<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	
	xmlns:georss="http://www.georss.org/georss"
	xmlns:geo="http://www.w3.org/2003/01/geo/wgs84_pos#"
	>

<channel>
	<title>1 Sans thème Archives - FRANCOISE STEREO</title>
	<atom:link href="/category/numero-1/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>/category/numero-1/</link>
	<description></description>
	<lastBuildDate>Sun, 08 Mar 2015 00:37:24 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<!--Theme by MyThemeShop.com-->
	<item>
		<title>Viarge! Pourquoi Françoise Stéréo?</title>
		<link>/viarge-pourquoi-francoise-stereo/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=viarge-pourquoi-francoise-stereo</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Françoise Stéréo]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[VIARGE! - Éditoriaux]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=118</guid>

					<description><![CDATA[<p>LE COLLECTIF &#160; On va nous poser la question, aussi bien y répondre tout de suite. Pourquoi sentir le besoin de s’exprimer en tant que féministes dans un Québec où, nous dit-on, les femmes sont choyées? D’abord, nous ne nous sentons pas si « choyées » lorsque nous voyons une publicité pour un MILF-O-THON (dont MamZelle Tourmente [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/viarge-pourquoi-francoise-stereo/">Viarge! Pourquoi Françoise Stéréo?</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignleft wp-image-119 " src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Viarge_656x490-300x224.png" alt="Programmatique_Viarge_656x490" width="371" height="278" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Viarge_656x490-300x224.png 300w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Viarge_656x490-65x50.png 65w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Viarge_656x490.png 656w" sizes="(max-width: 371px) 100vw, 371px" />LE COLLECTIF</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On va nous poser la question, aussi bien y répondre tout de suite. Pourquoi sentir le besoin de s’exprimer en tant que féministes dans un Québec où, nous dit-on, les femmes sont choyées? D’abord, nous ne nous sentons pas si « choyées » lorsque nous voyons une publicité pour un MILF-O-THON (dont MamZelle Tourmente nous parle <a href="http://mamzelltourmente.blogspot.ca/2014/02/je-vous-encourage-ne-pas-frequenter.html">ici</a>), des autocollants TDF (toutes des folles) sur vos chars ou encore ces jouets d’enfants que les fabricants tiennent mordicus à diviser garçon/fille pour nous montrer à quel point nous sommes différentes (un <a href="http://www.toysrus.ca/product/index.jsp?productId=15647616">mini aspirateur rose et mauve</a> pour Noël ma grande?). Ensuite, l’égalité réelle est loin d’être atteinte. Les femmes continuent d’être victimes de nombreuses violences, parfois dans l’indifférence totale; pensons aux centaines de femmes autochtones <a href="http://www.nwac.ca/fr/communiqu%C3%A9-de-presse-%E2%80%93-pour-diffusion-imm%C3%A9diate-2014-05-16-fr">assassinées ou disparues</a>. Qu’on considère le <a href="http://www.statcan.gc.ca/pub/89-503-x/2010001/article/11388/c-g/c-g001-fra.htm">revenu total</a> ou le <a href="http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/labr69a-fra.htm">salaire horaire</a>, elles continuent d’être payées moins que les hommes. S’il est vrai qu’elles semblent favorisées dans le milieu scolaire (elles sont, par exemple, plus nombreuses que les hommes à être titulaires de diplômes de baccalauréat), leur capital scolaire n’est pas automatiquement <a href="http://www.lapresse.ca/actualites/education/201402/27/01-4743080-des-etudes-postsecondaires-saverent-payantes-a-long-terme.php">converti</a> en un capital économique conséquent.</p>
<p>Féministes, d’accord, mais pourquoi une revue? Parce que trop peu de femmes prennent la parole dans les revues intellectuelles au Québec. Dans les médias en général, les chroniqueurs et les experts se prononçant sur des enjeux culturels, politiques, sociaux et économiques sont en très forte majorité des hommes; les femmes sont trop souvent cantonnées aux « intérêts féminins » (le courrier du cœur, la consommation, les sections vivre et bien vivre, parce qu’il faut évidemment performer aussi dans le « vivre »), à la critique légère et aux questions reliées à leurs fonctions traditionnelles (soins, famille, éducation et petite enfance). Oui, oui, il y a des femmes de pouvoir et des hommes qui tiennent des chroniques d’horticulture. Des exceptions. La grille d’analyse féministe est parfois présente dans certains médias de gauche, mais elle ne se retrouve que ponctuellement dans des publications plus généralistes et fait toujours l’objet d’un certain <a href="http://www.amazon.com/Feminism-Ugly-Truth-Mike-Buchanan/dp/0956641695">mépris</a>.</p>
<p><em>Françoise Stéréo</em> sera donc une revue intellectuelle et d’idées portée par le projet féministe, ouverte à son lectorat et curieuse de tout. Nous croyons qu’il est toujours nécessaire d’affirmer nos féminismes et souhaitons joindre nos voix à celles qui existent déjà. Nous saluons le travail des revues savantes féministes (<em>Recherches féministes</em>, <em>FéminÉtudes</em>), des Éditions du remue-ménage, des intellectuelles québécoises qui montent au front, et bien sûr de toutes ces filles qui s’activent sur le Web, chez <a href="http://www.jesuisfeministe.com/">jesuisféministe</a> par exemple, pour ne nommer qu’elles. Nous voulons également mettre en valeur l’héritage de celles qui nous ont précédées; dans ce premier numéro, dédié à Hélène Pedneault, Françoise Guénette nous parle de son passage à <em>La Vie en rose</em>.</p>
<p>La revue est dirigée par un comité éditorial non mixte et la publication sera trimestrielle. Les numéros seront organisés autour de dossiers thématiques qui comprendront des textes longs permettant de traiter d’un sujet en profondeur. En plus des textes faisant partie du dossier, diverses rubriques récurrentes marqueront la nature périodique de la publication et pourront donner lieu à des textes personnels, humoristiques ou revendicateurs. Parmi nos collaboratrices, Lucie Joubert sera notre gérante d’estrade,Caroline Allard nous donnera son point de vulve et Pierre-Luc Landry s’occupera à la déconstruction des stéréotypes. En revanche, les textes du dossier vont se caractériser par un contenu plus analytique. Toutes les approches sont bienvenues : analyses littéraires et linguistiques, politiques, sociologiques, philosophiques, historiques pourront se côtoyer dans un même numéro.</p>
<p>Les féminismes sont nombreux; <em>Françoise Stéréo </em>entend faire résonner les voix d’un mouvement pluriel et pourra être un lieu de débat. Le flambeau que nous ont passé nos mères et nos grands-mères n’est pas éteint. Nous comptons le lever bien haut pour éclairer la pensée des unes et les préjugés des autres.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le collectif</p>
<p>Marie-Andrée Bergeron<br />
Valérie Gonthier-Gignac<br />
Djanice St-Hilaire<br />
Catherine Lefrançois<br />
Marie-Michèle Rheault<br />
Julie Veillet</p>
<p>Cet article <a href="/viarge-pourquoi-francoise-stereo/">Viarge! Pourquoi Françoise Stéréo?</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">118</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Contre Neil Patrick Harris ou Pourquoi je refuse de me marier et pourquoi je suis en colère contre la télévision</title>
		<link>/contre-neil-patrick-harris/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=contre-neil-patrick-harris</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Notes pour un existentialisme queer]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre-Luc Landry]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=71</guid>

					<description><![CDATA[<p>PIERRE-LUC LANDRY &#160; Neil Patrick Harris, vedette de la série télévisée How I Met Your Mother, est fiancé depuis 2006 à l’acteur David Burtka; ils ont deux enfants, Gideon Scott et Harper Grace, nés en 2010 d’une mère porteuse. Ils sont propriétaires d’une maison de la cinquième avenue dans Harlem, où la petite famille de [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/contre-neil-patrick-harris/">Contre Neil Patrick Harris ou Pourquoi je refuse de me marier et pourquoi je suis en colère contre la télévision</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignleft wp-image-154 size-full" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_NotesPourUnExist_500x261.png" alt="Programmatique_NotesPourUnExist_500x261" width="525" height="261" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_NotesPourUnExist_500x261.png 525w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_NotesPourUnExist_500x261-300x149.png 300w" sizes="(max-width: 525px) 100vw, 525px" />PIERRE-LUC LANDRY</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Neil Patrick Harris, vedette de la série télévisée <em>How I Met Your Mother</em>, est fiancé depuis 2006 à l’acteur David Burtka; ils ont deux enfants, Gideon Scott et Harper Grace, nés en 2010 d’une mère porteuse. Ils sont propriétaires d’une maison de la cinquième avenue dans Harlem, où la petite famille de quatre habite depuis 2013. Harris est considéré comme un acteur important pour la lutte LGBT et a d’ailleurs attendu l’adoption du <em>Marriage Equality Act</em> par la chambre basse de la législature de l’État de New York en 2011 pour annoncer sur Twitter qu’il était fiancé à son petit ami depuis cinq ans. Cette annonce servait à célébrer, a-t-il affirmé, la victoire importante qui venait d’être remportée par la communauté qu’il représente <em>de facto</em>.</p>
<p>Anderson Cooper est chef d’antenne et animateur à la chaîne CNN. En juillet 2012, il a annoncé son homosexualité par le biais d’un courriel envoyé au blogueur Andrew Sullivan. Il a également informé le public de ses intentions envers son petit ami, Benjamin Maisani, à qui il souhaite se fiancer. La presse à potins s’est rapidement emballée après le <em>coming out</em> de Cooper et a publié des photos de Ben Maisani embrassant un autre homme dans un parc de New York. Que s’est-il réellement passé? Le couple est-il en danger? Maisani a-t-il brisé le cœur de Cooper, l’animateur chouchou de la télévision <em>prime time</em>[1]?</p>
<p>La comédie de situation <em>Modern Family</em> présente un couple homosexuel formé par Cameron Tucker (interprété par Eric Stonstreet) et Mitchell Pritchett (joué par Jesse Tyler Ferguson). Le couple a adopté au Vietnam une petite fille dès le pilote de la série en 2009. Jesse Tyler Ferguson s’est marié en 2013 avec Justin Mikita, un avocat qu’il fréquente depuis près de quatre ans. Eric Stonestreet, quant à lui, est hétérosexuel. Je ne sais rien de sa vie privée, sinon ce que nous révèle la page <em>Wikipédia</em> qui lui est consacrée : il aime le hockey, plus particulièrement les Kings de Los Angeles, et soutient l’équipe sportive de la Kansas State University.</p>
<p>Quel est l’intérêt de rappeler ces faits prosaïques, peut-on se demander (avec raison)? C’est que, il me semble en tout cas, la lutte internationale en faveur du mariage pour tous a favorisé un climat d’hétéronormativité qui trouve de nombreux échos dans la culture populaire, notamment dans le média le plus puissant lorsque vient le temps de définir la « norme » : la télévision. Le discours télévisuel dominant fait ses choux gras des récents changements dans les mœurs et présente à heures de grande écoute des personnages de fiction homosexuels, ou encore met de l’avant par les différents organes de presse qu’il contrôle (et qui lui sont tributaires) des histoires véridiques en lien avec la cause LGBT, tout en dé-subvertissant les acteurs de la lutte, en les édulcorant, même. Il existe aujourd’hui un adoucissement certain de la figure de l’homosexuel, atténuation qui ne date toutefois pas d’hier : il suffit de retourner à <em>Friends,</em> par exemple, où le lesbianisme qui détruit des familles s’est très rapidement transformé en quelque chose de gluant, plein d’amour maternel, portant des espadrilles blanches et des chandails de laine noués à la taille, bref, en quelque chose de tout à fait inoffensif pour la classe moyenne.</p>
<p><em>Gay people are just like us!</em> semble dire la télévision aujourd’hui. Regardez comme ils sont aimants, fidèles, regardez comme ils élèvent bien leurs enfants, comme ils entretiennent amoureusement le gazon et les fleurs devant leur maison! C’est ce que <em>Desperate Housewives</em> aussi nous apprend… Les homosexuels à la télévision sont acceptables dans la mesure où ils adhèrent aux valeurs conservatrices qui sont partagées par « l’ensemble de la population » (il me peine d’écrire ces mots, vraiment). Jarrett Barrios, le président de GLADD, organisation non gouvernementale de surveillance et de veille médiatique dont le slogan est « <em>leading the conversation for lgbt equality</em> », a affirmé à <em>PopEater</em> – maintenant <em>HuffPost Celebrity</em> – l’importance de faire de la place dans les médias aux histoires comme celle de Neil Patrick Harris : « <em>As more and more loving and committed gay and lesbian couples start families together, it is important to see stories like Neil&rsquo;s that reflect what most fair-minded Americans already know: gay people and our families are no different than them. For many, Neil is the first gay person they&rsquo;ve seen come out, fall in love and become a dad, and his story is helping Americans understand that gay people deserve the same opportunity to take care of our families and loved ones</em>[2]<em>. </em>» L’adjectif <em>fair-minded</em>, pour ceux qui ne le savent pas, se traduit en français par <em>impartial</em>. Ce que les gens « impartiaux » savent, donc, c’est que les homosexuels et leurs familles ne sont pas différents d’eux. Loin de moi l’idée de donner dans le différentialisme, qui cache son essentialisme sous un nom légèrement distinct, mais peut-on affirmer plus clairement son appartenance au conservatisme social que de cette manière, en mettant la famille au centre de toutes les préoccupations? Une petite visite sur le site Internet de GLAAD permet d’ailleurs de constater que le mariage – en tant que cérémonie et rite social, et non en tant que droit du citoyen et contrat légal – est bel et bien au cœur des préoccupations des activistes qui, pourtant, travaillent contre la discrimination véhiculée par le patriarcat et l’hétérosexisme. On y parle en effet de plusieurs couples télévisuels (fictifs ou réels) qui ont uni leurs destins ou qui le feront sous peu, comme Will et Sonny du feuilleton <em>Days of Our Lives</em>[3]ou comme Sara Gilbert, animatrice du talk-show <em>The Talk</em> de CBS, qui s’est tout juste mariée à la chanteuse Linda Perry[4]. Qui plus est, Jennifer Lopez recevra le prix Vanguard 2014 pour sa contribution significative à la promotion des droits des communautés LGBT. On lui décerne ce prix pour son rôle de productrice de la série télé <em>The Fosters</em>, qui met en vedette deux femmes lesbiennes qui élèvent une famille[5]… (Tout est dans les points de suspension.)</p>
<p>Qu’en est-il de ces gais, de ces lesbiennes et de ces autres individus aux sexualités situées quelque part sur le spectre <em>qui ne sont pas mariés ou en passe de l’être</em>? Quels rôles jouent-ils dans les émissions de télévision dont on se gave? Quelle place leur est réservée dans les médias? Il semble que les rôles sexuels et sociaux que l’on voudrait que la communauté LGBT endosse sont très clairs : calqués sur ceux du modèle hétérosexuel, ils campent les individus dans une relation à long terme qui produira des enfants et qui viendra enrichir la classe moyenne en adoptant son style et son rythme de vie. Sommes-nous otages de la bien-pensance? S’agit-il pour les médias d’une manière de se dédouaner en présentant des modes de vie dits « alternatifs » – dans la limite où ceux-ci ne sont pas (ou plus) subversifs et qu’ils permettent de faire rouler l’économie? Que les conservateurs radicaux se rassoient : il n’y a pas de guerre à l’hétéronormativité dans les médias. Bien au contraire. C’est tout comme si on avait accepté de jouer au patriarcat en forçant la norme pour s’y insérer bien confortablement, plutôt que de la faire éclater au grand jour, avec son hypocrisie.</p>
<p>Les médias insistent sur la vie privée des vedettes homosexuelles pour bien montrer la manière dont celle-ci se rapproche de la « norme » : ils sont inoffensifs, voyez! Ils sont comme nous! Ils se marient et font des enfants! Ils prennent les mêmes photos que nous, pieds nus, en jeans bleus et t-shirts blancs! Parallèlement, les médias mettent l’accent sur la vie privée des jeunes femmes célibataires d’Hollywood pour montrer ce qu’il y a de décadent à refuser la famille, à mener une vie qui n’est pas centrée autour des valeurs conservatrices et qui, par la bande, se rapproche dangereusement de la débauche honteuse et effrénée : Lindsay Lohan, Amanda Bynes, Britney Spears, Miley Cyrus et Amy Winehouse ont toutes été, à différents degrés, victimes de cet appétit dégueulasse de la presse sensationnaliste pour la déchéance des femmes « qui se sont écartées du droit chemin ». Si l’on fait abstraction de Justin Bieber et de ses démêlés récents avec la justice, connaît-on les « frasques » des vedettes masculines d’Hollywood? Si cela ne les mène pas à la mort comme ce fut le cas pour Paul Walker et Phillip Seymour Hoffman récemment, cela nous intéresse-t-il vraiment? Il me semble que non. Le cas de Bieber est intéressant : ici, on a affaire à la « brebis égarée », au pauvre petit garçon que l’on doit réhabiliter pour éviter de gâcher son avenir – il faut noter à quel point ce discours se rapproche de celui que certains médias tiennent à l’égard des jeunes violeurs de Steubenville, par exemple… Cela est d’autant plus dérangeant quand on pense aux récentes professions de foi chrétienne de Bieber…</p>
<p>Je ne suis pas spécialiste des médias, ni analyste de la culture populaire. Je suis quand même d’avis que cet adoucissement de la figure de l’homosexuel dans la culture télévisuelle n’a pas que de bons côtés. Bien sûr, on a cessé de représenter l’archétype gai comme un sidéen mourant, et certaines législations en faveur des communautés LGBT ont été adoptées récemment par plusieurs États dans le monde. Peut-être observe-t-on une certaine diminution d’un type bien précis de discrimination, mais le mouvement de « normalisation » de l’homosexualité auquel nous assistons est à mon avis extrêmement insidieux puisqu’il intériorise le discours hétéronormatif, qui est toujours aussi dommageable, et induit également ce que certains appellent « l’homonormativité », tendance machiste et patriarcale dénoncée entre autres par les communautés trans. D’ailleurs, celles-ci sont peut-être les dernières avant-gardes à résister encore devant les médias traditionnels, et elles joueront sans doute un rôle des plus importants dans les prochaines années puisqu’elles seront là où les combats auront lieu. Par exemple, l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences a décerné cette année un Oscar à Jared Leto pour son rôle de Rayon dans <em>Dallas Buyers Club</em>, film de Jean-Marc Vallée. Néanmoins, ce choix de distribution, pour certains activistes, a été perçu comme misogyne et transphobe, opinion relayée entre autres par le <em>HuffPost Gay Voices</em>[6]. Il ne suffit donc pas de s’autocongratuler lors de cérémonies précieuses chaque fois qu’un personnage non hétérosexuel est mis en scène pour faire taire les militants. Fort heureusement.</p>
