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	<title>Travail et commerce Archives - FRANCOISE STEREO</title>
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		<title>Des chemins encore inexplorés: les femmes cadres à la retraite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2015 17:58:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[4 Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Travail et commerce]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ISABELLE JOYAL &#160; Lorsque les éditrices de la revue m’ont proposé d’écrire cet article sur ma thèse de doctorat en phase de rédaction et m’ont appris que je pouvais lui donner la forme que je souhaitais, j’ai immédiatement été emballée par le projet. Si la recherche universitaire et les écrits scientifiques habituels m’enivrent toujours par [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Cadres.png"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1258" src="/wp-content/uploads/2015/05/Cadres.png" alt="Cadres" width="600" height="784" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Cadres.png 600w, /wp-content/uploads/2015/05/Cadres-229x300.png 229w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></a></p>
<p>ISABELLE JOYAL</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque les éditrices de la revue m’ont proposé d’écrire cet article sur ma thèse de doctorat en phase de rédaction et m’ont appris que je pouvais lui donner la forme que je souhaitais, j’ai immédiatement été emballée par le projet. Si la recherche universitaire et les écrits scientifiques habituels m’enivrent toujours par la richesse de leur contenu, je perçois parfois leur ton plus impersonnel comme une contrainte déplorable. Je parviens notamment difficilement à les utiliser pour rejoindre mes proches ou pour leur partager des découvertes qui m’ont pourtant souvent bouleversée.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette liberté qui m’est offerte, je veux donc l’utiliser pour vous parler de ces femmes que j’ai rencontrées dans le cadre de mon parcours doctoral en anthropologie, de ces femmes qui m’ont touchée et qui m’habitent, depuis. Je souhaite vous les présenter, à vous, mais aussi à ma tante, à mon oncle, à ma grand-mère, à ma mère, à mon père, mais surtout, surtout, à ma petite sœur, qui incarne à mes yeux notre société de demain.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-1130 size-full" src="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png" alt="Travail et commerce" width="200" height="200" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png 200w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-100x100.png 100w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi la retraite des femmes cadres ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dominique,</p>
<p style="text-align: justify;">‘Pourquoi t’intéresses-tu à la retraite des femmes cadres du Québec’, me demandas-tu, un certain matin de septembre, juste après avoir terminé d’avaler ta dernière bouchée de céréales? ‘Maman n’est même pas une cadre… en fait, personne qu’on connaît n’est une femme cadre… et puis d’ailleurs, c’est quoi une cadre?’</p>
<p style="text-align: justify;">Parce que je sais que tu es patiente et que toi, tu sais que j’adore prendre quelques détours pour raconter une histoire (et inclure parfois beaucoup trop de parenthèses), je vais prendre le temps de t’expliquer pourquoi je me suis intéressée aux femmes cadres retraitées du Québec. En fait, je pense que ça va te paraître étrange, mais pour partir du début, il me faut admettre que tout ça remonte nécessairement à maman, à papa et à Mamie. Oui, je sais, c’est un peu cliché tout ça, mais que veux-tu… Maman, d’abord, parce qu’elle nous a appris à être sensible à la réalité des gens, parce que nous l’avons vue risquer son maigre salaire pour défendre les droits de ses consœurs, parce qu’elle nous a appris la construction des iniquités, l’importance de la responsabilisation face au sens et à la portée de nos actions, la nécessité de défendre ses valeurs et de se battre pour nos principes ainsi que le refus des frontières, de l’inertie et de la passivité. Papa, ensuite. Parce qu’il m’a transmis le respect de l’autre, le refus de l’injustice, la soif de découvrir et de comprendre, l’absence de jugement préalable et la considération des différents aspects d’une situation que l’on souhaite analyser. Enfin, Mamie. Mamie, parce qu’elle a bercé nos enfances des récits de sa vie, du Québec dont elle fut l’une des artisanes, de sa société, de ces Québécoises qu’elle a connues et engendrées. Parce qu’à travers elle, j’ai découvert la construction d’une société, la vie de paysans, d’ouvriers, de familles, de religieux, d’hommes et de femmes aspirant à bâtir un Québec, découvert les inégalités, les discriminations, la prise de pouvoir, les espoirs et les déceptions d’une représentante de sa génération. Parce qu’un jour, elle m’a partagé son désarroi face à la dissolution d’un lien social qu’elle sentait s’effriter, peu à peu, et ses questionnements, aussi, face aux rapports que notre société contemporaine entretient à l’autre et à l’argent. Parce qu’elle m’a confié, du haut de son petit balcon mal éclairé, par un soir de tempête venteux, entre deux silences trop longs et un sanglot étouffé, sa nostalgie des soirées d’antan, des rires et des pleurs qui résonnent encore, des tréfonds de sa mémoire. Parce qu’elle m’a pleuré sa nostalgie, aussi, de la proximité de ces autres qui lui sont désormais inconnus. Parce qu’elle m’a conté sa désolation face à la solitude et au rapport désincarné que représente pour elle un retrait au guichet automatique. Parce que, donc (et oui, j’y arrive…), j’aurai été marquée, à travers tous ses récits, par les efforts et les fruits du travail d’une génération, par l’influence des conditions de vie sur les choix opérés, par les connaissances, les solidarités et les prises de pouvoir libératrices ainsi que par la somme des changements et des transitions qu’elle avait vécues.</p>
<p style="text-align: justify;">Vois-tu Dominique, c’est un peu pour toutes ces raisons que je me suis d’abord intéressée aux femmes québécoises, puis à leur retraite. Parce que je voulais comprendre ce que ça voulait dire être une Québécoise, ce que ça voulait dire pour les générations qui nous ont précédées, mais aussi ce que ça veut dire pour nous aujourd’hui. Puis, j’ai voulu découvrir le sens de cette transition de vie si importante, celle de la retraite, celle qui peut induire une rupture au regard des pratiques quotidiennes et du lien aux autres. Comment les Québécoises la vivaient-elles ? Continuaient-elles de travailler? Investissaient-elles davantage la famille ou la sphère des loisirs? Gardaient-elles leurs amis? Pratiquaient-elles de nouvelles activités? Préféraient-elles se retirer, seules? Et puis, au fait, que représente, pour elles, cette retraite? Quel sens ces femmes lui donnent-elles ? De fil en aiguille, exigences académiques obligent, j’ai dû circonscrire un groupe de femmes plus précis. Quelqu’un m’a alors parlé des femmes cadres, celles qui avaient géré et dirigé des équipes et des projets tout au long de leur carrière. Je me doute que tu le sais, ma sœur, mais, jusqu’à très récemment, peu de femmes avaient occupé de tels postes de pouvoir, habituellement réservés aux hommes. Il y a bien eu, au travers de l’histoire, quelques exceptions, mais force est de constater que les baby-boomers furent les premières à accéder aussi massivement à des postes de gestionnaires et de directrices tout en continuant de s’engager dans la sphère domestique et familiale. Elles auront alors profité, pour plusieurs, d’une ouverture sociale, politique et économique sans précédent dans l’histoire du Québec, insufflée, notamment, par la richesse d’après-guerre, mais aussi et surtout, par la Révolution tranquille dont on t’a parlé à l’école. Évidemment, quand je dis aussi massivement, tu devines bien que je dis ça parce que je compare à la situation antérieure puisqu’elles demeuraient largement minoritaires au sein de cet univers à forte prédominance masculine.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, j’ai tout de suite été frappée par l’originalité de leur parcours, encore inédit au Québec. Réalises-tu que ces défricheuses ont emprunté des chemins encore inexplorés par leurs aïeules? Qu’elles sont parvenues à intégrer un univers professionnel duquel les femmes laïques étaient pratiquement exclues à ce jour? Qu’elles ont souvent dû tailler, mais aussi défendre cette place qu’elles ont occupée. Elles n’avaient alors généralement aucun réel modèle, dans leur entourage, de femme combinant à la fois leurs aspirations, leur carrière ascendante, leur niveau de responsabilité professionnelle et leurs responsabilités domestiques et familiales. Conclusion, elles ont dû créer un modèle qui fut le leur. Tu vois, Dominique, je me suis alors demandé : qui sont ces femmes cadres? D’où viennent-elles? Comment se fait-il, comme tu l’as si bien souligné, qu’il n’y en a pas dans notre entourage?</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis, aujourd’hui, au moment de prendre leur retraite, il n’existe toujours généralement aucun modèle, dans leur entourage, et même dans l’imaginaire collectif, de femme cadre retraitée québécoise les ayant précédées. Elles sont donc, à nouveau, invitées à créer leur propre modèle, à définir les termes de leur retraite. Ces femmes qui se sont souvent battues pour gravir des échelons professionnels, qui ont acquis des connaissances, des compétences, une expertise et un réseau professionnel fortement convoités par nombre d’employeurs potentiels, qui ont parfois sacrifié une part non négligeable de leur vie personnelle et familiale au profit des idéaux qu’elles poursuivaient, ces femmes, donc, que feront-elles de leur retraite? Maintiendront-elles des engagements professionnels? Qu’adviendra-t-il de leurs engagements familiaux? Quels types de rapports sociaux caractériseront cette nouvelle période de leur vie ? Voilà, Dominique, les questionnements qui m’ont amenée à rencontrer une trentaine de personnes, dont quinze femmes cadres retraitées du Québec répondant aux critères de mon projet de thèse (avoir occupé un poste de cadre au Québec, peu importe le niveau et peu importe l’organisation, recevoir des revenus de retraite depuis au moins deux ans et avoir au moins un enfant vivant) qui allaient en devenir officiellement les généreuses participantes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Clins d’œil sur leurs parcours</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sans entrer dans tout le détail ethnographique et théorique des analyses de ma thèse, parce que ce serait beaucoup trop long, j’aimerais profiter de l’espace qui m’est donné dans ce court texte pour te présenter, même brièvement, ces femmes qui m’ont beaucoup appris… sur elles, sur moi, sur nous. Il y a mille choses que j’aurais envie de te partager sur elles, mille analyses, mille réflexions, mais pour aujourd’hui, j’aimerais juste t’offrir quelques bribes de leurs parcours, pour te donner envie, comme moi, de les connaître davantage.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que j’ai appris, d’abord, Dominique, c’est que ces femmes n’ont pas toujours été des femmes cadres. Pour la forte majorité d’entre elles, elles n’ont même jamais été destinées à en être. Elles le sont devenues. Et si elles ont pu le devenir, force est de constater que c’est en partie grâce à ce contexte socio-économique québécois particulier de la deuxième moitié du 20<sup>e</sup> siècle dont je t’ai parlé, celui de la Révolution tranquille notamment, de la démocratisation de l’éducation et de la laïcisation de l’état à laquelle elle a donné lieu. Tu t’en doutes certainement, mais il s’avère que, selon ce que ces participantes m’ont partagé, l’entrée en formation représente une première étape décisive au regard de leur carrière et des choix décisifs à envisager, opérer et assumer. En fait, il semble que cette période de leur vie, la formation, loin de mettre en scène une séquence de décisions ou de tergiversations aléatoires, se présente plutôt comme une série de choix conscients et intentionnels dont on peut retracer des déterminants communs dans les récits des futures cadres. Ainsi, aux principaux modèles féminins qui leur sont très souvent présentés ainsi qu’aux contraintes conformistes et limitatives qui les accompagnent, une forte majorité de participantes opposent un besoin d’autonomie, d’indépendance et d’intégrité. Cette confrontation donne lieu à une première affirmation significative exprimée sous la forme du refus : refus du moule, du manque de marge de manœuvre, du conformisme, des limites imposées et, surtout, de l’absence de choix.</p>
