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	<title>14 Les maisons Archives - FRANCOISE STEREO</title>
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	<item>
		<title>Éditorial: La maison brûle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 01:20:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
		<category><![CDATA[NOUVELLES]]></category>
		<category><![CDATA[VIARGE! - Éditoriaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LE COLLECTIF Illustration: Virginie Larivière &#160; Rien de tout ceci ne serait arrivé avec un numéro sur les animaux Une gérante d’estrade anonyme &#160; Au moment de lancer l’appel de textes, on ne se doutait pas de la résonance particulière qu’un numéro sur les maisons prendrait. Fucking pandémie. La crise sanitaire a révélé au grand [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/10/Retailles.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4663" src="/wp-content/uploads/2020/10/Retailles.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/10/Retailles.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/10/Retailles-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/10/Retailles-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/10/Retailles-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/10/Retailles-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/10/Retailles-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">LE COLLECTIF</h2>
<p>Illustration: Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;"><em>Rien de tout ceci ne serait arrivé avec un numéro sur les animaux </em></span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;"><em>Une gérante d’estrade anonyme</em></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au moment de lancer l’appel de textes, on ne se doutait pas de la résonance particulière qu’un numéro sur les maisons prendrait. Fucking pandémie.</p>
<p>La crise sanitaire a révélé au grand jour à ceux et celles qui refusaient de les voir auparavant les profondes inégalités de notre monde. Non pas que ces inégalités soient inédites : les organismes communautaires et les professionnel.les de la santé, qui crient dans le désert depuis des décennies les impacts du démantèlement des services publics et des politiques d’austérité, peuvent ben être insulté.es de la surprise apparente des Legault de ce monde.</p>
<p>Avoir su, on aurait aimé orienter ce thème des maisons pour mieux documenter les intersections de vulnérabilités, d’oppressions, et d’abandons, de contamination et de morts vécues dans nos maisons plus ou moins confinées au cours des derniers mois. Mauvais timing. Et comme la pandémie exacerbe tout ce qui est laitte, le manque de diversité des voix dans <em>Françoise Stéréo</em> est d’autant plus criant, comme notre insuffisance à donner la parole aux femmes les plus marginalisées et invisibilisées.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>La pandémie a mis en évidence l’importance de nos liens sociaux. Le capitalisme dépend, pour sa survie, de l’organisation collective des soins aux plus vulnérables. Une autre chose qu’on savait déjà, mais pas assez faut croire. Qui peut travailler 40 heures par semaine en plus de prendre soin de ses parents, de ses enfants ? Que se passe-t-il lorsque les bénévoles ne peuvent plus donner leur temps ?</p>
<p>Avant, quand on voulait ou qu’on devait rester un peu à la maison, pour pouvoir s’occuper des personnes qui y vivent (ou de la dite maison), on devait accepter des boulots à temps partiel, souvent non qualifiés, mal payés. Avec le confinement, on a bien vu que le secteur tertiaire et les milieux « professionnels » pouvaient très bien fonctionner avec des employé.es en télétravail, un accommodement que les parents, les personnes en situation de handicap ou souffrant de maladies chroniques se sont longtemps fait refuser. On s’est dit : bon, enfin, on va avoir un peu de souplesse. Les expert.e.s s’entendent : c’est là pour rester. Nous sommes aussi plusieurs à nous être réjouies d’avoir enfin rendu visible la permanence du rôle de parent ou d’aidant naturel, qui ne s’arrête pas parce qu’on a mis les pieds dans son cubicule.</p>