<p>Je ne souhaite pas me marier. Je ne suis pas de ceux qui veulent « subvertir l’institution de l’intérieur ». Je respecte beaucoup cette position, mais ce n’est pas la mienne. De la même manière que je n’accepterai jamais d’être « l’ami gai » de qui que ce soit, je ne peux me soumettre à la « Neil-Patrick-Harrisation » de la société et intégrer cette convention sociale que Simone de Beauvoir avait tout de même rapprochée de l’esclavage. Mon militantisme parfois bien absurde et trop souvent silencieux m’oblige, sur cette question, à maintenir mes positions. Il ne faudrait toutefois pas penser que je m’oppose au mariage homosexuel; simplement, je refuse de signer quelque papier que ce soit attestant de la soi-disant « normalité » de mon couple ou de ma sexualité. J’aspire à participer à ma manière à la subversion de la société patriarcale et hétéronormative. Je n’ai pas oublié les vieux slogans queers, qu’il vaut peut-être la peine de rappeler ici. <em>I’m here! I’m queer! Fuck your gender! I’m a cock sucking faggot and I’m here to stay!</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[1]Voir cet article, par exemple, qui est plutôt représentatif des articles publiés après que les photos de Maisani eurent filtré : <a href="http://www.dailymail.co.uk/tvshowbiz/article-2188405/Anderson-Cooper-escapes-heartache-boyfriends-betrayal-trip-Croatia.html">http://www.dailymail.co.uk/tvshowbiz/article-2188405/Anderson-Cooper-escapes-heartache-boyfriends-betrayal-trip-Croatia.html</a></p>
<p>[2] <a href="http://www.popeater.com/2010/08/16/neil-patrick-harris-twins-gay-rights/">http://www.popeater.com/2010/08/16/neil-patrick-harris-twins-gay-rights/</a></p>
<p>[3] <a href="http://www.glaad.org/blog/days-our-lives-couple-will-and-sonny-be-married-three-day-tv-event">http://www.glaad.org/blog/days-our-lives-couple-will-and-sonny-be-married-three-day-tv-event</a></p>
<p>[4] <a href="http://www.glaad.org/blog/congratulations-sara-gilbert-and-linda-perry-married-over-weekend">http://www.glaad.org/blog/congratulations-sara-gilbert-and-linda-perry-married-over-weekend</a></p>
<p>[5] <a href="http://www.glaad.org/blog/jennifer-lopez-be-honored-glaadawards-los-angeles">http://www.glaad.org/blog/jennifer-lopez-be-honored-glaadawards-los-angeles</a></p>
<p>[6] <a href="http://www.huffingtonpost.com/2014/03/03/jared-leto-oscar-transgender_n_4890061.html">http://www.huffingtonpost.com/2014/03/03/jared-leto-oscar-transgender_n_4890061.html</a></p>
<p>Cet article <a href="/contre-neil-patrick-harris/">Contre Neil Patrick Harris ou Pourquoi je refuse de me marier et pourquoi je suis en colère contre la télévision</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">71</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Rien que le nom, déjà&#8230;</title>
		<link>/rien-que-le-nom-deja/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=rien-que-le-nom-deja</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[La gérante d'estrade]]></category>
		<category><![CDATA[Lucie Joubert]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=122</guid>

					<description><![CDATA[<p>LUCIE JOUBERT &#160; J’ai toujours eu un faible pour les chroniqueuses d’humour, surtout les féministes. Il y a eu Suzanne Jacob pour la Gazette des femmes et Hélène Pedneault pour La Vie en rose. C’était systématiquement leurs textes que je lisais en premier; j’adorais leur façon de prendre à distance les mauvaises nouvelles qui, la [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/rien-que-le-nom-deja/">Rien que le nom, déjà&#8230;</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignleft wp-image-123" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_GeranteDestrade-182x300.png" alt="Programmatique_GeranteDestrade" width="300" height="493" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_GeranteDestrade-182x300.png 182w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_GeranteDestrade.png 487w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" />LUCIE JOUBERT</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai toujours eu un faible pour les chroniqueuses d’humour, surtout les féministes. Il y a eu Suzanne Jacob pour la <em>Gazette des femmes </em>et Hélène Pedneault pour <em>La Vie en rose</em>. C’était systématiquement leurs textes que je lisais en premier; j’adorais leur façon de prendre à distance les mauvaises nouvelles qui, la plupart du temps, tapissaient chaque numéro à la grandeur. Rappelons-nous : Jacob fermait la <em>Gazette</em> avec <em>Ah…! </em>qui nous racontait les hauts et les bas d’une Suzanne démunie, souvent à côté de la plaque, stupéfaite de ce qu’elle découvrait dans la nature humaine. Un exemple, pour le plaisir :</p>
<p>– Mais enfin, madame! Ça se voit à l’œil nu que vous vous négligez!</p>
<p>Y a-t-il quelque chose de plus laid qu’un œil nu? Évidemment qu’à l’œil nu ça se voit que je ris trop, que je pleure trop, que je me défigure moi-même à toute vitesse[1].</p>
<p>Chez Pedneault, dans <em>La Vie en rose, </em>c’était plutôt la gueularde patentée qui me faisait me tordre avec ses questions improbables. Elles résonnent encore : « Y a-t-il une patate frite dans la salle? Y a-t-il un REER dans la salle? Y a-t-il une banlieue dans la salle? » On retiendra surtout quelques revendications de Zélia, 91 ans, de la F.L.A.Q.U.E, le Front de libération des âgées du Québec, usées, et écœurées :</p>
<p>Dites à vos infirmières et infirmiers d’arrêter de nous parler comme à des arriérées mentales. C’est pénible de les voir se ridiculiser ainsi.</p>
<p>Si vous restez sourds à nos revendications, nous connaissons de très bonnes marques d’appareils auditifs[2].</p>
<p>C’est dire si les bottes seront difficiles à enfiler : je chausse du 9½, mais quand même. Par où commencer? Comment faire pour trouver un ton qui tranche avec ces deux pionnières, imposer un rythme, une perspective, un style, drette là, tout de suite? Comment être originale à côté de Suzanne la pognée et Hélène la revendicatrice? Une idée : je vais être bête comme mes deux pieds… même contre les femmes. Fini le manque d’assurance; finie la harangue. Place au chialage, à la gérance d’estrade.</p>
<p>Et ça commence maintenant.</p>
<p>Rien que le nom de la revue, déjà. <em>Françoise Stéréo</em>! Tant de titres évocateurs, fins, spirituels, tant de possibilités dans l’univers pour en arriver là! À jeun, ça va toujours. Essayez après quelques verres. Et j’imagine le nombre de fois qu’il faudra le répéter au gars du dépanneur :</p>
<p>–      Pardon, Monsieur, vous avez le dernier <em>Françoise Stéréo</em>?</p>
<p>–      Pour les revues de musique, c’est en bas à gauche.</p>
<p>–      Non, non, <em>Françoise Stéréo</em>…</p>
<p>–      Françoise qui?</p>
<p>–      C’est une revue fémini…</p>
<p>–      La déco, c’est l’autre allée.</p>
<p>Ou bien on pensera que Québec solidaire a décidé de se créer un organe de propagande. Ou bien on conclura que les baby-boomeuses (soixante ans et plus) se sont dotées d’une circulaire pour échanger les meilleurs prix de bains à porte à remous à vidange à droite. Qui, non mais qui, fera le lien avec Robertine Barry, la Françoise des <em>Chroniques du lundi</em>? (À part, s’entend, celles qui auront eu la curiosité d’ouvrir le numéro et de parcourir l’à propos. Elles lisent présentement ces lignes et se disent : c’est en plein ce que je pensais moi aussi, tu parles d’un nom.)</p>
<p>Fichue façon d’établir le contact avec le public; aussi invitant que de contourner une camionnette « Exterminateur – discrétion assurée » avant d’entrer dans un restaurant. Marketing, les filles, marketing. C’est vrai que nous, les affaires, on n’est pas douées pour. Même quand on l’est. Ça énerve. C’est le Dragon lui-même qui le dit, l’entrepreneurechippe à grosses lunettes carrées : « Ah! Ah! C’est Madame qui porte la culotte », secondé par le souper presque parfait recyclé qui ajoute : « Toi, tu parles, l’autre écoute », saison 3, épisode 1, revisitez vos classiques. Auraient-ils raison? On ne l’aurait pas pantoute?</p>
<p>En tout cas, on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, les filles; nous la femme, pour nous séduire, il faut des préliminaires et c’est très mal parti. Le coït est interrompu avant même d’avoir commencé. On en a la preuve entre les mains. <em>Françoise Stéréo</em>, et ça veut se construire un lectorat…</p>
<p>J’arrête ici : c’est une première rencontre, et je ne vais pas plus loin. Mais voilà qui devrait vous avoir mis au parfum. Parce que je vous avertis : j’en ai long à dire sur le niaisage pseudo féministe de certaines fausses controverses en ce moment, j’en ai gros sur le cœur contre l’angélisme féministe tout inclus, à la Christine Heffner j’ai-été-PDG-de-<em>Playboy</em>-mais-je-suis-pour-l’avortement-alors-je-suis-féministe, exemple révolu, oui, oui, je sais, mais qui fait des petits à une vitesse folle à l’heure actuelle. Ma liste est infinie.</p>
<p>Je n’ai rien à perdre (ce sont les filles de la revue qui devront s’arranger avec la baisse de tirage), je suis, de plus, imperméable à l’ire internaute et aux hoquets de la twittosphère parce que l’expérience m’a montré qu’on ne parle jamais que de soi et très accessoirement du sujet du jour et que, depuis le temps que je me fais traiter d’antiféministe, j’ai compris que c’est l’argument qu’on sort quand on n’est pas d’accord avec moi. Je suis équipée pour râler tard.</p>
<p>Je ne suis même pas indignée; je suis seulement bête comme mes pieds. Ça va saigner, et pas seulement tous les vingt-huit jours.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[1] Suzanne Jacob, « Le suivi », <em>Ah…!</em>, Montréal, Boréal, coll. « Papiers collés », 1996, p. 43-44.</p>
<p>[2] Hélène Pedneault, « Y a-t-il un âge d’or dans la salle? », <em>Les chroniques délinquantes de </em>La Vie en rose<em>, </em>Montréal, Lanctôt, coll. PCL/petite collection Lanctôt, 2002, p. 28-29.</p>
<p>Cet article <a href="/rien-que-le-nom-deja/">Rien que le nom, déjà&#8230;</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">122</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Les vrais mâles préfèrent la viande – Convergences du féminisme et de l&#8217;antispécisme [1]</title>
		<link>/les-vrais-males-preferent-la-viande-convergences-du-feminisme-et-de-lantispecisme-1/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=les-vrais-males-preferent-la-viande-convergences-du-feminisme-et-de-lantispecisme-1</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[Élise Desaulniers]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=130</guid>

					<description><![CDATA[<p>ÉLISE DESAULNIERS « « Viens, mon Grand », hurlait le morceau de foie délirant que dans ma propre aberration j’achetai un après-midi chez le boucher et que, croyez-le ou non, je violai derrière un panneau d’affichage, en route pour une leçon préparatoire au bar mitzvah. » Philip Roth, Portnoy et son complexe, éd. Folio, 1991, p. 33. Sur la couverture [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/les-vrais-males-preferent-la-viande-convergences-du-feminisme-et-de-lantispecisme-1/">Les vrais mâles préfèrent la viande – Convergences du féminisme et de l&rsquo;antispécisme [1]</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">ÉLISE DESAULNIERS</p>
<p style="text-align: right;">« « Viens, mon Grand »,<br />
hurlait le morceau de foie délirant que dans ma propre aberration<br />
j’achetai un après-midi chez le boucher et que,<br />
croyez-le ou non, je violai derrière un panneau d’affichage,<br />
en route pour une leçon préparatoire au <em>bar mitzvah</em>. »</p>
<p style="text-align: right;">Philip Roth, <em>Portnoy et son complexe</em>, éd. Folio, 1991, p. 33.</p>
<p><strong><img decoding="async" class="alignleft wp-image-131" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FeminismeVegan_611x800-229x300.png" alt="Programmatique_FeminismeVegan_611x800" width="275" height="360" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FeminismeVegan_611x800-229x300.png 229w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FeminismeVegan_611x800.png 611w" sizes="(max-width: 275px) 100vw, 275px" /></strong></p>
<p style="text-align: left;">Sur la couverture de son numéro « spécial hommes » présentement en kiosque, Ricardo s’est entouré de six semblables pour nous offrir des côtes levées, du poulet frit et des trucs technos. Entre les fumoirs et les meilleures coupes de bœuf pour le BBQ trône une section sur le bacon – où quelqu’un a trouvé le moyen d’ajouter quatre tranches de fesses de cochon à une tarte aux pacanes. Certains y verront un florilège de clichés, mais le magazine défend son manque d’imagination : si on patauge dans les stéréotypes, c’est que le client en redemande. « Lorsqu’on a fait un appel à tous auprès de nos lecteurs pour savoir quel genre de plat ils aimeraient avoir dans notre numéro spécial gars, le message qu’ils nous ont envoyé était clair : “On veut du bacon au bacon enroulé dans du bacon.” C’est donc à leur demande que nous avons décidé d’ajouter ce dossier 100 % cochon. »</p>
<p>Dans le monde de Ricardo, tous les hommes sont blancs, plutôt riches, plutôt forts, plutôt d’âge moyen. Et assurément hétérosexuels et carnivores. Seul Ricardo peut se permettre un peu de sensibilité avec des framboises et des poivrons en nous faisant visiter son jardin. Les autres gars, les vrais, maintiennent la ligne dure : « Les filles seraient étonnées de voir qu’on mange de la salade quand elles ne sont pas là… c’est parce qu’elle contient du steak », affirme Hugo dans le reportage sur le « party de gars 100 % bœuf ». Il serait sans doute d’accord avec l’analyse du rapport des hommes à la viande que fait le publicitaire Jimmy Berthelet, sur le site Web du magazine : « Le barbecue nous connecte avec nos origines les plus primaires. Des flammes, une pièce de viande, l’odeur de la fumée… c’est une expérience imprégnée en nous. C’est une cuisson d’instinct et de toucher. »</p>
<p>Les vrais mâles préfèrent la viande. Cette idée simpliste est bien ancrée dans notre culture. La viande est associée à la force physique : les hommes sont forts, les hommes doivent être forts; les hommes ont besoin de viande. Dans la grande dichotomie patriarcale, la symbolique de la viande résonne avec des qualités typiquement masculines : le courage, la puissance sexuelle, la richesse et le prestige. L’entrecôte, c’est la nourriture de ceux qui ont atteint le penthouse de la chaîne alimentaire. À l’opposé, les légumes inspirent l’ennui, la passivité. Végéter, c’est vivre de façon inerte, sans volonté.</p>
<p>Si l’identité masculine est associée aux côtes levées, les femmes, elles, sont du côté des légumes en papillote. Au 19<sup>e</sup> siècle, Hegel écrivait d’ailleurs que « la différence qu’il y a entre l’homme et la femme est celle qu’il y a entre l’animal et la plante. L’animal correspond davantage au tempérament masculin, la plante davantage à celui de la femme. Car la femme a davantage un développement paisible, dont le principe est l’unité indéterminée de la sensibilité[2] ». On l’aura deviné, Hegel n’était pas très <em>queer</em>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pour une égale considération des intérêts</strong></p>
<p>La consommation de viande a été et demeure la norme dominante en Occident. C’est dans notre nature, c’est dans notre culture. Or, il est aussi dans la nature des normes dominantes d’essayer de se faire oublier. Et il faut bien l’avouer, dans le cas de la consommation carnée, c’est plutôt réussi : peut-on simplement imaginer un monde sans viande?</p>
<p>J’ai moi-même longtemps pensé que, lorsqu’on prépare un « vrai » souper, le passage par la Maison du rôti et chez le fromager Hamel étaient une nécessité. Jusqu’à ce que je comprenne que j’avais le choix. Car il s’agit bien d’un choix : on peut vivre sans protéines animales, on peut même vivre mieux, plus longtemps et en laissant une empreinte écologique beaucoup moins importante. Oui, la chair animale a pu jouer un rôle important dans notre évolution, mais on a eu 10 000 ans d’agriculture pour apprendre à s’en passer.</p>
<p>Il y a cinq ans, j’ai fait le choix de cesser d’exploiter des animaux pour me nourrir, me vêtir, me divertir. Je suis devenue végane en comprenant que mes comportements étaient « spécistes ». Depuis Darwin, il est admis qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les humains et les autres espèces animales : notre espèce diffère des autres en degrés et non pas en nature. Pourtant, nombre d’animaux sont traités comme de simples moyens de production, dominés, exploités et liquidés, pour la simple raison qu’ils ne sont pas des <em>homo sapiens</em>.</p>
<p>Le spécisme, c’est cette discrimination fondée sur l’espèce et qui conduit à mépriser les intérêts des animaux non humains (parce que, oui, les humains sont aussi des animaux). Le concept est apparu dans les années 70 par analogie avec ces autres discriminations moralement arbitraires que sont le racisme et le sexisme. Le terme a été popularisé par le philosophe Peter Singer dans son fameux livre <em>Animal Liberation</em> (1975). Le mouvement antispéciste est donc un mouvement pour la justice qui refuse de voir l’appartenance à une espèce comme un critère moral suffisant.</p>
<p>C’est plutôt la capacité de souffrir (ou l’intérêt à avoir une vie satisfaisante), qui comme l’avait déjà vu Jeremy Bentham devrait déterminer les bornes de notre considération morale. Une chaise n’a pas d’intérêt à ne pas recevoir de coups de pied. Une truie, en revanche, a intérêt à ne pas passer sa vie coincée dans une cage et à ne pas être abattue. Quand on préfère le goût du bacon à la vie d’une truie, on méprise donc l’intérêt d’un individu capable de vivre et de souffrir parce qu’il est d’une autre espèce que nous. Est-ce que cela ne vous rappelle rien?</p>
<p>Pour ma part, c’est après être devenue végane et antispéciste que j’ai découvert le féminisme. Plus précisément, l’épiphanie est arrivée pendant l’écriture de <em>Vache à lait</em>, alors que j’avais en pleine face l’exploitation des vaches <em>parce qu’elles sont des vaches</em>. Inséminées artificiellement, séparées de leur veau à la naissance, attachées toute leur vie et forcées de produire pour la trayeuse, les vaches sont exploitées jusqu’à la dernière goutte de lait. Après quatre ou cinq ans, lorsque leur productivité diminue, on les amène à l’encan où elles seront achetées par des abattoirs pour devenir du « bœuf » haché. La finalité de la manœuvre? Faire de l’homme le seul mammifère qui continue à boire du lait, bien après l’âge du sevrage.</p>