<p style="text-align: justify;">Très concrètement, plusieurs se détournent alors de deux alignements forts qui leur sont présentés, soit celui de ‘mère de famille à la maison’ et celui de religieuse, pour s’engager dans un alignement professionnel. Les coûts engendrés par les études, le désir pressant d’autonomie et la pression sociale contribuent à orienter plusieurs des participantes, principalement les plus âgées, vers trois professions considérées comme ‘typiquement féminines’, à savoir celles d’enseignante, d’infirmière et de secrétaire (d’autres étudieront dans d’autres domaines, certaines, plus jeunes, directement en administration). Non seulement s’orientent-elles dans un alignement de femme-professionnelle, mais aussi de professionnelle-mère. Tu vois Dominique, comme pour maman, le parcours professionnel de ces femmes, celui qui a précédé leur carrière de cadre, a mis en lumière un rapport de négociation tendu et ténu entre les engagements familiaux et professionnels qui, déjà, se font compétition, dans une certaine mesure. Les charges des responsabilités respectives de chacun de ces engagements rendent difficilement compatibles les investissements majeurs et prioritaires dans les deux sphères. Ainsi, plusieurs futures cadres choisissent de prioriser leur famille et de reporter leur ascension professionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis, éventuellement, souvent lorsque les enfants sont plus âgés et que le conjoint a stabilisé sa situation professionnelle, les participantes en viennent à assumer, pour la première fois, des fonctions de cadres. Il s’agit alors, pour la très forte majorité d’entre elles, du début d’une carrière ascendante au cours de laquelle elles deviendront des femmes à la fois cadres et mères. Leurs témoignages, investis, dépeignent alors le quotidien chargé de ces gestionnaires, mais aussi, ils permettent d’identifier certaines caractéristiques communes aux pratiques professionnelles de ces femmes : la passion, l’engagement, la performance et l’exigence, le souci de l’humain, l’intégrité et l’honnêteté, la créativité ainsi que la combativité. Pour ce qui est des rapports avec les collègues, s’ils sont généralement cordiaux, ils peuvent également dévoiler des dynamiques conflictuelles, notamment au regard des considérations de genre, ou, au contraire, de solidarité féminine. Enfin, cette période de la vie des participantes demeure teintée, pour une majorité d’entre elles, par l’exacerbation des tensions entre les sphères professionnelle et familiale. Différentes mesures sont alors adoptées par les participantes pour parvenir à négocier leurs différents engagement. Organisation de l’horaire de travail et de vie familiale, répartition des tâches familiales et domestiques avec le conjoint et contractualisation de certaines tâches sont à l’ordre du jour.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, vient le moment de la prise de retraite. Te rappelles-tu, Dominique, que maman, un peu avant de prendre sa retraite, s’était cassé la jambe ? Elle avait alors dû quitter temporairement le travail et rester à la maison durant quelques mois. Je ne sais pas si tu l’avais réalisé, mais je pense que ce fut pour elle un moment important de transition, de détachement, de prise de conscience et de réalignement pour la suite de sa vie. Étrangement, ce moment de crise un peu particulier, comme hors du temps, en rupture et en décalage par rapport à la carrière, souvent malheureusement déclenché par des problèmes de santé (de soi ou d’un proche), je l’ai retrouvé dans les récits d’une majorité de participantes. Je pense même que pour certaines cadres, ce moment d’arrêt obligé a induit une scission encore plus drastique compte tenu du rythme de vie effréné associé aux responsabilités de cadre. Toujours est-il que, devenues retraitées, les participantes rencontrées semblent avoir adopté trois types de parcours différents que je vais appeler ‘parcours type’.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier parcours type regroupe une majorité de participantes, notamment celles qui ont assumé des fonctions de cadres supérieures, qui, une fois retraitées, continuent de déployer des pratiques professionnelles de cadre dans un contexte rémunéré. Néanmoins, elles m’ont vraiment bien expliqué, Dominique, que le travail revêtait alors un sens nouveau pour elles. En effet, souvent libérées des obligations financières et de l’attachement à l’ancien employeur, le travail à la retraite semble être associé à un niveau de liberté plus élevé : liberté de choisir son horaire, ses contrats, son employeur, ses projets, ses équipes, ses conditions de travail, etc. Ce niveau de liberté leur permet alors souvent de consacrer davantage de temps à leur famille (enfants, petits-enfants ou proches nécessitant du soutien), à leurs amis, voire à elles-mêmes ! Certaines renouent avec des passions délaissées (voyages, horticulture, dessin, théâtre, musique, sport, rénovations, etc.) ou en explorent de nouvelles. Elles acceptent également des engagements professionnels bénévoles dans le cadre desquels elles mettent leurs ressources et leur expertise de cadre à contribution d’organisations ou de projets qui leur tiennent à cœur.</p>
<p style="text-align: justify;">Le deuxième parcours type, quant à lui, rassemble aussi plusieurs participantes qui maintiennent des engagements professionnels de cadre, mais dans un contexte non rémunéré seulement. Différentes raisons justifient ce refus de la rémunération, mais celles qui sont les plus souvent évoquées demeurent le refus des obligations et du niveau d’investissement associés au travail rémunéré, l’association de ce travail rémunéré à l’impression d’un ‘retour en arrière’ qui fait probablement écho au cheminement associé à une rupture découlant de la transition à la retraite, et, finalement, le souhait de ‘redonner à la société’ qui serait davantage en adéquation avec la notion de travail bénévole.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, le troisième parcours type, qui n’est emprunté que par quelques participantes, correspond à une retraite de laquelle sont exclus tout engagement professionnel, rémunéré ou non, et toute pratique professionnelle de cadre. Les femmes qui ont emprunté ce parcours m’ont expliqué avoir volontairement rompu tous les liens avec leur ancienne carrière (lieu de travail, collègues, dossiers, réseaux, etc.). Elles ont définitivement délaissé l’alignement de cadre pour s’orienter vers autre chose. Pour certaines, la retraite incarne même un moment de rupture par rapport à certaines pratiques de la vie quotidienne qu’elles associent à leurs anciennes fonctions (gérer, organiser, superviser, etc.). La retraite devient alors, pour ces femmes, une nouvelle étape de vie en rupture, dans une certaine mesure, avec la période qui l’a précédée.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà Dominique ! J’espère que cet article t’aura permis de mieux comprendre pourquoi je me suis intéressée à ces femmes cadres québécoises ainsi qu’à leur retraite. C’est surtout ça que je voulais te dire aujourd’hui… Je souhaitais aussi que tu comprennes l’originalité de leur parcours dont je n’ai pu, malheureusement, qu’effleurer les contours. J’espère que les quelques informations que j’ai néanmoins pu te partager sur leurs cheminements auront suscité ton intérêt et piqué ta curiosité. J’espère, surtout, surtout, que cette lecture t’encouragera à voir des possibles là où d’autres n’en imaginent pas ainsi qu’à avoir la confiance d’emprunter des chemins encore inexplorés. Au très grand plaisir de poursuivre cet échange autour d’un bol de céréales lors de ma prochaine visite à Québec…</p>
<p style="text-align: justify;">Ta sœur</p>
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		<title>Pour changer le monde, il faut changer le code</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2015 17:58:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[4 Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Travail et commerce]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; &#160; ÉLISE DESAULNIERS &#160; 1984. J’ai neuf ans, une permanente, des vêtements fluo achetés chez Au Coton et je m’apprête à faire une rencontre qui va changer ma vie. Les ordinateurs. La commission scolaire en a acheté une trentaine qui circule d’école en école. Chaque classe a ainsi droit à une brève « initiation à [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Technologies.png"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1129 size-full" src="/wp-content/uploads/2015/05/Technologies.png" alt="Technologies" width="600" height="786" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Technologies.png 600w, /wp-content/uploads/2015/05/Technologies-229x300.png 229w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></a></p>
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<p>ÉLISE DESAULNIERS</p>
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<p style="text-align: justify;">1984. J’ai neuf ans, une permanente, des vêtements fluo achetés chez Au Coton et je m’apprête à faire une rencontre qui va changer ma vie. Les ordinateurs. La commission scolaire en a acheté une trentaine qui circule d’école en école. Chaque classe a ainsi droit à une brève « initiation à l’informatique ». Dans les faits, pour tout dire, on joue au kiosque à limonade <sup><sup>[1]</sup></sup> : après avoir reçu un bulletin météo de la journée, il faut déterminer le nombre de verres de limonade à produire, la quantité de pubs qui seront affichées et le prix de vente. Au premier essai, le technicien de la salle informatique me confirme que j’ai battu tous les records de la région.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: center;"><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-1130 size-full" src="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png" alt="Travail et commerce" width="200" height="200" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png 200w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-100x100.png 100w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">2014. J’ai 39 ans, les cheveux qui allongent, des vêtements que j’ai payés trop cher et je tombe sur un article de la National Public Radio (NPR) au titre évocateur : « When Women Stopped Coding <sup><sup>[2]</sup></sup> ». Quand les femmes ont arrêté de coder. Une seule image : un graphique à ligne brisée au contenu troublant. Il montre comment la proportion de femmes inscrites dans les programmes d’informatique a grimpé en flèche jusqu’à atteindre 35 % en 1984. Puis a chuté drastiquement pour passer sous la barre des 20 % au début des années 2010 <sup><sup>[3]</sup></sup>. Une réalité doublement choquante quand on sait que l’informatique constitue une des formations universitaires qui présente un taux de chômage parmi les plus faibles <sup><sup>[4]</sup></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">1984, c’est non seulement l’année où je me suis découvert une passion pour la gestion de comptoirs de limonade, mais aussi celle du premier Macintosh, deux ans après le Commodore 64, le NEC PC-98 et plusieurs autres, tous vendus à plusieurs millions d’exemplaires.</p>
<p style="text-align: justify;">La coïncidence n’est pas fortuite. On avance l’hypothèse que les filles seraient sorties des cours d’informatique quand les ordinateurs sont entrés dans les maisons. « Ces premiers ordinateurs personnels n’étaient pas beaucoup plus que des jouets », explique Steve Henn, le correspondant techno de NPR. « On pouvait jouer au tennis ou à tirer sur des cibles, peut-être faire un peu de traitement de texte. Et ces jouets étaient destinés aux hommes et aux garçons. » Une petite recherche dans les vieilles pubs enfouies dans les profondeurs de YouTube le confirme. La pub classique d’ordinateurs des années 80 présente un jeune garçon le regard fixé sur son écran monochrome alors que celle qu’on devine être sa petite sœur regarde par-dessus son épaule.</p>