<p>Dans le meilleur des cas, la pandémie, et surtout le confinement, ont permis des formes radicales d’imaginaire et d’espoir. Quand tout arrête, tout redevient possible. On a ressenti l’absurdité de nos grandes étendues d’asphaltes soudainement vides de chars parechoc à parechoc, accompagnée de l’émotion en Inde de voir les sommets de l’Himalaya pour la première fois depuis des décennies dû à la diminution de la pollution de l’air. On a porté attention aux manifestations de solidarité autour de nous, nées de la base, et qui illustrent une fois de plus que les maisons – les familles, les groupes, les collectivités, les communautés – ont toujours pris soin les unes des autres, en parallèle et souvent malgré les politiques et pratiques étatiques.</p>
<p>Mais le capitalisme est ben maudit, dans sa capacité de toujours se réinventer, de pousser les personnes à la limite de leur résilience, et de mobiliser cette résilience à ses propres fins – accélérer la production, l’accumulation, la sacro-sainte croissante économique. Comme de fait, les chanceux.ses des milieux jugés non-essentiels, jouissant d’une certaine sécurité financière, ont pu prendre deux-trois semaines pour rêver à un monde meilleur, entre deux crises de panique. Ensuite, les attentes de productivité à tout prix sont revenues au galop.</p>
<p>Pourquoi prendre un congé ou réduire ses heures pour prendre soin, alors qu’on a montré au printemps qu’on pouvait donner le meilleur à son employeur et garder tout le monde en vie en même temps ?</p>
<p>Ben non, on n’a pas gardé tout le monde en vie, voyons. C’était une joke ! Les vieux sont morts (seul.e.s), leurs soignant.e.s aussi, ces « anges-gardiens » aux statuts migratoires précaires, exploité.es par des agences de placement, avec la bénédiction de nos gouvernements provinciaux et fédéraux. Merci pour tout han. Parfois aussi, les personnes qui nous servent à l’épicerie, se sont exposées à nos crachats et à notre arrogance. Sans parler des travailleurs migrants saisonniers qui sont venus contracter le virus ici.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>À travers tout ce temps trouble et, on va se le dire, démoralisant, ce numéro sur les maisons s’est construit lentement. Quelques-uns des textes documentent les impacts différenciés du confinement sur des êtres et personnes marginalisées, souvent oubliées des soi-disant largesses publiques : les animaux (<a href="/animaux-domestiques-contexte-de-covid-19/" target="_blank" rel="noopener">Maryse Martel</a>), les femmes survivantes de violence (<a href="/violence-conjugale-maisons-dhebergement/" target="_blank" rel="noopener">Linh Nguyen</a>), les étudiant.es étranger.ère.s (<a href="/confinement-residence-etudiante-temoignage/" target="_blank" rel="noopener">entrevue</a>), les personnes itinérantes (<a href="/le-tournis/" target="_blank" rel="noopener">Lux</a>), et celles qui se tapent la continuité invisible du monde (<a href="/dessine-moi-maison-te-dirai/" target="_blank" rel="noopener">Capucine Coustere</a>).</p>
<p>Les autres textes, la majorité, nous rappellent que la pandémie n’a pas toujours été, et ne sera pas toujours. Un jour on va sortir de cette crise, et retrouver le monde qu’on a délaissé, avec les nouveaux éclats, pots cassés, et traumatismes de la COVID. Ces textes, qui ne traitent pas de COVID, qui datent d’avant la COVID, nous rappelle la continuité du monde. Déployés à différentes échelles, ils explorent diverses facettes de nos maisons : nos corps (<a href="/poids-de-maison/" target="_blank" rel="noopener">Typhaine Leclerc-Sobry</a>, <a href="/speakeasy/" target="_blank" rel="noopener">Juliette Bernatchez</a>), nos intimités (<a href="/138-2/" target="_blank" rel="noopener">Anne-Christine Guy</a>, <a href="/lui-et-les-enfants/" target="_blank" rel="noopener">Licia Canton</a>, <a