<p>Malheureusement, nous sommes peu nombreuses et nombreux à nous inquiéter du sort des vaches. Elles ne crient pas, ne tirent pas sur leur chaîne. Calmes, dociles, serviles et silencieuses, nos nourrices de substitution sont aussi des victimes parfaites. Il faut toutefois noter qu’elles ne sont pas seules. Pour des raisons biologiques, les femelles sont plus souvent et plus longtemps confinées que les mâles (généralement abattus à l’adolescence). Bref, plus j’avançais dans ma compréhension des mythes de l’industrie laitière, plus le parallèle avec l’oppression des femmes devenait troublant.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Une politique sexuelle de la viande</strong></p>
<p>De nombreuses auteures ont d’ailleurs rapproché féminisme et antispécisme. Dans <em>The Pornography of Meat </em>(2004) qui fait suite à son célèbre <em>The Sexual Politics of Meat</em> (1990), l’auteure féministe Carol J. Adams montre comment la société patriarcale sépare le monde en deux catégories. La première, « A », constituée des hommes, des Blancs, de la culture, de la civilisation, du capital, des êtres humains. La seconde, « non-A », comprend tout le reste, tout ce qui relève du second ordre : les femmes, les non-Blancs, la nature, les corps, les Premières Nations, le travail… et les animaux non humains. Dès lors, les mécanismes qui permettent d’opprimer différentes minorités rendent possible l’exploitation des animaux. Une des thèses politiques de Carol J. Adam, c’est donc que les luttes contre l’oppression sous ses différentes formes doivent se faire parallèlement.</p>
<p>Il arrive que la langue parle d’elle-même. En anglais, le terme <em>husbandry</em> est utilisé pour décrire l’élevage des animaux. Lorsqu’il apparaît autour de l’an 1000, <em>husband</em> signifie « homme chef de ménage » et ne commencera à être lié au mariage que quelques centaines d’années plus tard. Comme l’homme possède femme et enfants, il possède aussi des animaux. Le patriarcat (où les hommes contrôlent les femmes) et l’élevage (où les hommes contrôlent les animaux non humains) sont justifiés et perpétués de concert.</p>
<p>Historiquement, les femmes ont été considérées comme moins intelligentes que les hommes, moins rationnelles, plus près de la nature et des animaux. Dès lors, il n’est pas surprenant que la domination qu’elles subissent fasse écho à la domination des animaux. Réduire les femmes et les autres animaux à quelque chose de moins civilisé qu’eux a permis aux hommes de les exploiter comme le souligne brillamment l’écoféministe Marti Kheel[3]. La recette a fait ses preuves : ne pas reconnaître aux victimes le statut de sujets avec des fins autonomes pour les cantonner à celui d’objet/moyen sans intérêts propres.</p>
<p>Les luttes féministes ont été (et sont toujours) marginalisées, démonisées, ridiculisées et ignorées parce qu’elles ébranlent les fondements les plus profonds de nos sociétés. De même, toute tentative de remettre en question l’exploitation des animaux et la consommation de viande est perçue comme une attaque aux traditions, à l’ordre établi. Elle suscite des réactions violentes : allez lire les commentaires accompagnant n’importe quel article sur le végétarisme si vous en doutez…<sup>[4]</sup> C’est aussi aux végétariens qu’on demande de justifier leurs choix alors qu’il est banal de se nourrir de poulets élevés en batterie qui seront égorgés à la chaîne et de manger les œufs de poules qui n’ont jamais pu ouvrir leurs ailes. Les médias renforcent habituellement ce préjugé : lorsqu’on laisse la parole à celles qui, comme moi, dénoncent l’industrie de la viande, on l’accompagne bien souvent de citations de producteurs qui viennent montrer « l’autre côté de la médaille ». Comme si cette médaille ne brillait pas déjà dans toutes les sphères de la société.</p>
<p>Pourtant, il ne fait aucun doute qu’un monde sans exploitation animale serait un monde meilleur. Pour les animaux bien sûr. Mais aussi pour les humains. D’un simple point de vue écologique (et anthropocentriste), l’alimentation des végétaliens émet sept fois moins de gaz à effet de serre que celle des omnivores. Et c’est sans compter les économies importantes en eau potable, la réduction des intrants chimiques et l’impact sur l’utilisation de terres agricoles[5].</p>
<p>Au début des années 80, Adrienne Rich soutenait que dans une société patriarcale, l’hétérosexualité n’est pas un choix ou une préférence; c’est une norme institutionnelle destinée à maintenir les femmes dans un rapport de sujétion physique, économique et émotionnelle. Il en va de même avec l’alimentation carnée. Celles et ceux qui rejettent la norme dominante en adoptant un mode de vie végane se heurtent à des obstacles très similaires à celles qui remettent en question la norme hétérosexuelle. Marti Kheel résume ainsi l’intrication des luttes : « Tout comme une femme est considérée comme incomplète sans un homme, les aliments végétariens sont considérés comme incomplets sans l’ajout de chair. »[6]</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong><em>Comfort food</em></strong></p>
<p>La politique sexuelle de la viande a plusieurs cordes à son arc. Depuis quelques années, je suis fascinée par le nouveau visage, sympa, barbu et tatoué qu’on essaie de donner à l’oppression. En novembre 2012, par exemple, <em>Elle Québec</em> consacrait un reportage à la « Mâle bouffe » pour décrypter « la cuisine boostée à la testostérone ». On y apprenait que « le summum de la virilité » c’était d’« apprêter soi-même la bête qu’on a chassée » et que les cours d’initiation à la chasse atteignent d’ailleurs des records d’assistance.</p>
<p>Pour Patrice Plante de Tripes et Caviar interviewé dans le reportage, chasser est un geste écologique : « Les gens n’ont plus conscience de l’origine de leur nourriture comme s’ils voulaient oublier que ce sont des animaux qui ont été tués […]. Nous prônons un retour au respect des écosystèmes que l’industrialisation et la société de consommation ont jeté à terre. » Le mouvement <em>nose to tail</em> qui encourage à tout consommer, ce qui inclut les parties moins nobles, se défend de respecter la bête : « Elle a sacrifié sa vie pour nous nourrir, la moindre des choses c’est qu’on l’utilise au maximum. »</p>
<p>Manger l’animal au complet, et tant qu’à y être, tous les animaux : dans son livre <em>Cabane à sucre au Pied de cochon, </em>le cuisinier Martin Picard propose une recette de sushi à l’écureuil. La poitrine de poulet industriel désossée sous emballage « cello », c’est pour les mauviettes. Le dégoût et la compassion, c’est un truc d’urbain <em>brainwashé</em> par les animaux anthropomorphisés de Disney.</p>
<p>L’idée de manger moins de viande, mais de meilleure qualité, a de quoi séduire. Tout comme celle de « respecter » l’animal en ne gaspillant rien, voire de le tuer soi-même pour avoir une relation plus « authentique » avec sa nourriture. Il faut dire qu’il devient difficile d’ignorer la réalité des usines à viande et de l’exploitation animale. Une foule de documentaires, vidéos et photos sont aujourd’hui facilement disponibles sur le Web.[7] Il est donc de bon ton de rejeter l’élevage industriel, de dire qu’on se soucie du bien-être animal et d’en appeler à un retour aux traditions. Malheureusement, ces discours (souvent sincères) ne changent pas fondamentalement la donne. Ils recouvrent surtout l’exploitation animale d’un vernis rassurant.</p>
<p>La psychologue américaine Melanie Joy a développé au début des années 2000 le concept du « carnisme » pour décrire l’idéologie selon laquelle il serait normal, naturel et nécessaire de consommer certains animaux. Le carnisme, c’est le contraire du véganisme et un sous-ensemble du spécisme (comme l’antisémitisme est une forme de racisme). À la différence du véganisme, le carnisme est une idéologie violente et dominante, qui reste habituellement invisible. Dans W<em>hy We Love Dogs, Eat Pigs, and Wear Cows : An Introduction to Carnism</em>, Melanie Joy montre la violence inhérente au carnisme : la production moderne de viande ne peut se faire sans violence. Elle montre aussi que cette idéologie déforme notre perception pour bloquer notre sensibilité et notre empathie lorsque nous mangeons de la viande. [8]</p>
<p>Le concept de carnisme (et de néocarnisme) est aussi très utile pour analyser l’attitude des « consommateurs consciencieux » qui, choqués par les images d’élevage industriel, cherchent à maintenir leur consommation sans culpabiliser. Une attitude très présente dans le discours <em>foodie</em> actuel. Ainsi, qualifier le véganisme de « trop extrême », dire (le plus souvent sans le faire) qu’il vaut mieux consommer de la viande produite « humainement » et « à petite échelle »[9], ce n’est rien d’autre, en définitive, que maintenir par tous les moyens l’idéologie qui cache l’exploitation et la domination. C’est précisément ce discours néocarniste qu’on retrouve dans les pages de <em>Elle Québec</em> et autres dossiers « spécial bouffe de gars » destinés à rassurer les lecteurs et les publicitaires.</p>
<p>On en rajoute même une couche en présentant les animaux comme des victimes consentantes. Chez St-Hubert, on est accueilli par un coq qui a mis ses gants blancs et son nœud papillon… Parce qu’il va au restaurant? Et la Vache qui rit est vraiment contente… Parce que son veau est cloîtré dans un hangar et sera abattu dans quelques semaines? Mais la palme québécoise de la victime consentante revient assurément au logo de la cabane à sucre de Martin Picard : un cochon souriant est ligoté à un érable pour s’abreuver goulûment de la sève. Le <em>comfort food </em>n’aura jamais aussi bien porté son nom.</p>
<p><strong>Féministes véganes et véganes féministes</strong></p>
<p>Dans l’ouvrage <em>Sistah Vegan</em> (2010), la sociologue afro-américaine Michelle Loyd-Paige cherche à repenser la convergence du féminisme et de l’antispécisme. Selon elle, ce sont toutes les questions de justices sociales qui sont interconnectées et doivent être abordées de front : « Toutes les inégalités sociales sont liées. Un changement complet et systématique ne peut se produire que si nous sommes conscients de ces relations et travaillons à mettre fin à toutes les inégalités – pas seulement nos préférées ou celles qui touchent notre partie de l’univers. Personne n’y échappe. Par nos actions ou nos inactions, nos soins [<em>care</em>] ou notre indifférence, nous faisons soit partie du problème ou de la solution. [10] »</p>
<p>Une chose me paraît claire : toutes les véganes devraient être féministes. On ne mettra pas fin à l’exploitation des animaux en objectivant des corps féminins comme on le voit encore trop souvent.[11] L’intérêt croissant du public – et particulièrement des plus jeunes – pour la cause animale devrait aussi être l’occasion de rappeler la convergence de l’antispécisme et du féminisme.</p>
<p>Toutes les féministes devraient-elles être véganes? Je n’ai pas de réponse assurée à cette question. Je sais seulement qu’elles devraient s’informer sérieusement sur la production de leurs protéines d’origine animale, méditer le troublant parallèle entre spécisme et sexisme et lire Carol J. Adams et ses consœurs. Car il n’est pas fou de penser que les animaux non humains ont leur place aux côtés des pauvres, des personnes âgées, des minorités racialisées et sexuelles et des femmes dans la grande cohorte des victimes du patriarcat.</p>
<p>En gardant nos distances avec les animaux non humains, ne sommes-nous pas en train de reproduire ce qu’on reproche à celles qui ne s’intéressent qu’aux Blancs ou à la classe moyenne? En continuant de consommer la chair, le lait et les œufs, ne sommes-nous pas en train, comme le suggère Joan Dunayer, de calquer les oppressions patriarcales?[12]Pouvons-nous vraiment continuer d’ignorer qu’en ce moment, simplement au Québec, 172 000 000 de volailles, 4 000 000 de dindons, autant de porcs, 1 300 000 bovins et 275 000 agneaux sont gardés en captivité en attendant d’être abattus pour notre plaisir gustatif?[13]</p>
<p>Est-ce que toutes les féministes devraient être véganes ? Si j’hésite à répondre, c’est aussi parce que je me méfie des normes abstraites et des règles universelles qui sont censées s’appliquer à toutes les personnes, sans distinction de sexe, de race, de classe et de culture. Ce dont je suis certaine, c’est que nous sommes trop nombreuses à nous fermer les yeux, à refuser de savoir simplement parce qu’un <em>grilled cheese</em> au bacon, c’est bon (quelle excuse, quand on y pense!). Certes, l’adoption d’un mode de vie végane peut demander des compromis — et un ou deux livres de recettes. Mais pour plusieurs d’entre nous, ce n’est pas hors de portée.</p>
<p>En devenant végane, j’ai découvert que la justice pouvait se traduire dans ma vie quotidienne, à chaque repas. J’ai aussi découvert que l’empathie que j’éprouvais pour les animaux et ma colère devant leur exploitation avaient bien un sens politique. Car, comme le féminisme, le véganisme est un contre-pouvoir, un instrument de résistance à l’oppression — et, ce qui ne gâche rien, c’est un instrument efficace. Si j’ai espoir en l’avenir, c’est parce que je sais que cela commence à se savoir. Si j’ai espoir en l’avenir, c’est parce qu’on ne naît pas végane; on le devient.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[1] L’auteure remercie Christiane Bailey et Martin Gibert pour leur aide précieuse.</p>
<p>[2] Hegel, Georg Wilhelm Friedrich. <em>Principes de la philosophie du droit</em>, trad. Jean-Louis Vieillard-Baron, GF-Flammarion, 1999, § 166 add.</p>
<p>[3] Marti Kheel, « Vegetarianism and Ecofeminism: Toppling Patriarchy with a Fork » dans <em>Food for Thought: The Debate Over Eating Meat</em>, éd. par Steve F. Sapontzis, 327–341. Amherst, NY: Prometheus Books, 2004, p. 333.</p>
<p>[4] Un tumblr aussi hilarant que troublant a été créé avec les commentaires laissés sur les articles qui défendent les droits des animaux : <a href="http://fautpasvirerfou.tumblr.com/">http://fautpasvirerfou.tumblr.com/</a></p>
<p>[5] Voir Élise Desaulniers et Frédéric Côté-Boudreau, « Jour de la Terre : adoptons une habitude réellement durable », <em>Le Huffington Post Québec</em>, 22 avril 2014, <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/elise-desaulniers/jour-de-la-terre-habitudes-durables_b_5191137.html">http://quebec.huffingtonpost.ca/elise-desaulniers/jour-de-la-terre-habitudes-durables_b_5191137.html</a></p>
<p>[6] Marti Kheel, <em>op. cit.</em></p>
<p>[7] Voir par exemple <em>Food Inc.</em> (<a href="https://www.youtube.com/watch?v=2Oq24hITFTY">https://www.youtube.com/watch?v=2Oq24hITFTY</a>), <em>La face cachée de la viande</em> (<a href="https://www.youtube.com/watch?v=vJCiHeIVQnQ">https://www.youtube.com/watch?v=vJCiHeIVQnQ</a>) ou <em>Earthlings</em> (<a href="https://www.youtube.com/watch?v=qsQhQTyOKMI">https://www.youtube.com/watch?v=qsQhQTyOKMI</a>), de même que le travail de la photographe Jo-Anne McArthur (<a href="http://www.weanimals.org/">http://www.weanimals.org/</a>) et les résultats d’enquête de Mercy for Animals Canada (<a href="http://www.mercyforanimals.ca/">http://www.mercyforanimals.ca/</a>).</p>
<p>[8] Voir Martin Gibert et Élise Desaulniers. « Carnism »,  <em>Encyclopedia of Food and Agricultural Ethics</em>, Springer Reference, <em>à paraître</em>.</p>
<p>[9] Ce qui, du point de vue environnemental, s’avère être complètement faux. Voir notamment James Mc Williams, « The Myth of Sustainable Meath », <em>The New York Times</em>, 12 avril 2012. <a href="http://www.nytimes.com/2012/04/13/opinion/the-myth-of-sustainable-meat.html">http://www.nytimes.com/2012/04/13/opinion/the-myth-of-sustainable-meat.html</a></p>
<p>[10] Michelle Lloyd Paige, <em>Sistah Vegan: Food, Identity, Health, and Society: Black Female Vegans Speak</em>, Lantern Books, 2010, p. 2.</p>
<p>[11]D’ailleurs, la fin ne justifie même pas les moyens : une étude récente montre que le sexe ne fait pas vendre les causes sociales. L’intention de soutenir PETA décroît auprès de ceux qui ont vu leurs publicités présentant des corps féminins dénudés. Renata Bongiorno et al., « When Sex Doesn’t Sell: Using Sexualized Images of Women Reduces Support for Ethical Campaigns », <em>PLoS ONE</em> 8(12): e83311. doi:10.1371/journal.pone.0083311.</p>
<p>[12] Dunayer, Joan, « Sexist Words, Speciesist Roots » <em>Women and Animals: Feminist Theoretical Explorations</em>, Ed. Carol Adams and Josephine Donovan. Durham: Duke University Press, 1995, p. 19.</p>
<p>[13] Statistique Canada, <em>Bétail et aquaculture</em>. <a href="http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/ind01/l3_920_2553-fra.htm?hili_agrc04">http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/ind01/l3_920_2553-fra.htm?hili_agrc04</a>. Il n’existe malheureusement aucune statistique précise sur le nombre d’animaux marins tués chaque année. Mais comme les mammifères et les oiseaux, ils ont aussi la capacité de souffrir et un intérêt à vivre.</p>
<p>Cet article <a href="/les-vrais-males-preferent-la-viande-convergences-du-feminisme-et-de-lantispecisme-1/">Les vrais mâles préfèrent la viande – Convergences du féminisme et de l&rsquo;antispécisme [1]</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">130</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Les femmes à l&#8217;université</title>
		<link>/les-femmes-a-luniversite/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=les-femmes-a-luniversite</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[Marie Curé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=109</guid>

					<description><![CDATA[<p>MARIE CURÉ &#160; Quand j’étais petite, j’avais très hâte de commencer l’école : j’irais enfin à la maternelle. J’ai demandé à ma mère ce qu’il y avait ensuite, puis ce qu’il y avait après la première année, après le primaire, après le secondaire, après le cégep, après l’université. Je nous vois très clairement toutes les deux; [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/les-femmes-a-luniversite/">Les femmes à l&rsquo;université</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignleft wp-image-113 " src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FemmeUniversite_800x568-300x213.png" alt="Programmatique_FemmeUniversite_800x568" width="370" height="263" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FemmeUniversite_800x568-300x213.png 300w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FemmeUniversite_800x568-175x125.png 175w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FemmeUniversite_800x568.png 800w" sizes="(max-width: 370px) 100vw, 370px" />MARIE CURÉ</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Quand j’étais petite, j’avais très hâte de commencer l’école : j’irais enfin à la maternelle. J’ai demandé à ma mère ce qu’il y avait ensuite, puis ce qu’il y avait après la première année, après le primaire, après le secondaire, après le cégep, après l’université. Je nous vois très clairement toutes les deux; j’étais debout dans l’entrée et on s’habillait pour sortir, et dans mon souvenir, on allait justement chez le médecin pour mes vaccins préscolaires. Ce jour-là, j’ai dit à ma mère que je voulais faire l’école jusqu’au bout et que je ferais un doctorat.</p>