<p style="text-align: justify;">Après l’arrivée des ordinateurs dans les foyers, les étudiantes en informatique se sont retrouvées aux côtés de collègues masculins qui avaient déjà été initiés à l’utilisation des ordinateurs. Les professeurs des classes d’introduction ont donc commencé à présumer que leurs étudiants avaient déjà des bases, laissant les filles derrière. Celles-ci ont alors eu l’impression qu’elles n’étaient pas à la hauteur, qu’elles n’avaient pas les compétences nécessaires pour poursuivre leurs études. Elles ont donc abandonné.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps naissait le <em>geek</em>, cet archétype d’informaticien, avec des lunettes et des vêtements mal ajustés. Jusque-là, le programmeur n’avait ni sexe ni race. Avec le <em>geek</em>, il devient le petit génie auquel on pardonne ses problèmes de communication et sa surconsommation de pizza. Plusieurs des films en témoignent : <em>War Games</em> et <em>Weird Science</em>,et par la suite <em>Office Space</em>, <em>The Matrix </em>ou des séries comme <em>Silicon Valley</em>. De Steve Jobs à Edward Snowden, en passant par Mark Zuckerberg et Julian Assange, le brillant informaticien est le nouveau héros. Si les <em>geeks</em> des années 1980 étaient ignorés par la culture dominante, ils sont et font aujourd’hui la culture dominante. Une culture mâle, blanche et hétérosexuelle.</p>
<p style="text-align: justify;">En lisant l’article de NPR, je me suis moi-même interrogée sur mes choix de carrière. Depuis mes succès avec la limonade virtuelle, je sais que j’aime les ordinateurs. Dix ans plus tard, alors qu’Internet balbutiait, je faisais déjà du HTML. Mais pourquoi ai-je tout abandonné? Pourquoi n’ai-je jamais envisagé de faire carrière en informatique? J’ai bien peur de donner raison au journaliste de NPR : j’étais convaincue que je ne serais pas assez bonne. J’avais plein d’amis qui tripaient sur <em>Star Wars</em>, les jeux de rôles et qui codaient toute la nuit. Mais je n’étais pas comme eux. L’informatique, ce n’était pas pour moi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le problème de diversité à Silicon Valley et les biais implicites</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 2014, Google rend publiques pour la première fois les données relatives à la diversité de ses employés. À l’échelle mondiale, les femmes n’occupent que 30 % des postes [5]. Apple, Facebook, et Twitter ont aussi dévoilé leurs chiffres. Pas mieux. Mais la question est prise au sérieux : Tim Cook, le directeur général d’Apple, s’est engagé à promouvoir la diversité. Chez Intel, on a annoncé investir trois cents millions de dollars au cours des cinq prochaines années pour améliorer la diversité au sein des bureaux américains. Pourtant, si tout le monde s’entend pour dire qu’il y a un problème, les solutions sont loin d’être évidentes. La volonté est là. L’argent est là. Mais on ne sait pas comment le dépenser parce qu’on ne sait pas comment aborder la question.</p>
<p style="text-align: justify;">Chose certaine, le faible nombre de femmes inscrites dans les programmes universitaires en informatique ne suffit pas à expliquer la sous-représentation féminine dans les techs. Pourquoi sont-elles si peu nombreuses à avoir des postes de gestion ou à siéger à des C. A.? Pourquoi 40 % de celles qui sont recrutées quitteront-elles l’industrie (contre seulement 17 % des hommes) <sup><sup>[6]</sup></sup>?</p>
<p style="text-align: justify;">La journaliste Sue Gardner, qui était jusqu’à tout récemment à la tête de la Wikimedia Foundation, montre bien comment l’enthousiasme des femmes en tech tombe rapidement : « Au début de leur carrière, les femmes se disent ambitieuses et heureuses. Mais au fil du temps, leur enthousiasme est miné. Les sondages indiquent que 23 à 66 % d’entre elles ont subi du harcèlement sexuel ou en ont été témoin. La moitié des répondantes de mon étude disent qu’elles ont été traitées de façon hostile, humiliante ou condescendante. Un tiers a avoué que leurs patrons étaient plus sympathiques avec leurs collègues masculins et les favorisaient davantage. <sup><sup>[7]</sup></sup> » Pour la journaliste, si les femmes quittent le milieu, c’est simplement qu’elles en ont assez.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelques mois, après s’être vu refuser une promotion et avoir été licenciée, Ellen Pao a fait les manchettes en poursuivant son ex-employeur, une grande firme américaine de capital risque, pour discrimination sexuelle. Au cours du procès de 24 jours, elle a pu raconter comment les femmes étaient reléguées aux seconds rôles durant les réunions et exclues de dîners importants (pour ne pas plomber l’atmosphère) <sup><sup>[8]</sup></sup>. Le jury n’a pas retenu ses allégations, mais le procès aura permis d’étaler sur la place publique la discrimination systématique que subissent les femmes dans certains milieux. Par la suite, d’autres femmes ont porté plainte contre leurs employeurs, dont l’ingénieure Tina Huang qui accuse Twitter de discriminer systématiquement les femmes au moment d’octroyer les promotions <sup><sup>[9]</sup></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les chiffres avancés par Sue Gardner montrent que ce sont les informaticiennes les plus qualifiées qui partent. Et ce n’est pas pour élever leur famille. Elles décident simplement de changer d’industrie. Si les femmes sont si peu présentes à Silicon Valley, ce n’est pas parce qu’elles manquent d’encouragement ou de soutien. Elles n’ont pas besoin d’être dorlotées. « Les femmes que je connais en technologie sont fortes, résilientes et qualifiées », renchérit Gardner. Mais elles en ont assez de se battre dans un environnement sexiste et misogyne où elles sont systématiquement considérées comme inférieures aux hommes.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">En mars dernier, à la conférence South by Southwest d’Austin au Texas, le PDG de Google, Eric Schmidt, et Walter Isaacson, le biographe de Steve Jobs, intervenaient en compagnie de Megan Smith, la responsable des technologies de l’administration Obama. Durant la période de questions, Schmidt et Isaacson ont été pris à partie.<em> « Étant donné que les recherches sur les biais implicites ont révélé que les femmes sont beaucoup plus souvent interrompues que les hommes, je me demande si vous êtes conscients du nombre de fois où vous avez interrompu Megan »</em>, a lancé une femme dans l’assistance. Forte réaction dans le public : applaudissements nourris. L’intervenante, c’était Judith Williams, la responsable du programme de sensibilisation aux préjugés chez Google. Ironiquement, le panel portait sur l’innovation et on discutait des façons d’impliquer plus de femmes et de minorités pour améliorer la diversité des points de vue <sup><sup>[10]</sup></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis l’année dernière, 49 000 employés de Google ont participé à un atelier sur les biais implicites (l’histoire ne dit pas si Eric Schmidt fait partie du nombre). Les biais implicites sont le résultat d’attitudes mentales qu’on entretient inconsciemment envers une personne, une chose ou un groupe. Ce sont par exemple les biais implicites qui expliquent qu’on privilégiait l’embauche d’hommes dans les orchestres symphoniques. Lorsqu’on en a pris conscience et commencé à faire des auditions à l’aveugle, l’embauche de musiciennes a augmenté <sup><sup>[11]</sup></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">L’atelier de Google débute avec une triste réalité : tout le monde est un peu sexiste ou raciste. Ceux qui en doutent peuvent faire un test en ligne <sup><sup>[12]</sup></sup>. Une simulation montre ensuite comment un petit biais de 1 % dans les évaluations de performances peut mener à une importante sous-représentation des femmes dans les postes de gestion <sup><sup>[13]</sup></sup>. L’effet de ces ateliers commence peut-être à se faire sentir : un article du <em>New York Times </em><sup><sup>[14]</sup></sup> rapporte qu’au cours d’une réunion dans laquelle un groupe de gestionnaires de sexe masculin devaient décider du sort d’une ingénieure, un cadre a rappelé à ses collègues qu’ils étaient tous des hommes — et pourraient donc ne pas être en mesure d’évaluer les différents rôles que les femmes jouent dans le groupe. De même, lorsque la compagnie a ouvert un nouvel immeuble, quelqu’un a fait remarquer que les salles de conférences étaient toutes nommées d’après des scientifiques de sexe masculin. Google a procédé à des changements.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Je n’aime pas les ordinateurs</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors qu’en 1984, on pouvait voir l’informatique comme l’aviation ou la recherche biomédicale, c’est-à-dire comme un domaine fascinant, mais loin de nos préoccupations quotidiennes, force est de constater, aujourd’hui, que nos vies se passent essentiellement en ligne ou au bout d’un clavier. Des algorithmes de Facebook qui choisissent les nouvelles qui apparaissent sur notre fil aux cartes Google qui nous indiquent le chemin à suivre, en passant par les jeux qui occupent nos temps libres, notre vie est numérique.</p>
<p style="text-align: justify;">On aurait tort de croire que la sous-représentation des femmes et des minorités au sein des équipes qui dessinent cette vie est sans conséquence. Non seulement elles ne profitent pas de la croissance exponentielle des emplois en technologies, mais leurs besoins, faute de représentation, sont parfois simplement ignorés. Il aura fallu attendre 2013 pour que Facebook mette à jour ses politiques de modération pour empêcher la diffusion d’images encourageant le viol [15]. On se souvient aussi que les premiers systèmes de reconnaissance vocale étaient calibrés pour des voix masculines. Celles des femmes n’étaient tout simplement pas entendues [16].</p>
<p style="text-align: justify;">Le problème de diversité dans les technologies me rappelle celui des femmes en politique ; le milieu est hostile, mais on doit quand même y aller. Laisser les questions technologiques entre les mains de quelques mâles privilégiés, c’est se priver d’influencer tout un pan de nos vies, de notre société.</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf qu’entre dire qu’il faut y aller et le faire, le pas peut paraître grand. « La programmation fait peur », constate Cassie Rhéaume, développeuse front-end et coresponsable de la division montréalaise de Ladies Learning Codequi aide les jeunes et les femmes à comprendre comment fonctionnent leurs outils technologiques dans un environnement sécuritaire, amical, confortable. Pourtant, « on utilise les technologies dans pas mal tout au quotidien, peu importe le domaine dans lequel on travaille », rappelle Cassie Rhéaume. « Comprendre comment ça marche ouvre les yeux, ça permet d’être plus créatif, d’avoir des pratiques sur Internet plus sécuritaires. » Stéphanie Marchand, productrice de jeux vidéo chez Behaviour Interactive et impliquée dans différentes activités pour amener les filles à s’intéresser au génie informatique, encourage elle aussi les jeunes femmes à outrepasser leurs appréhensions: « Les filles me disent : »J’aime beaucoup les jeux vidéo, mais je n’aime pas les ordinateurs. » J’ai du mal à savoir ce qu’elles n’aiment pas précisément. Elles n’ont jamais fait de programmation, mais elles aiment les maths, la physique, résoudre les problèmes. Il faut que je leur parle du métier pour qu’elles voient l’ordinateur différemment et s’intéressent à la programmation. »</p>
<p style="text-align: justify;">Le jeu du kiosque à limonade a été développé pour enseigner aux enfants une leçon de gestion. Du haut de mes neuf ans, je pensais avoir tout compris en maîtrisant les paramètres affichés à l’écran, mais 30 ans plus tard, je comprends que c’est le contenu de la disquette qu’il aurait fallu décortiquer. C’est sur du code que repose aujourd’hui tout un pan de notre économie, c’est lui qui structure nos façons d’interagir les uns avec les autres, d’apprendre, de nous informer, de nous divertir.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour changer le monde, il faut poser nos doigts sur le clavier et apprendre à coder. Il n’est jamais trop tard pour bien faire : la rédaction de ce billet m’aura convaincue de m’inscrire à un atelier de Ladies Learning Code.</p>
<hr />
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[1]</sup></sup> <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Lemonade_Stand" target="_blank">https://en.wikipedia.org/wiki/Lemonade_Stand</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[2] </sup></sup><a href="http://www.npr.org/blogs/money/2014/10/21/357629765/when-women-stopped-coding" target="_blank">http://www.npr.org/blogs/money/2014/10/21/357629765/when-women-stopped-coding</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[3]</sup></sup> Les chiffres sont semblables au Québec. <em>La Gazette des femmes</em> rapporte qu’en 1988, les femmes représentaient 30,2 % des diplômés universitaires en informatique. En 2011, la proportion a dégringolé à 18,3 %. Elles constituent aujourd’hui moins du quart de la main-d’œuvre canadienne dans le secteur.</p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[4]</sup></sup> Au Québec, il est de 1,8 %. <a href="http://www.uqar.ca/informatique/emplois/" target="_blank">http://www.uqar.ca/informatique/emplois/</a></p>
