nervosité au moment où le joueur adverse fonçait vers elle. Qu’est-ce qui explique donc l’inconfort de «la fille sur le terrain»?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><a href="/wp-content/uploads/2016/04/stephanie_dusfresne.jpg" rel="attachment wp-att-1822"><img decoding="async" class="wp-image-1822 alignleft" src="/wp-content/uploads/2016/04/stephanie_dusfresne.jpg" alt="stephanie_dusfresne" width="400" height="306" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/stephanie_dusfresne.jpg 700w, /wp-content/uploads/2016/04/stephanie_dusfresne-300x230.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/04/stephanie_dusfresne-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a>2.1 Performer le corps</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;">« <em>It is in the process of growing up as a girl that the modalities </em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>of feminine bodily comportment, motility, and</em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em> spatiality make their appearance.</em> »</span></p>
<p style="text-align: justify;">(Young, 1980 : 153)</p>
<p style="text-align: justify;">Pour certaines d’entre nous, la pratique du sport, et davantage des sports d’équipe, de compétition et de contact, n’a pas fait partie des espaces dans lesquels nous avons appris à habiter, à nous mouvoir et à être dans notre corps. En ce sens, mettre les pieds sur un terrain de hockey demande une adaptation importante, celle d’apprendre à performer sa corporéité (au sens d’ « embodiment » <a href="#_ftn11" name="_ftnref11"><sup><sup>[11]</sup></sup></a>) différemment.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour d’autres, la pratique de ces sports, dès un jeune âge, a joué un rôle déterminant dans la construction de leur corporéité, en ce qu’elle permettait de développer un rapport à leur corps et à leur présence dans l’espace bien différent de celui autrement associé à la féminité. En plus d&rsquo;entraîner le corps à se « mouler à l’espace » du terrain de hockey, cette pratique peut s’entrelacer avec une transformation de la subjectivité. En effet, par cette expérience, la jeune fille apprend non seulement la force, la coordination musculaire, son appropriation de l’espace (rarement présente dans les espaces de socialisation de la féminité), mais également <em>la confiance en sa capacité corporelle. </em></p>
<p style="text-align: justify;">Cet apprentissage, qu’il se fasse dès le plus jeune âge ou à l’âge adulte, permet de « <em>cross-checker</em> » l’idée que l’inconfort de « la fille sur le terrain » ou ses performances sportives jugées moindres seraient liés à une mystérieuse « essence féminine ».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette idée a été démontée avec virtuosité par la philosophe Iris Marion Young (1980), dans son texte <em>Throwing Like a Girl</em>, qui cherche à comprendre d’où vient la croyance tenace que les femmes et les hommes n’ont pas les mêmes capacités à bouger leur corps de manière à atteindre un résultat précis, tout particulièrement sportif. Elle remarque que, lorsqu’il est question de lancer une balle comme dans beaucoup d’autres situations, le « mouvement féminin » est caractérisé par le manque, c’est-à-dire la non-utilisation de l’entièreté des potentialités spatiales et latérales à la disposition du corps (le phénomène du <a href=""><em>manspreading</em></a> en est une bonne illustration). « <em>For many women as they move in sport, a space surrounds them in imagination which we are not free to move beyond; the space available to our movement is a constricted space</em> » (Young, 1980 : 143). La cause de cette autorestriction dans l’espace n’est pas inhérente au genre, mais provient plutôt d’une socialisation différenciée qui façonne le corps féminin comme étant davantage destiné à être regardé, intériorisé, objectifié et utilisé (par d’autres), plutôt qu’à être activé, extériorisé et utilisé (par la personne elle-même).</p>
<p style="text-align: justify;">Au hockey, les mouvements corporels qui composent le jeu sont généralement agressifs, non pas au sens d’agressivité violente, mais au sens d’extériorisation combative et vigoureuse. Le jeu requiert une projection du corps vers l’extérieur, une appropriation de l’espace, une prise de contrôle sur celui-ci par le mouvement et le corps. Cette agressivité est présente à l’attaque comme à la défense : frapper sur le bâton de l’autre avec le sien; chercher à s’approprier la balle; projeter la balle vers une cible; balayer l’espace avec son bâton pour empêcher un tir; aller vers le joueur ou la joueuse adverse pour limiter ses déplacements; le ou la forcer à changer sa trajectoire; le ou la contraindre dans un espace (le coin, les bandes) et déplacer le corps d’un joueur ou d’une joueuse qui se trouve devant les buts.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour quelqu’une, enfant ou adulte, ayant construit son rapport à sa corporéité selon des normes de féminité, peu étonnant donc que le corps se sente contraint, hésitant, timide à s’extérioriser de la sorte.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2.2 Le corps dans l’espace, l’espace dans le corps</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>The Cultural Politics of Emotion</em>, Sara Ahmed (2004) explore comment les normes (sociales, politiques, culturelles), aussi invisibles et naturalisées soient-elles, viennent façonner non seulement les corps et les comportements, mais également les espaces dans lesquels ces corps se meuvent et se forment.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle compare l’effet des normes sur les corps aux lésions qui se développent à la suite d’un mouvement répétitif (les <em>RSIs</em> ou <em>repetitive strain injuries</em>). À force d’accumulation d’incalculables interactions avec les corps des autres et les espaces où le corps se glisse ou se heurte, celui-ci subit des microtransformations qui façonnent sa posture, ses mouvements, son état d’être et sa présence dans le monde. Les normes sont ainsi enregistrées et incorporées, consciemment ou non.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce processus de façonnement par les normes n’affecte évidemment pas tous les corps de joueuses de la même façon. S’il est lu comme appartenant à un genre, s’il est considéré comme racisé, comme handicapé, comme désirable et tant d’autres lectures affectent la manière dont les interactions se produisent et s’imprègnent sur le corps.</p>
<p style="text-align: justify;">L’espace normatif <a href="#_ftn12" name="_ftnref12"><sup><sup>[12]</sup></sup></a> est confortable pour ceux (et celles) qui peuvent l’habiter sans heurt. C’est ici que les corps, longuement façonnés de manière différenciée, et l’espace, formé par les normes, se rencontrent. Un peu comme lorsqu’on s’assoit dans un fauteuil confortable. Le fauteuil n’a pas comme qualité intrinsèque d’être confortable, et il ne le sera pas pour tout le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Le « confort » découle plutôt de la relation entre la forme du corps et celle du fauteuil ainsi que la capacité des deux à s’adapter à l’autre. Non seulement le fauteuil (dans ce cas-ci, l’espace social qu’est le terrain de cosom) a souvent été pensé et construit en référence à un type de corps « normal » (dans ce cas-ci, le corps masculin, blanc, sans handicap et athlétique), mais avec le temps, il s’est davantage moulé à ces corps pour lesquels il a été conçu et qui l’utilisent. Même si « la fille » a appris à jouer au hockey dès son plus jeune âge et qu’elle se sent confortable sur le terrain, son corps reste atypique dans le hockey cosom mixte, il accroche, le fauteuil ne l’absorbe pas parfaitement.</p>
<p style="text-align: justify;">«<em> Vous êtes ben bonnes pis toute, mais tsé c’est sûr que ça nous joue dans la tête qu’il y ait des filles de l’autre bord</em> », a lancé un joueur de l’équipe adverse à la fin d’un match de cosom mixte. Cette phrase, en apparence anodine, est venue nous rappeler que même lorsque le corps se travaille (car oui, c’est un travail) pour se mouler au fauteuil, il n’est pas à l’abri d’un petit ressort qui lui <em>snape</em> le derrière pour lui signifier que l’espace n’a pas été conçu pour l’accueillir…</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui signale au corps féminin qu’il n’est « pas à sa place » dans un espace sportif où il est appelé à développer sa force, son amplitude, sa précision de mouvement, participe donc à solidifier les normes qui contraignent ce corps et ses potentialités. Inversement, comme le souligne Eric Anthamatten (2014) dans un <a href="http://opinionator.blogs.nytimes.com/2014/08/24/what-does-it-mean-to-throw-like-a-girl/" target="_blank">texte sur la jeune lanceuse de baseball Mo’ne Davis</a>, les activités sportives sont un espace privilégié pour développer un rapport au corps qui accroît le sentiment de capacité d’agir sur le monde et qui permet de se constituer en sujet autonome. « <em>Young girls must learn that their embodiment is a source of freedom, not incarceration, a source of pride, not shame</em> », écrit Anthamatten (2014). L’activité sportive encourage non seulement la maîtrise de soi, mais également la maîtrise du temps et de l’espace par laquelle on peut se développer et s’actualiser. L’idée n’est pas de devenir « aussi bonnes que les garçons », mais de se réaliser sans compromis, d’être libres et entières.</p>
<ol style="text-align: justify;" start="3">
<li><strong> La mixité dans les règlements, les équipes et les ligues</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;"><em><a href="/wp-content/uploads/2016/04/andreanne_martel.jpg" rel="attachment wp-att-1825"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1825" src="/wp-content/uploads/2016/04/andreanne_martel.jpg" alt="andreanne_martel" width="400" height="306" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/andreanne_martel.jpg 700w, /wp-content/uploads/2016/04/andreanne_martel-300x230.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/04/andreanne_martel-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><span style="color: #33cccc;">Convaincue par ses collègues, elle décide de débuter sa carrière de hockeyeuse et s’inscrit avec eux dans la ligue de cosom amateur de son université. Curieuse, elle se rend au premier match pour y rencontrer ses futur.e.s adversaires! En entrant dans le vestiaire du centre sportif, elle constate qu’elle est seule avec sa coéquipière à arborer les gants, les protège-tibias et à être munie d’un bâton. </span></em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>L’arbitre souhaite « bon match à tous ». L’équipe adverse jouera son match (et toute la saison) sans joueuse, comme c’est le cas pour la majorité des autres équipes. </em></span></p>
<p style="text-align: justify;">Joindre une ligue de hockey cosom amateur « normale », c’est joindre une équipe <em>où il n’y a en réalité</em> <em>que des hommes</em>. Il y a, bien sûr, les ligues non mixtes de femmes, comme il est coutume de pratiquer le sport séparément dans le patriarcat. Il faut être chanceuses pour en faire partie, car elles sont significativement moins nombreuses que celles « normales » pour les hommes. Au-delà de la non-mixité implicite des ligues d’hommes et la non-mixité affirmée des ligues de femmes, quelques-unes s’affichent publiquement comme mixtes en insistant – souvent – sur le caractère amical et non compétitif. Dans les ligues « normales » où il n’y a que des joueurs, il peut être possible d’apercevoir une ou deux joueuses pour les dizaines d’équipes formant des divisions entières. Celles qui « osent » investir ces espaces sont au préalable choisies par leurs coéquipiers parce qu’elles sont souvent expérimentées (un bon atout à l’équipe) ou encore la copine « de » (un statut inconfortable sur plusieurs plans). Ces joueuses restent généralement admises si « elles sont de calibre », car le choix s’arrête toujours au final sur « la meilleure recrue », et ce, même au niveau amateur. La non-mixité implicite des ligues d’hommes réitère donc la normalité et la banalité de la pratique sportive masculine dans le patriarcat.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour réfléchir la mixité des genres au hockey cosom amateur, nous croyons qu’il est nécessaire de reconnaître deux postulats de base : (1) les ligues mixtes ne rassemblent en réalité que des hommes et (2) la présence de joueuses est perçue comme nécessitant des adaptations (niveau d’agressivité/compétitivité, pointage, punition). Comme la mixité des genres est souhaitable dans la pratique sportive et qu’elle n’adviendra pas seule, il semble nécessaire d’agir sur trois plans : repenser les règles formelles du jeu; remettre en question les règles informelles au sein des équipes et interroger la responsabilité des ligues.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3.1 Repenser les règles formelles du jeu</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le hockey cosom est déjà une adaptation du hockey sur glace et de ses règles. Par exemple, l’équipement est souvent plus limité (protège-tibias et gants), certaines ligues prescrivent les bâtons à utiliser (interdisent les bâtons en bois ou les palettes trouées en plastique) et les règlements sont plus stricts (interdiction des bâtons élevés). De plus, les ligues de hockey cosom qui s’affichent publiquement mixtes ont tendance à modifier les règles formelles du jeu de manière à « favoriser » la présence des joueuses dans les équipes et sur le terrain. Comme en témoignent les prochains paragraphes, l’adaptation des règles du jeu comme forme d’engagement envers la mixité est une stratégie à double tranchant.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Les pointages différenciés</em></p>
<p style="text-align: justify;">La première mesure incitative rencontrée est celle d’accorder un pointage différent pour un but compté par une joueuse (2 points par but sont accordés aux joueuses contre 1 point pour celui des joueurs). Cette mesure récompense la présence et l’utilité des hockeyeuses. Certaines ligues vont même jusqu’à récompenser le « passeur » en allouant deux points à ses passes qui auront donné lieu à un but compté avec une joueuse. Cela incite les joueurs à faire des passes aux joueuses de leur équipe et améliore, par le fait même, leurs statistiques personnelles! Toutefois, cette règle repose sur un postulat problématique : les joueuses sont considérées nécessairement moins expérimentées et comptent peu de buts. Notre expérience de ce règlement demeure très mitigée. D’un côté, nous sommes conscientes que ce règlement a généré chez certains coéquipiers une ouverture au jeu collaboratif en nous faisant davantage de passes. Notre importance sur le jeu a changé! Nous pouvions être en mesure d’avoir une incidence majeure dans l’issue d’un match serré. De l’autre côté, cette règle a aussi entraîné des conséquences négatives chez certaines joueuses. Par exemple, il nous est arrivé de ressentir des pressions indues en fin de match. L’une d’entre nous a déjà même été « parkée » devant le but en attente de LA passe qui aurait permis la victoire. De plus, les équipes qui ont une ou des joueuses (qui comptent des buts) peuvent aussi être perçues aux yeux des autres équipes de la division comme n’ayant pas de « réels » pointages ou de « réelles » victoires, car indûment haussés par les buts des joueuses. La politique des deux points offre certainement une visibilité qui peut être gratifiante pour les buteuses. Néanmoins, nous constatons que ce type de règle réitère la différence de genre, implique une forme d’infantilisation (il faut les récompenser pour leurs « efforts ») et renforce l’idée d’inexpérience supposée des joueuses.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La mixité des genres imposée</em></p>
<p style="text-align: justify;">Une autre mesure mise de l’avant par certaines ligues est de contraindre chacune des équipes à être composée d’un nombre minimum de joueuses. Il semble que l’obligation de mixité sous-entend une reconnaissance de la non-mixité implicite de ces espaces et que seules des formes de « contraintes » peuvent assurer la présence en plus grand nombre de femmes. La plupart des ligues qui imposent la mixité obligent la présence d’une seule femme sur le terrain; il s’agit donc pour ces équipes d’avoir un minimum de deux joueuses, comme une seule peut difficilement assurer toute la partie. Deux hockeyeuses pour des équipes composées en moyenne de neuf personnes restent loin d’une réelle mixité des genres, mais il s’agit d’un pas significatif sur cette voie.</p>
<p style="text-align: justify;">Évidemment, l’obligation de mixité des équipes ne prémunit pas contre les attitudes sexistes des coéquipiers, des adversaires et même des arbitres. Cependant, leur présence en plus grand nombre implique une expérimentation <em>in situ</em> d’une certaine forme de mixité des genres dans le sport. Les joueuses, par leur obligation « d’être là », sans recevoir un traitement nécessairement différencié, se retrouvent dans un contexte de jeu qui devrait faciliter l’acquisition de nouvelles habiletés. De plus, la mixité imposée instaure une forme d’équité entre les différentes équipes de la ligue : toutes sont mixtes au sein d’une même division. Toutefois, cette règle pourrait bousculer les envies ou habitudes de certains joueurs de ne jouer « qu’entre chums de gars »! Enfin, trois répercussions positives peuvent être envisagées : d’abord, augmenter le bassin de joueuses connues; normaliser leur présence au sein des équipes; et tendre vers une forme d’habitude à jouer en mixité, qui pourrait, éventuellement se passer d’une contrainte.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/carol-anne_vallee.jpg" rel="attachment wp-att-1826"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1826" src="/wp-content/uploads/2016/04/carol-anne_vallee.jpg" alt="carol-anne_vallee" width="400" height="306" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/carol-anne_vallee.jpg 700w, /wp-content/uploads/2016/04/carol-anne_vallee-300x230.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/04/carol-anne_vallee-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3.2 La responsabilité des équipes par rapport à la mixité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’imposition de la mixité nous paraît donc la stratégie la plus prometteuse, même si elle ne prémunit pas contre le maintien de dynamiques sexistes au sein des équipes. Les membres ont une responsabilité partagée dans l’instauration de rapports qui soient les plus égalitaires et émancipatoires possibles. L’imposition de mixité n’est pas suffisante à l’établissement de rapports non stéréotypés. C’est le cas dans les équipes d’Ultimate Frisbee (souvent dépeint comme un modèle réussi de mixité dans le sport) au sein desquelles des dynamiques hiérarchiques, complémentaires et différenciées en fonction du genre sont toujours observées. Par exemple : les hommes font les passes longues qui demandent de la « force » et assurent la gestion des équipes, tandis que les joueuses font les passes courtes, le travail de minutie et assurent que le champ soit libre pour les passes des joueurs <a href="#_ftn13" name="_ftnref13"><sup><sup>[13]</sup></sup></a>. Relativement à ces constats, nous croyons qu’il est possible d’attribuer deux responsabilités aux équipes pour assurer l’instauration d’une mixité qui soit exempte de dynamiques sexistes.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Constituer des équipes mixtes</em></p>