<p>En deuxième année, j’ai voulu être curé, puis j’ai appris que je n’avais pas le droit parce que j’étais une fille. C’est un peu là qu’a commencée mon histoire avec le féminisme, moi qui venais d’une famille où chaque enfant pouvait suivre ses envies et ses intérêts sans autre contrainte que le budget familial et la volonté de mes parents (tout à fait admirable) de nous accompagner à nos dix mille activités. J’ai d’ailleurs une magnifique photo où on nous voit mon frère et moi portant chacun un justaucorps fait d’un tissu bien lustré, fin prêts pour le ballet jazz, et puis une autre avec notre équipe de balle molle. Vous voyez le genre. Puis, en troisième année, j’ai voulu être paléontologue. En cinquième année, je voulais être astrophysicienne. Je ne vous dirai pas ce que je fais maintenant, mais c’est pas mal le <em>fun</em> et je travaille dans un domaine plutôt mixte. Je suis donc allée au bout de l’école. Je termine un stage postdoctoral, j’ai des charges de cours, je publie et j’ai commencé la ronde des entrevues dans l’espoir d’obtenir un poste. Et je suis féministe, mais ça, il ne faut pas toujours le dire tout haut, surtout pas AVANT d’avoir un poste.</p>
<p>Pour quiconque veut enseigner à l’université, un poste de professeur menant à la permanence constitue le Saint-Graal. Pour celles qui après de longues années d’études, un parcours sans faute marqué par des bourses et diverses reconnaissances, réussissent à être embauchées, il devient presque tabou de se plaindre de son sort. Le salaire et le capital symbolique encore associé à la profession placent incontestablement la professeure dans une position de privilégiée. Pourtant, le milieu universitaire ne fait pas exception : les inégalités s’y reproduisent, là comme partout ailleurs, pour des raisons à la fois organisationnelles et culturelles. Je le constate autour de moi, tout comme des femmes déjà en poste. Il y a même des chiffres et des études pour le prouver.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Salaire, statut et prestige</strong></p>
<p>Prenons la question du salaire. C’est quantifiable ça, madame. Au Canada, en avril 2014, le salaire horaire moyen des femmes était de 22,85 $ de l’heure, contre 26,57 $ de l’heure pour les hommes, soit un écart de 14 %. Vous pouvez suivre l’évolution mensuelle des salaires canadiens <a href="http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/labr69a-fra.htm">ici</a>. Au Québec, cet écart se rapproche plutôt de 12 %. Selon un <a href="http://www.caut.ca/docs/equity-review/un-foss-eacute-persistant-mdash-comprendre-les-eacute-carts-entre-les-sexes-dans-le-milieu-acad-eacute-mique-au-canada-%28mar-2011%29.pdf?sfvrsn=10">rapport</a> de <a href="http://www.caut.ca/fr/accueil">l’Association canadienne des professeures et des professeurs d’université</a> (ACPPU), entre 1986 et 2006, l’écart entre les salaires des professeures et professeurs, tous rangs combinés, est passé de presque 19 % à moins de 11 %. Au sein des rangs d’emplois les plus fréquents cependant, l’écart n’est que de quelques points. Ainsi, en 2006, une chargée de cours gagnait 96,5 % du salaire d’un chargé de cours, une professeure adjointe, 96,2 %, une professeure titulaire, 94,8 %. Au premier coup d’œil, le corps professoral universitaire pourrait donc apparaître comme l’un des secteurs où l’équité salariale serait pratiquement acquise. L’écart est certes petit, mais voilà, il s’accentue à mesure que les carrières progressent. Pourquoi? L’ACPPU s’est penchée sur deux facteurs qui pourraient expliquer ce phénomène : l’âge et la discipline enseignée. En effet, la représentation des femmes au sein du corps professoral ayant augmenté relativement récemment, ces dernières sont surreprésentées chez les jeunes professeurs, ce qui affecte leur ancienneté et leur salaire. Elles ne sont par ailleurs pas présentes dans les mêmes proportions dans chaque discipline, étant par exemple sous-représentées en sciences et en génie (p. 6). L’ACPPU a donc aussi voulu calculer l’écart salarial en tenant compte de ces facteurs. Résultat : l’âge n’affecte à peu près pas l’écart et la discipline ne l’explique que faiblement. L’Association fournit d’autres explications à ce « fossé persistant » et, surtout, croissant. D’abord, les structures salariales des universités désavantagent les femmes. Les nombreux échelons des grilles salariales tendent « à profiter aux personnes qui restent en poste le plus longtemps » (p. 8). Les femmes, qui interrompent plus souvent leur carrière pour des raisons familiales, accusent donc un retard dans la progression dans les échelons, retard qui se répercute davantage à mesure que la carrière progresse. Ensuite, dans l’obtention des suppléments et des primes, attribuées au mérite et au rendement, les femmes font peut-être l’objet de discrimination. De plus, les différences dans le salaire de départ « entraînent un écart important en fin de carrière » (p. 7). Non seulement l’écart salarial se creuse-t-il avec le temps, mais les femmes sont de moins en moins représentées à mesure que l’on grimpe dans les rangs. Elles représentaient 42,5 % des professeurs adjoints, 35,9 % des professeurs agrégés et 20,6 % des professeurs titulaires en 2006 (p. 2). Est-ce que l’arrivée plus récente des femmes dans la profession explique à elle seule ce phénomène? Y a-t-il d’autres obstacles à l’avancement de femmes à l’université?</p>
<p>J’en ai discuté avec mon amie Sophie. Sophie, c’est un pseudonyme, mais c’est une vraie de vraie personne. Elle enseigne du côté des sciences molles dans une université québécoise et travaille dans un département presque entièrement masculin. Elle croit que les femmes ne sont pas toujours considérées comme des égales, même dans les milieux intellectuels, et que ces attitudes affectent leur carrière. Au Québec, mais aussi en France, en Belgique, ailleurs, elle est témoin d’une situation récurrente : celle de la jeune prof submergée par des tâches dont personne ne veut.</p>
<p>« C’est difficile de faire la part des choses parce qu’il y a des gars qui vivent des choses comparables, mais je suis sûre que tu es mieux d’être un jeune prof qu’une jeune prof. » À un de ses collègues récemment embauché qui manifestait de l’intérêt pour le syndicat, on a vivement conseillé d’attendre, de se consacrer à ses recherches jusqu’à l’agrégation. « Moi quand je suis arrivée, on m’a envoyée au syndicat, au conseil universitaire, dans un comité éditorial et au comité de programme. […] Et quand tu regardes qui donne les cours obligatoires et qui donne les cours gradués; qui dirige les maîtrises et qui dirige les doctorats, là tu as un clivage, et c’est plus qu’une petite tendance. » Le temps qu’occupent les tâches connexes et un enseignement plus éloigné des projets de recherche et des intérêts personnels, qui n’apparaissent pas comme un travail de la plus haute importance (ça l’est pourtant), nuisent sans aucun doute à la progression professionnelle des professeures, qui passe nécessairement par le rayonnement et moins par l’enseignement et l’administration. Selon ce qu’elle voit dans son établissement, dans les unités où il y a plus de femmes, la répartition des tâches semble plus équitable.</p>
<p>La culture départementale, mais aussi la taille de l’institution et des unités pourraient jouer un rôle important dans la division des tâches universitaires. Sylvie (un autre pseudonyme, une autre vraie personne) est professeure de littérature et de création littéraire. Elle raconte s’être sentie submergée par la tâche à son embauche, mais avoir senti que le travail était bien partagé. « C’est peut-être parce que j&rsquo;ai été engagée dans une université à taille très humaine. Les besoins au niveau des tâches administratives sont intenses, donc tous sont sollicités et il y a beaucoup de collégialité au niveau des répartitions de tâches pour les nouvelles professeures. C’est venu très vite pour moi, mais c’est venu très vite pour tous les collègues que je connais. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Y’a pas de pouliches</strong></p>
<p>Le temps à consacrer aux recherches et à la création est donc limité et les ressources servant à financer ces activités le sont tout autant. L’université est un milieu extrêmement compétitif où la persévérance et le travail bien fait suffisent rarement : il faut briller, être confiant, croire en sa valeur et le montrer. Le montrer souvent, partout, et ne pas avoir l’air d’en douter, surtout pas dans une demande de subvention. Sur ce plan, la socialisation avantage nettement les hommes et tout commence à se jouer dès le bac. Sophie identifie deux phénomènes distincts, mais liés : la perception des professeurs à l’égard de la performance des étudiants et la perception qu’ont les étudiants de leur propre compétence. « En général, on a des préjugés positifs envers ce que font les gars et pas envers ce que font les filles. On le voit à plusieurs niveaux, ne serait-ce que dans la manière dont les étudiants sont notés. Y’a plein de filles qui sont victimes de ça, qui finissent avec des A pis pas des A+. » Elle l’explique en partie par le fait que les étudiants sont presque toujours plus confiants et qu’ils sont conscients de bénéficier d’une certaine reconnaissance de la part des professeurs; selon elle, ils vont moins hésiter à faire des demandes qui mèneront à un meilleur dossier scolaire. En classe, nous avons toutes les deux constaté que les étudiantes parlaient beaucoup moins que les étudiants. « Les filles sont de manière générale moins sûres d’elles, plus timides. Je pense à une fille en particulier qui, de très loin, était la meilleure de sa cohorte. Elle m’a raconté qu’à sa première session, elle était convaincue qu’elle était pourrie. Elle regardait les autres faire semblant de comprendre et triper. Un moment donné, elle s’est rendu compte qu’elle n’était pas en échec, mais elle avait toujours des doutes. Elle n’était pas capable d’aller s’obstiner avec les autres parce qu’elle n’était jamais sûre d’avoir bien compris. Mais dans le fond, quand je corrigeais ses travaux, c’était elle la meilleure. »</p>
<p>Les intérêts de recherche créent aussi un clivage à l’intérieur même des disciplines. Dans les sciences humaines, par exemple, Sophie observe que davantage d’hommes s’intéressent aux problèmes théoriques, aux enjeux de pouvoir et aux questions d’économie, sujets considérés comme importants, tandis que les chercheuses vont plus souvent se pencher sur des questions touchant la famille, la culture, et adopter une méthodologie plus qualitative. Cette tendance, qu’elle ne considère évidemment comme ni naturelle ni absolue, peut jouer un rôle dans l’accès aux postes. « Il se passe quelque chose aussi, qui est autant dans la définition des postes que dans leur octroi et dans la sélection des candidats qui est complètement genrée, en tout cas dans nos disciplines. Je ne fais absolument pas une lecture essentialiste de ça, le fait est que tu peux prendre 20 projets de recherche écrits par des étudiants, pis 9 fois sur 10, je ne vais pas me tromper et pouvoir dire si c’est celui d’un gars ou d’une fille. Évidemment, les sujets de filles, ça apparaît toujours comme des choses mineures, sans envergure, pas importantes, secondaires, anecdotiques, ça apparaît jamais comme intéressant. » Du début des études à l’embauche, il y a donc, dans certains secteurs, un continuum de pratiques qui désavantagent les femmes. Ajoutons à cela le népotisme galopant qui, de manière peu surprenante, favorise le plus souvent de jeunes chercheurs pris sous l’aile de professeurs prestigieux, publiant dans les meilleures revues, se présentant dans les meilleurs colloques. On les voit souvent ces poulains, mais on dirait que les pouliches, y’en a pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>« Une belle femme brillante »</strong></p>
<p>On souhaiterait le milieu universitaire tout habité d’esprits supérieurs et rationnels, ne jugeant un collègue que sur la base de son intellect. Or, là comme ailleurs, le sexisme bête et ordinaire se porte assez bien, merci. J’ai personnellement passablement déchanté quand une amie m’a raconté avoir entendu mon directeur de thèse commenter la tenue trop voyante d’une conférencière, suggérant qu’elle voulait se faire remarquer. Oh malheur, elle portait du blanc. Rassurez-vous, c’était un tailleur-pantalon; on est à l’université tout de même, pas dans un <em>night club</em>. Ces commentaires, toutes mes collègues les ont entendus maintes et maintes fois. Rien pour espérer qu’on nous écoute plutôt qu’on nous regarde. En plus de l’angoisse de ne pas avoir l’air de ce qu’on attend de nous, ce grand pilier de l’aliénation féminine (<a href="http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&amp;id_article=149">lire</a> Mona Chollet vous éclairera sur la question), il y a l’angoisse de ne pas être à la hauteur comme intellectuelle. Les études puis la carrière universitaire, un parcours marqué par la quête constante de reconnaissance et la distribution très parcimonieuse de celle-ci (dixit Sophie) sont un terreau fertile pour ce type de préoccupation. On nous signale très souvent que nous ne sommes pas des égales. Malgré un dossier scolaire éclatant, on a souvent remis en question ma capacité à réussir et ma motivation, tant en raison du cursus que j’ai choisi et de mes intérêts multiples (théorie et pratique, interdisciplinarité) qu’à cause de choix relevant de ma vie personnelle. Les remarques sont parfois très indirectes, mais n’en sont pas moins démotivantes. Sophie raconte la fois où un de ses collègues en fin de carrière s’extasiait sur une certaine chroniqueuse qui fait plutôt dans la démagogie. Mais voilà : c’est une « experte » dans un domaine à prédominance masculine. « Il a dit mot pour mot : “C’est donc une belle femme, et puis brillante à part ça.” Ça serait un homme, il ne dirait pas qu’il est brillant, il ferait le tour de l’argumentation pour en penser quelque chose, être d’accord, être pas d’accord. J’ai entendu quelque chose d’à peu près semblable d’une étudiante. “C’est donc une belle femme.” » Bref, pour être pris au sérieux, que vous soyez une personne ou encore un <a href="http://www.washingtonpost.com/blogs/capital-weather-gang/wp/2014/06/02/female-named-hurricanes-kill-more-than-male-because-people-dont-respect-them-study-finds/">ouragan</a>, mieux vaut être un homme.</p>
<p>Paradoxalement, selon Sophie, les femmes professeures peuvent être perçues par certains collègues comme une menace. « Dans mon expérience, passer d’étudiante à prof, ç’a été une révélation parce que le rapport que les autres ont à toi est complètement différent. Tant que tu es étudiant ou chargé de cours, ils sont dans un rapport un peu paternaliste, on peut te donner une tite tape sur l’épaule et te dire “c’est bien ce que tu as fait”, parce que tu n’es pas un vis-à-vis, et que tu n’as pas une prétention de vis-à-vis. La barrière à l’entrée, elle n’est pas fluide : tu es un prof ou tu ne l’es pas, il n’y a pas de degrés là-dedans. Tant que tu n’y es pas, tu n’es pas une menace. T’es pas dans leur monde, t’es à côté. C’est quand tu passes de leur côté que le rapport change complètement. Pour certains, c’est comme si tu devenais [comme femme] une menace ou une concurrente pour la reconnaissance. Tu as la prétention d’être un vis-à-vis, un égal, donc un interlocuteur, qui peut avoir la prétention de faire des travaux valables, des choses aussi importantes. Et ça, ça va pas. » Sophie y voit un lien clair avec l’assignation à l’enseignement des cours de premier cycle et aux tâches administratives. « T’es à la même place que les hommes, mais ils ne vont pas te laisser faire la même chose. Tu es à la même place, mais tu ne vas pas pouvoir jouer le même rôle. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Encore la conciliation travail-famille</strong></p>
<p>L’université est un lieu d’excellence. Pour arriver à décrocher un poste, puis pour obtenir son agrégation, il faut publier, faire de la recherche subventionnée, et s’impliquer dans la vie départementale ou facultaire. Un universitaire pourrait consacrer un temps infini à ses diverses tâches, il y en aurait encore toujours à faire. D’après Sylvie, pour les jeunes mères, la situation devient extrêmement exigeante. « À mon sens, la différence importante va se jouer au moment où les jeunes professeurs entrent en poste et ont des enfants – entre 35 et 40 ans –, de sorte que tout (cours, étudiants dirigés, publications, enfants) demande en même temps. C’est le moment où la pression des pairs est la pire et où les enfants sont aussi petits et nécessitent beaucoup de soins et d&rsquo;attention de la part de la mère et où il devient difficile d’“arriver” en santé, mentale et physique. » Virginia Woolf nous l’avait bien dit : « Pour penser, écrire, lire, réfléchir, créer, il faut du temps – du vrai temps de soi à soi. Pour une jeune prof qui veut des enfants, c’est comme un <em>double-bind, </em>et pour une prof qui veut enseigner et avoir des enfants et créer, c&rsquo;est un défi titanesque. […] J’ai souvent entendu de jeunes et brillantes consœurs au cours de mes études qui me disaient qu&rsquo;elles auraient pu penser à devenir profs si elles pouvaient travailler à mi-temps; or, à ma connaissance, ce n’est pas possible. »</p>
<p>Si le travail potentiel est illimité, les ressources mentales et physiques, elles, ne le sont pas. Avant et après la journée de travail rémunéré, il y a le travail à la maison. Le <em>Wall Street Journal</em> publiait en janvier dernier un <a href="http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702304757004579335053525792432">extrait</a> du livre de la journaliste Jennifer Senior, <em>All Joy and No Fun : The Paradox of Modern Parenthood</em>. L’auteure y aborde notamment l’expérience du travail domestique des hommes et des femmes et les différences dans le rapport au temps que celui-ci génère. Aux États-Unis, selon le <a href="http://www.bls.gov/tus/">American Time Use Survey</a>, les hommes et les femmes travaillent grosso modo le même nombre d’heures par semaine, les hommes travaillant cependant un nombre plus élevé d’heures de travail rémunéré et les femmes effectuant davantage de travail non rémunéré. Cela ne surprendra personne : les mères américaines consacrent beaucoup plus de temps que les pères aux soins apportés aux enfants. Et, cela ne surprendra aucune mère qui travaille, il s’agit de la tâche domestique créant le plus de stress. Pourquoi? Senior cite les sociologues Annette Lareau et Elliot Weininger qui parlent de « <em>pressure points</em> », ces gestes quotidiens qui ont une heure de tombée et qu’on ne peut remettre à plus tard.</p>