<p style="text-align: left;">[5] Le problème de diversité ne se limite pas aux femmes. Aux États-Unis, par exemple, les Afro-Américains ne comptent que pour 2 % de la main-d’œuvre, alors qu’ils représentent plus de 12 % de la population.</p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[6]</sup></sup> <a href="http://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-oe-gardner-women-in-tech-20141207-story.html" target="_blank">http://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-oe-gardner-women-in-tech-20141207-story.html</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[7]</sup></sup> h<a href="ttp://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-oe-gardner-women-in-tech-20141207-story.html" target="_blank">ttp://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-oe-gardner-women-in-tech-20141207-story.html</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[8]</sup></sup> En savoir plus sur <a href="http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/03/28/ellen-pao-n-a-pas-ete-victime-de-discrimination-sexuelle-selon-le-verdict-des-jures_4603126_3222.html#si1iIiOemsTOfZHH.99" target="_blank">http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/03/28/ellen-pao-n-a-pas-ete-victime-de-discrimination-sexuelle-selon-le-verdict-des-jures_4603126_3222.html#si1iIiOemsTOfZHH.99</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[9]</sup></sup> <a href="http://www.independent.co.uk/life-style/gadgets-and-tech/news/sexism-and-silicon-valley-now-twitter-faces-gender-discrimination-lawsuit-from-software-engineer-tina-huang-10128863.html" target="_blank">http://www.independent.co.uk/life-style/gadgets-and-tech/news/sexism-and-silicon-valley-now-twitter-faces-gender-discrimination-lawsuit-from-software-engineer-tina-huang-10128863.html</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[10] </sup></sup><a href="http://www.slate.com/blogs/xx_factor/2015/03/17/eric_schmidt_at_sxsw_google_chairman_called_out_for_interrupting_female.html" target="_blank">http://www.slate.com/blogs/xx_factor/2015/03/17/eric_schmidt_at_sxsw_google_chairman_called_out_for_interrupting_female.html</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[11]</sup></sup> <a href="http://philosophy.rutgers.edu/graduate-program/climate/133-graduate/climate/529-climate-of-women-implicit-bias" target="_blank">http://philosophy.rutgers.edu/graduate-program/climate/133-graduate/climate/529-climate-of-women-implicit-bias</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[12]</sup></sup> <a href="http://www.understandingprejudice.org/iat/index2.htm" target="_blank">http://www.understandingprejudice.org/iat/index2.htm</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[13]</sup></sup> <a href="http://www.ruf.rice.edu/~lane/papers/male_female.pdf" target="_blank">http://www.ruf.rice.edu/~lane/papers/male_female.pdf</a></p>
<p style="text-align: left;"><sup><sup>[14]</sup></sup> <a href="http://www.nytimes.com/2014/09/25/technology/exposing-hidden-biases-at-google-to-improve-diversity.html&amp;assetType=nyt_now" target="_blank">http://www.nytimes.com/2014/09/25/technology/exposing-hidden-biases-at-google-to-improve-diversity.html&amp;assetType=nyt_now</a></p>
<p style="text-align: left;">[15] <a href="http://www.independent.co.uk/voices/comment/the-day-the-everyday-sexism-project-won--and-facebook-changed-its-image-8636661.html" target="_blank">http://www.independent.co.uk/voices/comment/the-day-the-everyday-sexism-project-won&#8211;and-facebook-changed-its-image-8636661.html</a></p>
<p style="text-align: left;">[16]<a href="%20http://www.nature.com/scitable/forums/women-in-science/why-do-we-need-women-in-stem-18256390" target="_blank"> http://www.nature.com/scitable/forums/women-in-science/why-do-we-need-women-in-stem-18256390</a></p>
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		<title>La veuve Guy: gérer un commerce au temps de la Conquête</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2015 17:58:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[4 Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Travail et commerce]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; SOPHIE IMBEAULT &#160; Aujourd&#8217;hui comme hier, le couple est la cellule de base de la société. Avec une petite différence, toutefois. Alors qu’aujourd’hui le divorce permet de mettre fin aux unions, pendant tout le xviiie siècle, par exemple, la mort d&#8217;un des conjoints était pratiquement la seule issue au mariage. Pourtant, j&#8217;aimerais vous emmener [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Veuve-Guy.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1255" src="/wp-content/uploads/2015/05/Veuve-Guy.png" alt="Veuve Guy" width="600" height="793" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Veuve-Guy.png 600w, /wp-content/uploads/2015/05/Veuve-Guy-226x300.png 226w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>SOPHIE IMBEAULT</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&rsquo;hui comme hier, le couple est la cellule de base de la société. Avec une petite différence, toutefois. Alors qu’aujourd’hui le divorce permet de mettre fin aux unions, pendant tout le xviii<sup>e</sup> siècle, par exemple, la mort d&rsquo;un des conjoints était pratiquement la seule issue au mariage. Pourtant, j&rsquo;aimerais vous emmener plus de 250 ans en arrière.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l&rsquo;histoire, les femmes ont été largement définies par rapport à leur mari et cela est encore parfois vrai malheureusement. D&rsquo;ailleurs, pendant que je rédigeais ce texte, un titre que j’ai lu dans un quotidien m&rsquo;a fait bondir. « La veuve de Miron interpelle le maire », pouvait-on lire dans <em>Le Soleil</em> du 7 avril 2015. Il était question de Marie-Andrée Beaudet, professeure au Département des littératures de l&rsquo;Université Laval, et son adresse au maire n&rsquo;avait rien à voir avec le défunt poète, si brillant et connu fût-il. En tant qu’historienne de la guerre de Sept Ans, l&rsquo;exemple des veuves négociantes pendant cette période m&rsquo;a toujours fascinée et c&rsquo;est ce que j&rsquo;aimerais explorer avec vous.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-1130 size-full" src="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png" alt="Travail et commerce" width="200" height="200" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png 200w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-100x100.png 100w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Être une femme en Nouvelle-France</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la colonie comme en France, le modèle patriarcal d’Ancien Régime prévaut, autant dans le discours étatique officiel que dans les comportements. Les rôles féminins et masculins sont foncièrement inégaux. La Coutume de Paris est en force sur le plan juridique et le mariage est la norme chez la femme adulte. Celle-ci passe donc de l&rsquo;autorité du père à celle du mari. La femme mariée est ainsi frappée d&rsquo;incapacité juridique. Comme le fait remarquer l&rsquo;historienne Josette Brun : « Une femme qui prend mari est en effet considérée comme une mineure dans le droit coutumier français tandis que son conjoint est le maître déclaré de la société conjugale » (Josette Brun, « Les femmes d&rsquo;affaires en Nouvelle-France au 18<sup>e</sup> siècle : le cas de l&rsquo;île Royale », <em>Acadiensis. Revue d&rsquo;histoire de la région atlantique</em>, vol. XXVII, n<sup>o</sup> 1, automne 1997, p. 12). Quant à elles, les femmes célibataires majeures, c&rsquo;est-à-dire celles qui ont 25 ans et plus, possèdent la pleine capacité juridique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le couple se marie à l&rsquo;église, mais il y a, en plus, un passage obligé devant le notaire où un contrat de mariage, sous le régime de la communauté de biens, est établi. Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire, communauté de biens ? En fait, le mari peut gérer la communauté comme il le souhaite tant qu&rsquo;il recherche la prospérité du couple. L&rsquo;épouse conserve ses biens propres, le plus souvent hérités, qu&rsquo;elle a apportés lors du mariage. C&rsquo;est toutefois le mari qui en a la gestion pendant la durée de l&rsquo;union. La femme mariée ne peut signer seule de contrats, d&rsquo;actes notariés, ni exercer une action en justice. Elle doit obtenir l&rsquo;autorisation de son mari. Enfin, une procuration est nécessaire si la femme veut remplacer son mari dans le cas où ce dernier est en voyage ou malade. La communauté de biens prend fin lors du décès de l&rsquo;un des époux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Être veuve en Nouvelle-France</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Veuves, les femmes disposent de leur capacité juridique.« Comme veuve, la femme a autant de droits et de pouvoirs que la célibataire. Dans le cas de la femme séparée, il n&rsquo;y a aucune raison qui l&#8217;empêche de disposer de ses biens à volonté, comme si en effet son mari était décédé », soutient l&rsquo;historienne Liliane Plamondon («Une femme d&rsquo;affaires en Nouvelle-France, Marie-Anne Barbel, veuve Fornel », <em>Revue d&rsquo;histoire de l&rsquo;Amérique française</em>, 31, 2, septembre 1977, p. 171).</p>
<p style="text-align: justify;">Les veuves ont alors plusieurs choix.Elles peuvent en premier lieuse dessaisir de la responsabilité de la communauté si les dettes sont trop importantes. Dans ce cas,elles reprennentleurs effets personnelset les biens apportés, tel que le stipule le contrat de mariage.Elles ont aussi la possibilité de partager la communauté avec leurs enfants. La moitié des biens leur revient et l&rsquo;autre est à partager entre les enfants; même chose pourles dettes. Elles peuvent encore continuer la communauté jusqu&rsquo;à ce que leurs enfants atteignent la majoritéou qu&rsquo;elles se remarient.Le veuvage est vu comme une période temporaire durant laquelle les femmesont pour tâche deprotéger le patrimoine familial afin de le transmettre à leurs enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Leur nom reste cependant associé à celui du défunt, surtout si celui-ci occupait un métier public, particulièrement dans le domaine des affaires. On dit « madame veuve de… »Les veuves en affaires sont des plus intéressantes.Là encore, plusieurs possibilités s&rsquo;offrent à elles : se remarier sans s&rsquo;occuper nullement des affaires du défunt mari, diriger le commerce pendantquelques années et se remarier ou encorediriger le commerce familialjusqu&rsquo;à leur décès.Plusieurs vont d’ailleurs démontrer de grands talents comme femmes d&rsquo;affaires et se faire un nom,même si c&rsquo;est en tant que « veuve de… »</p>