<p style="text-align: justify;">La première responsabilité, qui influera sur les dynamiques internes à plus long terme, implique de rassembler des membres dans une perspective de mixité : évaluer toutes les options de joueur.euse.s sur un même pied d’égalité. En fait, il est plutôt coutume de penser une équipe à partir des « amis de gars » et ensuite d’ajouter une ou deux joueuses pour compléter l’équipe. Également, cela peut entraîner une forme de hiérarchie entre les « anciens » joueurs expérimentés qui peuvent assumer des responsabilités et de l’autorité par rapport à l’équipe : être capitaine, faire l’intermédiaire avec la ligue, trouver les remplacants.e.s, etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Jouer à parts égales le match</em></p>
<p style="text-align: justify;">La deuxième responsabilité des équipes implique une confiance mutuelle reposant sur la mobilisation de tout.e.s les membres à parts égales dans le cadre du match. Par exemple, nous croyons essentiel que les équipes réfléchissent à la nécessité de changer les alignements au moment d’un avantage ou d’un désavantage numérique; de faire passer tout.e.s les membres de l’équipe pour les tirs de barrage; de privilégier que tout.e.s les attaquant.e.s fassent les mises au jeu; d’éviter le positionnement « gagnant » de la joueuse dans l’enclave qui « attend » LA passe, etc. L’idée n’est pas de compromettre la victoire potentielle de l’équipe (par une sous-mobilisation des meilleurs joueurs), mais plutôt d’assurer une répartition égalitaire des responsabilités quant à la victoire entre les membres et plus encore, d’assurer l’apprentissage et le renforcement des joueur.euse.s moins expérimenté.e.s dans des moments chauds du match. Cette responsabilité partagée pourra permettre d’atténuer le sentiment de culpabilité « d’avoir raté la passe » ou « de ne pas avoir été placé.e à la bonne place ». Au-delà de l’inertie (ou du sexisme) de certains membres de l’équipe, cette deuxième responsabilité repose également sur le volontariat des joueuses qui ont elles-mêmes tendance à se retirer pour céder leur place. Si l’ambiance générale de l’équipe est une condition à ce volontariat, celui-ci implique surtout de contrer les habitudes d’exclusion ou de positionnement subalterne qu’ont tendance à adopter les femmes dans la société en général et dans les espaces masculins en particulier.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3.3 La responsabilité des ligues </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les instigateurs des ligues peuvent également prendre des responsabilités quant aux conditions qui permettent la réalisation de la pratique sportive en mixité. Au-delà de l’instauration de règles formelles, nous entrevoyons la responsabilisation des ligues sur deux plans indissociables : (1) sur l’engagement public réel en faveur de la mixité et (2) sur la mise en œuvre de stratégies positives qui influent sur les équipes et leurs membres ainsi que sur l’ambiance générale.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord, les ligues doivent condamner les gestes et commentaires sexistes qui affectent réellement l’ambiance générale (pensons aux noms/logos que les équipes choisissent : plusieurs sont des allusions louches à la bestialité, aux organes génitaux, à la sexualité ou aux femmes). Cette condamnation peut faire partie des règlements du jeu, dans lesquels les gestes antisportifs sont réprimandés. Comme être raciste ou homophobe, être sexiste ne « fait pas partie du jeu ». Les ligues, par l’entremise d’un engagement réel des arbitres, devraient sanctionner ces gestes. Malheureusement, l’adage bien connu « ce qui se passe sur le terrain reste sur le terrain » banalise la gravité des gestes ou des commentaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, les ligues peuvent aussi s’engager dans d’autres actions concrètes pour inciter les équipes à être mixtes. Nous en proposons ici une série d’exemples :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Penser à des mesures incitatives d’ordre financier en faveur des femmes, comme c’est souvent le cas pour les gardien.ne.s de but qui sont plus difficiles à trouver (leur tarif d’inscription est souvent moins élevé);</li>
<li>Valoriser d’autres forces au sein de l’équipe que le traditionnel MVP (<em>most valuable player</em>). Par exemple, donner un prix pour le.la joueur.euse qui s’est le plus amélioré.e ou qui contribue le plus à l’esprit d’équipe;</li>
<li>Utiliser des images publiques (site Internet, publicité, etc.) qui soulignent la mixité et l’apport des joueuses à la ligue;</li>
<li>Réfléchir sur les degrés de compétitivité qui s’établissent entre des équipes rivales ainsi qu’entre des joueur.euse.s pour les victoires et les statistiques individuelles. Sans nier l’envie commune de gagner, la compétitivité malsaine altère l’ambiance générale du jeu, ce qui mène souvent à des gestes dangereux ou antisportifs, souvent valorisés dans la culture masculine traditionnelle du hockey;</li>
<li>Employer une écriture (dans les règlements, les communications, etc.) plus inclusive (par la forme féminine et masculine ou épicène);</li>
<li>Interroger la division sexuelle des rôles et des responsabilités au sein des employé.e.s des ligues : les hommes sont responsables des ligues et arbitres, tandis que les femmes sont marqueuses.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Enfin, penser et instaurer la mixité des genres dans le hockey cosom nécessite un engagement réel de toutes les parties impliquées (ligues, équipes et joueur.euse.s), tout en multipliant les stratégies : pointage différencié, la mixité imposée ou la condamnation du sexisme par la ligue. Même si aucune de ces stratégies n’est parfaite, elles restent néanmoins mues par la reconnaissance de la déficience de mixité, de la culture masculine associée à la pratique du hockey et la nécessité de s’engager en ce sens pour assurer des transformations positives. Finalement, dans notre idéal de joueuses féministes de hockey cosom, ces mesures incitatives en faveur de la mixité ne seront que transitoires. Nous pourrons un jour avoir l’habitude et le plaisir de jouer et de suer « ensemble » de façon égalitaire et émancipatoire.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/stephanie_mayer.jpg" rel="attachment wp-att-1827"><img decoding="async" class="wp-image-1827 alignnone" src="/wp-content/uploads/2016/04/stephanie_mayer.jpg" alt="stephanie_mayer" width="400" height="306" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/stephanie_mayer.jpg 700w, /wp-content/uploads/2016/04/stephanie_mayer-300x230.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/04/stephanie_mayer-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a></p>
<h2 id="lettreamoncoequipier"><a href="#lettreamoncoequipier">Lettre à mon coéquipier</a></h2>
<p style="text-align: justify;">Après nous être réunies pour discuter de féminisme et de hockey, nous en sommes venues à la conclusion qu’il fallait <em>vous</em> adresser un petit mot.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne souhaitons pas prendre quiconque par la main, mais nous gagnons à être claires en formulant certaines demandes ou attentes. Nous ne parlons pas au nom de toutes les joueuses de hockey cosom, mais bien en notre propre nom.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, si tu as l’oreille attentive de l’allié et la solidarité féministe enthousiaste, nous formulerions ceci :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Cher coéquipier, </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Nous jouons ensemble depuis déjà quelques saisons, nous portons le même équipement, nous posons sur les mêmes photos d’équipe, nous partageons les mêmes feuilles de stats. Mais avons-nous la même expérience de ces parties de hockey? Malgré le plaisir évident que j’ai à pratiquer ce sport et à faire partie de l’équipe, tu as sûrement déjà ressenti que je n’étais pas toujours à l’aise dans cet espace, que j’étais parfois en colère, que je vivais du sexisme. C’est vrai que je pourrais choisir de seulement jouer au hockey en non-mixité. Certains problèmes pourraient être ainsi évités et la façon traditionnelle masculine (et souvent sexiste) de jouer au hockey pourrait suivre son cours. Mais comme féministe, je refuse le statu quo et souhaite que le sport amateur et « l’équipe de hockey » soient des espaces privilégiés pour réfléchir à nos pratiques et, surtout, pour transformer la culture dominante, qui relaie trop souvent des stéréotypes. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Puisque nous souhaitons tous les deux partager cet espace de jeu, pourquoi ne pas discuter pour évaluer ce qui pourrait être fait ensemble afin que tout le monde ait du plaisir? Malheureusement, je ne peux pas te dicter de marche à suivre pour être un bon allié. Il n’y a pas de mode d’instructions. Je peux cependant te proposer quelques stratégies et une série de petits gestes s’inscrivant dans une logique de solidarité. Ceux-ci me donneront l’impression d’être légitime, entendue, reconnue et appuyée. Ce n’est pas demain la veille que nous serons dans une société émancipée du patriarcat, mais d’ici là, en tant que féministe, j’aspire à agir au moins directement sur les personnes qui m’entourent, en qui j’ai confiance et en qui je vois des alliés. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>En fait, je suis « la fille » de ton équipe. Tu sembles à la fois fier d’inclure une – et parfois plusieurs – femme dans l’équipe, mais également un peu irrité par mes réactions à des comportements, par mes demandes de discussions répétées et par mes remises en cause de certaines règles discriminatoires. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Il y a de nombreuses façons d’être un allié féministe au quotidien (Dupuis-Déri, 2014), mais pour être allié de sa/ses coéquipière.s de hockey, il faut d’abord reconnaître le sexisme « ordinaire » ambiant et comment celui-ci affecte indéniablement notre expérience du hockey. D’ailleurs, c’est pour contrer les manifestations subtiles ou extraordinaires du sexisme « ordinaire » que j’attends une solidarité. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ainsi, j’ai d’abord envie de te dire d’écouter ce que les joueuses identifient comme étant des comportements problématiques. Si tu ne reconnais pas la crédibilité de notre parole, il y a peu de chances pour que les autres équipes et les ligues reconnaissent les gestes et commentaires sexistes que nous décrivons. Affirmer ta solidarité, c’est aussi reconnaître que mon expérience du sport est différente et que cet espace a été créé par les hommes et pour les hommes. Affirmer ta solidarité, c’est le faire là maintenant lorsqu’il y a injustice, pas à la bière d’après-match ou deux semaines plus tard. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ces expressions du sexisme prennent parfois des dimensions difficiles à ignorer. Quand tu me dis que j’ai une lecture « déformée » de la situation, que ce n’est pas exactement « ça » qui s’est passé, que j’exagère ou que j’interprète mal : j’ai deux choses à dire. D’une part, fais-moi confiance puisque j’ai l’expérience du sexisme et je sais le reconnaître. D’autre part, chaque fois que tu me formuleras une telle réticence, il m’est difficile ne pas considérer que tu choisis la solidarité masculine. Par exemple, je pense à cette fois où un adversaire me traitait de folle sur le jeu ou même à ce joueur qui m’imitait en faisait le geste d’une poule qui jacasse. Dans ces circonstances, je reçois souvent ton appui et parfois nous nommons ensemble le geste pour ce qu’il est : du sexisme. D’autres fois, les formes que prennent les discriminations sont plus insidieuses, notamment lorsqu’il s’agit de « bonnes blagues » que je ne sais pas trouver drôles. Par exemple, la fois où l’arbitre avait causé l’hilarité générale lorsqu’il m’a « donné » une punition parce que j’avais écrasé la balle avec mon pied. Lorsque ces situations surviennent, j’aimerais pouvoir compter sur ton appui et surtout, à ce que tu ne remettes pas en doute l’expérience que je viens de vivre. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Il semble important de prendre conscience des impacts découlant de la configuration des lieux qui peuvent entraîner des exclusions. As-tu déjà réfléchi à la division des espaces et leur importance dans la pratique et la jouissance de ce sport? Le vestiaire, par exemple, et les discussions qui y ont cours. Lorsque vous y planifiez les stratégies et l’alignement du prochain match ou bien que vous revenez sur la récente victoire sous la douche, je suis d’emblée exclue. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je dois le reconnaître : tes connaissances sur ce sport peuvent être intimidantes puisque ma pratique du hockey est plus récente </em><a href="#_ftn14" name="_ftnref14"><sup><sup>[14]</sup></sup></a><em>. Tu maîtrises le jeu, les règles. D’ailleurs, tu t’empresses de crier à l’injustice en t’adressant à l’arbitre lorsque tu crois assister à la violation d’une de celles-ci. Tu connais aussi les stratégies de jeux et les techniques : le tir du poignet et la passe du revers n’ont pas de secret pour toi. Tes comparaisons entre le style aléatoire de notre gardien de but et celui de Dominique Hašek alors qu’il jouait pour Buffalo me laissent coite. Sans oublier ton contentement de partager le numéro d’un joueur étoile des années 70. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Cette maîtrise des codes de ce sport m’invite à te suggérer différentes stratégies pour me partager ce savoir sans adopter une attitude paternaliste ou me faire sentir ridicule. En fait, il est fort probable que j’aie envie de ton soutien et de ton appui pour m’améliorer dans ma technique de jeu, dans ma connaissance des règles, dans l’acquisition des bons réflexes. J’ai besoin de ton appui, au même titre que les autres joueurs de ton équipe qui peuvent être aussi des débutants. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>D’abord, les commentaires positifs et valorisants sont toujours les bienvenus. Ensuite, les conseils généraux sur les stratégies à mettre en place méritent d’être rappelés à tout le monde, pas juste à moi, et il serait bien de s’assurer que tous les membres de l’équipe saisissent la stratégie émise, car l’incompréhension est source d’exclusion, d’illégitimité. De plus, il est à parier que des suggestions sympathiques glissées ici et là sur comment tenir mon bâton, où me placer et quel déplacement effectué seront appréciées; tout est dans le ton et dans l’attitude. Je ne suis pas plus sensible parce que je suis une femme, je n’ai seulement pas envie de me faire refléter mon ignorance ou mon incompétence. Enfin, s’il me vient l’envie de proposer une stratégie de jeu, de faire un commentaire général sur le match, il est possible que je n’utilise pas les bons termes, les expressions justes, ne m’en tenez pas rigueur : je me démène autant que vous sur le terrain!</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La présence de joueuses dans l’équipe peut être une occasion de réfléchir non seulement à notre fonctionnement au sein de l’équipe (prise de décisions, priorisation des meilleurs joueurs au détriment de la participation, agressivité et geste antisportif, division sexuelle des rôles dans l’équipe et la ligue, etc.), mais aussi plus fondamentalement à la culture masculine du hockey. La configuration des rôles sur le jeu, mais également sur le banc, est rarement remise en question. La place du capitaine et la hiérarchie qu’elle sous-tend sont intrinsèquement liées à la structure organisationnelle du hockey. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Pourtant, et en tant que féministe, certaines pratiques &#8211; considérées immuables par les hockeyeurs ayant une longue expérience de hockey sur glace ou faisant supposément partie du sport &#8211; entrent en confrontation avec mes principes. Par exemple, il est coutume de se gueuler des indications de jeu en provenance du banc, de changer les alignements lors d’avantages numériques, d’exprimer de la colère, de l’agressivité quand la victoire est en jeu ou, pire encore, de légitimer des « poussaillages » violents pour les mêmes raisons. Ce n’est pas parce que cela a toujours été ainsi depuis que tu joues « atome » que c’est nécessairement correct, agréable et nécessaire. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Un allié devrait accepter de remettre en question certaines pratiques ou au moins accepter de réfléchir à l’impact de décisions par exemple de privilégier la présence de joueurs masculins – plus expérimentés – pendant les moments importants. Cette décision oppose deux principes : celui de la volonté de gagner à tout prix contre l’égalité entre les joueur.euse.s. Le premier principe est présenté comme étant lié à l’esprit d’équipe en suggérant qu’on privilégie les joueurs qui auront la meilleure chance de nous mener à la victoire. Le second propose de renforcer l’expérience et les capacités des joueuses (et des joueurs moins expérimentés) en les incitant à prendre part aux jeux importants. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>En guise de conclusion, je te propose quelques pistes de réflexion si tu souhaites renforcer ton rôle d’allié. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<ol style="text-align: justify;">
<li><em>Reconnaître la crédibilité et l’expérience différenciées d’une joueuse lorsqu’elle identifie des comportements sexistes. La clé est certainement l&rsquo;écoute dans la mesure où chaque situation et chaque personne sont différentes; </em></li>
<li><em>Appuyer une joueuse lorsqu’elle dénonce un geste ou un commentaire sexiste (voire dénoncer toi-même un tel geste, parce que le fardeau de la dénonciation ne repose pas uniquement sur les joueuses, mais devrait être partagé) sans pour autant tomber dans le rôle du « protecteur ». L&rsquo;une pourrait interpréter une intervention comme paternaliste ou protectrice alors qu&rsquo;une autre pourrait interpréter la même intervention comme un geste de soutien. Encore une fois, il n’y a pas de règle absolue, soit à l’écoute de la joueuse avec qui tu interagis; </em></li>
<li><em>Instaurer un processus de discussion mixte en privilégiant un lieu mixte (c’est-à-dire partout en dehors des vestiaires), avant le match, sur le banc ou à la bière d’après-match;</em></li>
<li><em>Évaluer toutes les options lors de la constitution des alignements : être compétitifs et vouloir gagner ne sont pas incompatibles avec la présence de femmes au sein de l’équipe;</em></li>
<li><em>Mobiliser tout.e.s les membres à parts égales dans le cadre du match et dans la gestion de l’équipe;</em></li>
<li><em>Accepter qu’à certains moments il doive y avoir des discussions collectives pour faire des retours sur des injustices vécues ou sur des améliorations à apporter; </em></li>