<p>Toutes les mères qui travaillent font face à ce stress. Le problème avec le travail universitaire, c’est la forte pression pour être disponible en dehors des heures de bureau, pour siéger à des comités, répondre aux étudiants, et effectuer tout le travail nécessaire à l’avancement des recherches qui ne peut être effectué pendant les heures d’enseignement et de réunion. D’ailleurs, selon Sophie, le corps professoral est un secteur d’emploi où se retrouve une concentration particulièrement élevée de pères avec une conjointe à la maison à temps plein. « Au début, c’est toujours la même histoire : y’a un poste de prof, la femme est étudiante, le couple mise tout sur le poste de prof, y’a des enfants, faut s’occuper des enfants, le début de carrière de prof, c’est dur, faut s’investir, se consacrer. Tu ne peux pas être à la maison trop souvent. Pis ça finit comme ça. Y’en a plus à l’université qu’ailleurs. J’imagine qu’il y en a plus en bas de l’échelle sociale et en haut de l’échelle sociale. J’ai pas vu de milieux dans la vie où il y a autant de femmes à la maison, de tous les âges, et même de 30-35 ans. » Margaret Betz le dit aussi <a href="http://www.hybridpedagogy.com/journal/contingent-mother-role-gender-plays-lives-adjunct-faculty/">ici</a>, en citant Judith Sanders, docteure en littérature et collaboratrice au collectif <em>Mama PhD </em>: « <em>The academic model remains one of </em><em>« </em><em>men-with-wives.</em><em>« </em> » Pourtant, selon Sophie, il serait tout à fait possible de changer nos attentes envers les modalités de présence au travail. « C’est sûr que le gars dont la femme ne travaille pas, sa vie est plus facile. Mais ils ne sont pas obligés de faire ça. Ils pourraient aménager leur vie autrement, mais ils ne le font pas. L’histoire qu’ils se racontent c’est « c’est temporaire, je viens d’avoir mon poste, ma blonde doit finir sa thèse ». Mais la blonde, elle la finit pas sa thèse, parce qu’elle est à la maison avec les enfants. Et la dynamique va être prise à la maison, et elle va rester. » Sylvie, elle, a entendu plusieurs collègues souhaiter un changement. « J’ai souvent entendu de belles choses, de collègues masculins et féminins qui disaient justement que c&rsquo;était important de créer des conditions de travail pour que les femmes qui veulent être profs puissent aussi faire le choix d’avoir des enfants. »</p>
<p>Essayer de répondre à toutes ces exigences, familiales et professionnelles, conduit souvent à l’épuisement. <em>The Guardian</em> publiait récemment un <a href="http://www.theguardian.com/higher-education-network/2014/mar/06/mental-health-academics-growing-problem-pressure-university">article</a> sur la prévalence alarmante de problèmes de santé mentale chez les professeurs. Certes, le phénomène répond à une augmentation dans la société, notamment à cause de l’augmentation des heures travaillées, mais à des taux plus alarmants que dans la population en général. Sylvie et Sophie ont d’ailleurs toutes deux fait un <em>burn-out</em>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>Tous ces problèmes, les étudiantes graduées les perçoivent assez rapidement et y font face. Les universités commencent sérieusement à réfléchir au problème. Le recrutement des femmes semble toujours poser problème, mais aussi leur rétention et leur progression professionnelle, comme le souligne <a href="http://yaledailynews.com/blog/2012/04/04/women-lag-in-reaching-tenure/">cet article</a> du <em>Yale Daily News</em>. On nous rebat les oreilles sur les statistiques concernant le supposé avantage des femmes dans le milieu de l’éducation; <a href="http://www.statcan.gc.ca/pub/89-503-x/2010001/article/11542/tbl/tbl001-fra.htm">en 2009</a>, 34,3 % des femmes de 25 à 35 ans avaient un diplôme universitaire, contre 26 % des hommes; <a href="http://www.statcan.gc.ca/pub/89-503-x/2010001/article/11542/tbl/tbl009-fra.htm">en 2008</a>, les femmes comptaient pour 60 % des diplômés universitaires. Ça nous avance bien quand « le revenu moyen sur 20 ans d&rsquo;une femme détenant un baccalauréat (973 000 $) est légèrement inférieur à celui d&rsquo;un homme détenant un diplôme secondaire (975 000 $) ». Les femmes ont de la difficulté à envisager la carrière universitaire comme souhaitable, à y rester et à y progresser. Il est également difficile pour plusieurs de témoigner de la dureté de ce milieu pour les femmes. Sophie et Sylvie tiennent à rester anonymes, moi aussi, et pratiquement personne n’a répondu à mon appel à témoignages. La question revient souvent dans mes conversations avec des collègues. Certaines ont des choses à dire, des changements à suggérer, mais peu en parlent ouvertement. D’autres réduisent ces obstacles à des situations singulières, niant la trame structurelle sous-jacente à plusieurs des problèmes auxquelles elles font face, remettant souvent en question leur propre compétence, leur motivation, l’intérêt de leurs recherches et de leur parcours. Sylvie insiste sur l’énorme richesse et sur le potentiel de l’université : pour sa part, elle sent avoir été très soutenue en tant que jeune « prof-femme-mère » et elle y voit un signe prometteur. Quant à moi, c’est toujours la carrière que j’envisage. Finalement, c’est un peu comme être curé : je ne compte ni mes heures ni ma charge, j’absous les fautes et je pardonne beaucoup à mon prochain.</p>
<p>Cet article <a href="/les-femmes-a-luniversite/">Les femmes à l&rsquo;université</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">109</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Saluons Hélène Pedneault</title>
		<link>/saluons-helene-pedneault/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=saluons-helene-pedneault</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Françoise Stéréo]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=156</guid>

					<description><![CDATA[<p>&#160; Au creux des luttes qui nous tiennent aussi à cœur, une battante. Pour que nous puissions nous nourrir de sa fougue et de sa colère. Parce que tout d’elle nous manque, Françoise Stéréo dédie ce premier numéro à Hélène Pedneault.</p>
<p>Cet article <a href="/saluons-helene-pedneault/">Saluons Hélène Pedneault</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="size-full wp-image-157 aligncenter" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Pedneault_500x625.png" alt="Programmatique_Pedneault_500x625" width="500" height="625" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Pedneault_500x625.png 500w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Pedneault_500x625-240x300.png 240w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">Au creux des luttes qui nous tiennent aussi à cœur, une battante.<br />
Pour que nous puissions nous nourrir de sa fougue et de sa colère.<br />
Parce que tout d’elle nous manque, Françoise Stéréo dédie ce premier numéro à Hélène Pedneault.</p>
<p>Cet article <a href="/saluons-helene-pedneault/">Saluons Hélène Pedneault</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">156</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Intersection des oppressions ou l&#8217;indivisibilité de la justice [1]</title>
		<link>/intersection-des-oppressions-ou-lindivisiblite-de-la-justice-1/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=intersection-des-oppressions-ou-lindivisiblite-de-la-justice-1</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[Geneviève Pagé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=126</guid>

					<description><![CDATA[<p>GENEVIÈVE PAGÉ &#160; &#160; Justice is indivisible, and injustice anywhere is a threat to justice everywhere. Martin Luther King Jr. J’emprunte à Angela Davis le concept d’« indivisibilité de la justice » – titre de sa conférence prononcée à Montréal à l’occasion du Festival Froen février 2013 – pour tenter d’expliquer le concept d’intersectionnalité des oppressions. En [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/intersection-des-oppressions-ou-lindivisiblite-de-la-justice-1/">Intersection des oppressions ou l&rsquo;indivisibilité de la justice [1]</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignleft wp-image-127 size-medium" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Intersectionnalite-293x300.png" alt="Programmatique_Intersectionnalite" width="293" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Intersectionnalite-293x300.png 293w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_Intersectionnalite.png 675w" sizes="(max-width: 293px) 100vw, 293px" /></p>
<p>GENEVIÈVE PAGÉ</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><strong><em>Justice is indivisible, and injustice anywhere is a threat to justice everywhere</em>.<br />
</strong><strong>Martin Luther King Jr.</strong></p>
<p>J’emprunte à Angela Davis le concept d’« indivisibilité de la justice » – titre de sa conférence prononcée à Montréal à l’occasion du Festival Froen février 2013 – pour tenter d’expliquer le concept d’intersectionnalité des oppressions. En effet, ce mot de 18 lettres peut sembler complexe à première vue; c’est pourquoi, tout au long de cet article, je tenterai non seulement de le rendre compréhensible, mais également indispensable à la praxis féministe. Débutant par son contexte d’émergence, j’essaierai de mettre en relief les éléments qui le distinguent des autres cadres d’analyse féministe ainsi que les effets bénéfiques de son utilisation. Par la suite, je m’attarderai quelques instants à certaines controverses qui l’entourent, notamment l’idée qu’il mène à un fractionnement du mouvement féministe et qu’il nous éloigne de la lutte contre le patriarcat.</p>
<p>Le développement d’un cadre d’analyse qui met de l’avant l’intersection des oppressions est le résultat des efforts par les féministes de couleur [2] étatsuniennes (Black et Chicana principalement) dans la deuxième moitié du 20<sup>e</sup> siècle pour théoriser et comprendre la complexité et la spécificité de leur vécu à un moment où les outils conceptuels existants ne pouvaient en rendre compte. En effet, elles ne se sentent pas représentées et incluses dans les milieux de militance qu’elles fréquentent. D’un côté, les mouvements antiracistes reproduisent la division sexuelle du travail et n’offrent pas de réelles possibilités pour les femmes d’occuper des rôles d’importance ou de tête. De l’autre côté, le mouvement féministe universalise la réalité des femmes blanches de la classe moyenne et les femmes qui le composent ont de la difficulté à reconnaître leurs privilèges et exigent souvent que les femmes se désolidarisent et confrontent les hommes de leurs communautés, ce qui est plus difficile quand ces communautés sont victimes d’autres systèmes d’oppression et que les hommes sont également des alliés et camarades de lutte. Le mouvement marxiste, lui, ne reconnaît que la lutte des classes comme lutte prioritaire et légitime, niant souvent ou secondarisant (faisant passer en deuxième) les autres luttes. Cette idée est bien reprise dans le titre de ce discours : « <em>All the Women Are White, All the Blacks Are Men, but Some of Us Are Brave</em> » (Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont des hommes, mais certaines d’entre nous sont courageuses). Ainsi, lasses de maintes confrontations et frustrations avec les militantes et militants de différents milieux de luttes sociales, certaines femmes de couleur se regroupent et tentent de repenser les outils d’analyse utilisés pour théoriser non seulement les oppressions, mais également les liens entre ces oppressions.</p>
<p>C’est dans le texte du collectif de femmes noires <em>Combahee River Collective</em>, en 1977, que l’on observe les premiers changements dans le vocabulaire utilisé pour parler de l’expérience simultanée du patriarcat, du capitalisme, du racisme et de l’hétérosexisme, établissant ainsi les bases de ce que deviendra le concept de l’intersectionnalité. Elles nous parlent de « synthèse des oppressions », des « oppressions multiples et simultanées » et de la « texture multidimensionnelle de la vie des femmes noires ». Elles jettent ainsi les fondements d’une analyse et d’une pratique intégrées « basées sur l’idée que les principaux systèmes d’oppression sont imbriqués ». Dès 1980, au moment de la publication du célèbre livre <em>This Bridge Called my Back</em>, l’idée des oppressions qui interagissent entre elles – idée centrale de l’intersectionnalité – est déjà répandue. Le terme lui-même n’apparaîtra cependant qu’en 1989 dans un article de Kimberlé Crenshaw qui utilise l’analogie d’un croisement de chemins qu’elle appelle intersectionnalité. Depuis, cette idée est devenue centrale autant dans les théories féministes que dans d’autres sciences sociales aux États-Unis, au point de se faire qualifier de « <em>buzzword</em> ».</p>
<p>L’idée de l’intersection des oppressions est principalement en rupture avec deux manières de concevoir les oppressions qui ont cours au moment de ces écrits.[3] Tout d’abord, l’intersectionnalité s’oppose à ce qu’on appelle le modèle « moniste ». Se retrouve dans cette catégorie l’idée qu’il y aurait une oppression principale, ou que les autres oppressions découlent d’une première oppression, originelle, fondamentale. Pour les marxistes, le capitalisme est la cause de tous les maux; pour certaines féministes, l’ennemi principal est le patriarcat; pour les mouvements antiracistes, le racisme est le système d’oppression qui traverse les autres systèmes. Les femmes de couleur remettent ainsi en question cette lutte pour le pécheur originel,  notamment à travers l’expression « <em>Will the real ennemi please stand up ?</em> » (Est-ce que l’ennemi réel pourrait se lever, svp?). Ainsi, elles refusent une hiérarchisation des oppressions, elles refusent de dire qu’un système d’oppression est plus important que les autres. Même si dans une situation particulière, certains systèmes d’oppression semblent être plus présents, cela ne veut pas dire que ce sera le cas dans toutes les situations. Par exemple, les survivantes d’agressions sexuelles ont vécu des situations où le patriarcat s’est manifesté d’une manière accrue. Dans d’autres cas, c’est d’abord la classe sociale qui limite l’accès à l’éducation ou à un emploi. En ce sens, essayer de déterminer quelle oppression est la plus dommageable, ou la plus importante, ne fait pas vraiment de sens.</p>
<p>Une analyse qui tient pour acquise l’intersection des oppressions se distingue également de ce qu’on a souvent appelé le modèle « additif ». Ainsi, les tentatives pour prendre en compte plusieurs systèmes d’oppression les ont souvent conceptualisés comme s’ajoutant les uns aux autres, augmentant ainsi le poids des oppressions en fonction du nombre de systèmes qui nous accablent. On retrouve cette idée lorsque l’on parle des femmes doublement ou triplement discriminées, ou encore lorsque l’on parle de femmes opprimées comme femmes <em>et</em> comme sourdes <em>et </em>comme lesbiennes. L’intersectionnalité postule, au contraire, que ce n’est pas une relation d’addition, mais de modification mutuelle des oppressions, qui parfois mène à des situations que l’on peut juger comme comportant plus de défis, mais pas nécessairement. Par exemple, les stéréotypes racistes ne sont pas nécessairement pires pour les femmes racisées que pour les hommes racisés; ils sont cependant clairement différents. Dans ce cas-ci, ce n’est pas tant que le patriarcat s’ajoute au racisme, mais il vient le transformer, donnant lieu à des stéréotypes différents pour les hommes et les femmes d’un groupe racisé quelconque.</p>
<p>On se retrouve ainsi avec trois prémisses qui constituent l’essence du modèle de l’intersection des oppressions : 1) les oppressions sont vécues de manière simultanée et sont difficilement différentiables les unes des autres; 2) les systèmes d’oppression s’alimentent et se construisent mutuellement tout en restant autonomes; 3) par conséquent, la lutte ne peut pas être conceptualisée comme un combat contre un seul système d’oppression; les systèmes doivent être combattus simultanément sans être hiérarchisés.</p>
<p>On peut ensuite appliquer cette idée à trois niveaux d’analyse différents : 1) le niveau individuel, 2) le niveau systémique et 3) le niveau de la lutte militante. Sur le plan individuel, l’analyse intersectionnelle nous permet de comprendre que personne n’a d’identité pure. On n’est jamais seulement femme, ou seulement pauvre, ni seulement handicapé(e). En effet, la pauvreté se vit différemment selon si l’on est femme ou homme; il n’y a pas de situation de pauvreté qui soit en dehors de la personne qui la vit, soit incarnée dans un corps qui n’est pas genré. De la même manière, l’invisibilisation et le déni de l’existence d’une sexualité pour les personnes handicapées se sont vécus historiquement et se vivent encore de manière différente selon le sexe des personnes. L’important n’est donc pas d’évaluer quelle situation est la pire, mais bien de comprendre que les systèmes s’alimentent et s’influencent mutuellement et que donc les effets des systèmes sont souvent indifférentiables dans la vie des gens puisque leur entremêlement est trop important. L’application de l’intersectionnalité sur le plan individuel nous permet aussi de faire émerger la présence de privilèges. Reconnaître que certaines situations nous offrent des privilèges permet de déconstruire le mythe individualiste et méritocratique voulant que notre position sociale actuelle ne soit le résultat que de nos compétences et de nos efforts (ou ceux de nos parents) et permet de s’attaquer autant aux systèmes qui nous oppriment qu’à ceux qui perpétuent notre position de dominante, même si cela va contre nos intérêts. L’intersectionnalité permet aussi de voir comment, sur le plan individuel, certains privilèges acquis à travers un système permettent de diminuer les impacts potentiellement négatifs d’une oppression sous un autre axe. Utilisant un exemple de ma vie privée, lorsque je résidais aux États-Unis, mon accent, perceptible par moments, suscitait chez nombre de personnes une réaction de curiosité bienveillante, me demandant ma provenance avec un certain intérêt, et suivant ma réponse sur mes origines canadiennes, elles faisaient généralement un commentaire positif sur quelque chose au Canada. La marque de différence – dans ce cas mon accent trahissant mon statut d’étrangère – était de beaucoup atténuée par la couleur de ma peau : blanche. Je n’étais donc pas perçue de prime abord comme une menace, une voleuse de <em>jobs</em>, une profiteuse du système. Le même accent sur un corps racisé aurait – et je l’ai vu – suscité des commentaires et des comportements bien différents. Ainsi, les témoignages biographiques de l’oppression basée sur l’appartenance à certaines identités nous permettent de comprendre comment les systèmes se matérialisent dans la vie des individus.</p>
<p>Sur le plan systémique, une analyse intersectionnelle d’une situation ou d’un problème nous permet de voir comment les différents systèmes d’oppression s’appuient les uns sur les autres et s’imbriquent dans la construction de la réalité sociale. Ainsi, le capitalisme s’alimente d’autres idéologies d’inégalités sociales comme le racisme ou le patriarcat, ce qui a pour effet de dévaloriser le travail de certains types de personnes, et de survaloriser celui de certaines autres.</p>
<p>Le patriarcat permet de justifier la division entre travail salarié et travail domestique d’une manière qui dégage les hommes comme classe sociale de cette responsabilité et justifie le travail gratuit (travail domestique non rémunéré, soins à la famille [élargie]) ou sous-payé des femmes (femmes de ménage, aide-infirmière, etc.) qui effectuent le travail domestique et le travail du <em>« care »</em>. Cela nous amène à conclure que la fin du capitalisme n’amènerait pas la fin du patriarcat, mais que le patriarcat pourrait être transformé par une autre structure économique. De même, le patriarcat utilise l’hétérosexisme et la transphobie afin de maintenir des barrières claires entre les hommes et les femmes; en effet, comment serait-il possible de maintenir un système de privilèges et de punitions si les catégories ne sont pas nettement définies? Les hommes doivent pouvoir identifier clairement les individus exploitables et violentables. L’hétérosexisme et la transphobie sont donc utilisés par le patriarcat afin de s’assurer que les femmes sont bien identifiables en tant que telles et disponibles pour les hommes, eux-mêmes clairement définis.</p>