href="/cest-une-plaie/" target="_blank" rel="noopener">Isabelle Ayotte</a>, <a href="/derriere-maison-profil-papillon-lune/" target="_blank" rel="noopener">Kim Renaud-Venne</a>), nos milieux de vie (<a href="/habitante/" target="_blank" rel="noopener">Anick Arsenault et Nathalie Dion</a>, <a href="/geometrie-du-silence/" target="_blank" rel="noopener">Stéphanie Filion</a>, <a href="/grand-cahier-maisons-abandonnees/" target="_blank" rel="noopener">Estelle GB</a>, <a href="/ma-maison/" target="_blank" rel="noopener">Suzanne Vallières-Nollet</a>), nos histoires de migrations, de déchirements et d’émerveillement (<a href="/home-is-not-home-is-home/" target="_blank" rel="noopener">Clémence Gachot-Coniglio</a>, <a href="/lavenir-grandma-moi/" target="_blank" rel="noopener">Clara Lagacé</a>, <a href="/y-aura-chose-metonymies/" target="_blank" rel="noopener">Romaine Cauque</a>), nos couples et nos familles (<a href="/aut-40-a-hauteur-boul-brien/" target="_blank" rel="noopener">Mathilde Constant-Joannin</a>, <a href="/ce-qui-meurt-par-mes-absences/" target="_blank" rel="noopener">Sarah-Jane Ouellet</a>), et nos luttes collectives (<a href="/brune-maman-racisme-bouche-enfants/" target="_blank" rel="noopener">Deepa Pureswaran</a>, <a href="/droit-logement-droit-feministe/" target="_blank" rel="noopener">Marie-Ève Duchesne</a>, <a href="/chroniques-dabandons-documenter-scolarisation-partielle-parcellaire-enfants-autistes/" target="_blank" rel="noopener">Laurence Simard</a>, <a href="/quebec-ville-coloniale/" target="_blank" rel="noopener">Laurence Simard et Benoit Lalonde</a>).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Virginie Larivière nous a fait l’honneur de nous prêter ses illustrations pour accompagner les textes de ce numéro. Détournement de couvertures de livres, issues d&rsquo;un projet né en confinement, ces images-pirates résonnaient trop bien avec les idées évoquées dans les contributions reçues.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pendant que la Californie brûle et que la possibilité d’une guerre civile aux États-Unis devient de plus en plus envisageable, pendant qu’une deuxième vague encore plus épuisante et angoissante que la première déferle sur nos têtes, pendant qu’une femme autochtone meurt sous les insultes racistes, qu’on refuse de reconnaître l’existence du racisme systémique, et que le drapeau des patriotes défile aux côtés d’affiches de Q-Anon et de casquettes MAGA, pendant les vagues de dénonciation de violences sexuelles se suivent (et se ressemblent), alors qu’une catastrophe chasse l’autre dans les journaux, permettez-nous de ressentir un léger épuisement.</p>
<p><em>Françoise Stéréo</em>, c’est un collectif. La revue, c’est un peu comme notre maison. Depuis l’été 2013, saison de nos premières réunions de cuisine, nous avons essayé de construire un lieu accueillant, animé, et plutôt bien décoré. Nous qui travaillons habituellement dans la joie, nous devons nous l’avouer : l’année 2020 nous a rentré dedans. Il faut dire que les années précédentes n’ont pas été plus tranquilles : des déménagements, des séparations, des naissances, un mariage, des deuils, la maladie, une thèse, des changements d’emploi, et plein d’autres projets militants, sans parler d’une adoption de pitbull….</p>
<p>Ça fait que depuis quelques numéros, on a l’impression d’avoir juste le temps de faire la vaisselle avant que la visite arrive. On a besoin de vacances, mais surtout de temps pour travailler sur les fondations. On vous annonce qu’on prend une pause et que ce numéro sera le seul de l’année 2020. On se retrouve quelque part en 2021 ou en 2022. D’ici là, on publiera un peu sur le blogue et on partagera avec vous des textes des anciens numéros qui n’ont pas eu l’écho qu’ils méritaient. Et on vous souhaite le meilleur.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ciao, on s’en va au chalet !