<li><em>Accepter de remettre en question certaines pratiques liées à la culture masculine du hockey.</em></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Au final, je souhaite aussi profiter de ces joutes sans alourdir cet espace de divertissement par des remises en question et des critiques répétées. Comme tu le rappelles parfois, « on est là pour avoir du </em>fun<em> ». Seulement, sans ton rôle d’allié, j’ai beaucoup moins de plaisir et c’est surtout cela qu’il faut retenir. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>D’ailleurs, je ne suis pas en dehors de cette culture masculine du hockey, ce qui peut m’amener à endosser une compétitivité malsaine, avoir le goût d’être agressive au point de vouloir « dropper » mes gants ou de « cross-cheker » derrière le but ou encore, je peux avoir le réflexe de céder ma place aux plus expérimentés lors des moments chauds. Dans ces cas, tu pourras me rappeler nos engagements collectifs envers une pratique du sport mixte, antiautoritaire et féministe. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je souhaite que ces stratégies nous permettent non seulement de favoriser l’intégration des joueuses dans les équipes de hockey mixtes, mais surtout qu’on parvienne à réfléchir ensemble (et différemment) à la pratique de ce sport. Alors, on se revoit sur le terrain? </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ta coéquipière</em></p>
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<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup><sup>[1]</sup></sup></a> La grande famille du hockey comporte quelques sous-genres : le hockey sur glace, le dek hockey, le roller-hockey, le hockey-balle et le hockey cosom. Ce texte s’attardera principalement à cette dernière catégorie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup><sup>[2]</sup></sup></a> À noter, les Canadiennes de Montréal ont gagné la Coupe Clarkson à trois reprises (2008-2009; 2010-2011; 2011-2012) au cours des cinq dernières années tandis que les Canadiens de Montréal ont gagné la Coupe Stanley la dernière fois lors de la saison 1992-1993.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><sup><sup>[3]</sup></sup></a> Voir entre autres le numéro consacré à la question dans la revue <em>Recherches féministes</em>, vol. 17, no. 4, 2004.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4"><sup><sup>[4]</sup></sup></a> D’ailleurs, nous employons dans ce texte des termes référant à des catégories identitaires exclusives qui méritent d’être réfléchies et problématisées plus avant, comme « femme », « fille », « féminin », « homme », « gars » et « masculin ». La réflexion que nous produisons à partir de nos postures de femmes cisgenres mériterait d’être mise en dialogue avec les femmes transsexuelles et les personnes non conformes dans le genre de leur pratique de hockey cosom. Plus encore, il importe de poursuivre la réflexion en s’interrogeant sur la façon dont le racisme affecte l’expérience des hockeyeuses, car les ligues montréalaises que nous fréquentons restent à très forte proportion formée par des personnes blanches.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5"><sup><sup>[5]</sup></sup></a> Dans le cadre de ce texte, nous entendons par sexisme « ordinaire » la banalisation d’attitudes, de comportements ou de réflexions misogynes. Le caractère insidieux et subtil du sexisme « ordinaire » contribue à normaliser les représentations stéréotypées à l’encontre des femmes dans la société patriarcale.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref6" name="_ftn6"><sup><sup>[6]</sup></sup></a> Nous considérons que toutes les formes de pratiques sportives en mixité – comme peut l’être la mixité de classes ou de races – peuvent avoir des conséquences positives. Nous concentrons notre texte sur nos expériences vécues et mettons donc l’accent sur l’égalité des genres.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref7" name="_ftn7"><sup><sup>[7]</sup></sup></a> La féminité est comprise ici comme un ensemble de structures et de conditions qui est typiquement associé aux personnes identifiées ou s&rsquo;identifiant comme femmes. Toutes les femmes ne sont pas féminines, certains hommes peuvent être féminins, et il n&rsquo;existe pas nécessairement de condition décrivant la réalité de l&rsquo;ensemble des femmes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref8" name="_ftn8"><sup><sup>[8]</sup></sup></a> Concept très large (incluant généralement tout un système de signes – gestuel, vocal, etc.) et étudié dans de multiples disciplines, nous limiterons ici la compréhension du langage à sa forme d’expression orale et quotidienne.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref9" name="_ftn9"><sup><sup>[9]</sup></sup></a> À noter l’identification comme « filles » plutôt que « femmes » alors qu’il ne s’agit pas de jeunes filles ou d’adolescentes. Cet emploi n’est pas anodin et aurait pu faire l’objet d’une vaste discussion. Dans le cadre de ce texte, les auteures se limitent à souligner cette identification, car elle participe à infantiliser les joueuses.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref10" name="_ftn10"><sup><sup>[10]</sup></sup></a> Le genre (compris ici comme une catégorie sociale) et ses manifestations dans le corps peuvent être vécus d’autant de différentes façons qu&rsquo;il y a d&rsquo;individus. L&rsquo;idée dans les réflexions qui suivent n&rsquo;est donc pas d&rsquo;affirmer que TOUTES les femmes vivent leur corporéité d&rsquo;une seule et unique manière, mais plutôt de tenter de refléter les points communs dans les expériences de la corporéité qui peuvent découler du genre. Les exemples donnés sont tirés d&rsquo;un nombre limité d&rsquo;expériences vécues, et n&rsquo;ont en aucun cas la prétention de couvrir l&rsquo;entièreté des expériences du corps, et ce, d&rsquo;autant plus lorsqu&rsquo;un autre élément est plus structurant que le genre dans le rapport qu&rsquo;une personne entretient avec son corps (handicap, poids, etc.)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref11" name="_ftn11"><sup><sup>[11]</sup></sup></a> La notion d’ « <em>embodiment</em> », beaucoup utilisée dans la théorie féministe de langue anglaise, peut être comprise dans sa plus simple expression comme une incorporation, au sens d’intégration dans le corps.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref12" name="_ftn12"><sup><sup>[12]</sup></sup></a> Espace normatif dans le sens d’un espace social où une norme est érigée au statut de normalité, au point où elle devient invisible.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref13" name="_ftn13"><sup><sup>[13]</sup></sup></a> Voir Guérandel et Beyria dans « Le sport, lieu de questionnement des rapports sociaux de sexe? L’exemple d’une pratique collective mixte en compétition » (2012). En ligne : <a href="http://sociologies.revues.org/3974" target="_blank">http://sociologies.revues.org/3974</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref14" name="_ftn14"><sup><sup>[14]</sup></sup></a> À noter que les auteures de ce texte n’ont pas toutes la même expérience de joueuses. En effet, l’une d’entre elles a joué plus de 9 ans au hockey sur glace avant de pratiquer le hockey cosom. Sa connaissance des codes et du langage propre au sport sont plus vastes. Néanmoins, la majorité des auteures ont une pratique récente.</p>
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<p><strong>Bibliographie</strong></p>
<p>Ahmed, Sara. 2004. <em>The Cultural Politics of Emotion. </em>Edinburgh: Edinburgh University Press.</p>
<p>Alley, Thomas R. et Catherine M. Hicks. 2005. « Peer Attitudes Toward Adolescent Participants in Male-and-Female Oriented Sports », <em>Adolescence, </em>vol. 40, no. 158, p. 273-280.</p>
<p>Anthamatten, Eric. 2014. «What Does It Mean to ‘Throw Like a Girl’?», <em>The New York Times</em>, 24 août. En ligne : <a href="http://opinionator.blogs.nytimes.com/2014/08/24/what-does-it-mean-to-throw-like-a-girl/?_r=0" target="_blank">http://opinionator.blogs.nytimes.com/2014/08/24/what-does-it-mean-to-throw-like-a-girl/?_r=0</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
<p>Association canadienne pour l’avancement des femmes. En ligne : <a href="http://www.caaws.ca/?lang=fr" target="_blank">http://www.caaws.ca/?lang=fr</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
<p>Baril, Lynda. 2013. <em>Nos Glorieuses : Plus de cent ans de hockey féminin au Québec</em>. Montréal : Les Éditions La Presse.</p>
<p>Baron, Steve. 2015. « List of How Many Homes Each Cable Network Is In As of February 2015 ». <em>TV By the Numbers</em>. En ligne : <a href="http://tvbythenumbers.zap2it.com/2015/02/22/list-of-how-many-homes-each-cable-network-is-in-as-of-february-2015/366230/" target="_blank">http://tvbythenumbers.zap2it.com/2015/02/22/list-of-how-many-homes-each-cable-network-is-in-as-of-february-2015/366230/</a>. (Page consultée le 9 novembre 2015).</p>
<p>Breton-Lebreux, Lisa-Marie. 2015. Entrevue radio à l’émission « Une fois c’t’une rue ». CIBL. En ligne : <a href="http://c1f1.podcast.ustream.ca/a/101213.mp3" target="_blank">http://c1f1.podcast.ustream.ca/a/101213.mp3</a>. (Page consultée le 27 novembre 2015).</p>
<p>Courcy, Isabelle, Catherine Erard et Catherine Louveau. 2006. « Le sport comme espace de reproduction et de contestation des représentations stéréotypées de la féminité ». <em>Recherches féministes</em>, vol. 19, no. 2, p. 29-61.</p>
<p>Cooky, Cheryl. Michael A. Messner et Michela Mustro. 2015. « It’s Dude Time!: A Quarter Century of Excluding Women’s Sports in Televised News and Highlight Shows » <em>Communication and Sport. </em>p. 1-27. En ligne : <a href="http://com.sagepub.com/content/early/2015/06/05/2167479515588761.full.pdf+html" target="_blank">http://com.sagepub.com/content/early/2015/06/05/2167479515588761.full.pdf+html</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
<p>Demers, Guylaine. Lorraine Greaves, Sandra Kirby et Marion Lay (dir.). 2013. <em>Playing It Forward</em>. <em>50 Years of Women and Sport in Canada. </em><em>Pour celles qui suivront. 50 ans d’histoire de femmes en sport au Canada. </em>Ottawa: Feminist History Society / Société d’histoire féministe.</p>
<p>Detellier, Elise. 2015. <em>Mises au jeu : </em><em>Les sports féminins à Montréal, 1919-1961</em>. Montréal : Les éditions du remue-ménage<em>. </em></p>
<p>Dupuis-Déri, Francis. 2014. « Petit guide du « disempowerment » pour hommes pro-féministes », <em>Possibles</em>, p. 79-96. En ligne : <a href="http://redtac.org/possibles/files/2014/07/vol38_no1_s1p1_Deri.pdf" target="_blank">http://redtac.org/possibles/files/2014/07/vol38_no1_s1p1_Deri.pdf</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
<p>Égale Action – Égalité par l’activité sportive. Non Daté. En ligne : <a href="http://www.egaleaction.com/" target="_blank">http://www.egaleaction.com/</a>. (Page consultée le 9 novembre 2015).</p>
<p>Gilbert, Francis. 2015. <em>L&rsquo;égalité : plus qu&rsquo;un match nul. Les rapports sociaux de sexe dans l&rsquo;évolution des politiques sportives du gouvernement du Québec de 1979 à 2013</em>. (Mémoire de maîtrise). Montréal, Université du Québec à Montréal.</p>
<p>Guérandel, Carine et Fabien Beyria. 2012. « Le sport, lieu de questionnement des rapports sociaux de sexe ? L’exemple d’une pratique collective mixte en compétition ». <em>SociologieS</em>. En ligne : <a href="http://sociologies.revues.org/3974" target="_blank">http://sociologies.revues.org/3974</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
<p>Hall, Ann M. 2002. <em>The girl and the Game: A History of Women’s Sport in Canada</em>. Toronto : University of Toronto Press.</p>
<p>International Working Group on Women and Sport. En ligne: <a href="http://iwg-gti.org/" target="_blank">http://iwg-gti.org/</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
<p>Laberge, Suzanne. 2004. « Présentation », <em>Recherches féministes</em>, vol. 17, no. 4, p. 1-8.</p>
<p>Louveau, Catherine. 2004. « Pratiquer une activité physique ou sportive : persistance des inégalités parmi les femmes », <em>Recherches féministes</em>, vol. 17, no. 4, p. 39-76.</p>
<p>Poulin, Charles. 2011. « Hockey féminin : loin des millionnaires de la LNH… », Rue Frontenac. 8 juin 2011. En ligne : http://exruefrontenac.com/sports/hockey/38242-hockey-feminin. (Page consultée le 5 novembre 2015).</p>
<p>Tillotson, Shirley Maye. 2000. <em>The Public at plat. Gender and the Politics of Recreation in Post-War Ontario</em>, Toronto: University of Toronto Press.</p>
<p>Yaguello, Marina. 1982. <em>Les mots et les femmes : Essai d’approche sociolinguistique de la condition féminine</em>, France : Payot.</p>
<p>Young, Iris Marion. 1980. «Throwing Like a Girl: A Phenomenology of Feminine Body Comportment Motility and Spatiality», <em>Human Studies</em>, vol. 3, no. 2, p. 137-156.</p>
<p>« Sport d’hiver : Ringuette. Origine et histoire de la ringuette », Jeux du Québec, page non datée. En ligne : <a href="http://www.jeuxduquebec.com/Sport-17-Ringuette-fr-75.php" target="_blank">http://www.jeuxduquebec.com/Sport-17-Ringuette-fr-75.php</a>. (Page consultée 10 novembre 2015).</p>
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		<title>Les faits(ministes) saillants du sport de 2015</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Valérie Gonthier-Gignac]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:13:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>JULIE VEILLET &#160; &#160; Sur les chaînes télés de sport, j’adore écouter les récapitulatifs des meilleurs (ou des pires) moments de la semaine. Les exploits des athlètes, le niveau d’excellence qu’ils arrivent à atteindre, ça me fascine! Mais le milieu sportif, c’est aussi des abus, des tabous, de la discrimination et du conservatisme. On n’a [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_47_-_Le_Ballon_F17BOU005425.jpg" rel="attachment wp-att-1834"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1834" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_47_-_Le_Ballon_F17BOU005425.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_47_-_Le_Ballon,_F17BOU005425" width="2304" height="1912" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;"><strong>JULIE VEILLET</strong></h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Sur les chaînes télés de sport, j’adore écouter les récapitulatifs des meilleurs (ou des pires) moments de la semaine. Les exploits des athlètes, le niveau d’excellence qu’ils arrivent à atteindre, ça me fascine! Mais le milieu sportif, c’est aussi des abus, des tabous, de la discrimination et du conservatisme. On n’a qu’à penser à l’homosexualité chez les athlètes qui demeure un sujet tabou, avec seulement une poignée d’homosexuels déclarés dans les quatre grandes ligues sportives américaines (NHL, NFL, NBA et MLB). Pour mettre en lumière les bons coups, mais aussi toutes les aberrations encore présentes dans le joyeux monde du sport, voici mon <em>top</em> 10 féministe des faits saillants du sport de 2015.</p>
<p>&nbsp;</p>
<ol>
<li><strong>Jen Welter devient la première femme entraîneuse dans la NFL</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.nfl.com/news/story/0ap3000000504141/article/cards-hire-jen-welter-as-first-female-assistant-coach" target="_blank">Les Cardinals d’Arizona embauchent Jen Welter</a>, une ancienne joueuse de rugby et de football, comme entraîneuse adjointe, une première dans la Ligue nationale de football (NFL). L’entraîneur-chef de l’équipe, Bruce Arians, mentionne, lors de l’annonce de l’embauche de Welter : « <em>Coaching is nothing more than teaching. </em><em>One thing I have learned from players is, « How are you going to make me better? If you can make me better, I don&rsquo;t care if you&rsquo;re the Green Hornet, man, I&rsquo;ll listen. » I really believe she&rsquo;ll have a great opportunity with this internship through training camp to open some doors for her.</em>« </p>
<ol start="2">
<li><strong>Holly Holm marque l’univers des sports de combat</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">La boxeuse et combattante en arts martiaux mixtes <a href="http://mmajunkie.com/2015/11/ufc-193-results-the-unthinkable-holly-holm-kos-ronda-rousey-in-massive-upset" target="_blank">Holly Holm fait sa marque en battant l’indétrônable Ronda Rousey</a>, lui infligeant ainsi la première défaite de sa carrière professionnelle et lui enlevant du même coup son titre de la UFC. Ce tour de force permet à Holm de devenir la première athlète, homme ou femme, à remporter des titres à la fois à la boxe et aux arts martiaux mixtes.</p>
<ol start="3">
<li><strong>Caitlyn Jenner annonce son changement de genre</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">L’annonce du changement de genre de Caitlyn Jenner, ancienne vedette olympique de décathlon ayant battu de nombreux records du monde, crée une véritable commotion dans le monde du sport en 2015. Après un long processus personnel d&rsquo;acceptation, une transformation graduelle de son apparence et moult spéculations dans les médias et la population, <a href="http://abcnews.go.com/Entertainment/bruce-jenner-im-woman/story?id=30570350" target="_blank">Jenner, née Bruce, explique, lors d’une entrevue sur ABC News, qu’elle est une femme </a>: « <em>People look at me differently. </em><em>They see you as this macho male, but my heart and my soul and everything that I do in life – it is part of me. That female side is part of me. That’s who I am.</em> »</p>
<ol start="4">
<li><strong>La Coupe du monde féminine de la FIFA attire les foules</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">À l’été 2015, la Coupe du monde féminine de la FIFA se déroule dans diverses villes du Canada. Le 5 juillet à Vancouver a lieu la finale disputée entre le Japon et les États-Unis. Remporté 5 à 2 par les États-Unis, ce match est vu par 25,4 millions d’auditeurs, ce qui en fait <a href="http://www.nytimes.com/2015/07/07/sports/soccer/womens-world-cup-final-was-most-watched-soccer-game-in-united-states-history.html?_r=0" target="_blank">la partie de soccer la plus regardée de l’histoire de la télévision américaine</a>.</p>
<ol start="5">
<li><strong>Le marathon de la musicienne Kiran Gandhi fait jaser</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">La musicienne Kiran Gandhi, notamment connue pour être la batteuse de la chanteuse M.I.A, court le marathon de Londres durant ses menstruations sans porter de tampon. Les photos d’elle qui circulent dans les médias, où on la voit, souriante, avec une tache de sang sur le devant de ses pantalons, font jaser et lui valent plusieurs critiques. Gandhi explique, dans <a href="http://www.independent.co.uk/voices/comment/heres-why-i-ran-the-london-marathon-on-the-first-day-of-my-period-and-chose-not-to-wear-a-tampon-10455176.html" target="_blank">une lettre publiée sur le Web</a>, que son choix de ne pas porter de tampon est à la fois motivé par l’envie de se sentir confortable durant la course et par la volonté de montrer à quel point les menstruations demeurent un sujet tabou et un enjeu considérable pour un grand nombre de femmes : « <em>Consider how women in developing nations are affected by period secrecy and taboo. </em><em>Our culture tells them to hide their monthly flow, despite the fact that the ways to clean it up are either unsustainable or unaffordable. Even women who are able to use pieces of cloth to absorb blood don’t always have private places at school or at work to change them out. As a result, they choose skipping school or work as a better, less shameful alternative. […] Periods are here to stay, and our generation has the power to put this conversation on the map today in order to blow through stigma. So let&rsquo;s open up a world of new possibilities for women everywhere.</em> »</p>
<ol start="6">