<p>Par conséquent, la troisième prémisse avance qu’une lutte contre une seule structure d’oppression a pour effet de rendre invisible et donc de marginaliser davantage (et à l’intérieur même des mouvements sociaux) la situation des personnes dont l’expérience conjugue les effets négatifs de plusieurs systèmes d’oppression. Cette prémisse nous rappelle donc qu’il faut lutter contre plusieurs systèmes de manière simultanée.</p>
<p>Pour illustrer ce phénomène, prenons l’exemple du changement de paradigme qui s’est opéré dans les mouvements féministes aux États-Unis et au Québec au sujet de l’avortement, de l’accès et de la contrainte à la maternité et de la justice reproductive. Penser le problème dans une perspective d’« avortement libre et gratuit » ne permet pas de réfléchir à différents problèmes liés au contrôle de la reproduction des femmes. L’enjeu du contrôle de la reproduction et du corps des femmes, au Canada, se décline de différentes façons en fonction des différentes réalités des femmes. Citons en exemple l’interdiction d’adopter pour les couples homosexuels levée depuis peu, les stérilisations forcées subies par les femmes handicapées ainsi que par les intersexes opéré(e)s à la naissance, les accusations contre les femmes prestataires d’aide sociale d’avoir des enfants pour toucher les chèques d’allocation, les préjugés envers les femmes immigrantes qui seraient ignorantes des moyens de contraception ou soumises à leur mari ou à leur culture, ou les familles autochtones qui se sont faites et se font encore enlever leurs enfants pour mieux les « assimiler » ou pour les « protéger ». Adopter une lunette qui se limite à l’accès à l’avortement ne permet de prendre en compte que les problèmes vécus par une portion des femmes : celles que l’on encourage à avoir des enfants – les femmes blanches de la classe moyenne ou aisée. Or si l’on n’adopte que leur point de vue, on ne peut comprendre la complexité du système patriarcal, ni l’influence qu’exercent sur celui-ci le racisme, le colonialisme, l’hétérosexisme, le capitalisme et le capacitisme, entre autres, qui modulent différemment l’oppression patriarcale en fonction de catégories spécifiques de femmes. L’ensemble des structures influence le patriarcat afin de définir quelles femmes sont légitimes d’avoir des enfants, et quelles femmes ne le sont pas. Encore aujourd’hui, notre société encourage certaines femmes à avoir des enfants et à les éduquer, les incitant même à quitter leur emploi pour s’occuper d’eux à temps plein, alors qu’on décourage d’autres femmes d’avoir des enfants et de les éduquer, notamment en les traitant de paresseuses si elles désirent rester à la maison pour s’en occuper. On voit donc comment le patriarcat n’agit pas de manière uniforme sur toutes les femmes. Il faut ainsi comprendre comment les autres systèmes interagissent avec ce dernier et le modifient.</p>
<p>En repensant cette lutte dans une perspective intersectionnelle, c’est l’ensemble des femmes qui font l’objet de la lutte politique féministe, celle-ci devenant diversifiée dans ses stratégies, ses tactiques et ses objectifs, en fonction de la diversité des réalités vécues par les femmes. Ainsi, les féministes de couleur étatsuniennes ont développé le mouvement pour la justice reproductive qui se bat pour 1) le droit d’avoir un enfant; 2) le droit de ne pas avoir d’enfant; et 3) le droit d’éduquer les enfants que nous avons[4]. Élargissant les revendications du mouvement prochoix, cette transformation dépasse un simple changement de nom; il s’agit en fait de remettre en question la notion de choix individuel et de se battre pour que toutes aient le pouvoir social, politique et économique ainsi que les ressources pour prendre les décisions qui concernent leur corps, leur sexualité, leur reproduction, leur famille et leur communauté. Ainsi, analyser l&rsquo;intersectionnalité des oppressions <em>dans une perspective féministe</em> ne signifie pas ne plus prendre en compte la lutte contre le patriarcat. La notion d’intersectionnalité des oppressions est un outil théorique et politique pour mener une lutte contre le patriarcat, sous toutes ses formes et ses expressions, de concert avec les luttes contre les autres systèmes. Cela ne veut donc pas dire que la lutte féministe est dépassée, mais bien qu’il faut la repenser.</p>
<p>Le fractionnement</p>
<p>L’idée de l’intersection des oppressions est parfois présentée comme une menace à l’unité du mouvement féministe, sous-entendant qu’il induirait un fractionnement à l’infini de la catégorie des femmes en multipliant les différences et gardant l’accent sur ce qui nous divise plutôt que sur ce qui nous unit. En fait, l’accusation de fractionnement est un argument qui a été retourné sur lui-même : le fractionnement réel du mouvement se situe dans l’exclusion de la diversité d’expériences des femmes. Traditionnellement, l’expérience de certaines femmes, parfois celles qui sont privilégiées et parfois non, a été placée au centre de la théorie féministe, et les « autres » étaient en quelque sorte exclues de la pensée et des organisations <em>mainstream</em>, provoquant ainsi une fragmentation de faits, et les encourageant ou les forçant à s’organiser entre elles. Décentrer l’expérience des femmes qui ont traditionnellement été au centre ne fait pas en sorte de fractionner le groupe des femmes, mais bien d’éviter le fractionnement qui découle des théories posées comme universelles alors qu’elles ne rendent compte que de la réalité d’une partie des femmes, souvent celles de la classe dominante. Complexifier la définition du groupe des femmes et développer une analyse qui tient compte de la diversité des réalités équivaut à éviter le fractionnement par l’exclusion, et non le contraire.</p>
<p>Ainsi, l’objectif d’une analyse intersectionnelle de l’oppression des femmes n’est pas de fractionner et de sous-catégoriser en groupes toujours plus restreints, mais bien de repenser la lutte pour qu’elle ne soit pas spécifique qu’à un groupe. Le changement de paradigme qui s’opère lorsqu’on passe d’une lutte pour le droit et l’accès à l’avortement vers une lutte pour la justice reproductrice, comme nous l’avons vu, nous permet de cerner comment passer des besoins et des réalités d’un groupe de femmes (celles pour qui l’accès à l’avortement est restreint) aux besoins et réalités de l’ensemble des femmes, incluant celles qui se battent pour avoir ou garder leurs enfants, que ce soit à cause de leur assignation à une « race » ou une culture, leur classe sociale, leur orientation sexuelle ou leurs capacités physiques ou mentales. Adopter un paradigme plus large permet ainsi de ne pas fractionner le mouvement, en insistant plutôt sur la lutte pour le contrôle par toutes les femmes de leur corps, lutte réellement <em>commune</em> à toutes les femmes.[5]</p>
<p>De même, partir de la réalité des femmes en marge de la société peut nous amener à une analyse plus complète des structures toujours aussi discriminantes et oppressives. S’ancrer dans la réalité des aides familiales à statut précaire[6], par exemple, permet de remettre en question la dévalorisation du travail des femmes en général. En effet, même si l’atteinte d’un certain statut socioéconomique par une classe de femmes leur a permis de se décharger du travail domestique gratuit et dévalorisé, le patriarcat ne peut faire l’économie de l’assujettissement d’au moins certaines femmes pour se maintenir. Ainsi, d’autres femmes, celles qui sont racisées ou avec peu d’options d’emplois, se retrouvent à faire ce travail à faible coût. Le déchargement de certaines n’a pas permis un changement de structure; la « libération » de certaines n’a pas mené à la libération de toutes; justice <em>n’</em>est <em>pas</em> faite. Partir de la position des femmes aides familiales nous permet de réfléchir du même coup au patriarcat, au racisme, au capitalisme, et aux structures étatiques qui maintiennent des catégories différentes de citoyenneté. Cette réalité nous rappelle également que l’obtention de privilèges par certaines n’équivaut pas à la remise en question et la destruction du système. Il ne s’agit pas ici de prétendre que les conflits entre les groupes peuvent se résoudre simplement en trouvant les points communs et en faisant fi des dynamiques de pouvoir interne au mouvement féministe; en fait, il s’agit ici de contrer un des effets de ces relations de pouvoir : la perpétuelle centralisation des expériences de certaines femmes.</p>
<p>Adopter un cadre d’analyse intersectionnelle ne règle pas tous les problèmes. Un énorme travail reste à faire pour non seulement reconnaître nos privilèges, mais également pour activement déconstruire ces structures qui permettent l’injustice. Si j’avance que l’imbrication des oppressions n’entraîne pas la fragmentation de la lutte, il n’en reste pas moins que les confrontations découlant de ce changement de paradigme peuvent entraîner des déchirements profonds dans le mouvement. Comme nous l’ont démontré les débats autour de la charte des valeurs québécoises ou durant le processus des États généraux de l’analyse et de l’action du féminisme, quand les subalternes parlent, et qu’elles sont entendues, il y a, la plupart du temps, contrecoup par les personnes qui ont des privilèges à défendre. La reconnaissance de privilèges n’est qu’une petite première étape vers la destruction d’un système. Et si les notions d’intersection et d’imbrication des oppressions nous donnent des outils pour comprendre les situations, développer notre analyse, et orienter nos actions, elles ne nous fournissent pas une recette miracle avec une marche à suivre pour régler les différences de pouvoir dans le milieu féministe, milieu à l’image de la société dans laquelle il évolue.</p>
<p>Néanmoins, une étape importante semble être le changement de paradigme qui nous permet d’envisager la lutte sans laisser de femmes derrière. Cette idée est bien représentée dans l’indivisibilité de la justice. La justice <em>est</em> ou <em>n’est pas</em>. L’égalité des femmes <em>est</em> ou <em>n’est pas</em>; l’égalité des femmes <em>n’est pas</em> si certaines femmes ne sont pas égales aux autres femmes et aux autres hommes. Parce qu’il faut toujours se demander : égales à qui?</p>
<p>Les enjeux auxquels fait face le mouvement féministe contemporain ne sont pas simples. La trajectoire spécifique du mouvement féministe québécois francophone, avec son expérience des multiples oppressions et ses liens avec le féminisme matérialiste français, peut servir de tremplin à l’intégration et l’adoption d’un cadre d’analyse intersectionnelle afin de tendre vers une société juste, où la justice <em>est</em>. Retourner à la source militante, et recentrer le projet intersectionnel sur l’indivisibilité de la justice, permet alors un arrimage entre les théories féministes et l’analyse en termes d&rsquo;intersection des oppressions en ancrant le tout dans l’expérience collective des femmes marginalisées. La notion d’intersection des oppressions ou d’imbrication des structures de pouvoir relève d’une vision politique qui prône un changement social et une conception de la justice sociale foncièrement ancrée dans les rapports de domination symboliques, physiques et dans l’exploitation matérielle. C’est donc un outil de plus, une flèche additionnelle à notre arc, dans notre lutte pour la justice et contre les oppressions que vivent les femmes.Rappelons-nous le slogan de la Marche mondiale des femmes, une mobilisation initiée par les féministes québécoises francophones : « Parce que tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous marcherons! »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[1] Une partie des propos exprimés dans ce texte est reprise d’un article scientifique qui paraîtra dans la revue <em>Nouvelles pratiques sociales</em> (vol. 26, no 2, automne 2014).</p>
<p>[2] Le terme féministes/femmes « de couleur » est ici utilisé comme traduction de « <em>feminist/women of colour</em> » qui réfère aux féministes/femmes racisées en mettant de l’avant l’expérience commune de racisme indépendamment de l’appartenance ethnique spécifique et qui ne définit pas les individu-e-s par la négative (non-blancs-ches).</p>
<p>[3] Pour plus de détails sur les différentes conceptions de l’oppression, voir le texte de Sirma Bilge « De l&rsquo;analogie à l&rsquo;articulation : théoriser la différenciation sociale et l&rsquo;inégalité complexe », dans <em>L&rsquo;Homme et la société</em>, vol. 176-177, 2010 : 43-64.</p>
<p>[4] Pour plus de détails sur le concept de la justice reproductive, voir les écrits de Loretta Ross, notamment « Understanding reproductive justice : Transforming the Pro-Choice Movement » dans <em>Off our backs</em>, vol. 36, n<sup>o</sup> 4, 2006 : 14-19; ainsi que le document synthèse produit par la Fédération québécoise du planning des naissances disponible à http://www.fqpn.qc.ca/actualites/comprendre-la-justice-reproductive/.</p>
<p>[5] Les juristes Robert Chang et Jerome Culp mettent en garde contre la présomption naïve qu’il est toujours possible de se défaire des identités et de trouver une perspective neutre et commune à toutes et tous, qui permet d’éviter les conflits entre les groupes. Cependant, à l’inverse, lorsqu’une telle analyse est possible, elle permet aux groupes de créer des alliances stratégiques. Pour plus de détails, voir leur texte « After Intersectionality » disponible à http://papers.ssrn.com/abstract=337760.</p>
<p>[6] Les « aides familiales » sont majoritairement des femmes qui entrent au Canada sous un visa spécial leur permettant de travailler dans un ménage; les multiples conditions auxquelles elles doivent répondre, notamment la résidence obligatoire chez l’employeur, les placent dans une situation de vulnérabilité particulière.</p>
<p>Cet article <a href="/intersection-des-oppressions-ou-lindivisiblite-de-la-justice-1/">Intersection des oppressions ou l&rsquo;indivisibilité de la justice [1]</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">126</post-id>	</item>
		<item>
		<title>On est toutes des Françoise&#8230; Guénette</title>
		<link>/on-est-toutes-des-francoise-guenette/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=on-est-toutes-des-francoise-guenette</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valérie Gonthier-Gignac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=107</guid>

					<description><![CDATA[<p>VALÉRIE GONTHIER-GIGNAC &#160; Au fil des numéros, nous vous présenterons des Françoise de tous les horizons. Des Françoise qui ont fait de grandes choses, et d’autres qui en ont fait de plus modestes, mais qui sont toutes, flamboyantes ou discrètes, des piliers du monde qu’on habite. Nous cherchions, pour ouvrir le bal de cette série [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/on-est-toutes-des-francoise-guenette/">On est toutes des Françoise&#8230; Guénette</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_112" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-112" class="wp-image-112 size-medium" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette-300x224.jpg" alt="Programmatique_FrançoiseGuenette" width="300" height="224" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette-300x224.jpg 300w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette-65x50.jpg 65w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette.jpg 960w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /><p id="caption-attachment-112" class="wp-caption-text">© Louise Guénette</p></div>
<p>VALÉRIE GONTHIER-GIGNAC</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au fil des numéros, nous vous présenterons des Françoise de tous les horizons. Des Françoise qui ont fait de grandes choses, et d’autres qui en ont fait de plus modestes, mais qui sont toutes, flamboyantes ou discrètes, des piliers du monde qu’on habite.</p>
<p>Nous cherchions, pour ouvrir le bal de cette série d’entrevues, une Françoise à la carrière établie et au féminisme affirmé. C’est tout naturellement que nous avons pensé à Françoise Guénette, journaliste et animatrice indépendante, qui fut aussi corédactrice en chef du magazine féministe des années 1980 <em>La Vie en rose.</em></p>
<p>J’ai pris rendez-vous par téléphone :</p>
<p>« Bonjour, Françoise. Avec des amies féministes, on est en train de monter un projet de revue. On se demandait si tu nous accorderais une entrevue?</p>
<p>— Une revue féministe? Pas papier, j’espère! »</p>
<p>Un cri du cœur : ça laisse des traces, avoir été rédactrice en chef.</p>
<p>J’éclate de rire : « Si tu nous donnes des conseils en prime, on va les prendre… »</p>
<p>On se rencontre chez elle, dans son salon, à côté d’une table où s’empilent des colonnes de livres. Elle s’excuse, d’un revers de la main : « J’en ai presque une trentaine à lire, pour un contrat d’animation — des tables rondes – au Salon du livre de Québec, dans un mois. Ils ne sont même pas tous là. »</p>
<p>Je souris : chaque fois que je suis allée chez elle, Salon du livre ou pas, la table du salon débordait de bouquins.</p>
<p>Elle s’assoit sur le divan en cuir en hochant la tête.</p>
<p>« L’hiver et le début du printemps, c’est toujours fou. Mais je ne me plains pas : mes contrats sont stables d’une année à l’autre, et j’ai l’été de congé&#8230; »</p>
<p>Françoise collabore parfois avec le magazine <em>L’actualité</em>. Quand on s’est vues, elle terminait un dossier sur l’édition numérique, tout en préparant, dans le cadre de la série <em>Le monde vu par</em>, présentée par le Musée de la civilisation, un entretien avec Janette Bertrand.</p>
<p><strong>La rencontre avec le féminisme</strong></p>
<p>Je m’installe sur le fauteuil perpendiculaire au sien. C’est bon, on y va : « Tu sais d’où te vient ton nom, Françoise?</p>
<p>– C’est le nom de Françoise à Joe… quelque chose – j’oublie toujours –, bref, d’une ancêtre du côté de mon père. Mes parents ont voulu donner des noms très classiques à leurs enfants. J’ai un frère qui est mort à un an, quelques mois avant ma naissance, qui s’appelait Pierre Guénette, comme le premier Guénette qui est arrivé en Nouvelle-France, vers 1649. Nos prénoms ont un lien direct avec les origines de la famille. »</p>
<p>Plus tard, en révisant ma première version de l’article, les filles de <em>Françoise Stéréo</em> ont souligné ce passage : « C’est vraiment l’<em>fun</em>, comme question, ça donne un côté humain à l’échange. On devrait la garder pour nos entrevues avec des Françoise. »</p>
<p>En relisant ma transcription, j’avais plutôt noté que, à cet endroit, j’aurais pu glisser une question sur la notion de filiation, si intrinsèquement liée au système patriarcal… Occasion perdue : dans le vif de l’entretien, j’ai enchaîné :</p>