</p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Ma maison</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 01:09:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>SUZANNE VALLIÈRES-NOLLET &#160; Illustration : Virginie Larivière &#160; Je voulais une maison qui abrite et je me ramasse dans une maison qui enferme. Seule avec le chat, depuis cinq semaines, au milieu de ces douze longues pièces blanches, pas blanches comme sur Insta, blanches comme encore sur le primer, avec le gyproc sans moulures à [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4606" src="/wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Bien-seules-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">SUZANNE VALLIÈRES-NOLLET</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je voulais une maison qui abrite et je me ramasse dans une maison qui enferme.</p>
<p>Seule avec le chat, depuis cinq semaines, au milieu de ces douze longues pièces blanches, pas blanches comme sur Insta, blanches comme encore sur le <em>primer</em>, avec le <em>gyproc</em> sans moulures à la base près du plancher, qui me rappelle que je vis dans de la brique et du carton. Entourée de matériaux. À moi. Ma brique. Mon plâtre. Mon bois. Je suis propriétaire.</p>
<p>C’est ben d’la job.</p>
<p>Blanc en dedans, blanc en dehors. L’hiver se ligue avec les murs pour me confiner. Ce bout de dehors là aussi est sous ma responsabilité. Me péter le dos à pelleter. Vérifier les branches à risque de casser sous la prochaine bourrasque.</p>
<p>Ma pièce favorite dans cette maison c’est elle, cette pièce sans plafond pleine d’arbres et d’herbes et de mouches et de <em>june bugs</em> et de légumes racines.</p>
<p>Pièce fermée, condamnée pour quatre mois. Je ne l’ai pas apprivoisée dans cette saison, je ne sais pas par quel bout la prendre quand elle ne foisonne pas autant, c’est comme si tu me disais que je dois faire cuire les spaghettis dans la salle de bain, comme si je devais dormir dans le four, je ne sais pas quoi faire quand elle se déguise en hiver.</p>
<p>Et toi tu es parti déjà depuis cinq semaines.</p>
<p>Au début, j’avais peur, la nuit, entourée de vide, dans ma chambre sans porte, dans cette maison écho que nous avions refaite ensemble.</p>
<p>Tu n’es pas là et depuis cinq semaines c’est comme si je dors suspendue à côté de chez moi.</p>
<p>C’est toi ma maison.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Je voulais une maison qui accueille et j’ai une maison qui éloigne.</p>
<p>C’est la distance, ce trois heures et demie de route qui fait montagne entre moi et celles que j’aime, que j’ai aimées, que j’ai envie d’aimer.</p>
<p>J’ai perdu des amies, comme si je les avais mal attachées sur le toit de mon char quand j’ai déménagé, comme si j’avais oublié de leur donner ma nouvelle adresse.</p>
<p>Où êtes-vous, vous dont les yeux résonnent encore en moi quand je vois votre profil s’afficher sur mon écran ? Vous qui étiez une habitude heureuse, qui êtes devenues une occasion spéciale douce-amère ?</p>
<p>J’ai des chambres vides pour recevoir vos corps endormis. J’ai des chaises vides autour d’une table trop grande pour vous offrir des pêches au déjeuner. Je fais pousser des fleurs bleues pour vous les offrir en bouquets. <em>Forget me not</em>.</p>
<p>Cet été je pensais construire un terrain de pétanque.</p>
<p>Viendrez-vous ? Reviendrez-vous ?</p>
<p>Je ne me suis pas habituée à votre absence.</p>
<p>C’est vous ma maison.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Je voulais une maison pour que ma joie demeure et je me ramasse à la petite cuillère si souvent.</p>
<p>Il faut que je sois honnête, que je n’aie pas honte : j’ai cru qu’une belle maison me rendrait heureuse. J’ai cru qu’une pièce bien à moi me ferait écrire. J’ai cru qu’un beau vase ferait pousser des roses.</p>
<p>Si peu de choses arrivent d’elles-mêmes.</p>
<p>Et pourtant, pourtant, je suis bien, ici. Il fait bon, il fait lumière, il fait grand.</p>
<p>Ce n’est pas rien. Mais ce n’est rien de plus.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Ma maison est une légende creuse. Elle n’est pas magique.</p>