<p style="text-align: justify;">Autrement que dans cette situation particulière, l&rsquo;accès aumonde du commerce demeuretrès difficile pour les femmes, car il nécessite entre autres de l&rsquo;argent qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas, bien souvent, en propre.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l&rsquo;historiographie, c&rsquo;est par des essais sur l&rsquo;histoire de la famille, du mariage, de la vieillesse et du patrimoine en Nouvelle-France que le destin des veuves en affaires a surtout été appréhendé. Les portraits de femmes en Nouvelle-France se multiplient depuis quelques années. Leur pouvoir a fait l&rsquo;objet de l&rsquo;ouvrage <em>Femmes, culture et pouvoir. Relectures de l&rsquo;histoire au féminin, </em><em>XV</em><em><sup>e</sup></em><em>&#8211;</em><em>XX</em><em><sup>e</sup></em><em> siècles</em>, dirigé par Catherine Ferland et Benoît Grenier (Québec, Presses de l&rsquo;Université Laval, 2010, 329 p.). Benoît Grenier s&rsquo;est intéressé à une noble (<em>Marie-Catherine Peuvret, 1667-1739. Veuve et seigneuresse en Nouvelle-France</em>, Sillery, Septentrion, 2005, 260 p.) et Réal Fortin a étudié le cas d&rsquo;une célibataire en affaires dans <em>Louise de Ramezay et son moulin à scie</em> (Septentrion, 2009, 224 p.). Le destin de femmes au passage de la Conquête a fait l&rsquo;objet de plusieurs biographies dans <em>Vivre la Conquête</em>, tome 1, dirigé par Gaston Deschênes et Denis Vaugeois (Septentrion, 2013, p. 65-67).</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la question plus particulière du veuvage, les travaux de Josette Brun se démarquent (entre autres « Les femmes d&rsquo;affaires en Nouvelle-France au 18<sup>e</sup> siècle : le cas de l&rsquo;île Royale », Acadiensis. Revue d&rsquo;histoire de la région atlantique, vol. XXVII, n<sup>o</sup> 1, automne 1997, et Vie et mort du couple en Nouvelle-France. Québec et Louisbourg au xviii<sup>e</sup> siècle, Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2006). Il n&rsquo;y a pas de synthèse sur la participation des femmes en affaires dans la société coloniale. Combien sont-elles ? Nous ne pouvons pas encore y répondre. Quelques biographies portent cependant sur les veuves en affaires dans le <em>Dictionnaire biographique du Canada</em>, dont celles d&rsquo;Agathe de Saint-Père (par Madeleine Doyon-Ferland) et de Thérèse de Couagne (par André Lachance), et Liliane Plamondon a consacré plusieurs recherches à Marie-Anne Barbel, veuve Fornel (<em>Une femme d&rsquo;affaires en Nouvelle-France, Marie-Anne Barbel, veuve Fornel</em>, thèse de maîtrise, Université de Montréal, 1976; «Une femme d&rsquo;affaires en Nouvelle-France, Marie-Anne Barbel, veuve Fornel », <em>Revue d&rsquo;histoire de l&rsquo;Amérique française</em>, 31, 2, septembre 1977, p. 165-185 et « Marie-Anne Barbel, bourgeoise commerçante », dans Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, dir., <em>Vivre la Conquête</em>, tome 1, Septentrion, 2013, p. 46-54).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&rsquo;exemple de la veuve Guy. D&rsquo;abord une femme mariée</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les archives qui concernent la période de la Conquête, un nom revient sans cesse dès que l&rsquo;on s&rsquo;intéresse au commerce colonial : celui de la veuve Guy. Elle a laissé une grande quantité de lettres. Qui est-elle donc ? Jeanne Truillier dit Lacombe est née à Ville-Marie le 30 mai 1702. Elle est la fille de Jean Truillier dit Lacombe, boulanger et domestique, et d&rsquo;Élizabeth Delgueuil.</p>
<p style="text-align: justify;">Contrairement à son mari et à son fils (José Igartua, « Pierre Guy », et Ginette Joanette et Claire Joron, « Pierre Guy », <em>Dictionnaire biographique du Canada </em>; Ginette Joanette et Claire Joron,<em> Pierre Guy. Marchand, négociant de Montréal : les multiples activités d&rsquo;un bourgeois canadien-français dans la seconde moitié du </em><em>xviii</em><em><sup>e</sup></em><em> siècle</em>, M. A., Université de Montréal, 1985), la veuve Guy n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucun mémoire ou aucune biographie. <em>Pas d&rsquo;histoire, les femmes ?</em>, pour reprendre le titre de l&rsquo;ouvrage de Micheline Dumont (Éditions du remue-ménage). Ce ne sont pourtant pas les documents qui manquent la concernant (voir entre autres le fonds Baby à l&rsquo;Université de Montréal et le fonds Famille Guy aux archives de Montréal). Comme cette veuve me fascine depuis des années, l&rsquo;occasion est toute désignée avec ce numéro sur l&rsquo;économie et les femmes pour retracer les grandes lignes de son parcours. Mais, pour la cerner, force est de parler aussi du destin de deux hommes, son mari et son fils.</p>
<p style="text-align: justify;">Premier fait intéressant à son sujet, elle se marie tardivement. À 32 ans, elle épouse Pierre Guy, un négociant né à Paris le 5 mai 1701. Il est veuf d&rsquo;Élisabeth Carreau, avec qui il a eu huit enfants, depuis quelques mois quand ils se marient, le 29 septembre 1734 à Montréal.Le couple occupe une maison sur la rue Saint-Paul, où se trouve probablement le magasin de Pierre. De leur mariage naissent cinq enfants, dont seulement deux parviennent à l&rsquo;âge adulte, Pierre et Élizabeth.</p>
<p style="text-align: justify;">Pierre est un négociant prospère, participant au grand commerce triangulaire et faisant affaire avec les plus importants négociants de La Rochelle. D&rsquo;ailleurs, les personnes qualifiées de « négociants » comptent parmi les marchands les plus imposants en Nouvelle-France. François Havy et Jean Lefebvre de Québec sont ses principaux intermédiaires. Pierre Guy importe de France diverses marchandises, dont du vin et de l’eau-de-vie, et prend part au lucratif commerce des fourrures, exportant des pelleteries dans la métropole. Signe de son aisance, Pierre possède quatre terrains à Montréal en 1741.</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre de la Succession d&rsquo;Autriche (1740-1748) semble l&rsquo;inquiéter. La lutte franco-anglaise se transporte en Amérique du Nord. Louisbourg tombe aux mains des Anglo-Américains en 1745. Guy envoie en France des fonds considérables en 1745 et 1746.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une veuve en affaires</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pierre Guy décède à Montréal le 14 avril 1748. Jeanne, qui est alors âgée de 45 ans et qui a des enfants mineurs à sa charge, aurait à ce moment pu partager les biens de la communauté entre elle et ses enfants et se remarier. Elle n&rsquo;en fait rien. Elle entre alors plutôt à l&rsquo;avant-scène, prenant immédiatement en main l’entreprise familiale. Après presque 14 ans de mariage, elle devait y jouer un rôle important depuis quelque temps déjà. Qu’y faisait-elle exactement ? Un examen des actes notariés s&rsquo;impose pour le découvrir. Selon l&rsquo;historienne Louise Dechêne : « Laissées seules, elles [les veuves] se révèlent souvent d&rsquo;excellentes administratrices, ce qui prouve qu&rsquo;elles étaient déjà très mêlées à l&rsquo;entreprise familiale, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un bien rural ou d&rsquo;un commerce » (<em>Habitants et marchands de Montréal au </em><em>xvii</em><em><sup>e</sup></em><em> siècle</em>, Montréal, Plon, 1976, p. 439).</p>
<p style="text-align: justify;">Jeanne gère sans broncher le commerce mis sur pied par son défunt mari dans une période particulièrement trouble, celle de la guerre de Sept Ans. Elle continue d&rsquo;apposer sa signature sur tous les documents propres aux affaires : des factures, des reçus, des comptes courants, des lettres, des reconnaissances de déchargement de marchandises et des quittances. Mais elle doit aussi se montrer stratégique pour survivre.</p>
<p style="text-align: justify;">M<sup>me</sup> Guy, qui n’est plus une novice dans les affaires, prend alors de bonnes décisions et elle le fait rapidement. Elle obtient une procuration pour administrer la succession de son défunt mari en France (26 juillet 1762, UdM, fonds Baby, A5/219) et elle envoie son fils Pierre, qui est au début de la vingtaine, à La Rochelle. Il y poursuit ses études, mais doit aussi régler les affaires que sa mère a poursuivies avec des négociants rochelais depuis la mort de son mari. Ceux-ci seront très élogieux à son endroit dans leur correspondance avec la veuve. Elle profite de cette période pour partager ses années d&rsquo;expérience avec lui et cherche à lui léguer un commerce en bonne santé financière.</p>
<p style="text-align: justify;">Les dépenses qui se font au Canada pour le service du roi, et cela est encore plus vrai pendant la guerre, sont payées en monnaie de papier, communément appelée papiers du Canada.La France laisse une dette imposante sous cette forme entre les mains des Canadiens une fois la colonie cédée.Les officiers et les négociants ont été particulièrement affectés par ce problème et par le manque de numéraire pendant les dix années qui suivent la capitulation de la Nouvelle-France (pour en savoir plus sur cette question, voir Sophie Imbeault, « Que faire de tout cet argent de papier ? Une déclaration séparée au traité de Paris », dans Sophie Imbeault, Denis Vaugeois et Laurent Veyssière, dir., 1763. <em>Le traité de Paris bouleverse l’Amérique</em>, Septentrion, 2013, p. 142-183).</p>
<p style="text-align: justify;">La veuve est aux prises avec des problèmes importants pendant cette période, parmi lesquels l’épineuse question de l&rsquo;argent de papier. Elle semble toutefois garder son calme et s&rsquo;attarde aux décisions à prendre. Elle remet aux négociants rochelais Paillet et Meynardie pour un peu plus de 42 000 livres en lettres de change. C&rsquo;est une somme non négligeable. Ilslui font de fréquents comptes rendus, vantant au passage la prudence dont elle fait preuve : « Nous sommes bien persuadés que votre colonie nous sera rendue. Depuis le 17 octobre 1759, il n&rsquo;a été rien payé du trésor, pas même les intérêts. Il n&rsquo;y a que la paix qui procurera des arrangements sur le papier, en attendant il faut prendre patience. [&#8230;] Vous nous remettez votre mémoire avec ordre de ne l&rsquo;accomplir qu&rsquo;en cas de paix, que nous sommes charmés du sage parti que vous prenez car la guerre est plus animée que jamais » (Paillet et Meynardie à la veuve Guy, La Rochelle, 1761, Université de Montréal (UdM), fonds Baby, P0058, Correspondance, u-9258, voir aussi 20 juin 1761, u-9262; 28 février 1762, u-9263).</p>
<p style="text-align: justify;">Entre 1761 et 1763, la veuve Guy arrête pourtant de faire affaire avec eux. Le traité de Paris du 10 février 1763 modifie radicalement le commerce entre la métropole et sa colonie américaine puisque la cession à l’Angleterre coupe pratiquement tous les liens entre elles. Les Guy s&rsquo;adaptent rapidement à ce changement. Jeanne transfère d&rsquo;abord ses marchandises restées en entrepôt pendant toute la durée de la guerre et ses fonds au négociant rochelais Denis Goguet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce dernier met la mère et le fils en contact avec Daniel Vialars, de Londres. Pierre Guy va en Angleterre en mai 1763 où il s&#8217;emploie à reconstruire un réseau d&rsquo;affaires dans lequel les négociants londoniens joueront désormais un rôle stratégique. Les intérêts de la veuve Guy quittent la France et seront désormais confiés à une firme anglaise. C&rsquo;est ce que feront aussi plusieurs négociants montréalais, tels Étienne Augé, François Baby et les Hervieux.</p>
<p style="text-align: justify;">En temps de guerre, les navires ne quittèrent plus le port de La Rochelle pour faire du commerce avec les colonies, les risques d&rsquo;attaques et de naufrages étaient trop grands. La veuve a donc des marchandises entreposées depuis quelques années avant que son fils prenne une décision à ce sujet. Il informe sa mère qu’il s&rsquo;en départira avec 25 % de perte, plutôt que de les faire passer au Canada. En Angleterre, il constate avec satisfaction que les marchands qui faisaient de même perdaient plutôt 40 %. Pour Pierre, les prix des marchandises sont trop élevés à Londres. Il trouve plus prudent de ne rien acheter, surtout qu&rsquo;il croit que les produits anglais vont affluer sur le marché canadien à la suite de la prise de possession de la colonie. La veuve Guy a, à n’en pas douter, une relève sérieuse sur laquelle se reposer.</p>
<p style="text-align: justify;">Daniel Vialars s&rsquo;occupe de liquider les lettres de change de la veuve. Nous pouvons suivre l&rsquo;évolution de ce dossier complexe dans les nombreuses lettres (18 juillet 1763, 3 avril 1764, 23 octobre 1764, 12 janvier 1765, 14 décembre 1765) qu&rsquo;il envoie à la veuve pendant la décennie 1760-1770 : « Il y a longtemps qu’on dit que l’affaire de la Bastille sera bientôt déterminée, ce n’est pas le sentiment de M. Goguet qui croit que si on paye, ce sera à peu, Dieu veuille qu’il en soit autrement […]. Le papier du Canada n’a pas de cours en France, on dit qu&rsquo;il s’en est vendu à 20 &amp; 24 % &amp; que depuis quelques jours on a offert 30 %. Je ne sais qu&rsquo;en penser. […] My lord Halifax, secrétaire d’État, pour le prier d&rsquo;engager la cour de France à payer le papier des Canadiens. Il a promis qu&rsquo;il le ferait » (Daniel Vialars à M<sup>me</sup> Guy, Londres, 10 décembre 1763, UdM, fonds Baby, P0058, Correspondance).</p>