<li><strong>Québec accueille la Conversation 2015 Femmes et sport</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Trois passionnées et expertes de sport, Penny Werthner, Marion Lay et Guylaine Demers, organisent la <a href="http://www.conversation2015.ulaval.ca/" target="_blank">Conversation 2015 Femmes et sport à Québec</a>. Ce colloque de quatre jours, réalisé en collaboration avec l’Association canadienne pour l’avancement des femmes, du sport et de l’activité physique (ACAFS) et Égale Action (l’Association québécoise pour l’avancement des femmes, du sport et de l’activité physique), réunit des athlètes, entraîneuses et entraîneurs, journalistes, chercheuses et chercheur, éducatrices et éducateurs physiques, et autres personnes intéressées par la question autour de conférences, tables rondes et ateliers. On y aborde des enjeux tels la place des filles et femmes dans le sport, la représentation des sports féminins dans les médias, la discrimination sexuelle et l’homophobie.</p>
<ol start="7">
<li><strong>La danseuse noire Misty Copeland obtient un premier rôle</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Misty Copeland, une talentueuse ballerine de 32 ans, est nommée danseuse principale dans la version 2015 du <em>Lac des cygnes</em> de la compagnie American Ballet Theatre. Bien que la compagnie existe depuis 75 ans, <a href="http://www.npr.org/sections/codeswitch/2015/04/09/398508457/who-gets-to-dance-in-swan-lake-the-answer-is-changing" target="_blank">Copeland est officiellement la première danseuse noire à se faire confier un premier rôle par l’ABT</a>. Elizabeth Blair mentionne, dans un texte de NPR news : « <em>It&rsquo;s hard for any ballet dancer to succeed, regardless of race, but a black dancer is up against a centuries-old aesthetic — the idea, for example, that the swan must be feather-weight and snow white, and so does her prince.</em> »</p>
<ol start="8">
<li><strong>Nancy Lieberman est embauchée comme entraîneuse adjointe dans la NBA</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://fortune.com/2015/08/03/nancy-lieberman-nba-kings-female-coach/" target="_blank">L’Américaine Nancy Lieberman, une ancienne joueuse de basketball très célèbre, est embauchée par les Kings de Sacramento comme entraîneuse adjointe.</a> Lieberman, qui a été joueuse professionnelle pendant plus de 20 ans, entraîneuse durant plusieurs années dans la Woman National Basketball Association (WNBA), puis dans la NBA Development League, devient ainsi la deuxième femme de l’histoire à œuvrer comme entraîneuse dans la NBA, après Becky Hammon, recrutée par les Spurs de San Antonio en 2014. Le journaliste Daniel Roberts souligne : « <em>With a résumé like that, perhaps it’s surprising that it took this long for an NBA team to hire her.</em> » <em>Perhaps</em>, en effet.</p>
<ol start="9">
<li><strong>Une équipe féminine de bobsleigh à quatre participe au Championnat du monde</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Un petit saut <a href="http://www.cbc.ca/sports/olympics/winter/bobsleigh/kaillie-humphries-boblseigh-history-1.3397016" target="_blank">au début de l’année 2016, alors qu’on voit pour la première fois de l’histoire une équipe entièrement féminine de bobsleigh à quatre participer au Championnat du monde</a> de la discipline, avec en tête la championne olympique canadienne Kaillie Humphries. L’athlète avait déjà fait une percée importante en 2015 en étant l’une des deux premières femmes, avec l’Américaine Elana Meyers Taylor, à diriger une équipe masculine de bobsleigh à quatre en Championnat du monde. Rappelons qu’il n’existe actuellement pas de division féminine de bobsleigh à quatre, les femmes n’ayant accès qu’au bobsleigh à deux. Humphries et Meyers Taylor militent pour le développement du bobsleigh féminin à quatre, dont l’absence s’expliquerait semble-t-il par le fait que peu de femmes ont manifesté leur intérêt dans le passé pour cette discipline et que certains pays n’ont pas suffisamment d’athlètes féminines en bobsleigh pour constituer des équipes de quatre.</p>
<p>L’équipe féminine d’Humphries savait bien, en participant à l’épreuve de bobsleigh à quatre du Championnat du monde, qu’elle avait peu de chances de gagner, le poids global inférieur de l’équipage féminin jouant en sa défaveur contre les équipages masculins, plus lourds, donc nécessairement plus rapides. «<em>To be the first one is cool, but at the end of the day, I&rsquo;m not doing it to be the first one</em>», mentionne Humphries. « <em>I&rsquo;m doing it because it challenges myself to be a better pilot, to have something else to look forward to, something fun. […] It&rsquo;s something we&rsquo;ve needed to do and somebody had to take the step forward. Hopefully it starts showing that all-women crews can do this, all-women teams can do this</em> ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<ol start="10">
<li><strong> Des plaintes pour harcèlement sont déposées contre Marcel Aubut</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">L’événement dont on a le plus parlé dans le milieu sportif québécois et canadien en 2015 est malheureusement<a href="http://www.lapresse.ca/sports/autres-sports/olympisme/201510/02/01-4905899-allegations-de-harcelement-sexuel-contre-marcel-aubut-le-coc-savait-depuis-2011.php" target="_blank"> le scandale entourant les allégations de harcèlement sexuel visant Marcel Aubut</a>, président du Comité olympique canadien (COC) jusqu’alors, avocat et homme d’affaires, et ancien propriétaire et président-directeur général des Nordiques de Québec. Une première plainte déposée par une employée de la Fondation olympique canadienne est mise au jour dans les médias le 30 septembre, déclenchant <a href="http://www.lapresse.ca/sports/autres-sports/olympisme/201510/01/01-4905867-de-nouvelles-allegations-de-harcelement-sexuel-contre-marcel-aubut.php" target="_blank">un flot d’autres plaintes formulées dans les jours qui suivent</a>, venant d’employées du COC, d’anciennes collègues de son cabinet d’avocats, de diverses collaboratrices du milieu sportif et d’athlètes l’ayant côtoyé. Les diverses plaignantes évoquent des propos offensants et vulgaires à leur endroit, des gestes d’attouchement, des blagues déplacées et des tentatives de les embrasser contre leur gré. L’une des plaignantes, l’avocate Amélia Salehabadi-Fouques, affirme qu’Aubut lui aurait un jour lancé, alors qu’elle était accompagnée de son fils de 15 ans : « Quand est-ce qu’on couche ensemble? » Une autre femme, ancienne adjointe d’Aubut dans son cabinet d’avocats, affirme qu’elle aurait déjà trouvé son patron en boxeur dans son bureau après qu’il l’eut convoquée.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://ici.radio-canada.ca/sports/jeux-olympiques/2016/01/15/001-affaire-aubut-sylvie-bernier-harcelement.shtml" target="_blank">L’ancienne plongeuse québécoise Sylvie Bernier confiera, au début 2016, avoir elle aussi été victime du comportement de Marcel Aubut</a>, évoquant notamment des commentaires sur son apparence. Profondément bouleversée de n’avoir à ce moment rien fait pour le dénoncer, Bernier souligne du même coup que la structure du COC n’encourageait pas les victimes à le faire : « Quand on est une femme face à une personne en situation de pouvoir&#8230; il n&rsquo;y a pas grand monde qui pouvait dire non à Marcel. J&rsquo;ai parlé à des filles qui travaillent au COC et qui m&rsquo;ont dit qu&rsquo;elles ne pouvaient pas porter plainte parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de structure. Si on déposait une plainte, elle arrivait sur le bureau de Marcel et ça s&rsquo;arrêtait là. La seule façon pour une employée de s&rsquo;en sortir était de démissionner. »</p>
<p style="text-align: justify;">On apprend d’ailleurs le 2 octobre que le COC était au fait depuis 2011 des comportements déplacés de Marcel Aubut et qu’il lui aurait déjà fait parvenir une lettre d’avertissement, l’intimant notamment de « cesser de toucher les gens », de « cesser les baisers (hormis les bises en l’air en guise de salutation) » et de « cesser toute allusion sexuelle de tout ordre ». Quelques rappels fort à propos, il va sans dire, mais aucune sanction et surtout une volonté de la part du COC de ne pas ébruiter l’affaire. Marcel Aubut déclare par communiqué le 3 octobre qu’il donne sa démission au COC, puis annonce dans une déclaration publique le 9 octobre qu’il quitte également son cabinet d’avocats, la firme BCF. Un rapport déposé par le COC en janvier 2016 indique que plus de la moitié des employés de l’organisme a affirmé avoir été témoins ou victimes de harcèlement sexuel de la part de Marcel Aubut.</p>
<p>Et en boni, un aperçu de ce qui nous attend en 2016 :</p>
<ol>
<li><strong>Le port du casque pour les boxeuses aux Jeux de Rio crée une polémique</strong></li>
</ol>
<p style="text-align: justify;">Lors des prochains Jeux olympiques d’été, qui se dérouleront du 5 au 21 août 2016 à Rio de Janeiro, les boxeuses seront tenues de porter un casque lors de leurs combats, tandis que les boxeurs, eux, n’auront plus à le faire. Alors que certains dénoncent les dangers accrus pour la santé auxquels seront dorénavant exposés les athlètes masculins, d’autres soulignent le fait que les femmes risquent d’être désavantagées par ce règlement inégal. Dans <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/vanessa-courville/boxe-casque-boxeuses-sexisme-jeux-olympiques-rio-_b_9518608.html" target="_blank">un article du <em>Huffington Post</em></a>, Vanessa Courville explique que le fait de ne pas porter de casque rendra les combats des boxeurs plus spectaculaires, et donc plus attrayants pour les médias, avec pour résultat de freiner l’accession des boxeuses au niveau professionnel. L’auteure met également en lumière une foule d’inégalités qui règnent au sein de l’Association internationale de boxe amateur (AIBA) : différences dans le nombre et la durée des rounds des matchs masculins et féminins, nombre inférieur de catégories chez les femmes, volonté de l’AIBA d’imposer le port de la jupe aux boxeuses, etc. « Nous le savons : ce qui dérange est la brutalité désormais associée à des femmes censées reproduire des schèmes de douceur. Ce qui dérange est la déformation du corps féminin supposé plaire au regard masculin. Ce qui dérange est la force physique qui se trouve aussi dans l&rsquo;autre camp et qui menace les acquis des dominants, en rappelant que les boxeuses font preuve d&rsquo;autant d&rsquo;acharnement, de cœur et de talent que les boxeurs. »</p>
<hr />
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Le roller derby, un sport de lesbiennes?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Valérie Gonthier-Gignac]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:13:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CAROLINE POUDRIER &#160; &#160;             Alors que le roller derby s&#8217;extirpe graduellement hors de l&#8217;ombre de l&#8217;underground, il demeure que le sport méconnu par plusieurs n&#8217;est encore souvent envisagé que comme un collage d&#8217;images iconiques, issues tantôt de son ancêtre lointain, et tantôt de la culture populaire actuelle. Pour les plus vieux, qui auront connu [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_50_-_La_Bataille_F17BOU005428.jpg" rel="attachment wp-att-1844"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1844" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_50_-_La_Bataille_F17BOU005428.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_50_-_La_Bataille,_F17BOU005428" width="2572" height="1936" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">CAROLINE POUDRIER</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">            Alors que le roller derby s&rsquo;extirpe graduellement hors de l&rsquo;ombre de l&rsquo;<em>underground</em>, il demeure que le sport méconnu par plusieurs n&rsquo;est encore souvent envisagé que comme un collage d&rsquo;images iconiques, issues tantôt de son ancêtre lointain, et tantôt de la culture populaire actuelle. Pour les plus vieux, qui auront connu le roller derby 1.0, qui s&rsquo;apparentait davantage à un spectacle de lutte chorégraphiée sur patins qu&rsquo;à une discipline sportive légitime, le doute sur l&rsquo;authenticité des prouesses sportives de nos patineuses subsiste. Il s&rsquo;en trouve encore pour demander à notre préposée aux questions – nous en avons une qui arpente les gradins à chacun de nos événements – si le derby est toujours arrangé avec le gars des vues. Les plus jeunes, qui n&rsquo;ont jamais connu le bonheur de voir sur leurs écrans le spectacle de pugilat scripté qu&rsquo;on nommait autrefois « roller derby », en ont plutôt un imaginaire fait de tutus, de bas résille et de maquillages extravagants et il n&rsquo;est pas rare de trouver chez eux une étrange fascination pour la sexualité de nos joueuses. Les plus timides le demandent souvent à mots couverts ou du bout des lèvres, dans un sandwich fait d&rsquo;autres questions plus techniques. Les plus braves, ou moins polis, y vont plus franchement. Toujours la même question qui vient parfois de nos collègues, de nos parents, ou de nos fans : « Est-ce que le roller derby est un sport de lesbiennes? »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">            La question est plus complexe qu&rsquo;il n&rsquo;y paraît et soulève une autre question : « Qu&rsquo;est, au fond, un sport de lesbiennes? » Présume-t-on que l&rsquo;homosexualité est un prérequis à l&rsquo;adhésion à la ligue? Ou que par sa structure interne, son <em>gameplay</em> siérait davantage aux joueuses recherchant des conjointes de même sexe? La question, aussi maladroitement posée soit-elle, émerge pourtant d&rsquo;une intuition profonde sur la nature du sport. Si le roller derby n&rsquo;est pas, à proprement parler, un sport pratiqué « par les lesbiennes, pour les lesbiennes » – on y trouve après tout de nombreuses joueuses et fan hétérosexuel.les – le roller derby n&rsquo;en est pas moins profondément <em>queer</em>, jusque dans son ADN. Ce faisant, il ne s&rsquo;agit pas tant d&rsquo;un sport « de lesbiennes », mais plutôt d&rsquo;une communauté où il fait bon l&rsquo;être. La question de la sexualité individuelle des joueuses est non pertinente à l&rsquo;identité intimement <em>queer</em> du roller derby, que l&rsquo;on peut reconnaître à sa subversion de l&rsquo;androcentrisme du sport et des attentes du <em>male gaze</em>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">            L&rsquo;androcentrisme du sport est le reflet de l&rsquo;androcentrisme animant un imaginaire sociétal où le féminin est sémantiquement un dérivé du masculin, et où la femme doit être l&rsquo;adjuvante de l&rsquo;homme dans la cellule familiale nucléaire, pilier présumé de la société <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Le récit biblique de la création exemplifie de manière frappante l&rsquo;asymétrie de ce motif, alors que Dieu créa, à partir de la matière même de l&rsquo;homme, un être qui lui était pourtant dissemblable. On retrouve ce même motif dans la langue, où le féminin est indiqué par une marque morphologique alors que le masculin est indiqué par une absence. Ainsi sait-on que « content » et « bleu » sont employés au masculin non pas parce qu&rsquo;ils en portent la marque, mais bien parce qu&rsquo;ils ne portent aucune marque du contraire. Le féminin s&rsquo;en trouve donc à être marqué, alors que le masculin est neutre. On retrouve la même asymétrie dans la culture populaire. Ainsi, n&rsquo;avons-nous pas Mr. Pacman et Miss Pacman, mais plutôt Pacman et Miss Pacman. Pas He-Hulk et She-Hulk, mais bien Hulk et She-Hulk. Parallèlement, dans le sport, l&rsquo;absence d&rsquo;épithète sous-entend le masculin. On ne dira pas « hockey masculin » et « hockey féminin », mais plutôt, « hockey » et « hockey féminin ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">            Le roller derby renverse ce modèle, puisque c&rsquo;est le derby masculin qui fait figure de cas d&rsquo;exception et non pas le contraire. Lorsque l&rsquo;on emploie « roller derby » sans épithète, on sous-entend le féminin, puisque le roller derby moderne est né des cendres du derby d&rsquo;antan presque par parthénogenèse, en tant que discipline sportive entièrement féminine, qui n&rsquo;était le pendant d&rsquo;aucun sport existant. Le roller derby exemplifie un renversement du récit de la création, puisque c&rsquo;est le derby masculin qui est né de la côte du derby féminin, participant par le fait même au paradigme d&rsquo;un féminin non marqué, contrevenant au modèle de l&rsquo;institution capitaliste hétéronormative.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">            Cependant, le roller derby d&rsquo;antan, bien qu&rsquo;entièrement féminin, était, dans ses codes, un produit à l&rsquo;intention du regard masculin, ce que la discipline moderne a fondamentalement renversé. Le roller derby moderne est un curieux reflet de son prédécesseur, dont les racines profondes remontent aux années 30. À l&rsquo;époque, les foules se déplaçaient pour le divertissement bon marché des « derbys transcontinentaux», des courses de longue haleine où des patineurs et patineuses parcouraient, en circuits fermés, des trajets de centaines de kilomètres, et ce, sans quitter l&rsquo;aréna où ils étaient logés et nourris pendant plus d&rsquo;un mois. Le promoteur derrière les événements, Leo Seltzer, fit le constat que ses spectateurs étaient particulièrement réactifs au moment des collisions accidentelles entre les participants, et fonda sur ces bases une discipline favorisant ce genre de contacts et eu éventuellement l&rsquo;idée d&rsquo;en faire un spectacle uniquement féminin.</p>
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<p style="text-align: justify;">            Si la mise en scène de la violence excessive fonctionne comme un catalyseur de catharsis, à l&rsquo;image de la lutte dite « amateure », comme l&rsquo;avait soutenu Roland Barthes dans <em>Mythologies</em>, la mise en scène de joueuses uniquement féminines est plutôt un exemple du trope du <em>catfight</em>. Rachel Reinke (2010) définit le <em>catfight</em> comme un combat entre femmes, mis en scène à l&rsquo;intention du regard masculin, généralement sexualisé, présenté comme incompétent et amusant, une caricature de la compétition féminine, elle-même montrée comme aussi constante qu&rsquo;insignifiante dans la culture populaire. On pensera entre autres, comme le souligne Reinke, aux bagarres opposant les personnages féminins de <em>soaps</em> américains, bagarres marquées par des gifles, des cheveux tirés et des griffures – alors que les hommes se battent à coups de poing et à prise de corps – et ayant généralement pour objet un homme, selon un cadre hétéronormatif particulièrement rigide, à l&rsquo;intérieur duquel la femme, si elle n&rsquo;est pas l&rsquo;adjuvante de son époux, détenteur de la raison à l&rsquo;intérieur de la cellule familiale nucléaire, en est réduite à concurrencer les autres femmes pour l&rsquo;attention masculine. Le caractère truqué de la compétition du roller derby d&rsquo;antan contribue d&rsquo;autant plus à la subtile érotisation de la compétition féminine à l&rsquo;intention des hommes, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit là d&rsquo;un pur simulacre de celle-ci. Le roller derby contemporain, de son côté, renverse les attentes du trope du <em>catfight</em> et, du même coup, le cadre hétéronormatif qui le sous-tend.   Premièrement, en surface, le caractère compétitif effectif des joutes de roller derby, où les joueuses brillent par leur compétence, est à mille lieues du spectacle planifié de l&rsquo;ancien derby. C&rsquo;est cependant à un niveau plus profond qu&rsquo;on peut observer l&rsquo;étendue du renversement opéré. En effet, bien que la compétition sur la piste puisse être féroce, l&rsquo;organisation des ligues de roller derby, qui sont autogérées, repose sur la complète collaboration des joueuses, qui sont, bien souvent, dans le cadre du jeu, dans des camps opposés. Dans la ligue montréalaise, par exemple, les joueuses des trois équipes locales, qui sont en compétition pendant toute la saison pour remporter le titre du championnat, travaillent ensemble étroitement au sein des comités veillant au bon fonctionnement des activités de la ligue. Loin d&rsquo;être constante et insignifiante, comme le fait croire les tropes de la culture populaire, la compétition féminine, dans le cadre du roller derby, est canalisée dans le contexte sportif où elle fait sens et est virtuellement absente des relations interpersonnelles entre les joueuses où elle devrait, selon le cliché, mener inéluctablement à l&rsquo;effondrement de projets communs.</p>