<p>En 1897, un homme l’a fait bâtir.</p>
<p>En 1997, un homme l’a abandonnée.</p>
<p>Vingt ans plus tard, à corps battant, le dos courbé à force de marcher à contresens dans la tempête chaotique de la marche du monde, nous l’avons sauvée d’une mort certaine, d’une disparition qui nous heurtait car elle nous rappelait l’impermanence de toute chose.</p>
<p>Le village retenait son souffle. Allait-on vraiment réussir notre pari ? Le dimanche, les voitures ralentissaient pour observer l’avancement des travaux. Marteau, brouette, bouette.</p>
<p>Maison historique, maison hantée, maison dangereuse, maison trop belle pour nous, maison trop grande pour deux, maison trop chère pour nos salaires.</p>
<p>Ce carré de briques et de plâtre a changé nos corps, nos savoirs, nos vies.</p>
<p>Nous y sommes attachés par fierté, par orgueil. Trois ans de rénovations, c’est un projet qui vous attache, qui vous ancre, aura-t-on le courage de la céder à d’autres, un jour, cette maison dont nous connaissons chaque vis et chaque fantôme ?</p>
<p>Et si les gens à qui nous la vendons la laissaient brûler ? Et s’ils peignaient en blanc crème la rampe d’escalier d’origine en bois de cerisier ? Et s’ils mettaient du prélart ? Et s’ils la démolissaient ?</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Ma maison me protège et je protège ma maison.</p>
<p>Je sais que malgré l’amertume de la solitude, de l’éloignement, de l’enfermement, je sais que je l’aime.</p>
<p>Il est plus facile de quitter ce que nous n’aimons pas. Mais pour aimer pleinement ma maison, il faut que je me donne le droit de la quitter.</p>
<p>Sinon j’étouffe.</p>
<p>Sinon ses murs ne sont que des frontières et pas des couvertures, sinon son toit est une chape et pas un parasol.</p>
<p>Elle est si belle, ma maison. J’aimerais pouvoir la mettre dans une valise et l’emmener avec moi quand je partirai d’ici.</p>
<p>Mais non. Quand je partirai, je laisserai tout à sa place. Chaque meuble, chaque photo, chaque morceau de vêtement, chaque miette de ma vie, et la tasse de café à moitié bue sur la table, et les pêches que mes amies n’auront pas mangées au déjeuner, et les draps lavande des lits toujours faits toujours prêts, et le terrain de pétanque où le plantain poussera, et sans barrer la porte, sans la fermer même, peut-être, je m’en irai, en piquant par le petit bois, vers l’est, en marchant à grandes gorgées de vent frais, les larmes aux yeux peut-être, mais les dents chauffant au soleil au cœur de mon sourire.</p>
<p>C’est moi, ma maison.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Les animaux domestiques en contexte de COVID-19</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 01:08:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>MARYSE MARTEL Illustration : Virginie Larivière &#160; Comme beaucoup d’autres personnes qui travaillent dans les services jugés essentiels, je n’ai pas vécu le pire de la COVID chez-moi, isolée. Depuis le début de la pandémie, je partage mon temps de confinement plus ou moins strict entre deux maisons; la mienne et la Maison des femmes [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4599" src="/wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Lettres-au-pangolin-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">MARYSE MARTEL</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Comme beaucoup d’autres personnes qui travaillent dans les services jugés essentiels, je n’ai pas vécu le pire de la COVID chez-moi, isolée. Depuis le début de la pandémie, je partage mon temps de confinement plus ou moins strict entre deux maisons; la mienne et la Maison des femmes de Québec. Dans une de ces maisons, je suis confrontée à la détresse, la peur et le courage (mais aussi à la douce folie de mes collègues !). Dans l’autre, j’ai le privilège de vivre l’amour, le confort et, quand les enfants me donnent un lousse, la tranquillité. Dans ma maison, je cohabite avec trois humains (mon amoureux et mes deux enfants) et deux chats. En observant ma petite famille confinée, j’ai constaté que mes deux colocs poilus semblaient envahis par cette présence inhabituelle. Leurs habitudes ont été bousculées. Bon, on s’entend, il y a pire que ça dans la vie, mais ça m’a tout de même fait prendre conscience que les animaux domestiques, par leur vulnérabilité, peuvent aussi devenir des victimes de cette pandémie.</p>