<p style="text-align: justify;">Combien possède-t-elle d&rsquo;argent sous cette forme ? Une somme de 52 000 ou 53 000 livres de lettres de change de 1758 est mentionnée par Vialars dans une lettre, puis un montant de 3 523 livres en ordonnances dans un document officiel (Bordereau d’ordonnances que moi, veuve Guy demeurante à Montréal rue St Paul, apporte au sieur Panet receveur établie pour en faire la vérification lesquelles m’appartiennent,Montréal, 8 juin 1763, UdeM, fonds Baby, P0058G3-7). Le détail reste encore à établir. Une chose est sûre, la veuve en possède une forte somme, comme les négociants de son niveau dans la colonie. N&rsquo;oublions pas que cet argent a été paralysé dans les coffres d&rsquo;hommes d&rsquo;affaires européens pendant des années. Elle a dû éprouver bien des soucis à cet égard.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux ans plus tard, la question n&rsquo;est toujours pas réglée. Daniel Vialars lui écrit le 5 avril 1765 : « Point de réponse encore aux représentations que notre cour a fait à celle de France relativement au papier, mais je suis persuadé que nous n’obtiendrons aucune faveur. Fort heureux si on veut enregistrer le papier qui ne l’a été ni en France ni en Canada. Le vôtre est encore en nature. Mon fils le négociera en mai prochain alors qu’il sera à Paris [&#8230;]. »</p>
<p style="text-align: justify;">Vialars commet alors une erreur qui va fortement indisposer la veuve à son égard et miner sa confiance. Il devait lui envoyer une commande lorsque les négociations entre l&rsquo;Angleterre et la France au sujet du papier du Canada seraient terminées. Il a effectivement livré les marchandises, mais a oublié d’y joindre un compte rendu de ses affaires. L&rsquo;insatisfaction teinte les lettres que la veuve et son fils adressent au négociant londonien dans les mois qui suivent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Passer le flambeau</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jeanne a conduit la destinée du commerce familial lors d&rsquo;une période particulièrement critique, marquée par la guerre et le passage d&rsquo;un régime à un autre avec les bouleversements que cela entraîne à tous les niveaux. Pierre Guy revient auprès de sa mère en 1763. Antoine Vialars l&rsquo;accompagne. Son père écrit : « Je vous recommande mon fils, je crois qu’il se fera naturaliser canadien. Je ne voudrais pas qu’il s’amourachât de quelques Canadiennes, j’ai besoin de lui ici » (Daniel Vialars à M<sup>me</sup> Guy, Londres, 10 décembre 1763, UdM, fonds Baby, P0058, Correspondance). Fort de l&rsquo;expérience récemment acquise en France puis en Angleterre, Pierre Guy s&rsquo;installe comme marchand à Montréal et s&rsquo;unit à Marie-Josephte Hervieux, sa cousine, fille de Louis-François Hervieux, important marchand montréalais, l&rsquo;année suivante. Voilà un mariage avantageux.</p>
<p style="text-align: justify;">La veuve Guy dirige son commerce d&rsquo;importation jusqu’à la fin de la guerre de Sept Ans, en 1763. Cette année-là, elle passe les rênes à son fils Pierre. Le 4 juin 1766, près de 20 ans après la mort de son mari Pierre, Jeanne procède enfin à la dissolution de la communauté de biens avec ses enfants et remet à Pierre un peu plus de 15 000 livres de marchandises sur la succession de son défunt mari. À l&rsquo;âge de 68 ans en 1770, après un veuvage de 22 ans, elle décède. Elle laisse 23 000 livres en héritage à son fils. Voilà un signe manifeste de la santé financière de la famille après une période de bouleversements économiques intenses. D&rsquo;autres familles, comme celle de la veuve Fornel, ne laissent pas un héritage aussi considérable. D&rsquo;ailleurs, dans le cas de celle-ci, la Conquête a mis un terme à ses activités commerciales.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’en est-il de sa fille Élizabeth ? Dans un document d’archives datant de 1788, il est écrit qu’elle est « fille majeure usant de ses droits » (Affidavit de Simon Sanguinet et de Jean-Bte Adhémar, juges de paix, attestant que Pierre Guy, fils, et Élizabeth Guy sont les seuls héritiers de Pierre Guy et de Jeanne Truillier LaCombe, son épouse, UdM, fonds Baby, P0058, A5, 399, 16 octobre 1788). Elle semble en cela suivre l’exemple d’autonomie et d’indépendance laissé par sa mère.</p>
<p style="text-align: justify;">Le numéraire se fait rare dans les années qui suivent la Conquête. Or, il est nécessaire pour s&rsquo;adapter, particulièrement pour les marchands canadiens. Le problème de l&rsquo;argent du Canada immobilisé pendant 6 ou 7 ans n&rsquo;est pas sans conséquence pour qui mène des affaires. C&rsquo;est le cas pour la veuve Guy dans l&rsquo;immédiat, qui s&rsquo;occupe de recouvrer ce qu&rsquo;elle peut, mais ce sera le cas aussi à plus long terme pour son fils. Pierre devra faire face à la concurrence des marchands britanniques dans une colonie appartenant à un nouvel empire.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons-nous que Pierre n’a pratiquement pas acheté de marchandises lors de son passage à Londres avant de rentrer au Canada. Il va d&rsquo;abord se tourner vers des confrères de Montréal et de Québec, resserrant les liens avec la petite bourgeoisie canadienne, avant de s&rsquo;éloigner de la gestion du magasin familial. Pierre va dès lors plutôt miser sur l&rsquo;achat de biens-fonds.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Jeanne Truillier dit Lacombe, appelée communément la veuve Guy, se retire peu à peu des affaires au profit de son fils, qui deviendra l&rsquo;une des personnes les plus en vue de la nouvelle colonie britannique. Elle est parvenue seule à lui léguer un commerce prospère et un solide réseau de relations qui lui permettront de faire sa marque.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous en savons encore très peu sur elle. J&rsquo;ai retracé ici les grandes étapes de sa vie : sa naissance, son mariage, sa carrière et sa mort. Mais qu&rsquo;est-ce que cela révèle sur une personne ? Je crois que nous pouvons penser, par les décisions qu&rsquo;elle a prises, que c&rsquo;était une femme déterminée et qu’elle avait une grande capacité d’adaptation. Cela fait plus de 250 ans qu&rsquo;elle attend dans les archives de se faire connaître. Il y a là des documents qui devraient permettre aux historiens de dessiner un beau cas d&rsquo;une veuve appartenant à la petite bourgeoisie canadienne qui a dû faire des choix économiques pertinents à la suite de la rupture radicale dans les échanges commerciaux imposée par la Conquête.</p>
<hr />
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		<title>Ma mère, Louisa May Alcott et moi</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2015 17:57:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[4 Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Travail et commerce]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; &#160; RACHEL NADON &#160; Ma mère n’a jamais travaillé. Ou plutôt si : elle a été femme au foyer toute sa vie. Sauf avant d’avoir des enfants : elle vendait des assurances pour la compagnie de son père. Elle a tout lâché pour réaliser son plus grand rêve : se marier, fonder une famille. Son plus grand [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Nadon.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1152" src="/wp-content/uploads/2015/05/Nadon.png" alt="Nadon" width="600" height="788" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Nadon.png 600w, /wp-content/uploads/2015/05/Nadon-228x300.png 228w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>RACHEL NADON</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Ma mère n’a jamais travaillé. Ou plutôt si : elle a été femme au foyer toute sa vie. Sauf avant d’avoir des enfants : elle vendait des assurances pour la compagnie de son père. Elle a tout lâché pour réaliser son plus grand rêve : se marier, fonder une famille. Son plus grand rêve, au fond, je ne sais pas. Je ne lui ai jamais demandé. Ma mère et moi, on ne parle jamais de <em><i>ça.</i></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><i><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-1130 size-full" src="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png" alt="Travail et commerce" width="200" height="200" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png 200w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-100x100.png 100w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a> </i></em></p>
<p style="text-align: justify;">De <em><i>ça </i></em>: de son choix de carrière, qu’elle maintient encore; de mon incompréhension coléreuse, adolescente, devant ce que je prenais pour une obéissance aveugle à une religion culpabilisante et oppressante; de ce travail de technicienne juridique qu’elle aurait aimé faire, m’a-t-elle dit un jour, sans regret dans la voix; de mon malaise qui a persisté longtemps, comme si je pensais que ma mère s’était consciemment privée de quelque chose de désirable : une autonomie, un <em><i>milieu de travail</i></em>, des ami.e.s. On n’a jamais parlé, non plus, de ces soirées avec le club de vélo où elle allait avec mon père et d’où elle revenait avec un air indéchiffrable : elle avait dû répondre qu’elle ne <em><i>travaillait pas non,</i></em> <em><i>quelle n’avait pas de métier, non, que c’était par choix, oui, qu’elle pensait peut-être, une fois les enfants partis… </i></em></p>
<p style="text-align: justify;">Moi, je suis privilégiée : je suis étudiante au doctorat. Je fais une thèse sur l’imaginaire du travail dans le roman québécois de la deuxième moitié du XX<sup>e</sup> siècle. J’étudie entre autres ces personnages de femmes au foyer amoureuses, de travailleuses sans salaire, d’ouvrières malheureuses, de syndicalistes courageuses. Je ne sais pas qui elles sont, ces Philomène, ces Louise, ces Jeanne, ces Irène. Elles me fascinent. Elles me disent quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify;">Fille d’une femme au foyer et d’un syndicaliste pour qui l’université est le moyen fantasmé d’avoir un <em><i>travail bien payé</i></em>, une <em><i>bonne situation</i></em>, <em><i>un fonds de pension</i></em>, je suis aussi une étudiante de première génération. Je sais que le choix de mon objet de recherche n’est pas tout à fait anodin. Avec ce sujet de thèse, c’est comme si mon travail – dont mes parents ne saisissent que l’abstraction fondamentale de laquelle j’ai de la difficulté à répondre devant eux – acquérait une dimension concrète et matérielle. Comme si, parlant de ces romans de Jean-Jules Richard, de Pierre Gélinas, de Gabrielle Roy, j’abolissais une distance imaginaire et que, donnant voix à ces ouvrières, à ces ménagères, à ces syndicalistes, je les poursuivais, je leur faisais une place, je leur étais solidaire.</p>
<p style="text-align: justify;">On m’a déjà dit qu’aux cycles supérieurs, on <em><i>travaille sur nos obsessions</i></em>. Je me suis demandé si on ne travaillait pas aussi sur nos contradictions. La fiction ne donne pas de réponse, et ne résout rien. Mais elle me donne à penser.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><b>Un mariage de fiction</b></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ma grand-mère Evelyn Ducharme a été femme au foyer toute sa vie. Avant de marier mon grand-père René, elle plaçait tous les jours des centaines de chocolats dans des boîtes de chocolats à l’usine Laura Secord. Sa mère, Evelyn Deagan, a été femme au foyer toute sa vie. Avec sa sœur et toutes ses cousines, elle a travaillé jusqu’à l’âge de raison à l’Imperial Tobacco. À Saint-Henri, disait ma grand-mère, les Mary comme les Yolande roulaient des cigarettes ou remplissaient des bobines de fil à la filature de la Dominion avant de <em><i>se placer</i></em>, et de commencer <em><i>la vraie vie </i></em>: le mariage, la famille, les enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">En littérature comme dans la réalité, le mariage a trop longtemps été, pour les femmes canadiennes-françaises (ou anglaises, comme mes Evelyn), la « carrière » la plus envisageable. Comme le notent les auteur.e.s de <em><i>Femmes de rêve au travail. Les femmes et le travail dans la production écrite de grande consommation au Québec, de 1945 à aujourd’hui </i></em><sup><sup>[1]</sup></sup><em><i>, </i></em>le travail salarié ne persiste souvent pas au-delà des épousailles fictives <sup><sup>[2]</sup></sup>: il permet par exemple aux filles de contribuer au salaire familial ou d’acquérir une certaine autonomie avant de quitter la maison la bague au doigt. Dans la réalité comme en littérature <sup><sup>[3]</sup></sup>, le milieude travail a ses avantages, comme celui de provoquer des rencontres inédites : ainsi Evelyn a-t-elle rencontré René parce qu’ils descendaient tous les jours au même arrêt de tramway.