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<p style="text-align: justify;">            Le roller derby est donc fondamentalement <em>queer</em> dans son déboulonnement des attentes fondées sur le genre d&rsquo;un ordre sociétal encore fondamentalement hétéronormatif. Ainsi, de par ce noyau foncièrement <em>queer</em>, l&rsquo;institution du roller derby est un allié naturel des individus non conformistes, dans leur sexualité ou ailleurs, et ce faisant, il est tout à fait naturel que certaines ligues – ceci est loin d&rsquo;être une constante universelle dans le milieu – aient une forte représentation de joueuses et de fans issues de la communauté LGBTQ. Ainsi, le roller derby n&rsquo;est pas, à proprement parlé, un sport « de lesbiennes », mais est plutôt un sport gynocentrique où la femme peut s&rsquo;épanouir dans un ordre où elle n&rsquo;est ni l&rsquo;adjuvante, ni la subordonnée du mâle.</p>
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<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a>    Selon une analyse féministe marxiste du capitalisme, la famille nucléaire hétéronormative est une condition clé de la propriété, sur laquelle repose la division genrée du travail. Alors que l&rsquo;homme est assigné au travail dit « productif », la femme est reléguée à la sphère domestique, dans un travail de soutien non rémunéré. Si les avancées du féminisme ont permis d&rsquo;ébranler ce modèle, il demeure que les attentes en termes de travail dit « émotionnel » reposent encore disproportionnellement sur la femme. On s&rsquo;attendra par exemple que les employées féminines soient responsables du confort dans un bureau, soit en préparant le café au quotidien ou par la prise en charge de clubs sociaux (voir Vogel [2013] à ce sujet).</p>
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<p>Barthes, R. <em>Mythologies</em>, Seuil, 2015.</p>
<p>Reinke, R. « Catfight: A feminist analysis », 2010. http://chrestomathy.cofc.edu/documents/vol9/Reinke.pdf</p>
<p>Vogel, L. <em>Marxism and the oppression of women: Toward a unitary theory</em>, Brill, 2013.</p>
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		<title>Viril viral</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Valérie Gonthier-Gignac]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:12:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Mines de rien]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LORI SAINT-MARTIN &#160; &#160; Annonce vue il y a quelques années dans le métro de Montréal, pour le shampoing Head &#38; Shoulders : « Soyez sans pellicules visibles. Sentez virilement viril. » En la découvrant, j’ai eu le fou rire (« virilement viril », vraiment?), mais apparemment c’était sérieux, très sérieux même : dernièrement, un homme aurait tué une femme parce [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_08_-_Bouteilles_de_savon_F17BOU005386.jpg" rel="attachment wp-att-1795"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1795" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_08_-_Bouteilles_de_savon_F17BOU005386.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_08_-_Bouteilles_de_savon,_F17BOU005386" width="2292" height="1848" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">LORI SAINT-MARTIN</h2>
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<p style="text-align: justify;">Annonce vue il y a quelques années dans le métro de Montréal, pour le shampoing Head &amp; Shoulders : « Soyez sans pellicules visibles. Sentez virilement viril. » En la découvrant, j’ai eu le fou rire (« virilement viril », vraiment?), mais apparemment c’était sérieux, très sérieux même : dernièrement, un homme aurait tué une femme parce qu’« elle l’ignorait », bref on ne rigole pas avec la virilité.</p>
<p style="text-align: justify;">Un esprit mal tourné comme le mien invente immédiatement des permutations : « masculinement viril », « virilement masculin » puis, pour voir, « fémininement viril » et, par goût de l’oxymore, « virilement féminin ». Pourquoi la redondance? Pourquoi ne pas se contenter de sentir « viril » (sentir le musc? le bouc? la vieille chaussette?) La terreur qu’on répand : que les attributs masculins et féminins se confondent. La promesse qu’on vend : la possibilité de s’immuniser contre la féminité menaçante. Du shampoing comme talisman, bouclier, potion magique : RIEN de la femme ne subsiste chez l’homme « virilement viril ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais quel est le rapport, me demanderez-vous, avec le sport? C’est une autre campagne publicitaire, à la fois virile et virale, qui permet de faire le lien.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Smell like a man, man.</em> » Tel était le slogan au ton plus humoristique, mais fondé sur la même redondance, lancé par Old Spice. Des spots colorés et loufoques mettent en scène deux anciens footballeurs, Terry Crew et Isaah Mustafa, qu’on voit parfois seuls, parfois en compétition bruyante, toujours narcissiques : « <em>Ladies, does your man look like me ? No. Can he smell like me ? Yes!</em> ». Abandonnez les « <em>lady-smelling body washes</em> » et vous serez un « vrai homme » (je me demande toujours ce que c’est un « faux homme », mais enfin…)</p>
<p style="text-align: justify;">Toute manifestation culturelle est codée, sexuée : le sport, au même titre que la guerre, la maîtrise du barbecue et la capacité de pisser debout (tous domaines avec lesquels il entretient certaines affinités), fait partie de l’ultra masculin. L’homme « virilement viril » est adepte (ou du moins spectateur) du sport. Pas n’importe quel sport, bien sûr, pas le patinage artistique ou la gymnastique ou la nage synchronisée, mais des vrais sports pour les vrais hommes (encore une fois, la redondance est lourde de sens).</p>
<p style="text-align: justify;">Le sport, c’est la virilité : l’équivalence est claire. Le site Ask Men dresse la liste des 10 sports les plus virils, en commençant par la réflexion suivante : « <em>There&rsquo;s something deep down inside each one of us that makes us real men. </em><em>It&rsquo;s something primal that is at our very core. We can&rsquo;t name it or say exactly what it is, but we know it&rsquo;s there. Blame it on too much </em><a href="http://www.askmen.com/sports/keywords/testosterone.html" target="_blank"><em>testosterone</em></a><em>, an excess of those competitive juices or even our natural animal instincts, but men like danger. </em><em>Let&rsquo;s face it, the rougher the better.</em> <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>»</p>
<p style="text-align: justify;">Le mot « <em>rough</em> » est pour beaucoup d’entre nous inséparable en ce moment de l’expression « <em>rough sex</em> », qui repose elle aussi sur l’idée de la virilité dominante, et d’un certain procès où on tue à huis clos la réputation des femmes. Et voyez la justification : les hormones, l’instinct, ce petit quelque chose de primitif qui fait qu’on ne peut pas agir autrement… Mais passons. Pour la postérité, voici les dix sports les plus virils, dans l’ordre croissant : la lutte sumo, le golf (le golf?), le soccer, le motocross, les arts martiaux mixtes, le rugby, le hockey, la course automobile, la boxe et bien sûr, caracolant en tête, le football… Old Spice a vu juste, paraît-il <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>. Être un homme, c’est donner et recevoir des coups <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>, cultiver la vitesse, braver la mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais pourquoi le golf, honnêtement? Apparemment, « <em>golf is a real man’s game </em><em>because you can go golfing with your buddies, have a few drinks while playing, talk business, shoot the breeze, and avoid having to listen to the girl nag you to death for five hours or so. </em><em>And let&rsquo;s not forget the 19th hole&#8230; </em>» <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>. <em>Male bonding</em>, expulsion des femmes, références exclusivement masculines : on dirait le monde de la politique ou le Festival de la bande dessinée d’Angoulême. Le sport exalte le masculin, notamment en excluant les femmes : pouvoir, gloire, argent, éloge de la force, il consolide autant le pouvoir des hommes que les identités de genre figées qui renforcent à leur tour le statu quo.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais revenons à Head &amp; Shoulders. Depuis la création du produit, les <em>spots</em> visant les femmes misent sur la terreur d’être prise en défaut : aucun homme n’aimera, aucun patron ne respectera, une pauvre fille pleine de pellicules. Quelques exemples : une jolie femme sort de la douche et virevolte jusqu’à tomber dans les bras d’un homme qui lui embrasse la raie des cheveux. Une jolie femme se cache sous la table d’un restaurant, en principe pour ramasser sa serviette, en réalité pour se gratter la tête à l’insu du beau garçon assis en face d’elle, puis se lève, fière de son astuce, mais décoiffée. On n’est pas si loin de la publicité des années 1960, qui montre une femme au bureau et parmi ses amis, ses épaules couvertes de pellicules, puis, après avoir utilisé le produit, en tête-à-tête avec un homme qui se dit « <em>pretty hair</em> ». Aujourd’hui comme hier, l’homme est juge de la « réussite » féminine.</p>
<p style="text-align: justify;">Du côté des hommes de Head &amp; Shoulders, c’est un autre monde, celui, précisément, du sport : les athlètes célèbres défilent, filmés dans le stade, dans le vestiaire, dans la piscine (Michael Phelps, « le plus grand Olympien de tous les temps »). Lionel Messi, Antar Yahia et bien d’autres : en uniforme, ils courent, frappent le ballon, font des accolades à leurs camarades de jeu. Naturellement, ils n’ont pas une seule pellicule, ils n’ont même pas peur d’en avoir; le regard admiratif de la foule porte sur eux, mais ils ne pensent qu’à gagner. Là où les femmes sont paralysées par la honte ou le doute, eux parlent de performance, de dépassement de soi, de porter sur ses épaules « les ambitions d’une équipe et la fierté d’une ville » <a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>. <em>Surtout, pas une femme n’apparaît à l’écran</em>. Ils travaillent, jouent, gagnent, perdent, se soutiennent entre eux : le <em>boy’s club </em>vit et prospère.</p>
<p style="text-align: justify;">Et plus ça change, moins ça change&#8230; La campagne Old Spice a beau pousser la parodie à l’extrême (à un moment, Isaah Mustafa joue aux échecs avec un lion), elle repose tout de même sur une dichotomie sexuelle presque absolue. Et Head &amp; Shoulders, au lieu de valoriser des athlètes femmes, mise sur Sofia Vergara et sa famille. Dans un spot, elle sourit et jouit en se savonnant les cheveux sous la douche, puis, parfaitement coiffée et très court vêtue, se prépare un <em>smoothie</em>, le tout commenté, évidemment, par une voix <em>off</em> masculine <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a>. Aux hommes, les stades, la montagne, le plein air; aux femmes, la salle de bains et la cuisine. À eux, la solitude des grands, mais aussi la robuste camaraderie virile; à elles, la recherche d’un regard masculin.</p>
<p style="text-align: justify;">Les athlètes masculins sont des corps, bien sûr, mais des corps qui <em>font;</em> le corps des femmes doit <em>plaire</em>, vieille dichotomie. C’est en exploitant la beauté des femmes, et non leurs capacités sportives, qu’on fait fortune. Exemple extrême : l’émission la plus rentable du Mexique, <em>El tiempo</em>, un bulletin météorologique où défilent des « <em>mu</em><em>ñequitas</em> » (petites poupées) très jeunes, minces, pulpeuses et à peine, mais vraiment à peine vêtues <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a>. « C’est important d’avoir un bon physique, dit l’une d’entre elles. Qui veut regarder des gens laids? C’est assez pour vous faire changer de poste… » Pourtant, on voit un extrait du générique de la fin, où les présentatrices se déhanchent en compagnie des hommes qui font l’émission, vêtus jusqu’au cou, d’ordinaires à laids, et plus âgés qu’elles de plusieurs décennies (à peu de choses près, c’est les Oscar : hommes de tous les âges couverts jusqu’au cou, femmes en général jeunes et montrant de grandes quantités de peau).</p>
<p style="text-align: justify;">Les Miss Météo « font partie de la culture mexicaine, et on ne peut aller contre le courant », affirme un commentateur, tandis qu’un autre dit sans rire que « les femmes ont un don spécial pour présenter les prévisions météorologiques ». Entre culture et nature, l’entente est parfaite : les mêmes vieux suspects distribuent les rôles de toute éternité. Pourtant, il faut une discipline corporelle immense, aussi grande sûrement que celle de l’athlète de point, pour ressembler aux <em>chicas del clima </em>(sans parler des chirurgies, bien sûr, mais c’est une autre histoire) : la quête de la beauté est aussi un sport extrême, qui tue peut-être aussi souvent que le football ou la boxe. Nelly Arcan, Micheline Charest et beaucoup d’autres en savaient quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’étais une petite fille, j’adorais patiner — même si j’étais nulle — jusqu’à avoir les pieds si gelés que j’en pleurais de douleur. Mais on pouvait rarement y aller, mes copines et moi : la patinoire aménagée chaque hiver dans la cour d’école était monopolisée par les garçons qui jouaient au hockey. On n’aurait jamais osé s’aventurer dans cet espace où régnaient les lames et les bâtons et les cris des garçons. Ce n’est pas une si mauvaise image, au fond, du monde comme il va, encore aujourd’hui. Sauf que les filles ont commencé —heureusement — à exiger leur juste temps de patinoire. Même si les règles du jeu ne changent pas vite.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sport a mille vertus, bien sûr : c’est la force, la beauté, le dépassement de soi, l’effort solitaire ou collectif, l’adrénaline, la vitalité. Mais c’est aussi, et souvent, et peut-être avant tout, un puissant vecteur de la domination masculine.</p>
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<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> <a href="http://ca.askmen.com/top_10/sports/top-10-man-sports.html" target="_blank">http://ca.askmen.com/top_10/sports/top-10-man-sports.html</a></p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Il y a aussi, croyez-le ou non, les « 10 légumes les plus virils » et les « 10 chiens les plus virils ».</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Cette logique contamine d’autres sphères : le dernier numéro du <em>Magazine littéraire</em> s’intitule : « Le combat Cervantès-Shakespeare » et montre les « titans » armés de gants de boxe.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Canular, cette idée selon laquelle le nom du jeu serait un acronyme  de « <em>Gentlemen only, ladies forbidden</em> »? Probablement, mais c’est tout de même l’absence des femmes qui fait la beauté du jeu, selon Ask men.</p>
<p><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> <a href="https://www.youtube.com/watch?v=SG5CJsMsbDk" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=SG5CJsMsbDk</a></p>
<p><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> <a href="https://www.youtube.com/watch?v=1inS6zRlI6E" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=1inS6zRlI6E</a></p>
<p><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7] </a><a href="http://internacional.elpais.com/internacional/2016/01/20/mexico/1453260912_983797.html" target="_blank">http://internacional.elpais.com/internacional/2016/01/20/mexico/1453260912_983797.html</a></p>
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		<title>Patriarcalin fait du covoiturage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:12:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
		<category><![CDATA[Patriarcalin]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>TOONY &#160;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;">TOONY</h2>
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<p><a href="/wp-content/uploads/2016/04/12669972_10153796009980479_1621079043_o-1.jpg" rel="attachment wp-att-1882"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1882" src="/wp-content/uploads/2016/04/12669972_10153796009980479_1621079043_o-1.jpg" alt="12669972_10153796009980479_1621079043_o (1)" width="2048" height="1365" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/12669972_10153796009980479_1621079043_o-1.jpg 2048w, /wp-content/uploads/2016/04/12669972_10153796009980479_1621079043_o-1-300x200.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/04/12669972_10153796009980479_1621079043_o-1-768x512.jpg 768w, /wp-content/uploads/2016/04/12669972_10153796009980479_1621079043_o-1-1024x683.jpg 1024w" sizes="(max-width: 2048px) 100vw, 2048px" /></a></p>
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		<title>« Smashing the patriarchy is my cardio »: Un club de boxe queer et féministe à Montréal</title>
		<link>/smashing-the-patriarchy-is-my-cardio-un-club-de-boxe-queer-et-feministe-a-montreal/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=smashing-the-patriarchy-is-my-cardio-un-club-de-boxe-queer-et-feministe-a-montreal</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:12:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CAMILLE ROBERT &#160; &#160; Si on vous parle de sports de combat, ou d’arts martiaux mixtes, les premières images qui vous viendront en tête seront probablement assez masculines et virilistes. Bien que de nouveaux visages commencent à apparaître et que certaines femmes, comme Ronda Rousey, soient désormais célèbres, le milieu des sports de combat demeure [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_29_-_Lassaut_du_chateau_P.jpg" rel="attachment wp-att-1960"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1960" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_29_-_Lassaut_du_chateau_P.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_29_-_L'assaut_du_chateau,_P" width="1000" height="823" srcset="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_29_-_Lassaut_du_chateau_P.jpg 1000w, /wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_29_-_Lassaut_du_chateau_P-300x247.jpg 300w, /wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_29_-_Lassaut_du_chateau_P-768x632.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">CAMILLE ROBERT</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Si on vous parle de sports de combat, ou d’arts martiaux mixtes, les premières images qui vous viendront en tête seront probablement assez masculines et virilistes. Bien que de nouveaux visages commencent à apparaître et que certaines femmes, comme Ronda Rousey, soient désormais célèbres, le milieu des sports de combat demeure assez homogène. Il y a quelques mois à Montréal, des militantes et des militants mettaient sur pied un <em>combat club</em> autogéré, où une séance par semaine était dédiée à un entraînement non mixte. Bien que je ne sois pas à l’origine de cette initiative, j’ai tout de même souhaité faire connaître le projet en donnant la parole aux participantes et aux participants qui ont bien voulu répondre à mes questions.</p>