<p>En tant qu’antispéciste, j’ai été extrêmement préoccupée par tout ce que j’ai lu sur les réseaux sociaux et les médias au printemps passé. Par exemple, aux États-Unis, on a observé une vague d’abandons d’animaux domestiques. En France, une clinique vétérinaire a publié un message sur sa page Facebook avisant la population de ne pas laver leurs animaux domestiques au gel hydroalcoolique (Purrell) ou au désinfectant, car plusieurs chats et chiens auraient été reçus chez le vétérinaire en état de coma éthylique, intoxiqués ou avec des brûlures cutanées. Ici, au Québec, les éleveurs d’animaux et les animaleries ont profité de l’élan de sympathie à l’endroit des chats et des chiens abandonnés que la crise du coronavirus suscite pour vendre leurs animaux sans se soucier du sort de ceux-ci.</p>
<p>Les animaux qu’on a domestiqués sont mis par nos crises dans des situations très précaires. Les ayant rendus peu aptes à se nourrir par eux-mêmes, il est de notre responsabilité de ne pas les laisser tomber.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Animaux et COVID-19 : risques de transmission</strong></p>
<p><strong> </strong>D’après l’Organisation mondiale de la santé animale, les animaux de compagnie ne méritent pas du tout la méfiance dont ils ont parfois fait l’objet pendant cette crise. Pour l’instant, il n’existe aucune preuve que les animaux de compagnie présentent le moindre danger pour leurs humains.</p>
<p>Certain.e.s ont peut être entendu parlé du cas du chien à Hong Kong, sur qui on aurait trouvé des petites quantités de l’ARN du virus. Ce chien vivait avec une personne atteinte de la COVID-19. D’après les chercheurs qui ont fait ces analyses, il est probable que le virus ait effectivement été transmis au chien par la personne malade. Le chien était cependant très peu infecté et il n’était pas malade.</p>
<p>L’Organisation mondiale de la santé animale indique que la propagation actuelle de la COVID-19 est le résultat d’une transmission d’humain à humain. Il n’est donc pas justifié de prendre des mesures à l’encontre des animaux de compagnie qui pourraient compromettre leur bien-être.</p>
<p>Les expert.es s’accordent tout de même pour dire que la distanciation s’applique aussi aux animaux de compagnie. Même si les risques sont minimes, il est préférable de limiter les contacts de notre animal avec des personnes qui n’habitent pas avec nous, car, même s’ils ne peuvent transmettre la maladie, ils peuvent transporter le virus sur eux.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Soins</strong></p>
<p>Il y a quand même quelques précautions à prendre avec les animaux face à la COVID-19 :</p>
<ul>
<li>éviter d’exposer les animaux aux personnes potentiellement infectées, aux animaux de ces dernières ou à un environnement potentiellement contaminé;</li>
<li>éviter les parcs à chiens;</li>
<li>ne pas toucher inutilement les animaux qui ne sont pas les nôtres. Je discutais avec ma voisine qui a un chien et elle me disait que cette précaution n’est pas encore intégrée dans le quartier…</li>
</ul>
<p>Bref, il y a très peu de chances que cela arrive, surtout si vous appliquez les consignes de base : rester loin des gens qui n’habitent pas avec vous, lavez-vous les mains et ne sortez pas de chez si vous avez le virus.</p>
<p>Et si vous êtes encore inquiet.e.s, vous pouvez nettoyer les pattes de votre animal avec de l’eau et du savon et les sécher… Comme vous le faites pour vos mains.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong> </strong><strong>Réalité des SPCA et des refuges</strong></p>