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec les grandes guerres, c’est connu, le nombre de femmes sur le marché du travail augmente considérablement, dans les filatures et les usines notamment. Or, la littérature ne se saisit pas immédiatement de cette réalité. Dans les récits et les romans populaires des années d’après-guerre, le thème du travail féminin « reste minoritaire » malgré les changements sociaux <sup><sup>[4]</sup></sup>. Les héroïnes ont parfois l’ambition d’avoir un métier ou en pratiquent un <sup><sup>[5]</sup></sup>, mais jusqu’à ce qu’un homme entre en scène et que leurs amours les ravissent. Les filles de milieux bourgeois, pour intellectuelles, vertueuses et travaillantes qu’elles soient, occupent rarement un emploi à l’extérieur de la sphère domestique <sup><sup>[6]</sup></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Si pour les femmes fictives des récits sentimentaux des années 1940 et 1950, « l’amour doit l’emporter sur le travail », les travailleuses de certains romans que j’étudie vivent une certaine ambivalence quant aux relations amoureuses. Dans <em><i>Les vivants, les morts et les autres </i></em>(1959) de Pierre Gélinas par exemple, les représentations des femmes sont fort variées : il y a les mères mal mariées, Maria et Rachel, exilées en ville contre leur gré; Stéphanie, militante pour le Parti communiste canadien et que la famille déprime; Yolande, qui travaille dans les cabarets depuis la mort de son mari; Réjeanne, qui milite activement dans l’Union des travailleurs et travailleuses du textile. Toutes entretiennent un rapport problématique à la famille et aux exigences sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">Le personnage de Réjeanne est celui qui me fascine le plus. Employée de l’usine de la Dominion Textile dans Hochelaga, Réjeanne est plus intéressée par l’action syndicale que par les hommes; pour elle, le combat quotidien est « l’état naturel de sa condition <sup><sup>[7]</sup></sup> ». Frondeuse, fervente activiste, critique de la religion comme de la domination économique des Canadiens et Canadiennes français.e.s <sup><sup>[8]</sup></sup>, Réjeanne finit cependant par se résigner au mariage avec Jean-Guy le <em><i>scab</i></em> et par abandonner l’action politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré la force d’inertie des structures sociales qui ramènent Réjeanne <em><i>à sa place</i></em>, la lumière perce : le travail est pour elle son identité, son <em><i>milieu, </i></em>c’est là qu’elle devient sujet politique, qu’elle apprend à la fois à former sa pensée, à mener des actions directes et à croire à un avenir autre. Elle lutte contre la finalité d’un destin lié à sa condition de fille ouvrière, que sa mère tente de lui imposer en brandissant la menace d’un avenir mal foutu, celui d’une femme célibataire s’éreintant à l’usine pour presque rien. Ce n’est qu’une fois les solidarités dissoutes que Réjeanne se résigne à la vie matrimoniale; une fois les luttes perdues, les idéaux défaits et les amitiés déçues qu’elle abdique <sup><sup>[9]</sup></sup>. On ne sait pas si elle continue à travailler une fois mariée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><b>Filiations matrilinéaires</b></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Encore aujourd’hui, certaines questions m’apparaissent insolubles. Comment comprendre le choix de ne pas s’affranchir économiquement, socialement, de son mari? Comment croire que ce choix n’est pas conditionné par une oppression intégrée et reconnue comme légitime, celle de la religion, du patriarcat? Quels impacts ont eu les luttes féministes des années 1970 et 1980 qui étaient contemporaines des réflexions et du choix de ma mère? Comment alors, en tant que sujet femme, construire son identité?</p>
<p style="text-align: justify;">À l’automne dernier, mes parents ont vendu la maison familiale. Ma mère m’a demandé de faire un sort à la bibliothèque, dont elle ne voulait rien garder. J’ai pris ce qui me semblait être le plus significatif : un livre sur John F. Kennedy et un livre ayant appartenu à ma grand-mère Evelyn, <em><i>Little Women</i></em> de Louisa May Alcott (<em><i>Quatre filles du docteur March, </i></em>1868). « To Evelyn. From Ma &amp; Pop. 20 avril 1946 », lit-on sur la page de garde.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré la pratique religieuse et la persistance des modèles familiaux et féminins traditionnels, Evelyn arrière-grand-mère et son mari Élias ont offert à Evelyn leur fille un roman qui explore la condition féminine sous l’angle de l’action et qui propose des représentations de la femme novatrices <sup><sup>[10]</sup></sup>. Par le biais du personnage de Jo, l’émancipation apparaît liée au savoir et non aux relations amoureuses (qui sont à peine effleurées).</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas si ma mère a lu <em><i>Little Women.</i></em></p>
<p style="text-align: justify;">Je sais qu’elle s’intéresse à mon discours féministe.</p>
<p style="text-align: justify;">Je sais aussi qu’elle réfléchit à sa condition de femme au foyer.</p>
<p style="text-align: justify;">Je sais que ses motivations ne sont pas aussi nettement tranchées que peuvent le laisser entendre certaines critiques féministes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je sais que je ne serai pas femme au foyer.</p>
<p style="text-align: justify;">N’empêche.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faudra bien que j’en discute un jour avec ma mère.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[1]</sup></sup>Denis Saint-Jacques, Julia Bettinotti, Marie-José Des Rivières, Paul Bleton et Chantal Savoie, <em><i>Femmes de rêve au travail. </i></em><em><i>Les femmes et le travail dans la production écrite de grande consommation, au Québec, de 1945 à aujourd’hui, </i></em>Montréal, Éditions Nota bene, coll. « Études culturelles », 1998.</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[2]</sup></sup> Tant pour les héroïnes aristocrates des romans d’amour de Delly que pour celles des récits destinés aux femmes et publiés dans les revues populaires, « l’amour doit l’emporter sur le travail, car la véritable “carrière”, c’est le mariage » (<em><i>ibid.</i></em>, p. 35).</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[3]</sup></sup>Dans les récits sentimentaux de la <em><i>Revue populaire</i></em>, par exemple, « le travail joue un rôle en tant que motif d’intrigue. Il permet à la jeune fille de fréquenter librement, hors du cadre des stratégies d’échange familial, des gens que ne lui auraient pas présentés ses proches » (<em><i>idid</i></em>, p. 40).</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[4]</sup></sup> « Si la littérature populaire a effectivement thématisé cette mutation déterminante de la condition féminine qu’est l’accroissement sensible de la part des femmes sur le marché du travail, ce thème reste minoritaire. En fait, c’est plutôt par omission que le roman sentimental est conservateur; il survalorise la sphère privée, l’intime, l’espace du sentiment et de la famille et, parallèlement, tend à ignorer le travail comme thème ou à ne lui accorder qu’une place narrativement subalterne » (<em><i>ibid., </i></em>p. 56).</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[5]</sup></sup> « Le travail est généralement plus présent dans les ambitions initiales des héroïnes qu’à la fin des récits où tout est récupéré par l’amour » (<em><i>ibid.</i></em>, p. 36). Or, si le travail mène « quasi invariablement l’héroïne du travail salarié aux tâches domestiques non rémunérées, il faut comprendre à quel ancien rêve de promotion sociale » il se réfère : celui du « conte de fées », du mari pourvoyeur qui « dégag[e] complètement l’heureuse élue de l’obligation de travailler » (<em><i>ibid</i></em>., p. 156).</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[6]</sup></sup> On peut penser aux personnages féminins de Delly, « une des romancières les plus emblématiques du genre [du roman sentimental] » (<em><i>ibid.</i></em>, p. 27), et dont « le travail ne doit pas dépasser les limites de la demeure familiale ou le périmètre du château où elle a été accueillie et placée sous la protection du seigneur et de sa famille » (<em><i>ibid.</i></em>, p. 30).</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[7]</sup></sup> Pierre Gélinas, <em><i>Les vivants, les morts et les autres</i></em>, Montréal, Édition Trois-Pistoles, 2011 [1959], p. 58.</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[8]</sup></sup> À sa mère qui affirme que la lutte syndicale et la grève sont vaines parce que les entreprises sont trop puissantes, Réjeanne réplique : « Franchement, sa mère, ça m’amuse pas d’être en grève. Seulement, on peut pas vivre en rampant toute sa vie » (<em><i>ibid., </i></em>p. 174).</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[9]</sup></sup> La fin de la grève, la difficulté de convaincre les employé.e.s de poursuivre le combat et « tout le reste […] dispersé aux quatre vents de la vie quotidienne » lui fait découvrir une autre réalité, un autre avenir possible, celui du mariage et non du travail à la filature : « Rejetée sur elle-même, elle avait découvert les servitudes de son âge et de sa condition de jeune fille. […] Justement, elle pressentait ne l’être plus [libre] : aurait-elle désormais autre chose que des devoirs de ménagère? D’être pour Jean-Guy, ou pour tout autre homme, ce que sa mère avait été pour Wilfrid? Désorientée et meurtrie, Réjeanne n’était toutefois pas encore résignée » (<em><i>ibid.</i></em>, p. 301). C’est une fois qu’elle abandonne définitivement le militantisme – en refusant d’aider son ami Maurice Tremblay à organiser sa campagne électorale pour le Parti communiste — qu’elle accepte de marier Jean-Guy.</p>
<p style="text-align: justify;"><sup><sup>[10] </sup></sup>Comme le souligne Claire Le Brun, <em><i>Little Women </i></em>est considéré par la critique féministe américaine « comme l’un des premiers <em><i>Female Bildungsromane </i></em>américains » (« De <em><i>Little Women </i></em>de Louisa May Alcott aux <em><i>Quatre filles du docteur March </i></em>: les traductions françaises d’un roman de formation au féminin »<em><i>, Meta</i></em>, vol. 48, no 1-2, 2003, p. 48). Il faut dire que Louisa May Alcott vient d’une famille féministe et abolitionniste, et qu’elle a elle-même écrit, avant <em><i>Little Women</i></em>, des romans particulièrement critiques. Le Brun ajoute aussi que « peu de romans destinés à un jeune public féminin, tous pays et langues d’origine confondus, ont connu en France et dans les pays francophones un succès aussi unanime et aussi durable que <em><i>Little Women </i></em>de Louisa May Alcott » (<em><i>ibid.</i></em>, p. 47).</p>
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230;. Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2015 17:57:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[4 Économie]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