<p style="text-align: justify;">En septembre dernier, je me rendais donc pour la première fois à une séance de kick-boxing non mixte. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre, j’ai été surprise d’y retrouver beaucoup de personnes pour un premier cours — une quinzaine — et une grande quantité d’équipement neuf, acheté grâce à des subventions. Ici, la non-mixité inclut différentes personnes ciblées par le patriarcat; on retrouve plusieurs femmes cisgenre <a href="#_ftn1" name="_ftnref1"><sup><sup>[1]</sup></sup></a>, mais également des personnes transgenre <a href="#_ftn2" name="_ftnref2"><sup><sup>[2]</sup></sup></a>, <em>genderqueer </em><a href="#_ftn3" name="_ftnref3"><sup><sup>[3]</sup></sup></a> ou <em>gender nonconforming </em><a href="#_ftn4" name="_ftnref4"><sup><sup>[4]</sup></sup></a>. Au début de chaque séance, un bref tour de table &#8211; ou tour de tatami &#8211; nous permet de nous présenter, d’indiquer aux autres quel(s) pronom(s) nous utilisons et d’exprimer nos attentes par rapport au cours.</p>
<p style="text-align: justify;">Les séances, qui ont lieu chaque semaine, misent sur la reprise de pouvoir (<em>empowerment</em>), la confiance en soi, le respect et le partage de connaissances. Plusieurs femmes viennent animer des séances qui combinent des techniques de kick-boxing, de muay thaï, de jiu-jitsu et de krav maga. La non-mixité permet de créer un espace dans lequel plusieurs personnes se sentent plus à l’aise que dans les gyms privés ou dans les entraînements mixtes. Encore aujourd’hui, les gyms de sports de combat demeurent un milieu très masculin où les femmes et les personnes ne se conformant pas à un genre arrivent difficilement à trouver leur place. Pour plusieurs participantes et participants, la non-mixité est un atout majeur.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>En tant que féministe, femme, gouine, je vis des frustrations au quotidien. Le kick-boxing est un moyen pour moi de sortir la colère et la frustration, toutes ces énergies que les personnes minorisées ont moins le droit d&rsquo;exprimer en public. Le fait que ce soit non mixte est aussi très attirant parce que souvent les ambiances reliées à ces sports sont très compétitives et virilistes et rapidement, je me sens poche et j&rsquo;ai pas de </em>fun<em>. Ça m&rsquo;apporte une technique de combat à très bas prix, un </em>safer space<em> pour rire, pratiquer, se tromper et s&rsquo;</em>empowerer<em> entre nous sans qu&rsquo;il y ait de pression à performer le virilisme sérieux, violent et ennuyeux.</em> &#8211; Sarah</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">De plus, la non-mixité rompt avec une certaine logique de compétition, de performance et d’apparence, parfois présente dans les entraînements mixtes de sports de combat.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>J’ai toujours voulu savoir me défendre sans jamais oser me pointer à un cours d’art martial par peur du jugement et de ne pas être assez bonne. Ce cours-ci m’a beaucoup aidée sur ce plan. Je me sens en sécurité auprès de gens ouverts, qui ne sont pas en compétition et qui partagent mes idéaux. Aussi, c’est un merveilleux défouloir quand on a eu une semaine de stress intense ou quand on doit gérer des problèmes d’anxiété comme les miens.</em> – Marie</span></p>
</blockquote>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>Dans le cadre de la pratique d&rsquo;un sport, surtout s&rsquo;il est traditionnellement masculin, on aura [&#8230;] tendance à évaluer les femmes à travers le prisme du regard masculin : sont-elles conformes aux normes de beauté dominantes? Sont-elles douées « pour une femme » ? L&rsquo;évaluation de notre performance (sportive comme esthétique) reposera donc sur des commentaires venant d&rsquo;hommes, ce qui nous placera dans une position d&rsquo;éternelles inférieures. Le cours de kick-boxing non mixte brise ce schème en enlevant la possibilité même qu&rsquo;il s&rsquo;installe.</em> &#8211; Amy</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Les abonnements aux gyms privés sont également très coûteux et beaucoup d’entre nous ne peuvent se permettre de dépenser 100 $ par mois pour pratiquer un sport. Le club propose donc un abonnement de 10 $ par mois, bien qu’aucune personne ne soit refusée pour manque d’argent. Tout l’équipement, gants et <em>pads</em>, est prêté lors des entraînements. Dans une ambiance de confiance et de complicité, on partage nos expériences de répliques verbales et de ripostes physiques face aux harceleurs et aux agresseurs. On s’amuse, on rigole, mais on apprivoise aussi le pouvoir et la force de nos corps à travers la maîtrise de coups et d’enchaînements. Pour plusieurs d’entre nous, il s’agit d’une manière efficace pour gagner de la confiance et se sentir plus en sécurité.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>Je trouve primordial que toutes les personnes qui se retrouvent potentiellement en situation de vulnérabilité sachent se défendre, qu’elles n’aient pas à être maintenues dans de telles dynamiques, qu’elles puissent aussi avoir le dernier mot, se faire respecter, point. Je pense qu’il est important d’apprendre à occuper, à reprendre le contrôle de nos espaces de vie en tant que personnes mises à l’écart de plusieurs lieux à cause de notre genre, qu’il soit vu comme correspondant au « sexe faible » ou comme non conforme.</em> &#8211; Roxanne</span></p>
</blockquote>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>Après le cours, à chaque semaine, j’ai comme un sentiment d’invincibilité. Plus personne ne pourra plus jamais s’approprier mon corps ou mes espaces ! Je me sens mieux établie dans mon corps et dans ma vie, et beaucoup plus en contrôle. J’apprends, à travers des connaissances techniques et une ambiance d’entraide et de solidarité, à connaître ma force physique et à me construire une plus grande confiance en moi. Je peux me défouler et évacuer de l’énergie malsaine qu’on m’a appris à retourner contre moi-même. Les cours me permettent aussi de briser un certain isolement et d’avoir du FUN.</em> &#8211; Alex</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Au-delà de l’apprentissage technique, les cours de kick-boxing non mixte permettent également de se retrouver entre personnes <em>queer</em> et féministes en dehors des espaces militants plus « traditionnels ». Se défouler en frappant dans des <em>pads</em> avec une <em>soundtrack</em> d’artistes féminines <em>badass </em><a href="#_ftn5" name="_ftnref5"><sup><sup>[5]</sup></sup></a>, ça fait définitivement changement des AGs qui durent cinq heures.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>Pour moi, une des raisons pour lesquelles je me suis jointe et qui n&rsquo;a pas été nommée, c&rsquo;est aussi de pouvoir faire autre chose que des manifs, des AGs ou des </em>shows<em>-bénéfices avec « notre » monde. Je trouve ça le </em>fun<em> qu&rsquo;on puisse acquérir des connaissances autres que comment contester nos </em>tickets<em> en gang.</em> &#8211; Sandy</span></p>
</blockquote>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #33cccc;"><em>J’ai connu des personnes vraiment très intéressantes et inspirantes, ça, je tiens à le souligner en premier lieu. J’ai aussi découvert de la nouvelle musique! Mais sinon, ça m’a offert non seulement une activité physique et défoulatoire à chaque semaine, mais aussi un espace pour être davantage moi-même, pour remettre en question certaines choses (notamment des réticences) chez moi et certaines choses qu’on me disait régulièrement. Ça a contribué à mon affirmation en tant que féministe et en tant que personne ayant ses propres intérêts en dehors de certaines pressions sociales ou interindividuelles</em>. &#8211; Roxanne</span></p>
<p style="text-align: justify;">
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Au final, cette première saison de kick-boxing a été un franc succès. Ce qui a rendu l’expérience particulièrement intéressante, et différente de ce que j’ai vécu dans d’autres entraînements de sports de combat, c’est que les participantes et participants ne sont pas là uniquement pour se mettre en forme, mais surtout pour apprendre à se défendre lors de situations de machisme, d’hétérosexisme et de transphobie. Ainsi, on sent que cet entraînement fait réellement une différence dans la vie des personnes qui y participent. Pour plusieurs, il s’agissait d’une première expérience en sports de combat. Après seulement quelques semaines, la progression est impressionnante. Le fait de nous réapproprier les sports de combat permet définitivement de changer notre approche dans l’espace public et privé ; en situation de stress ou de danger, nous nous sentons désormais plus en confiance. De plus, l’apprentissage dans un contexte de non-mixité, de complicité et de respect mutuel permet de s’initier aux sports de combat, qui restent trop souvent l’apanage des hommes cisgenres, à la fois en raison de l’ambiance générale des gyms et de la socialisation genrée. Notre club de kick-boxing est la preuve par l’exemple que peu importe notre genre, notre taille, notre orientation et notre expérience, nous sommes capables de nous réapproprier la force, la technique et l’agressivité nécessaires pour défoncer la gueule du patriarcat!</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"><sup><sup>[1]</sup></sup></a> Une personne dont le genre auquel elle s’identifie correspond à son sexe attribué à la naissance.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2"><sup><sup>[2]</sup></sup></a> Une personne ne s’identifiant pas à son sexe attribué à la naissance.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3"><sup><sup>[3]</sup></sup></a> Inclut un ensemble d’identités de genre ne correspondant pas à la binarité homme/femme : chevauchement d’identités de genre, sans genre, fluidité du genre, etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4"><sup><sup>[4]</sup></sup></a> Englobe toutes les personnes qui ne se conforment pas à un genre, dans l&rsquo;identité ou l&rsquo;apparence.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5"><sup><sup>[5]</sup></sup></a> Pour accompagner l’entraînement, une <em>playlist</em> collaborative a été créée, sur laquelle on peut écouter Amy Winehouse, Grimes, Hole, M.I.A., Missy Elliott, Peaches, Rye Rye, Le Tigre, etc.</p>
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		<title>Baseball Bromance</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:12:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>RENAUD PILOTE &#160; &#160; Ça commence par des petits riens. Une expression de balle entendue en même temps lors d’une soirée. Une référence obscure à un film avec Kevin Costner. Un ami qui dit nonchalamment « Renaud? On dirait pas ça avec ses petites lunettes, mais lui y connaît ça le baseball… »  Et éventuellement, ça y [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_31_-_Le_Brelan_F17BOU005409-3.jpg" rel="attachment wp-att-1841"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1841" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_31_-_Le_Brelan_F17BOU005409-3.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_31_-_Le_Brelan,_F17BOU005409" width="2260" height="1908" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">RENAUD PILOTE</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Ça commence par des petits riens. Une expression de balle entendue en même temps lors d’une soirée. Une référence obscure à un film avec Kevin Costner. Un ami qui dit nonchalamment « Renaud? On dirait pas ça avec ses petites lunettes, mais lui y connaît ça le baseball… »  Et éventuellement, ça y est, l’oreille a été tendue. Pour lui comme pour moi, on ne peut plus ne pas être au courant. Et pourtant, on se connaît depuis longtemps.</p>
<p style="text-align: justify;"> <em>« Dude, il y a 3 ans, tu m’aurais dit que tu aimais le baseball, je t’aurais unfriendé solide. Mais là, ça fait deux ans que je suis fou dingue de ça pis là ton existence pourrait pas m’être plus précieuse. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"> Ça continue avec des hyperliens. Un beau <em>catch</em> s’étant produit la veille à San Diego. Une situation loufoque impliquant deux gérants, trois arbitres et un raton-laveur qui ne se laisse pas attraper. Une liste des mois de mai les plus productifs de l’histoire pour les frappeurs gauchers. Un blogue qui fait l’éloge détaillé (très détaillé) de Bryce Harper. Bryce Harper, c’est son joueur, son dieu. Comment lui en vouloir? Le gars a sorti la balle du Tropicana Field à 17 ans…</p>
<p style="text-align: justify;"> <em>« Dude, te rends-tu compte que t’es la seule personne à qui je peux parler de Babe Ruth sans que tu me juges si je pleure de joie? Enfin! »</em></p>
<p style="text-align: justify;"> Ça se raffine avec le quotidien. En plein cœur de l’été, des messages textes en mode trivia. Des questions à indices. Nommez 10 lanceurs avec 3000 retraits au bâton en carrière. On peaufine notre savoir abusivement inutile jusqu’aux petites heures du matin. On parle en sigles (OPS., RBI., OBP., WAR., WHIP., etc.) On apprivoise tranquillement l’autre. On se dit qu’un de ces quatre, il faudra bien aller voir une <em>game</em> au stade municipal. Demain? Oui tiens, pourquoi pas.</p>
<p style="text-align: justify;"> <em>« Dude, hier soir, au stade, j’ai rarement été aussi heureux que ça. Ç’était un beau programme double. »</em></p>
<p style="text-align: justify;"> Ça se perpétue de loin en loin. Après quelques bières pour fêter l’accession des Cubs en séries de division, se taper la cinquième manche du documentaire Ken Burns, question de frémir un brin. Les années 30. L’époque des gros cogneurs, Hack Wilson, Lou Gehrig, Jimmy Foxx et compagnie. Une autre cigarette. Ils ne peuvent pas comprendre. Ils ne peuvent pas comprendre notre bonheur. Dans ce monde où tout semble factice, de seconde main, il n’y a que ça de vrai, une balle cognée par un bâton. Ils ne peuvent pas comprendre à quel point c’est difficile, cogner une balle avec un bâton. Ensemble, toi et moi, on retourne à l’essentiel.</p>
<p style="text-align: justify;"> <em>« Dude, je vais crécher sur ton divan. Suis trop scrappe pour descendre la côte. » </em></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Courir grosse</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:12:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Contemplations du câlice]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>MARIE-MICHÈLE RHEAULT &#160; J&#8217;ai longtemps eu peur de courir. Sur le tapis roulant, à l’école, sur un sentier au bord de la rivière, même pour attraper l&#8217;autobus. Je me disais toujours : «Je ne vais certainement pas être la grosse qui rentre dans l&#8217;autobus tout essoufflée, pâmée par les 35 mètres qu&#8217;elle a dû courir. Pffff! [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_17_-_La_Marelle_et_le_cerf-volant_F17BOU005395.jpg" rel="attachment wp-att-1830"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1830" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_17_-_La_Marelle_et_le_cerf-volant_F17BOU005395.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_17_-_La_Marelle_et_le_cerf-volant,_F17BOU005395" width="2280" height="1864" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">MARIE-MICHÈLE RHEAULT</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">J&rsquo;ai longtemps eu peur de courir. Sur le tapis roulant, à l’école, sur un sentier au bord de la rivière, même pour attraper l&rsquo;autobus. Je me disais toujours : «Je ne vais certainement pas être la grosse qui rentre dans l&rsquo;autobus tout essoufflée, pâmée par les 35 mètres qu&rsquo;elle a dû courir. Pffff! J&rsquo;aime ben mieux attendre le prochain bus. » C&rsquo;est quoi, dans le fond, attendre 10 minutes (25 minutes quand tu habites Québec) sur le coin d&rsquo;une rue&#8230; dans le froid&#8230; quand t&rsquo;es déjà en retard? Hein, c&rsquo;est quoi? Je me souviens avoir refusé de courir dès que j’ai commencé à avoir des seins, des hanches, des fesses. Au secondaire, je refusais catégoriquement de participer aux cours d’éducation physique si ceux-ci impliquaient de la course. Volleyball ? OK. Badminton ? OK. Natation? OK. Faire un 10 minutes de course autour du gymnase pour se réchauffer avant le cours ? <em>No fucking way</em> ! Je n’avais pas particulièrement de problèmes d’estime de soi, j’étais plutôt leader et estimée de mes pairs, mais ma limite était atteinte bien rapidement quand il s’agissait de courir. Je ne pouvais tolérer cet état de vulnérabilité dans lequel ça me mettait. J’avais l’impression que tout le monde me regarderait échouer quelque chose de simple et d’inné.</p>