<p>« Le féminisme, il est entré comment dans ta vie?</p>
<p>– C’est arrivé au milieu des années 1970, après l’université, quand j’ai commencé à travailler. En 74-75, j’étais reporter pour une émission quotidienne à la radio de Radio-Canada, qui s’appelait <em>Présent</em>. J’ai eu l’occasion, à ce moment-là, de couvrir les grandes manifestations pour le droit à l’avortement, en appui au D<sup>r</sup> Morgentaler. Je me suis intéressée à cette histoire; j’ai fait une entrevue avec Morgentaler, et j’ai rencontré des militantes, notamment les femmes du Comité de lutte pour l’avortement libre et gratuit. À ce moment, le Comité de lutte organisait des voyages à New York pour les filles qui devaient se faire avorter. C’était illégal, clandestin et dangereux au Québec.</p>
<p>Mon contact avec le féminisme est donc passé beaucoup par des rencontres personnelles. Par l’amitié, finalement, parce que j’ai continué à voir les filles après la fin de mes reportages.</p>
<p>Juste après cette période, je suis allée passer un an en Europe, pour un stage en journalisme. Là-bas, je me suis mise à lire plusieurs revues féministes françaises. Je me souviens aussi d’un grand reportage que j’avais fait sur l’avortement, en Italie; là-bas aussi, c’était une grosse bataille.</p>
<p>Quand je suis revenue au Québec, j’ai été contactée par les filles du Comité de lutte, qui avaient décidé de lancer un magazine, <em>La Vie en rose</em>… »</p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td width="439"><em>La Vie en rose</em> est un succès dans le monde des magazines québécois, et pas seulement des magazines féministes : d’un petit encart en 1980 dans <em>Temps fou,</em> un magazine trimestriel de gauche, la revue a grossi, pour atteindre un tirage mensuel de 40 000 exemplaires sept ans plus tard. Baveuses et drôles, les filles de <em>La Vie en rose</em> ont réussi à donner au féminisme une véritable tribune dans l’espace médiatique.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le passage à <em>La Vie en rose</em></strong></p>
<p>Inutile de dire que <em>La Vie en rose</em> est un modèle, pour nous, les filles de <em>Françoise Stéréo</em>. Un modèle presque paralysant, dans mon cas : suis-je assez convaincue, avec mes nuances, mes doutes et ma peur des affirmations radicales, pour seulement penser comparer mes convictions à celles de ces militantes qui ont construit ce monument du féminisme québécois?</p>
<p>C’est un soulagement, quand Françoise répond, sereine et assumée, à ma question un peu détournée :</p>
<p>« Dirais-tu que tu es devenue une militante féministe avec <em>La Vie en rose</em>?</p>
<p><strong>–</strong> Non, fait-elle en secouant la tête, pas une vraie militante. Je faisais <em>La Vie en rose</em> par conviction, c’est sûr, mais j’étais entrée là d’abord comme journaliste. Pour moi, c’était un projet journalistique en plus d’être un projet politique. Je ne suis pas militante dans l’âme, ni de tempérament ni de formation. Pour moi, Hélène Pedneault était l’essence même de la militante : une fille de principes, de conviction. Moi, je suis trop molle pour ça, trop modérée. »</p>
<p>Je me détends dans mon fauteuil, sans doute amortie par la digestion de l’assiette de sushis partagée avant l’entrevue. Je poursuis dans la même veine, en évoquant à mots couverts une autre inquiétude :</p>
<p><strong>« </strong>Dans le temps de <em>La Vie en rose</em>, avez-vous déjà été prises entre deux feux, deux visions du féminisme qui s’opposaient, et eu à choisir?</p>
<p><strong>– </strong><em>La</em> <em>Vie en rose</em> se disait pluraliste. On ne voulait pas choisir un courant ou l’autre. Un des mandats qu’on s’était donnés était de susciter des débats à l’intérieur du féminisme en acceptant tous les points de vue. Même si on n’était pas à l’aise avec les zones un peu sectaires du féminisme, être pluraliste, c’était d’accepter d’en discuter, et d’exprimer les désaccords dans la revue.</p>
<p>– Y a-t-il eu des conflits, tout de même?</p>
<p>Françoise sourit en me lançant des yeux un <em>Et comment!</em>, avant d’enchaîner :</p>
<p>– C’est arrivé très souvent, surtout à mesure que l’équipe a grossi. Ces conflits internes ont même donné lieu à une séparation entre nous, en deux groupes, que nous appelions la <em>ligne molle</em> et la <em>ligne dure.</em></p>
<p>La <em>ligne dure</em> était représentée surtout par des femmes homosexuelles, qui avaient des positions assez fermes, alors que la ligne molle, c’était plutôt les hétéros, plus modérées, entre guillemets.</p>
<p>On s’entend : c’est certain que, à <em>La</em> <em>Vie en rose</em>, nous étions toutes pour la reconnaissance absolue des droits des gais et lesbiennes. Mais je me souviens de discussions musclées qui sont survenues à l’occasion d’un numéro spécial que nous avions fait sur l’amour, pour lequel nous avions demandé autant des textes à des femmes lesbiennes qu’à des hétéros; alors que les textes des femmes hétéros étaient assez critiques et pessimistes, tous les textes des lesbiennes étaient très flatteurs et positifs. Les hétéros ont eu une réaction un peu épidermique dans le genre de « Ben là, franchement! C’est biaisé, ça ne se peut pas que tout soit parfait dans toutes les amours lesbiennes! » »</p>
<p>Je dois souligner que ce dernier passage de mon article a suscité une petite discussion, au comité de lecture de <em>Françoise Stéréo : </em>àune hétéro qui s’amusait de ce que, dans ce débat, celles qu’on associe davantage à la <em>ligne molle</em> de <em>La Vie en rose</em> reprochaient presque à celles de la <em>ligne dure</em> de ne pas être assez radicales, une fière représentante de notre branche lesbienne politique a objecté que l’aplanissement des rapports de pouvoir dont bénéficient les lesbiennes dans leur couple leur donne un avantage par rapport aux femmes en couples hétérosexuels… C’est rien qu’un début : on va avoir du <em>fun</em>.</p>
<p>Françoise rajoute, avec un sourire dans la voix :</p>
<p>« Je me souviens aussi d’un débat assez dur, où quelques-unes des femmes qui avaient des enfants demandaient à ce qu’on en tienne compte, et qui se faisaient répondre par celles qui, lesbiennes ou pas, avaient décidé de ne pas en avoir : « Ben là, c’est votre choix, assumez-le! » »</p>
<p><strong>La vie professionnelle</strong></p>
<p>« Dans quelle mesure le féminisme a-t-il teinté ta pratique du journalisme? Y a-t-il eu un moment, dans ta vie professionnelle, où tu t’es fait mettre à l’écart à cause de ton étiquette féministe?</p>
<p>— Comme je le disais tantôt, je n’ai pas toujours été féministe. Quand j’ai commencé à travailler à 20 ans, dans une équipe de gars qui en avaient trente, je passais beaucoup de temps à faire la foire et à m’amuser.</p>
<p>Mon stage en Europe, l’année de mes 25 ans, a marqué un tournant. Quand je suis revenue, j’ai eu un contrat à la radio de Radio Canada, comme journaliste à la culture dans une émission du samedi. C’était des années où la culture des femmes, ici comme ailleurs, était très riche, très intéressante, avec Pol Pelletier et le Théâtre expérimental des femmes, la Librairie des femmes, des écrivaines marquantes, etc., et je faisais beaucoup de reportages sur les femmes, sur la culture des femmes, faite par des femmes.</p>
<p>Après deux ans, mon contrat n’a pas été renouvelé et on m’a reproché de ne pas être objective, d’être trop féministe. Pour Radio-Canada, c’était un manque de professionnalisme. »</p>
<p>Elle marque une pause, et ajoute en riant :</p>
<p>« Mais, pour être honnête, je ne ménageais pas mes critiques au réalisateur de l’époque : je n’étais pas très subtile, à 25 ans.</p>
<p>En fait, ça a été une bonne chose, ça m’a donné l’occasion de travailler à temps plein à <em>La</em> <em>Vie en rose</em>.</p>
<p>– Et ensuite? Après <em>La</em> <em>Vie en rose</em>, est-ce que l’étiquette de féministe t’a nui?</p>
<p>– Non, pas du tout. <em>La</em> <em>Vie en rose</em> a pris, au fil des ans, une crédibilité appréciable, et on nous prenait au sérieux dans les congrès des journalistes. Ça ne m’a pas nui, même que ça a aidé à me faire connaître. Ça a été le cas pour d’autres journalistes parmi nous, dont Francine Pelletier, Ariane Émond… »</p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td width="439">L’aventure de <em>La Vie en rose</em> s’est terminée en 1987, sept ans après le premier numéro, coulée, à première vue, par une crise financière inextricable : un coût de production mensuel de 70 000 $, et un nombre d’abonnements (10 000) insuffisant pour attirer les commanditaires[i]. D’autres facteurs seront avancés, plus tard, pour expliquer la mort de <em>La Vie en rose</em>, dont, peut-être, un changement profond dans le féminisme lui-même, passé d’un projet collectif à quelque chose de plus individuel, auquel la revue ne se serait pas adaptée.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>L’évolution du féminisme post <em>Vie en rose</em></strong></p>
<p>« Comment ta vision du féminisme, tes convictions, ont-elles évolué à travers les années?</p>
<p>– Je pense que ma vision a évolué parce que la situation a évolué. Quand j’ai commencé, dans les années 1970, l’égalité entre les hommes et les femmes n’était pas reconnue dans les lois. Y’avait pas de congés de maternité payés, pas de salaire égal, pas de garderie. Un des grands changements a été l’avortement, un autre, la contraception.</p>
<p>Depuis <em>La Vie en rose</em>, je n’ai pas fait partie de groupes de femmes. Même si j’ai travaillé avec plusieurs ponctuellement, comme la Fédération des femmes, je ne suivais rien de l’intérieur. Mais l’impression que j’ai, c’est qu’il y a eu des étapes qui ont été franchies. Le féminisme des années 1970 était peut-être un peu plus spectaculaire, parce qu’il y avait des pas de géant qui se faisaient.</p>
<p>Quoique, en 1989, l’affaire Chantal Daigle, ça a été important. D’ailleurs, je suis sortie cette fois-là, avec les 35 000 autres personnes qui ont marché dans la rue à Montréal.</p>
<p>Je crois qu’il y a de beaux dossiers présentement, des dossiers de continuité, comme le partage des tâches dans le couple.</p>
<p>Le débat autour de la prostitution n’est pas réglé non plus. Ni la violence sexuelle, même si les lois ont été modifiées. Et il y a des dossiers qui sont nouveaux : on ne parlait pas d’hypersexualisation dans les années 1980.</p>
<p>Et la question de l’équité salariale n’est pas réglée non plus : les femmes journalistes de Radio-Canada ont mené une grosse bataille il y a quelques années. Elles ont montré qu’elles étaient systématiquement moins payées malgré les conventions collectives. Les gars se négociaient des primes plus avantageuses, par-dessus leur salaire de base. Des femmes de 20 ans d’expérience avec un tas de diplômes gagnaient moins qu’un gars qui avait moins d’expérience et de diplômes. On devait resserrer les règles, est-ce qu’on l’a fait ?… »</p>
<p>Elle termine en faisant une moue dubitative. J’opine des sourcils. On se comprend.</p>
<p>Elle ajoute : « Je crois que beaucoup de femmes sont féministes malgré elles, sans vouloir l’avouer. »</p>
<p>J’éclate de rire. Là-dessus, on pense encore la même chose. Le nombre de fois qu’on s’est fait répondre, avec les filles, en parlant de notre projet à des copines : « Tu sais, moi, je ne suis pas féministe. Mais… »</p>
<p><em>Mais…</em> Mais, bien sûr, elles ne seraient pas prêtes à renoncer aux acquis. Oui, certaines trouvent excessifs les mouvements d’éclat des Femen, d’autres trouvent qu’il faut être bégueule rare pour s’insurger contre une pub à peine suggestive de la SAQ pour saluer le printemps…. Est-ce que, parce qu’on n’embrasse pas toutes les positions féministes, on peut se permettre de renier tout d’un bloc?</p>
<p>La position de <em>Françoise Stéréo</em>, comme celle de beaucoup de féministes que nous côtoyons et qui nous ont précédées, notamment à <em>La Vie en rose</em>, c’est que les féminismes sont multiples, et que les différents points de vue, parfois contradictoires, tissent une toile de fond pour aborder une quantité des sujets de discussion fascinants.</p>
<p>J’ai mon manteau sur le dos, prête à partir, en me disant que cette question des multiples facettes du féminisme nous donnerait de la matière pour une autre entrevue&#8230; Françoise me retient un instant :</p>
<p>« Dis donc, est-ce que tu l’avais, le numéro hors série de <em>La Vie en rose</em>, qu’on a publié en 2005 pour marquer le 25<sup>e</sup> anniversaire de fondation du magazine? Attends, il m’en reste des exemplaires&#8230;</p>
<p>Elle disparaît quelques instants par la porte du sous-sol, où elle a son bureau. Elle revient avec une revue, et un rouleau qu’elle me tend.</p>
<p>– Il me reste quelques affiches de 2005. C’est en prime. »</p>
<p>On s’embrasse toutes les deux, en se promettant de se donner des nouvelles. Je m’en retourne prendre l’autobus, sur René-Lévesque, avec mon paquet sous le bras. C’est encore l’hiver, même si on est en mars. Mais il fait soleil : belle journée pour faire avancer un projet.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[i] GUÉNETTE, Françoise, « Vie et mort d’un magazine féministe », dans <em>La Vie en rose</em>, hors série, 2005, p. 9.</p>
<p>Cet article <a href="/on-est-toutes-des-francoise-guenette/">On est toutes des Françoise&#8230; Guénette</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">107</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Ma grand-mère bedeau</title>
		<link>/ma-grand-mere-bedeau/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=ma-grand-mere-bedeau</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Contemplations du câlice]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=160</guid>

					<description><![CDATA[<p>MARIE-MICHÈLE RHEAULT &#160; Je n’étais pas allée à la messe depuis un bon bout de temps. Pourtant, ce matin du Premier de l’an, j’y suis allée. Malgré la fatigue et les effluves d’alcool liés au party de la veille, malgré le froid mordant des matins de janvier de mon Abitibi natale, je me suis levée [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/ma-grand-mere-bedeau/">Ma grand-mère bedeau</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignleft wp-image-163" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_GrandMereBedeau_02_500x669.png" alt="Programmatique_GrandMereBedeau_02_500x669" width="325" height="435" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_GrandMereBedeau_02_500x669.png 500w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_GrandMereBedeau_02_500x669-224x300.png 224w" sizes="(max-width: 325px) 100vw, 325px" /></p>
<p>MARIE-MICHÈLE RHEAULT</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je n’étais pas allée à la messe depuis un bon bout de temps. Pourtant, ce matin du Premier de l’an, j’y suis allée. Malgré la fatigue et les effluves d’alcool liés au party de la veille, malgré le froid mordant des matins de janvier de mon Abitibi natale, je me suis levée et suis allée à la messe. La petite église en pierres des champs de mon village a tout pour être chaleureuse. Elle est minuscule, mais la poignée de paroissiens qui y viennent chaque semaine laisse la majorité des bancs vides et la fait paraître grande et froide. Je suis entrée et me suis assise à côté de mon épouse qui m’avait entraînée là. Elle avait dit à ma grand-mère en lui mettant doucement la main sur l’avant-bras : « Demain matin, Madame Duval, on va aller à la messe. » Mes gros yeux n’avaient pas suffi pour qu’elle dise <em>in extremis</em> que c’était une blague et que nous n’irions pas. Nous avions tenu parole. Il faut dire que le « Ça serait le plus beau cadeau du jour de l’An qu’on pourrait me faire! » lancé par ma grand-mère en me regardant avec des petits yeux de biche ne m’a pas laissé le choix.</p>
<p>Je me suis assise sur un banc, donc, et j’ai regardé un peu autour de moi. Mon esprit divaguait entre les souvenirs que ce lieu évoquait en moi et l’impatience de retrouver la chaleur de mon lit. Puis, j’ai vu ma grand-mère. Elle se tenait bien droite du haut de son même-pas-cinq-pieds à côté du curé. Le poids des années avait écrasé ses vertèbres, la laissant petite et frêle, mais elle avait la tête bien haute et le geste vif. C’était elle la vedette. C’était elle qui attirait mon attention. Elle connaissait chaque prière, chaque tâche qu’elle avait à exécuter pour le bon fonctionnement de la messe. Elle se déplaçait dans le chœur avec une aisance déconcertante. À la voir aller, personne ne pouvait se douter que ses yeux sont moins bons depuis quelque temps. À ce moment précis, personne ne pouvait dire de cette femme, qui pourtant a de trop fréquents épisodes de cécité, qu’elle pourrait hésiter une seconde sur l’emplacement du calice. Ce matin-là, elle effectuait chaque geste avec la précision de celle qui a un œil de lynx.</p>
<p>La messe s’est déroulée comme à l’habitude : sermon, lectures, prières à voix haute. Je n’ai pas prononcé le Notre-Père comme les autres paroissiens qui assistaient à la messe. Je ne le fais jamais. Pourquoi le ferais-je, moi qui ne crois pas? Mais je le dis quand même dans ma tête. Juste pour voir si je le connais encore. Des bouts commencent à s’effacer de ma mémoire. C’est bon signe, je trouve. Pour la communion, c’est un peu la même chose. J’aime bien aller à la messe de Noël juste par tradition. J’aime l’architecture des églises et le côté « creepy » de l’art sacré, mais je ne crois pas, alors je ne communie pas. Mais ce matin-là, c’était ma grand-mère qui donnait la communion à côté du curé. Depuis que sœur Anita, vieillissante et fatiguée de s’occuper toute seule de ce grand presbytère froid, avait rejoint sa congrégation, c’était ma grand-mère qui aidait à donner la communion. J’y suis allée. Je me suis avancée dans l’allée, j’ai mis ma main droite sous ma main gauche (c’est peut-être le contraire qu’il faut faire, je ne sais plus) et j’ai reçu l’hostie – le fameux « corps du Christ » – des mains de ce petit bout de femme. Elle m’a offert l’hostie avec les mains de celle qui a toujours donné. Les mains de celle qui a pelé des patates sa vie durant. Des mains qui ont changé des couches, giflé des fesses de petits tannants et veillé l’enfant malade, son p’tit dernier, Denis. Elle m’a offert l’hostie comme elle m’avait servi le dîner tous les jours de mon enfance : avec bienveillance et générosité. Elle avait consacré sa vie à nous remplir le ventre, elle se réservait maintenant pour nous nourrir l’esprit ou l’âme, je ne sais trop. Elle seule en avait la certitude. Et elle avait toute la légitimité de le faire. Elle a la science de l’Église et connaît mieux que quiconque la signification de ce geste. Toutes ces années à rester bien sagement assise dans les bancs de la même église lui servent maintenant à s’élever au rang de bedeau. C’est elle qui dorénavant a la responsabilité du bon déroulement des activités paroissiales. Elle accueille les gens, prépare les célébrations liturgiques et voit à la tenue de la sacristie. « Madame Duval, c’est ma meilleure », de me dire le curé après la messe. Ça la rend heureuse de recevoir ces compliments. Je le vois bien. Elle a le petit sourire timide de celle qui n’a jamais eu d’éloges pour le travail qu’elle fait. Elle me dirait que c’est normal, que de s’occuper de sa famille, c’était ce qu’elle devait faire. Ma grand-mère ne le dirait pas que, parfois, elle trouvait ça difficile et qu’elle aurait aimé avoir de l’aide. Qu’elle aurait eu besoin de prendre une pause ou simplement de voir du monde. C’est une femme de sa génération, qui ne peut pas dire ces choses-là. Mais aujourd’hui la situation change pour elle. Ma grand-mère a une reconnaissance qu’elle n’a jamais eue de sa vie de femme au foyer. Elle fait encore ce qu’elle a fait toute sa vie. Elle panse et soigne. Elle range, lave et repasse (autrefois les vêtements de sa famille, aujourd’hui la chasuble du curé), elle donne tout son temps. Elle n’a toujours pas de salaire. Les femmes au foyer en auront-elles un jour? Mais la différence réside dans l’œil de ses pairs. Aujourd’hui, au sein de sa communauté, on applaudit son travail. On l’admire pour ses connaissances et pour ce qu’elle fait. On comprend ses responsabilités et on respecte son autorité. Ma grand-mère est bedeau. La première femme-bedeau de son village, c’est pas rien! Gageons toutefois qu’elle est la première bedeau à faire du repassage. N’empêche, lorsque je retournerai dans mon village, j’irai à la messe. Je m’avancerai vers l’autel pour recevoir encore une fois la communion des mains de ma grand-mère. Et je savourerai sa fierté (et ses brownies en allant la reconduire chez elle).</p>