		<category><![CDATA[Travail et commerce]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>JULIE VEILLET Dans le cadre de ce numéro sur l’économie, nous cherchions à faire le portrait d’une Françoise particulièrement impliquée dans le milieu des affaires. Nous n’avons pas eu à nous casser la tête longtemps; Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) depuis 2003, cumule plus de trente [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1281" src="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.png" alt="FBertrand" width="600" height="265" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.png 600w, /wp-content/uploads/2015/05/FBertrand-300x132.png 300w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></a> JULIE VEILLET</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cadre de ce numéro sur l’économie, nous cherchions à faire le portrait d’une Françoise particulièrement impliquée dans le milieu des affaires. Nous n’avons pas eu à nous casser la tête longtemps; Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) depuis 2003, cumule plus de trente ans d’expérience à la tête de différentes organisations.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-1130 size-full" src="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png" alt="Travail et commerce" width="200" height="200" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png 200w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-100x100.png 100w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Diplômée en sociologie de l’Université de Montréal et détentrice d’une maîtrise en études environnementales de l’Université de York à Toronto, elle effectue une carrière de gestionnaire de haut niveau à l’Université du Québec à Montréal où elle occupe diverses fonctions, dont celle de doyenne à la gestion des ressources. Elle dirige ensuite plusieurs organisations, dont la Société de radio-télévision du Québec – aujourd’hui connue sous le nom de Télé-Québec –, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et Groupe SECOR.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’elle ne se considère pas elle-même comme féministe, comme elle nous l’a précisé au tout début de l’entrevue, Françoise Bertrand est une femme qui a trimé dur pour faire sa place dans un milieu d’hommes, et pas le moins hostile. Il nous a donc semblé tout à fait à propos de nous entretenir avec elle afin qu’elle nous parle de ses différentes expériences, des défis d’occuper un poste de direction en tant que femme et de la place actuelle des femmes dans les communautés d’affaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Julie Veillet : Bonjour Mme Bertrand, merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Vous êtes présidente-directrice générale de la FCCQ depuis 2003.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Françoise Bertand :</strong> Je suis arrivée à la tête de l’organisation en août 2003, et j’y suis depuis, donc depuis 12 ans. J’y suis très heureuse, très enthousiaste, toujours aussi passionnée, toujours aussi curieuse. C’est formidable parce que j’ai appris beaucoup de choses à travers les membres, que ce soit dans les chambres de commerce ou nos membres corporatifs. J’ai vraiment accru ma compréhension des enjeux économiques de façon importante, tout en restant une généraliste affirmée. <em>(Rires)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.jpg"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1286" src="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.jpg" alt="FBertrand" width="322" height="483" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.jpg 1365w, /wp-content/uploads/2015/05/FBertrand-199x300.jpg 199w, /wp-content/uploads/2015/05/FBertrand-682x1024.jpg 682w" sizes="(max-width: 322px) 100vw, 322px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Quel est le pourcentage des femmes qui sont membres des chambres de commerce environ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>Souvent, c’est assez mixte. Je vous dirais que comme dg, souvent, ce sont des femmes. Enfin, dans les chambres les plus actives, ce sont des femmes. Et pour la présidence, ça alterne. Mais les femmes ne sont pas exclues, loin de là. Pour les conseils d’administration, c’est mixte aussi. Ça va varier selon les régions, les localités. Ça dépend beaucoup du tissu économique aussi. Dans les milieux plus industriels, les milieux de commerce de détail où il y a plus de professionnels, ça va varier. Je vais être franche, du côté des dg, il y a plus de femmes, et du côté de la présidence des chambres, il y a plus d’hommes. Il y a une belle diversité, mais il y a encore une supériorité numérique aux postes d’administrateurs chez les hommes. Mais depuis que je suis là, depuis 13 ans, je peux voir que la présence des femmes s’est accrue de façon importante et il y a un rajeunissement des administrateurs. Ça amène vraiment des regards différents, des approches différentes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Est-ce que la conciliation travail-famille a été difficile pour vous?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>J’ai fait des choix, mais je ne dirais pas que ça a été difficile. Moi, j’ai appris dans la vie à vivre avec les conséquences de mes gestes. Je me suis mariée, j’ai été divorcée et j’ai eu une fille. Ça m’a amenée à faire des choix. Par exemple, j’ai eu pendant longtemps une gardienne à la maison, alors que je n’avais pas de voiture. J’ai déjà changé de <em>job</em> parce que ça me redonnait une présence à des heures importantes pour être avec ma fille. Quand j’ai quitté l’UQAM, avant que je choisisse Télé-Québec, il y a eu des offres pour prendre des postes ailleurs dans d’autres villes et je les ai refusées, je ne les ai même pas considérées deux secondes, parce que ma fille devait avoir 15 ans à cette époque-là, et c’est évident qu’elle ne m’aurait pas suivie, et je ne voulais pas ne pas profiter de ma fille jusqu’au bout de sa présence dans ma vie plus immédiate. Pour le reste, je dirais que plus ma fille a grandi – il faut dire que j’ai eu ma fille à 23 ans –, alors plus j’avais des responsabilités et plus ma fille devenait autonome. On a grandi ensemble : moi en responsabilités et elle en âge, en autonomie et en indépendance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Sentez-vous parfois que le regard critique sur les femmes dans votre milieu est déplacé, comme c’est le cas pour les femmes en politique. Je pense notamment à l’exemple de Pauline Marois, qui se faisait souvent critiquer sur ce qu’elle portait. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>C’est comique ça parce que c’est vrai. Mais en même temps, pour Monique Jérôme Forget, qui n’était pas première ministre, mais qui avait quand même un poste très important, ça n’a pas été le cas. Alors, j’ai peine à démêler dans ma tête ce qui appartient à la personne, ce qui appartient au fait que c’est une femme… Mais moi, comme femme, d’abord, je ne me suis jamais cachée de l’être, je ne me suis pas habillée tout à coup dans des tailleurs noirs ou marines – aujourd’hui par exemple, je suis dans le turquoise –, j’ai toujours été qui j’étais et j’ai toujours défendu ce principe-là. Là, je suis féministe, vous allez voir <em>(rires)</em>, moi ce que je défends, c’est qu’on prenne notre place avec qui on est et dans toute notre diversité et non pas se mettre sur un modèle. S’il y a quelque chose qu’on a acquis, c’est le droit de nos choix jusqu’au bout. Pas à moitié. Et moi, je réfute les espèces de modèles comme la gestion au féminin. Je ne suis pas là du tout, du tout. Ce qui fait la richesse des équipes et des organisations, c’est une réelle diversité, mais basée sur qui on est, et non pas sur comment on voudrait se projeter pour que les gens aient une perception de nous qui serait fausse. Si on était tous faits pareils, ce serait bien ennuyant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Comment c’est d’être porte-parole d’une grosse association? Est-ce que c’est difficile d’avoir à se prononcer sur des sujets chauds de l’actualité et d’avoir à subir les critiques? Je pense notamment à votre déclaration concernant le manifeste environnemental <a href="http://elanglobal.org/"><em>L’élan global</em></a>. Vous avez reçu plusieurs critiques à la suite de cette intervention, comment vivez-vous avec les critiques?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>Très bien. Comme je le disais, il faut vivre avec les conséquences. Il ne faut pas non plus parler à travers son chapeau. Il faut parler à partir de faits, parler avec des analyses qu’on a pu faire, des argumentaires, des mémoires. Ici, on travaille avec 20 comités, on a tout un processus de gouvernance, on travaille avec des experts dans chacune des filières, donc les opinions sont à la fois documentées, et d’autre part, passées au crible dans notre système de gouvernance. C’est sûr que la critique sur <em>L’élan global</em>, ça s’appuie sur ce qu’on a écrit depuis des années sur un portefeuille pluriel. J’ai un peu exagéré <em>(rires)</em> quand je les ai envoyés vivre au Utah, ça, j’avoue que je me suis laissée emporter, mais sur le fond de l’argument, de dire que c’est une vision romantique de la nature, de penser que nous avons encore besoin d’hydrocarbures pour plusieurs décennies… c’est certain que ça, je suis très à l’aise que des gens ne soient pas d’accord avec moi, mais j’espère que ces gens-là acceptent qu’on ne soit pas d’accord avec eux aussi. Il y a des faits, il y a des opinions, des perceptions, des interprétations. J’ai été présidente du CRTC pendant cinq ans, des critiques, j’en ai eues. Si on n’est pas capable de vivre avec ça, on est aussi bien de ne rien faire. Il n’y a que les gens qui ne font rien qui ne peuvent pas être critiqués. Franchement, je m’étais emportée ce matin-là [sur la critique de <em>L’élan global</em>] parce que ça, habituellement, je ne vais pas là, je ne fais pas de choses personnalisées… C’est malvenu ça, ce n’était pas nécessaire. Mais de dire que certains voudraient qu’on retourne à la chandelle et à la charrette – j’ai dit ça plusieurs fois –, je pense qu’ils ont une vue romantique de la nature, c’est ce que je pense.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Pensez-vous que les regroupements de femmes en affaires ont encore leur place en 2015? Pensez-vous que ça a permis de donner plus de place aux femmes dans les milieux d’affaires ou si au contraire, ça ne participe pas plutôt à les ghettoïser?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>Je pense que ça prend les deux. Comme femmes, on ne peut pas juste se réfugier dans des groupes de femmes. Mais inversement, si on avait été juste dans des groupes où on était la seule ou si on était chanceuse, on était deux, un moment donné, on manque de support. Mais moi j’ai été dans des groupes masculins à grande majorité, et du support, j’en ai eu, des mains tendues par des hommes, j’en ai eues. C’est ce qui a fait ma carrière au fond. Très peu de fois, ce sont des femmes qui m’ont tendu la main, qui m’ont donné des chances. Pas parce que les femmes me boycottaient, c’est parce qu’il n’y en avait pas. Donc, ce n’est pas parce que les hommes ne sont pas capables de soutien et d’offrir des opportunités, mais il reste qu’il y a des éléments pour lesquels c’est le <em>fun</em> de parler entre femmes. Et ça, ça reste bien agréable. C’est clair qu’il y a des femmes qui n’aiment pas se retrouver comme ça entre femmes, comme si leurs collègues pouvaient penser qu’elles avaient une image d’elles pas assez ferme, pas assez sûres d’elles, et que ça leur porterait ombrage. Mais c’est vrai qu’avec les femmes des fois, on peut avoir des partages un peu différents, avec des connotations et des couleurs différentes. Je suis pour la diversité à tout point de vue.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Que considérez-vous comme étant votre plus grande réalisation en carrière?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>J’ai eu l’extrême privilège de toujours faire des choses que j’aimais, avec des équipes extraordinaires, avec beaucoup d’enthousiasme et de dévouement, tout en ne m’oubliant pas. J’ai eu la chance de toujours faire du travail que j’adorais et quand je n’aimais plus ça, je changeais. C’est certain que la présidence du CRTC, ça a été extrêmement important. C’est pendant que j’étais là qu’on a ouvert la concurrence pour la téléphonie, qu’on a permis la consolidation des entreprises en matière de radiodiffusion… C’est sûr que ce passage-là a été crucial. Mais le rôle que je joue ici aussi. J’y suis encore et ça prouve comment je suis passionnée par le travail qu’on fait, j’y crois beaucoup à cette mission-là. Quand vous faites le tour des chambres de commerce et que vous voyez le peu de moyens qu’on a et tout ce qu’on accomplit, je ne peux pas ne pas en ressentir une très grande fierté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : En terminant, qu’est-ce qu’on vous souhaite pour l’avenir?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FB : Que ça continue! <em>(Rires)</em> Une chose qu’on oublie toujours, ce qui permet qu’on fasse une carrière, c’est les choix de vie. Moi, je trouve qu’on a obtenu ce choix-là. Et on doit l’exercer. Peu importe le choix qu’on a, deux ingrédients absolument importants : la santé et l’énergie. Si on n’a pas la santé, la vie que j’ai menée à travers toute cette carrière-là, je n’aurai pas pu. Deuxièmement : le travail. Ma grand-mère disait toujours : « Y’a juste dans le dictionnaire que succès vient avant travail. » Parce qu’occuper des postes, ce n’est pas juste de les occuper. Comme femme, j’ai toujours été « la première femme à… ». C’est sûr, c’est ma génération, c’est normal. En même temps, je ne l’ai jamais senti comme tel, mais je réalise aujourd’hui qu’il ne fallait pas que je me trompe, il ne fallait pas que j’échoue. Parce que quand t’es la première, c’est sûr que les gens te regardent et si ça marche, une autre peut être acceptée plus facilement. Ça veut pas dire que c’est un automatisme… Alors, ça, je ne l’ai pas senti comme un poids, mais avec le recul je le vois. Donc, beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail.</p>
<p>&nbsp;</p>
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