<p style="text-align: justify;">Au tournant de la trentaine, il m’a bien fallu me rendre à l&rsquo;évidence: je devais mettre fin à ces 20 années d&rsquo;abstinence de course, prendre mon courage à deux mains et commencer à courir un peu. Parce que, t’sais, la course c&rsquo;est <em>so trendy</em> pis que moi aussi je veux être <em>trendy</em> dans mes sports. Moi aussi je veux avoir des beaux <em>runnings</em>, une camisole qui <em>fite</em> avec mes leggings, pis compiler mes <em>stats</em> de course sur Runtastic. En fait, je voyais la course comme un nouvel espoir d’aimer le sport. J’étais convaincue que ça serait pour moi une révélation. Et j’avais raison. Oh ! Ne vous méprenez pas : je n’ai pas miraculeusement perdu les kilos en trop parce que je me suis mise à courir et je ne suis pas devenue agile comme un tigre. Mes <em>runnings</em> ne <em>fitent</em> pas avec mon linge de course qui est la plupart du temps un vieux t-shirt du Festival du cinéma international de Rouyn-Noranda. Je ne rentre toujours pas dans du <em>small</em> et je tombe encore souvent pour aucune raison, sinon celle d’être beaucoup trop distraite, mais la course a plutôt été révélatrice. Elle s’est avérée être une briseuse de barrières personnelles et mentales. Ça s’est passé graduellement et il reste toujours du chemin à faire, mais je me suis rendu compte qu’une fois que tu es à l’aise de courir en public, tu peux faire ben des affaires dans la vie. C’est vrai ! La course c’est quelque chose qui dévoile beaucoup de ce qui relève pour moi de l’intimité, de ce que j’ai du mal à montrer à des inconnu.es. Le corps en sueur, la chair du ventre et des cuisses qui bouge, les seins qui ballottent, le visage rouge (voire mauve) sont pour moi les conséquences d’un passé d’abus, d’inconscience ou de déni de mon corps qui me gène et que j’ai encore du mal à accepter. Alors d’aller les exposer aux dizaines de sportifs nés avec qui je partage la piste de course, ça a toujours été pour moi un acte souffrant et de remise en question constante. Je suis capable de gérer la douleur physique : l’essoufflement, les jambes qui se crispent, la cheville qui fait des siennes. Tout ça, ça se tolère, ça se travaille, ça s’améliore au fur et à mesure que tu avances dans ton entraînement. Ce qui se passe dans ta tête, tes peurs, ta crainte du jugement des autres et de toi-même, ça, c’est une autre histoire. Des fois, je suis tellement consciente des gens qui passent que j’en perds le fil de mon entraînement. Comment ne pas se comparer ? On nous montre depuis notre plus jeune âge à se peser, se mesurer, compétitionner.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette peur du regard de l’autre sur mon corps en mouvement me revient chaque printemps. Plus la période sans courir est longue, plus j’ai du mal à faire ce sport librement et sans entraves psychologiques. Mais, quand tu finis par passer par-dessus cette obsession du regard de l’autre sur soi, sur ce que tu n’aimes pas de ton corps ou de ta personnalité, de ce que tu n’as pas accepté de ton passé, il se passe quelque chose de magnifique, presque magique. Tu prends ton erre d’aller, tu bombes le torse et tu trouves que finalement, ta foulée est pas pire pantoute. Chaque sortie t’apporte un peu plus d’endorphines salvatrices et tu deviens accro à ce moment d’euphorie qui te grise en rentrant à la maison. Je sais, c’est un peu cliché, mais je ne peux pas le nier : moi aussi, je préfère la course.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Vers une pratique féministe du yoga</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Apr 2016 20:11:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[6 Le sport]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CAROLINE JACQUET &#160; &#160; Entrer dans un studio de yoga à Montréal, c’est souvent pénétrer dans un univers très homogène, de femmes cisgenres [1], jeunes, blanches, hétéronormées [2], minces, en situation de non-handicap, généralement avec un haut niveau d’éducation et d’une classe sociale relativement aisée. Parfois, un bouddha, complètement décontextualisé, vous accueille à l’entrée, attestant [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_35_-_La_Joute_F17BOU005413.jpg" rel="attachment wp-att-1908"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1908" src="/wp-content/uploads/2016/04/Stella_-_Jeux_denfants_35_-_La_Joute_F17BOU005413.jpg" alt="Stella_-_Jeux_d'enfants_35_-_La_Joute,_F17BOU005413" width="2308" height="1908" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">CAROLINE JACQUET</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Entrer dans un studio de yoga à Montréal, c’est souvent pénétrer dans un univers très homogène, de femmes cisgenres <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>, jeunes, blanches, hétéronormées <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>, minces, en situation de non-handicap, généralement avec un haut niveau d’éducation et d’une classe sociale relativement aisée. Parfois, un bouddha, complètement décontextualisé, vous accueille à l’entrée, attestant de « l’authenticité » du lieu, qui sera plus tard confirmée par l’utilisation de formules en sanskrit, généralement non expliquées. D’un point de vue féministe intersectionnel, c’est-à-dire lorsqu’on considère que le féminisme doit s’adresser à toutes les femmes, voire à tous les groupes minorisés <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a> et discriminés, le yoga tel qu’il est généralement pratiqué apparaît comme un espace profondément excluant, reposant sur l’utilisation à des fins de marketing de plusieurs aspects stéréotypés d’une culture, ce qu’on appelle l’appropriation culturelle. La recherche de Sarah Mostafa-Kamel sur les studios de Montréal met ainsi en évidence que « généralement, le yoga est une pratique chère, où les corps plus gros, les corps en situation de handicap et les personnes de couleur sont très peu représentés » <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de poursuivre, je trouve important de me situer. Je ne suis pas une praticienne assidue de yoga, je n’ai commencé que récemment à le découvrir : je ne suis pas une experte. Mon propre lien avec le yoga en est un d’attraction et de répulsion : attraction parce qu’il me semble qu’il pourrait être un espace profondément féministe, un espace de guérison où l’on prend soin de soi de manière holiste, où l’on apprend entre autres à (ré)habiter nos corps, quel que soit le corps et ce par quoi il est passé. À bien des égards, je corresponds physiquement au petit club de femmes visé par l’industrie du yoga : malgré plusieurs malaises, je suis donc plutôt incluse dans les studios de yoga. Mais j’ai aussi une relation très critique, parce que les studios de yoga que j’ai fréquentés étaient très centrés sur les postures physiques de manière assez compétitive, sur des formules toutes faites évacuant complètement l’impact des systèmes d’oppression sur nos vies (du style « c’est vous et vous seuls qui faites les choix qui déterminent votre vie »), sur l’exotisme de la décoration, dans un lieu où toutes les femmes me ressemblaient.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment et pourquoi, dans une ville aussi diversifiée que Montréal, le studio de yoga est-il un lieu si homogène? En faisant des recherches sur le yoga, je me suis vite rendu compte que de nombreuses femmes, hommes et personnes minorisées ont développé leurs propres critiques de l’industrie du yoga et initié des espaces de yoga centrés sur l’inclusivité. Ces personnes nous invitent également à décoloniser le yoga. Comme leurs blogues, sites Internet, films, livres, recherches sont le plus souvent en anglais, cet article propose une synthèse<a href="#_ftn5" name="_ftnref5">[5]</a>, en français, d’analyses critiques qui invitent à pratiquer le yoga de manière féministe, inclusive et décoloniale. Dans un premier temps, j’aborderai l’enjeu de l’appropriation culturelle et de l’essentialisation du yoga. Dans un second temps, j’esquisserai une présentation des différentes manières qu’a l’industrie du yoga de reproduire les systèmes d’oppression.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Colonisation, appropriation culturelle et essentialisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><em>L’appropriation culturelle</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le marketing qui entoure le yoga en Amérique du Nord met généralement l’accent sur son côté exotique, ancré dans l’Inde éternelle, et utilise à des fins commerciales des objets religieux issus de l’hindouisme ou du bouddhisme. Plusieurs activistes et praticiennes de yoga critiquent cette appropriation culturelle du yoga. Le blogue équimauves définit ainsi l’appropriation culturelle :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">L’appropriation culturelle c’est l’adoption ou le vol d’icônes, rituels, normes esthétiques et comportement d’une culture ou sous-culture par une autre. Cela se passe généralement quand la culture en question est une minorité ou subordonnée dans un contexte social, politique ou même militaire par la culture dominante. Cette appropriation se produit sans réelle compréhension de pourquoi et comment la culture originale en question a développé ces activités, pratiques, objets, croyances ou les significations derrières ceux-ci, et tourne ceux-ci en pop-culture insignifiante ou avec des significations complètement différentes ou moins nuancées par rapport aux réelles significations de cette culture. <a href="#_ftn6" name="_ftnref6">[6]</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Critiquer l’appropriation culturelle du yoga en Amérique du Nord, c’est donc mettre en évidence le contexte colonial et impérialiste dans lequel le yoga, mais aussi le bouddhisme, l’hindouisme et plus généralement la « culture indienne » ont été imaginés, codifiés, simplifiés et appropriés par le colonialisme britannique, dans un contexte de domination militaire, économique, culturelle et politique. Ces représentations, fondées sur la binarité entre l’Orient spirituel en décadence et l’Occident rationnel en progrès, simplifient considérablement la diversité et la complexité des religions et des cultures, les déforment, par exemple en interdisant par la force certaines pratiques, en en dévalorisant et ridiculisant d’autres ou en se les appropriant après les avoir rendues « civilisables ».</p>
<p style="text-align: justify;">nisha ahuja rappelle dans son film sur l’appropriation culturelle du yoga <a href="#_ftn7" name="_ftnref7">[7]</a> que durant la colonisation britannique du 19<sup>e</sup> siècle, le colonisateur a interdit et détruit certains ordres de yogi pour asseoir sa domination politique et économique d’une part et, d’autre part, a systématiquement ridiculisé le mode de vie et la pratique des « fakirs » et autres « mendiants » qui vivaient de la représentation du yoga dans l’espace public. Susanna Barkataki critique ainsi l’utilisation instrumentale et sélective du yoga en Amérique du Nord, par exemple en ne s’appropriant que les <em>asanas, </em>les postures physiques, en ignorant ou dévalorisant l’ensemble des autres aspects du yoga (méditation, respiration, spiritualité, etc.). Elle écrit ainsi :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, alors que ce que le monde occidental considère comme le vrai yoga c’est seulement de belles postures physiques (parfaites, photographiées et exposées par des journaux, revues et sites de yoga populaires) exécutées majoritairement par des hommes et des femmes jeunes, blancs, habillés avec des vêtements de yoga, le yoga vit une seconde colonisation. Cette colonisation est une déformation de l’intention du yoga, de ses nombreuses branches et de ses buts <a href="#_ftn8" name="_ftnref8">[8]</a>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Le collectif SAAPYA (South Asian American Perspectives on Yoga in America) met en évidence un des impacts de cette appropriation culturelle sur les personnes qui sont issues de l’Asie du Sud : elles sont vues d’abord comme des prototypes de cette culture exotifiée, tout en étant exclues des espaces qui s’approprient leur culture, particulièrement des studios de yoga. Le collectif partage de nombreuses expériences de racisme et critique, par exemple, les praticiennes blanches de yoga qui considèrent être devenues des expertes de « la culture indienne ». Leur court film s’intitule ainsi : « nous ne sommes pas exotiques, nous sommes épuisé.e.s » <a href="#_ftn9" name="_ftnref9">[9]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>L’essentialisme culturel</em></p>
<p style="text-align: justify;">La colonisation et l’impérialisme culturel passent par l’essentialisation et la codification des cultures. Dans le yoga, cela se traduit notamment par l’invention du mythe que le yoga serait pratiqué de la même manière depuis des milliers d’années et aurait toujours eu les mêmes significations. Il y aurait ainsi un « vrai » yoga « authentique ». L’historien du yoga moderne, Mark Singleton, a étudié comment ce qu’on considère aujourd’hui comme « le yoga » a été inventé et codifié au tournant des 19<sup>e</sup> et 20<sup>e</sup> siècles. Il a commencé ses recherches pionnières après s’être rendu compte que les manuels de gymnastique européens et le sport pratiqué dans les YMCA (les Young Men&rsquo;s Christian Association) proposaient exactement les postures… qui sont associées aujourd’hui au yoga et aux « salutations au soleil ». Il montre les diverses influences et échanges, en contexte colonial, qui ont contribué à inventer et codifier le yoga. Par exemple, il souligne que l’idéologie viriliste, eugéniste et nationaliste qui a accompagné le développement de la gymnastique masculine en Europe était présente dans certains mouvements nationalistes en Inde et pouvait accompagner la pratique de ce qu’on appelle aujourd’hui le yoga. Il a aussi mis en évidence la similitude entre la gymnastique féminine européenne et états-unienne, travaillant le corps et l’esprit, et ce qui se fait dans les classes de yoga actuellement <a href="#_ftn10" name="_ftnref10">[10]</a>. Ces recherches brisent complètement l’image d’un yoga éternel, mais aussi la binarité entre l’Orient et l’Occident.</p>
<p style="text-align: justify;">Prachi Patankar souligne d’ailleurs que, dans le contexte colonial, certaines élites colonisées ont participé à la (re)production de ce mythe et critique leur essentialisme à rebours :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">L’argument de l’authenticité culturelle […] en ce qui concerne le yoga est dangereux. Prétendre que le yoga appartient à l’hindouisme – ou même à l’Inde ou à l’Asie du Sud d’ailleurs – suppose que les origines et l’évolution du yoga sont monolithiques. Ni le « yoga » contemporain ni l’hindouisme ne sont antiques ni homogènes. En fait, les deux furent codifiés aux dix-neuvième et vingtième siècles, en interaction avec les réalités coloniales britanniques. (2014) <a href="#_ftn11" name="_ftnref11">[11]</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Prachi Patankar et la chercheuse Meera Nanda <a href="#_ftn12" name="_ftnref12">[12]</a> mettent également en garde contre la tentation d’essentialiser le yoga et d’évacuer ces multiples interactions, surtout dans un contexte politique où la droite hindoue en Inde déploie un agenda nationaliste raciste à l’égard des minorités indiennes. L’appropriation culturelle et l’essentialisme culturel sont les deux faces d’une même médaille : tous deux reprennent des thèmes clés du colonialisme, de l’impérialisme et du racisme, en reposant sur des conceptions réductrices et stéréotypées de « la culture », de « nous » et de « eux ».</p>
<p style="text-align: justify;">Comment décoloniser le yoga, alors? Les auteur.e.s cité.e.s ci-dessus proposent différentes étapes, dont la reconnaissance de notre profonde ignorance de la diversité et de la complexité de l’histoire et des pratiques du yoga (même après avoir lu un manuel de yoga ou suivi une formation). Elles nous invitent à reconnaître et à confronter les différentes appropriations culturelles qui ont cours dans les studios de yoga (décontextualisation d’objets de culte, utilisation purement exotique, esthétique ou commerciale du sanskrit, ignorance ou dévalorisation de la diversité des aspects du yoga), mais aussi à reconnaître et agir sur les différentes formes d’exclusion qui sont reproduites dans les classes de yoga. En effet, au sein de l’industrie du yoga, il est souvent considéré que puisque tout le monde est bienvenu et que la pratique est très individuelle, le yoga serait inclusif. Pourtant, des activistes montrent comment il peut reproduire, en les ignorant, l’ensemble des systèmes d’oppression. Ceux-ci sont profondément imbriqués, même si ici ils seront présentés brièvement, séparément.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Systèmes d’oppression et yoga</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em><em>Capitalisme</em></p>
<p style="text-align: justify;">En Amérique du Nord, le yoga est devenu une industrie qui génère des milliards de revenus, que ce soit en produits dérivés (matelas, vêtements, accessoires, revues, etc.), ou en raison de l’organisation à but lucratif des locations de studio, de la certification des professeur.e.s, des retraites organisées, etc. Le yoga est donc généralement assez inaccessible aux gens aux revenus modestes et <em>a fortiori </em>aux personnes pauvres. Aux États-Unis, 44 % des personnes qui pratiquent le yoga gagnent plus de 75 000 USD par année <a href="#_ftn13" name="_ftnref13">[13]</a>. Le yoga est alors complètement récupéré à des fins capitalistes : la méditation permet d’être plus <em>productif</em> au travail et un corps en santé et en forme <em>coûte moins cher</em> à la société et <em>contribue</em> davantage. De plus, la publicité typique pour le yoga représente une jeune femme blanche en santé réalisant un <em>asana</em> (une posture) au lever du soleil : l’industrie cible ainsi une clientèle à l’exclusion de toutes les autres. Elle associe au yoga la jeunesse, la blancheur, la beauté, la santé, le contrôle de soi. La manière dont est promu le yoga non seulement exclut les personnes non conformes au modèle de féminité blanche mis de l’avant, mais les représente en négatif comme l’inverse de la figure de la yogi. Ces corps « non conformes » sont associés à la laideur, la mauvaise santé, au laisser-aller ou encore à la dépendance, tout en en étant considérés responsables. Après tout, comme je l’ai entendu dans une classe, est-ce que ce ne sont pas « vos choix qui déterminent vos vies » <a href="#_ftn14" name="_ftnref14">[14]</a> ? L’industrie du yoga participe ainsi à reproduire l’ensemble des systèmes d’oppression.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Hétérocissexisme</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le documentaire <em>Yoga and diversity</em>, une partie est consacrée à l’identité de genre et à l’identité sexuelle <a href="#_ftn15" name="_ftnref15">[15]</a>. Les personnes trans, les personnes queer, les personnes LGBT, les personnes intersexes, entre autres, témoignent régulièrement ne pas se sentir à leur place dans les studios de yoga. Nick Krieger écrit ainsi :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">J’ai expérimenté tant d’expressions, de présomptions, de blagues qui étaient genrées de manière blessante et invisibilisées, que je ne pourrai les mentionner dans un seul billet de blogue. Des blagues sur les hommes enceintes qui rabaissent les hommes trans qui portent des enfants. Des répliques sur les hommes qui agissent ainsi et les femmes comme ça, qui effacent les personnes trans. Des présomptions sur les parties du corps que les hommes ont et celles que les femmes ont, alors qu’on ne sait pas qui a quoi sous ses vêtements. Et les toilettes, pas drôle. Les toilettes séparées pour hommes et femmes obligent les personnes au genre non conforme à figer, s’interroger et revivre des traumas (insultes, recours à la sécurité, et des fois violences) qui tombent sur ceux et celles d’entre nous qui ne sont pas dans la bonne toilette. <a href="#_ftn16" name="_ftnref16">[16]</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs personnes témoignent également du fait que les professeur.e.s de yoga touchent souvent les corps sans demander la permission auparavant, ce qui peut être très inconfortables ou faire revivre des traumas. En ignorant les multiples réalités des personnes LGBTQI2+ <a href="#_ftn17" name="_ftnref17">[17]</a>, les studios de yoga produisent ainsi des espaces dans lesquels elles sont inconfortables ou exclues. À l’inverse, des initiatives <em>queer</em> proposent désormais des classes non mixtes, organisées par et pour elles.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Capacitisme <a href="#_ftn18" name="_ftnref18"><strong>[18]</strong></a>, âgisme, « sizeism » <a href="#_ftn19" name="_ftnref19"><strong>[19]</strong></a></em></p>