<p>Cet article <a href="/ma-grand-mere-bedeau/">Ma grand-mère bedeau</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">160</post-id>	</item>
		<item>
		<title>Nos privilèges</title>
		<link>/nos-privileges/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=nos-privileges</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[Catherine Voyer-Léger]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=89</guid>

					<description><![CDATA[<p>CATHERINE VOYER-LÉGER &#160; Si le féminisme a un présent et un avenir, c&#8217;est surtout parce que la relation de pouvoir, comme force de structuration du lien social, a les abdos solides et que rien ne semble jamais en mesure de le mettre K.O. Comme d’autres relations de pouvoir fondamentales, le patriarcat se reproduit et se [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/nos-privileges/">Nos privilèges</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignleft wp-image-90" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_NosPrivileges_611x800-229x300.png" alt="Programmatique_NosPrivileges_611x800" width="296" height="387" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_NosPrivileges_611x800-229x300.png 229w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_NosPrivileges_611x800.png 611w" sizes="(max-width: 296px) 100vw, 296px" /></p>
<p>CATHERINE VOYER-LÉGER</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Si le féminisme a un présent et un avenir, c&rsquo;est surtout parce que la relation de pouvoir, comme force de structuration du lien social, a les abdos solides et que rien ne semble jamais en mesure de le mettre K.O. Comme d’autres relations de pouvoir fondamentales, le patriarcat se reproduit et se réinvente en intégrant l&rsquo;écume la plus digeste de ses contestations, et poursuit son chemin.</p>
<p>L&rsquo;oppression persiste donc, protéiforme. Et le danger de tenter de l&#8217;embrasser d&rsquo;un seul regard, c&rsquo;est de donner l&rsquo;impression que toutes ces manifestations auraient la même importance. Peut-on traiter dans le même souffle de la culture du viol en Inde et de l&rsquo;image des femmes dans la littérature québécoise? Peut-on embrasser dans la même problématique le sort de ces femmes autochtones qui disparaissent sans que nos institutions semblent particulièrement s&rsquo;en inquiéter et nos préoccupations par rapport à l&rsquo;image uniformisée d&rsquo;une féminité dont le siège semble toujours être un corps domestiqué?</p>
<p>Toute chose n&rsquo;étant pas égale par ailleurs, il m&rsquo;apparaît pourtant qu&rsquo;elles relèvent toutes d&rsquo;une même dynamique. Toujours obsédée par les spirales, il me semble que cette forme n&rsquo;est pas inintéressante pour comprendre l’impact du patriarcat à divers niveaux. Au cœur, tout près du séisme, des femmes meurent et sont violentées. En s&rsquo;éloignant du foyer, on serait porté à croire que ça s&rsquo;adoucit: on parle de conditions économiques, et puis encore plus loin d&rsquo;image, de symbole, de féminisation de la langue ou d&rsquo;un essentialisme qui enferme les uns et les autres dans des rôles qui découleraient de leur nature sexuelle binaire. Moins frontale, la structure est pourtant toujours la même: la sclérose d&rsquo;un pouvoir qui fixe les identités et détermine que c&rsquo;est dans le masculin que siège le préférable (plus fort, plus raisonnable, plus intelligent, plus rationnel, plus universel, etc.).</p>
<p>Et la spirale, tautologique, se referme sur elle-même: la place omniprésente des hommes partout depuis toujours étant donnée comme preuve qu&rsquo;il y a quelque chose de normal à ce que les hommes soient en position de pouvoir. Et c&rsquo;est exactement quand on tente de construire ces certitudes qu&rsquo;on se frotte à ce qui m&rsquo;apparaît comme le cœur du problème, soit le besoin de gens nombreux parmi nous d&rsquo;envisager l&rsquo;identité (quelle soit culturelle ou sexuelle, d&rsquo;ailleurs) comme le socle solide sur lequel on pourrait construire le reste.</p>
<p>L&rsquo;oppression, peu importe sa virulence, vient toujours d&rsquo;un refus d&rsquo;admettre que l’identité est relationnelle et que toute relation entre les humains est faite par des humains et peut donc être défaite. Qu&rsquo;est-ce qui nous retient alors de déconstruire toutes celles qui font du tort?</p>
<p>Nos privilèges?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La réponse semble peut-être trop simple. Au contraire, peut-être y a-t-il dans ces deux mots toute une complexité qui devient le frein de nos meilleures intentions.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nos privilèges.</p>
<p>Cet article <a href="/nos-privileges/">Nos privilèges</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">89</post-id>	</item>
		<item>
		<title>La déesse rebelle</title>
		<link>/la-deesse-rebelle/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=la-deesse-rebelle</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[Caroline Allard]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Point de vulve]]></category>
		<guid isPermaLink="false">/?p=78</guid>

					<description><![CDATA[<p>CAROLINE ALLARD &#160; Parfois, il y a des hommes inconnus qui m’envoient des courriels dans lesquels je suis la vedette de leurs fantasmes éroticos-mochetons. Ils m’ont vue à la télé, entendue à la radio, ils ont stalké mes photos publiques sur Facebook et j’ai été promue « déesse régnant sur le périmètre de leurs bobettes ». Et [&#8230;]</p>
<p>Cet article <a href="/la-deesse-rebelle/">La déesse rebelle</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignleft wp-image-80" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_StyleDeVulve-193x300.png" alt="Programmatique_StyleDeVulve" width="287" height="445" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_StyleDeVulve-193x300.png 193w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_StyleDeVulve.png 550w" sizes="(max-width: 287px) 100vw, 287px" /></p>
<p>CAROLINE ALLARD</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Parfois, il y a des hommes inconnus qui m’envoient des courriels dans lesquels je suis la vedette de leurs fantasmes éroticos-mochetons. Ils m’ont vue à la télé, entendue à la radio, ils ont <em>stalké</em> mes photos publiques sur Facebook et j’ai été promue « déesse régnant sur le périmètre de leurs bobettes ». Et il faut absolument qu’ils m’en informent. La longueur desdits courriels varie mais, en général, ces hommes inconnus dédaignent les petites vites.</p>
<p>D’emblée, ce que je remarque chez ces hommes inconnus, c’est que « bonjour » ne fait pas partie de leur vocabulaire. J’imagine qu’occupés à se faire un cinéma dans leur tête, ils appliquent instinctivement un des principes du bon scénariste qui veut que la ligne de dialogue avec juste « bonjour » dedans soit en général une ligne inutile. On enchaîne, on enchaîne! Alors ils y vont d’emblée et visent la jugulaire : « Faut que je te dise : que tu es belle! »</p>
<p>Je ne suis pas idiote, je sais que c’est un compliment. Et ce n’est pas fou comme stratégie. Je me suis renseignée sur Google : les compliments peuvent agir à titre de préliminaires sexuels en bonne et due forme. Compte tenu de ce qu’ils me réservent pour la suite, on pourrait dire que c’est un incontournable.</p>
<p>C’est juste plate que certains compliments, ceux-là en particulier, me gossent. Mais voyons, me direz-vous, comment est-ce possible? Après tout (toujours selon Google), « les compliments sont des bonbons dont les femmes raffolent toute leur vie ». C’est peut-être le conseil souvent répété de ma mère (salut, maman!) qui m’a traumatisée, mais je me méfie des bonbons offerts par des inconnus. Ou alors je n’ai pas la dent du compliment sucrée. Ou peut-être que ce qui me dérange, c’est moins le « Que tu es belle! » que le « Faut que je te dise ». C’est vrai, pourquoi <em>faut-il</em> me le dire? J’ai l’impression que ces hommes inconnus croient qu’ils sont les premiers à m’annoncer que je suis belle. Ils ont <em>découvert</em> quelque chose d’incroyable et ils <em>doivent</em> me mettre au courant, ça urge. C’est comme si Neil Armstrong avait débarqué sur la Lune en lui disant qu’heureusement qu’il est passé par là sinon personne ne lui aurait jamais dit : « T’as de beaux cratères, tu sais. » Ben oui, elle le sait. Bon, j’en entends qui disent : « Tchèque l’autre, elle se pense belle. » <em>Why not?</em> On n’arrête pas de nous dire à nous, les femmes, qu’on manque d’estime de nous-mêmes, qu’on se met des objectifs inatteignables en termes de beauté. Je me trouve belle, moi; et là, faudrait que j’en aie honte? Je refuse et j’en suis justifiée à cent pour cent. Et quelqu’un qui sort de nulle part pour m’annoncer, divin Messie <em>style</em>, que je ne suis pas d’une laideur choquante, ça me gosse.</p>
<p>Une autre affaire avec « Il faut que je te dise » : ça manque de retiens-ben. L’homme inconnu qui m’écrit des affaires cochonnes ne peut juste pas se retenir de le faire. C’est quelque chose que je comprends mal. Ce qui m’irrite là-dedans, c’est que le compliment semble à première vue altruiste (« Je te trouve si belle, je vais te le dire pour te faire plaisir »), mais dans le fond, c’est quand même plutôt narcissique (« Je te trouve belle, n’est-ce pas formidable? Afin que tu sois dûment fière de mon approbation esthétique, laisse-moi t’en parler abondamment »). Honnêtement, moi, si mon mari me dit que je suis belle, ça me suffit. Les autres aussi peuvent me trouver belle, pas de problème. Mais ça peut rester leur petit secret. Je ne ferai jamais d’insomnie en pensant, accablée, à tous les hommes inconnus qui se retiennent de me dire que je suis belle.</p>
<p>Après m’avoir ainsi préliminée en louangeant ma beauté, on juge que je suis mûre pour la suite. Les choses sérieuses. Les vraies affaires. Les fantasmes.</p>
<p>En quelque part, je trouve que mes hommes inconnus ont du <em>guts</em>. Mes fantasmes à moi, je n’aime pas trop ça en parler, même à des amis proches. Je sais, dans ce monde hypersexualisé, je suis d’une pudibonderie sans nom, mais telle est néanmoins ma triste condition. Ils ont du <em>guts</em>, donc. Mais qu’un homme inconnu me déballe ses fantasmes à froid alors que je mâchouille tranquillement un pain au chocolat le dimanche matin, ça m’apparaît un peu <em>too much</em>.</p>
<p>En fait, chaque fois que je reçois un courriel relatant les fantasmes d’un homme inconnu (et c’est pas mal les seules personnes qui m’en envoient), c’est comme si le gars m’accrochait dans un party et me déballait son pénis sous le nez. « T’es tellement belle, fallait que je te le montre! » En faisant ça, il vient de s’assurer de trois choses. Premièrement : je vais rire. Parce que se faire mettre un pénis en dessous du nez quand on ne s’y attend pas, ça peut juste être drôle. Dans le sens de ridicule. Deuxièmement, je vais trouver ça dégueulasse. Son pénis aurait beau être le plus magnifique et le plus doux de l’univers, il n’y a aucune chance qu’un gars le sorte sous mon nez à l’impromptu sans que j’y aille d’un gros « arke! » bien senti. Je ne suis pas mal intentionnée, c’est juste un réflexe. Pénis-surprise = arke. Il faudrait peut-être que je me fasse soigner, mais ça, c’est une autre histoire. Troisièmement, c’est impossible que je garde ce pénis pour moi. Je vais le montrer à mon amie Patricia et on va en rire pendant dix ans. Et je vais aussi le montrer à mon amie Martine et on va se crinquer le féminisme aux dépens de cet homme inconnu pendant trois ans de plus.</p>
<p>D’ailleurs, je montre aussi ces pénis, pardon, ces lettres, à mon mari. Je suis sûre que ça surprendrait beaucoup les hommes inconnus de savoir ça. Pas que je sois mariée – je sais qu’ils le savent parce que c’est écrit sur ma page Facebook (qu’ils fréquentent assidûment, ayant <em>liké</em> mille photos de mon profil depuis deux jours). Pourtant, c’est bizarre, j’ai vraiment le sentiment qu’ils croient que je vais garder leur courriel pour moi. Comme si, en quelque part, j’aurai inévitablement un peu honte de susciter des fantasmes chez eux et que ça garantit que leur message restera notre petit secret. Eh bien, non! Mon mari sait qui veut dézipper mes jeans lentement, me rendre folle de désir par la seule force de ses mots, passer une nuit à un centimètre de mon corps pour vivre un délicieux enfer ou une douleur enivrante. Évidemment, ça le met en beau calvaire. Il est jaloux et soyons francs, si une fille abordait mon mari à un party en lui mettant sous le nez sa chatte avec deux de ses doigts rentrés dedans, je serais aussi en tab’. Mais ce qui fâche le plus mon mari, c’est qu’il sait qu’après, c’est la réputation de tous les hommes inconnus qui sera entachée. Mon mari, lui, n’a jamais écrit de telles lettres à une inconnue. Pas parce qu’il respecte les femmes (même s’il les respecte, là). Juste parce que, homme ou femme, entre inconnus, ça ne se fait pas. C’est ce qu’on appelle un principe de base. Comme « se laver les mains après être allé aux toilettes », ou bien comme « ne pas donner son numéro de compte bancaire à un riche héritier africain temporairement dans le besoin » ou encore comme « ne pas baisser ses culottes devant un(e) inconnu(e) ». À moins que l’inconnu soit un médecin, et encore.</p>
<p>Un jour, un homme inconnu m’a parlé avec beaucoup d’élan d’une robe que je portais sur une photo, en décrivant dans les moindres détails la manière dont elle glisserait de mon corps en <em>slow motion</em> après qu’il en eut dénoué les bretelles. Cette robe-là, c’était ma robe préférée. Et là, je n’ai plus envie de la mettre. Est-ce que ça me gosse? <em>You bet.</em></p>
<p>Les hommes inconnus manquent de retiens-ben, mais ils ne sont pas fous. Ils savent que je vais probablement leur répondre que je ne suis pas intéressée. C’est pourquoi ils essaient parfois de prévenir la chose en me laissant un post-scriptum : « Tu n’es pas obligée de répondre à cette lettre. » Je remarque d’abord la gentillesse de l’homme inconnu qui me rassure, du haut d’une apparente position d’autorité, en me disant que je ne suis <em>pas obligée</em> de répondre – sinon, c’est clair, je n’aurais pas eu le choix! Mais ce que je remarque le plus, c’est à quel point ces lettres sont moins érotiques qu’exhibitionnistes. Les hommes inconnus veulent que je lise ce qu’ils <em>doivent</em> m’écrire mais ils ne tiennent pas tant que ça à une réponse de ma part. Tant qu’à me gosser sans vraiment vouloir de <em>feedback</em>, ils pourraient créer une fausse adresse courriel à mon nom et m’y envoyer leurs messages là-bas. Pratico-pratique, me semble!</p>
<p>J’avoue, c’est un peu ma faute, tout ça. Je l’ai quand même cherché. Je fais une chronique à la radio qui parle de littérature érotique, j’ai écrit un livre sur le sexe – un livre de blagues, certes, mais ça démontre quand même que je suis une obsédée plus réceptive que les autres à lire des affaires cochonnes qui proviennent d’inconnus&#8230; Ah, ah! Je rigole. Je ne considère pas du tout que c’est ma faute. Une fille peut très bien parler de sexe sans être intéressée le moins du monde à se faire imposer des fantasmes de la part d’inconnus. Parler de sexe ne fait de moi ni une agace, ni une pute, et en plus de parler de sexe, je pourrais me promener en minijupe et en décolleté avec des patentes en dentelle de Victoria’s Secret en dessous trois cent soixante-cinq jours par année et être quand même légitimée de ne pas vouloir recevoir ce genre de courriels. Si, si, j’ai raison et je le sais. (En plus de savoir que je suis belle, je me pense bonne. C’est exaspérant, non?) Un dernier mot là-dessus : je connais des filles très discrètes qui ne parlent jamais de cul et qui reçoivent quand même des lettres cochonnes de la part d’hommes inconnus. Doublement pas ma faute, alors.</p>
<p>Là, c’est le moment où je me fais dire par quelques hommes inconnus : « Vous, les femmes, on ne sait plus comment vous aborder, féminisme exacerbé et violent, société matriarcale androcide, toutes des castratrices, “sois rose ou meurs”, etc. » Je vous arrête tout de suite. Non, je ne veux pas que les hommes soient mes esclaves muets et dociles, je préférerais juste que les inconnus ne m’écrivent pas de cochonneries. Pas plus que les femmes inconnues, d’ailleurs.</p>
<p>Rassure-toi (je m’adresse à ma mère ici), les messages de ces hommes inconnus ne me traumatisent pas du tout. Je ne suis pas en train de jouer à la victime, ça ne m’enrage pas, ça ne me perturbe pas. Ça me gosse, c’est tout. Mon souhait le plus sincère n’est pas que ces hommes inconnus meurent sous les roues d’un camion de vidange qui recule (c’est le genre de mort que je souhaite à des gens qui m’énervent vraiment mais qui ne sont pas des inconnus). J’aimerais par contre qu’ils comprennent à quel point leur stratégie de séduction est foireuse. Parce qu’il y a une quatrième conséquence au fait de m’avoir déballé leur pénis sous le nez. C’est que peu importe à quel point ils sont gentils, drôles et intelligents dans la vraie vie (et je ne doute pas un instant que certains le soient), tout ce dont je vais me souvenir à leur sujet, c’est qu’ils m’ont balancé leur zouizoui en pleine face alors que je n’avais rien demandé. Après ça, on pourra difficilement devenir des amis et c’est quand même dommage. Mais si ça ne les gosse pas, tant mieux pour eux.</p>
<p>P.-S. Drôle de hasard, pendant que j’écrivais ce texte, j’ai reçu un courriel cochon d’un homme inconnu. Exprès pour me faire mentir, il a mis « bonjour » au début de son message. Mais je dois être honnête : ça m’a gossée pareil.</p>
<p>Cet article <a href="/la-deesse-rebelle/">La déesse rebelle</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
		<post-id xmlns="com-wordpress:feed-additions:1">78</post-id>	</item>
	</channel>
</rss>