<p style="text-align: justify;">La professeure de yoga Kimberly Dark raconte ses nombreuses expériences de « fat shaming » dans les classes de yoga, formatées pour des corps minces, jeunes et sans handicap, où il est souvent considéré que les corps qui ne correspondent pas à la norme ne pourront pas pratiquer le yoga, ou retarderont tout le groupe <a href="#_ftn20" name="_ftnref20">[20]</a>. Dans la partie consacrée à l’image corporelle du documentaire <em>Yoga and diversity</em>, Tiina Veer précise que le but du yoga pour les personnes considérées « grosses » n’est pas de perdre du poids – alors que c’est ce qui est souvent le marketing du yoga –, mais bien… de faire du yoga <a href="#_ftn21" name="_ftnref21">[21]</a>. Et Andi MacDonald ajoute que les commentaires sur l’alimentation adressés aux personnes en surpoids par rapport à la norme du yoga confondent poids et santé, et participent au « fat shaming » <a href="#_ftn22" name="_ftnref22">[22]</a>. Au lieu de transformer la pratique, le studio, les accessoires, ce sont donc aux corps qu’il est demandé de se transformer pour entrer dans la norme, recréant ainsi la honte de son corps et l’exclusion de nombreuses personnes. Plusieurs praticiennes critiquent aussi les hiérarchies qui s’installent dans le studio entre celles qui peuvent et celles qui ne peuvent pas. C’est le cas de la professeure de yoga Dianne Bondy, qui s’identifie comme « grosse et noire », et invite à briser les hiérarchies et la compétition dans le yoga :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Chaque <em>asana </em>a une modification, et les professeur.e.s devraient offrir ces modifications à leurs étudiant.e.s. Les professeur.e.s devraient rendre leurs étudiant.e.s conscient.e.s qu’une personne qui est concentrée sur sa respiration, écoute son corps et trouve une version de la pose qui lui convient, ou prend une pause, « fait » du yoga parfaitement. <a href="#_ftn23" name="_ftnref23">[23]</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ces praticiennes invitent ainsi les studios de yoga à modifier profondément leur conception et leur manière d’enseigner le yoga. Tout comme il existe un courant de danse intégrée <a href="#_ftn24" name="_ftnref24">[24]</a> en danse contemporaine, avec des personnes avec et sans handicap, il serait temps de développer du yoga intégré.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Racisme</em></p>
<p style="text-align: justify;">Le terme « race » est ici mis entre guillemets pour souligner que si la race n’existe pas biologiquement, le racisme comme processus social crée des personnes racisées. L’une des conséquences du racisme dans l’industrie du yoga est le fait que les studios sont fréquentés principalement par des femmes blanches, de manière disproportionnée. Dans la partie « people of colour » du documentaire <em>Yoga and diversity</em>, Gail Parker souligne que cette réflexion sur le racisme et sur les manières de ne pas le reproduire dans le yoga devrait faire partie du yoga lui-même puisque le yoga prétend agir sur corps et conscience <a href="#_ftn25" name="_ftnref25">[25]</a>. La professeure de yoga Sariane Leigh reprend le questionnement de bell hooks, féministe noire antiraciste, dans <em>Sisters of the Yam : black women and self-recovery</em> : « Est-ce que le bien-être est un luxe blanc? » bell hooks brise le trope des femmes noires prenant soin des autres aux dépens d’elles-mêmes. Sariane Leigh avance alors que le yoga peut être un lieu d’autoguérison contre le racisme et le sexisme :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Cette approche de la guérison examine le processus mental et spirituel interne, où la vie est explorée à un niveau qui exige non votre sacrifice ultime, mais votre santé ultime. <em>Sisters of the Yam </em>met de l’avant un projet fondé sur le bien-être des femmes noires dans le contexte des traumas liés au racisme : poser des limites au travail, tomber en amour avec la beauté noire, et l’expression saine du deuil et de la douleur. De la même manière, le yoga exige des étudiant.e.s de se détacher, de s’accepter et de faire face à leurs émotions avec honnêteté. <a href="#_ftn26" name="_ftnref26">[26]</a></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Affronter le racisme dans le yoga peut impliquer des cours non mixtes, ce qui est d’ailleurs déjà offert dans plusieurs endroits.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa recherche sur le yoga à Montréal, Sarah Mostafa-Kamel écrit que « le yoga EST un acte politique » <a href="#_ftn27" name="_ftnref27">[27]</a> et invite à bâtir une véritable communauté de yoga, un espace qui prend en compte les systèmes d’oppression et lutte activement pour les déconstruire. Évidemment, cela va complètement à l’encontre d’un modèle consumériste de yoga, où les clientes viendraient chercher un service leur permettant de rester productives et actives dans le capitalisme <a href="#_ftn28" name="_ftnref28">[28]</a>. Elle propose de voir le yoga, non pas comme un détachement dans le sens d’un retrait du monde, mais plutôt comme un « outil pour s’engager et mieux comprendre les réalités de notre monde » <a href="#_ftn29" name="_ftnref29">[29]</a>. Pour que le yoga puisse être une pratique de guérison holiste pour toutes et tous, il est nécessaire que ce qui nous blesse jusque dans nos corps, quels que soient nos corps, soit reconnu et nommé. Mais aussi que des changements structurels soient mis en place : que les professeur.e.s reflètent la diversité des personnes, que des classes non mixtes soient proposées, que les cours brisent la hiérarchisation des corps et des pratiques, que l’espace soit non genré, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe plusieurs initiatives de yoga antioppressif à Montréal (et je ne les connais absolument pas toutes). Par exemple, le collectif GrassRoots Yoga Populaire, qui recherche activement l’inclusivité dans le yoga et propose des cours en précisant : « Ouvert aux personnes <em>queer</em> et trans; «Body Positive »; Les personnes de toutes races, religions, ethnicités, (sous-)cultures et couleurs sont les bienvenues; Bilingue; Langage et toilettes non genrées » <a href="#_ftn30" name="_ftnref30">[30]</a>. Ou encore Queer Yoga Montréal dont la page Facebook propose régulièrement des cours de « yoga <em>queer</em> pour tous les corps, ce qui veut dire que nous travaillons collectivement pour créer des espaces de yoga qui sont plus accessibles à tous les corps et les genres, rejetant la colonisation de cette tradition sacrée et sa récupération dans le capitalisme » <a href="#_ftn31" name="_ftnref31">[31]</a>. J’espère que ces initiatives se multiplieront dans le monde du yoga.</p>
<hr />
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Une personne cisgenre s’identifie au genre qui lui a été assigné lorsqu’elle est née, contrairement à une personne transgenre.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Une personne hétéronormée a une apparence extérieure conforme aux normes hétérosexuelles dominantes. Par exemple par ses cheveux, ses vêtements, sa démarche.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> L’expression « minorisé » plutôt que « minoritaire » fait davantage référence aux processus sociaux qui créent des groupes comme différents et marginalisés, de sorte que ce sont les personnes minoritaires dans la société (hommes cisgenres, blancs, hétérosexuels, de classes aisées) qui sont en position dominante dans la société.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> Sarah Mostafa-Kamel, « Taking Yoga Off our Mat: Approaching Montreal’s Yoga Culture With a Critical Lens. », 2014, p. 107. Récupéré de <a href="http://digitool.library.mcgill.ca/R/?func=dbin-jump-full&amp;object_id=130319&amp;local_base=GEN01-MCG02" target="_blank">http://digitool.library.mcgill.ca/R/?func=dbin-jump-full&amp;object_id=130319&amp;local_base=GEN01-MCG02</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5">[5]</a> Je citerai exclusivement des sources disponibles gratuitement sur Internet. Les traductions sont de moi.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref6" name="_ftn6">[6]</a> équimauves. « Petites notes sur l’appropriation culturelle », 2014. Récupéré de : <a href="https://equimauves.wordpress.com/2014/06/14/petites-notes-sur-lappropriation-culturelle/" target="_blank">https://equimauves.wordpress.com/2014/06/14/petites-notes-sur-lappropriation-culturelle/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref7" name="_ftn7">[7]</a> nisha ahuja, “You are here : Exploring Yoga and the Impacts of Cultural Appropriation. Disponible gratuitement : <a href="https://yogaappropriation.wordpress.com/" target="_blank">https://yogaappropriation.wordpress.com/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref8" name="_ftn8">[8]</a> «Now, when so much of what the Western world sees as true yoga is beautifully achieved physical postures, (accomplished, photographed and displayed by popular yoga magazines, journals and sites) executed by mostly young, white, stylish-yoga-apparel clad women and men, yogais going through a second colonization. This colonization is the misrepresentation of yoga’s intention, its many limbs, and its aims.» Susanna Barkataki, «How to Decolonize Your Yoga Practice», s.d. Récupéré de : <a href="http://www.decolonizingyoga.com/decolonize-yoga-practice/" target="_blank">http://www.decolonizingyoga.com/decolonize-yoga-practice/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref9" name="_ftn9">[9]</a> South Asian American Perspectives on Yoga in America, «We Are Not Exotic, We Are Exhausted: South Asian Diasporic Youth Speak», 2014. Disponible gratuitement : <a href="https://saapya.wordpress.com/2014/11/19/we-are-not-exotic-we-are-exhausted-south-asian-diasporic-youth-speak/" target="_blank">https://saapya.wordpress.com/2014/11/19/we-are-not-exotic-we-are-exhausted-south-asian-diasporic-youth-speak/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref10" name="_ftn10">[10]</a> Ces « traditions spirituelles, souvent développées par et pour des femmes, […] utilisaient posture, respiration, et relaxation pour atteindre des niveaux plus élevés de conscience. Des Américaines comme Cajzoran Ali et Geneviève Stebbins, et des Européennes comme la Dublinoise Mollie Bagot Stack, étaient les héritières au début du 20<sup>e</sup> siècle de ces traditions de « mouvement harmonieux ». Mark Singleton, « The Roots of Yoga: Ancient + Modern », 2011. Récupéré de <a href="http://www.yogajournal.com/article/philosophy/yoga-s-greater-truth" target="_blank">http://www.yogajournal.com/article/philosophy/yoga-s-greater-truth</a>. Son livre <em>Yoga Body</em> propose une histoire complexe de l’invention du yoga moderne. Mark Singleton, <em>Yoga Body : The Origins of Modern Posture Practice</em>, 2010, Oxford, Oxford University Press.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref11" name="_ftn11">[11]</a> « The cultural authtenticity argument […] with regards to yoga is a dangerous one. Claiming that yoga belongs to Hinduism – or even to India or South Asia, fort that matter – assumes the origins and evolution of yoga as monolithic. Neither contemporary “yoga” nor “Hindouism” is age-old or homogenous. Actually, both were assembled in the nineteenth and twentieth centuries, in interaction with British colonial realities.<em> </em>» Prachi Patankar, <a href="http://www.jadaliyya.com/pages/index/16632/ghosts-of-yogas-past-and-present" target="_blank">Ghosts of Yogas Past and Present</a>, 2014. Récupéré de : <a href="http://www.jadaliyya.com/pages/index/16632/ghosts-of-yogas-past-and-present" target="_blank">http://www.jadaliyya.com/pages/index/16632/ghosts-of-yogas-past-and-present</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref12" name="_ftn12">[12]</a> Meera Nanda, « How “Hindu” is yoga after all? », 2010. Récupéré de : <a href="http://www.butterfliesandwheels.org/2010/how-%E2%80%9Chindu%E2%80%9D-is-yoga-after-all/" target="_blank">http://www.butterfliesandwheels.org/2010/how-%E2%80%9Chindu%E2%80%9D-is-yoga-after-all/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref13" name="_ftn13">[13]</a> S.a, « Yoga Statistics », 2015 Récupéré de : <a href="http://www.statisticbrain.com/yoga-statistics/" target="_blank">http://www.statisticbrain.com/yoga-statistics/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref14" name="_ftn14">[14]</a> Thème exploré par Kimberly Dark, «Why Feminism Belongs in the Yoga Studio», s.d. Récupéré de : <a href="http://www.decolonizingyoga.com/feminism-belongs-yoga-studio/" target="_blank">http://www.decolonizingyoga.com/feminism-belongs-yoga-studio/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref15" name="_ftn15">[15]</a> Global Mind Body, « Yoga and diversity: Gender and Sexual Identity », 2014. Disponible gratuitement : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=F7x8hSY9LJU" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=F7x8hSY9LJU</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref16" name="_ftn16">[16]</a> « I have experienced more instances of hurtful and invisibilizing gendered language, assumptions, and jokes than I could possibly mention in a single blog post. Jokes about pregnant men that discount trans men who carry babies. Cues where men do this and women do that, erasing trans folks. Assumptions about the body parts that men have and the bodies part that women have when who knows what body parts a person has under their clothes. And the bathrooms, not so fun. Separate men’s and women’s bathrooms subject gender non-conforming folks to stares, questions, and reliving the traumas (slurs, calls to security, and occasionally violence) that befall those of us thought to be in the “wrong bathroom.” », Nick Krieger « Why Trans and Queer Yoga? », s.d. Récupéré de : <a href="http://www.decolonizingyoga.com/trans-queer-yoga/" target="_blank">http://www.decolonizingyoga.com/trans-queer-yoga/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref17" name="_ftn17">[17]</a> Acronyme pour lesbienne, gai, bi, trans, queer, intersexe, two-spirits, etc.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref18" name="_ftn18">[18]</a> Le capacitisme fait référence au système de discrimination fondé sur la capacité physique ou mentale. Il discrimine les personnes en situation de handicap, par exemple en créant des situations de handicap (pas de traduction en langue des signes, pas de rampes d’accès, etc.).</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref19" name="_ftn19">[19]</a> Expression anglaise qui fait référence au système de discrimination fondé sur le tour de taille et le poids des personnes.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref20" name="_ftn20">[20]</a> Kymberly Dark, «Yoga &amp; Body Diversity: 5 Ways to Be Inclusive When Teaching or Practicing», s.d. Récupéré de : <a href="http://www.decolonizingyoga.com/yoga-body-diversity-5-ways-inclusive-teaching-practicing/" target="_blank">http://www.decolonizingyoga.com/yoga-body-diversity-5-ways-inclusive-teaching-practicing/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref21" name="_ftn21">[21]</a> Global Mind Body, « Yoga and diversity: Size and Body Image », 2014. Disponible gratuitement : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=iX4hUcR8FUk" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=iX4hUcR8FUk</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref22" name="_ftn22">[22]</a> Andi MacDonald, « Yoga Studios: Everyone’s Welcome? », s.d. Récupéré de : <a href="http://www.decolonizingyoga.com/yoga-studios-everyones-welcome/" target="_blank">http://www.decolonizingyoga.com/yoga-studios-everyones-welcome/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref23" name="_ftn23">[23]</a> «Every <em>asana</em> has a modification, and teachers should offer those modifications to their students. Teachers should make students aware that the person who is concentrating on their breathing, listening to their body, finding the version of the pose that they need, or taking breaks is “doing” yoga perfectly.» Dianne Bondy, «Confessions of a Fat, Black Yoga Teacher», s.d. Récupéré de : <a href="http://www.decolonizingyoga.com/confessions-fat-black-yoga-teacher/" target="_blank">http://www.decolonizingyoga.com/confessions-fat-black-yoga-teacher/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref24" name="_ftn24">[24]</a> À Montréal, la Compagnie Corpuscule Danse propose des ateliers, des cours et des spectacles de danse intégrée : <a href="http://www.corpusculedanse.com/" target="_blank">http://www.corpusculedanse.com/</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref25" name="_ftn25">[25]</a> Global Mind Body, « Yoga and diversity: People of Color », 2014. Disponible gratuitement : <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Wkf_Hzq0t_s" target="_blank">https://www.youtube.com/watch?v=Wkf_Hzq0t_s</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref26" name="_ftn26">[26]</a> «This approach to healing examines the internal spiritual and mental process where life is explored on a plane that requires your ultimate health, not just your ultimate sacrifice. <em>Sisters of the Yam</em> outlines a blueprint for black women’s wellness against the backdrop of racism-induced trauma: creating boundaries at work, falling in love with black beauty, and the healthy expression of grief and pain. Similarly, yoga asks the student to detach, find self-acceptance, and face their emotions with honesty». Sariane Leigh, « Sisters of the “Yogic” Yam: bell hooks and the Yoga in Self-Recovery », 2012. Récupéré de : <a href="http://www.thefeministwire.com/2012/10/sisters-of-the-yogic-yam-bell-hooks-and-the-yoga-in-self-recovery/" target="_blank">http://www.thefeministwire.com/2012/10/sisters-of-the-yogic-yam-bell-hooks-and-the-yoga-in-self-recovery/</a>. Elle s’appuie sur le livre de bell hooks, <em>Sisters of the Yam: Black Women and Self-Recovery</em>, 1993, Boston, South End Press.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref27" name="_ftn27">[27]</a> «Yoga IS a political act.» Sarah Mostafa-Kamel, <em>op.cit., </em>p. 43.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref28" name="_ftn28">[28]</a> Laura Graham, «Making Meaning in Modern Yoga: Methodological Dialogues on Commodification and Contradiction», 2012, Mémoire de maîtrise, Université d’Alberta. Récupéré de : <a href="https://era.library.ualberta.ca/downloads/h702q7591" target="_blank">https://era.library.ualberta.ca/downloads/h702q7591</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref29" name="_ftn29">[29]</a> Sarah Mostafa-Kamel, <em>op.cit., </em> p. 47.</p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref30" name="_ftn30">[30]</a> Grassroots Yoga Populaire, « Anti-oppressive Community Yoga is back! Yoga communautaire anti-oppressif est de retour! », Récupéré de : <a href="http://www.calendrier.umontreal.ca/vieetudiante/?com=imprimer&amp;eID=378220" target="_blank">http://www.calendrier.umontreal.ca/vieetudiante/?com=imprimer&amp;eID=378220</a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="#_ftnref31" name="_ftn31">[31]</a> Site Internet : <a href="http://www.queeryoga.com/about" target="_blank">http://www.queeryoga.com/about</a>. Facebook: <a href="https://www.facebook.com/Queer-Yoga-Montr%C3%A9al-254347737944410/" target="_blank">https://www.facebook.com/Queer-Yoga-Montr%C3%A9al-254347737944410/</a> : «QUEER YOGA for all bodies: this means we are working to collectively create yoga spaces that are more accessible to all bodies and genders, rejecting the colonization of this sacred tradition and its subsumption into the capitalist regime.»</p>
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