<p><strong> </strong>Considérés comme un service essentiel, les refuges animaliers poursuivent leurs activités, mais de nombreuses restrictions leur compliquent la tâche. Je suis allée consulter la page internet de la SPCA de Montréal (parce que j’apprécie le travail de la directrice, Élise Desaulniers, une militante pour les droits des animaux) pour me donner une idée de la situation des grands refuges au Québec, et j’ai été heureuse d’apprendre que, contrairement aux États-Unis, les Québécois.e.s semblent s’être montré.e.s plutôt responsables. On constate que certains refuges ont même enregistré une augmentation des demandes d’adoption au début de la crise sanitaire. Selon Élise Desaulniers, cette augmentation des demandes serait une conséquence directe de la situation de confinement : les gens ne travaillaient pas, ielles avaient du temps. Ielles se sont retrouvé.e.s face à une situation sur laquelle ielles n’avaient aucun contrôle et voulaient aider.</p>
<p>Depuis le début de la pandémie, dans la plupart des SPCA, seuls les abandons urgents sont pris en charge, soit ceux d’animaux blessés, malades, dont la vie est en danger ou qui ont mordu des humains. Ce n’est peut-être pas le moment d’aller porter votre chat si votre coloc ne l’aime pas ou est allergique !</p>
<p>En revanche, les associations, qui ne fonctionnent qu’avec des bénévoles pour la plupart, doivent dorénavant composer avec les nouvelles mesures restrictives, ce qui force une réorganisation qui risque de ralentir le rythme des placements d’animaux dans des familles. Comme l’Association vétérinaire québécoise de médecine de refuge (AVQMR) et l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) ont recommandé de suspendre toutes les interventions médicales non urgentes, la stérilisation des chats et les vaccins doivent attendre, ce qui réduit considérablement la disponibilité des chats à l’adoption. Si la crise perdure, ça risque d’être catastrophique. Avec toutes les portées de chatons et de bébés écureuils en plus des abandons d’animaux pour cause de déménagement…</p>
<p>Les refuges, que ce soient les SPCA ou les petites associations, vivent essentiellement des dons et de leurs activités de financement autonomes. Comme me l’expliquaient deux femmes très impliquées à l’association Mouvement chats errants, mesdames Andrée Juneau et Anne Drobiszewski, la situation est très préoccupante pour la survie de leur association qui vient en aide aux chats errants dans la ville de Québec. Le mouvement se finance habituellement en grande partie par des kiosques dans des marchés aux puces au printemps et à l’été. Comme cette année ces marchés ont tous été reportés ou annulés, Mouvement Chats errants perd une grande partie de son financement. Les militantes du mouvement sont aussi conscientes du fait que les pertes d’emplois liées à la pandémie, ainsi que l’insécurité financière généralisée par la crise de la COVID, auront un effet certain sur les dons.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong> </strong><strong>Les animaux ne servent pas juste à combler un vide !</strong></p>
<p>Dans une période d’isolement, il faut l’admettre, avoir un animal à ses côtés c’est rassurant et, pour certaines personnes, ça permet d’apprivoiser la solitude. L’Association canadienne des médecins vétérinaires rappelle d’ailleurs que les animaux de compagnies contribuent à notre bonheur et à notre bien-être, surtout en période de stress. Le fait de faire des promenades avec son chien ou de passer du temps avec son animal de compagnie peut contribuer à se garder et garder son animal en bonne santé. Profitons-en !</p>
<p>Oui à l’adoption, mais encore faut-il que ce soit pour les bonnes raisons. Adopter un animal, c’est quand même un engagement à long terme. Il ne doit pas servir qu’à combler un vide ! Lorsque la crise sera terminée, on ne pourra pas s’en départir comme on le fera avec la vieille motte de chou kale dans le fond du tiroir à légumes ! Il est vrai que le confinement semble être un moment idéal pour intégrer un nouvel animal dans la famille, mais il est important de réfléchir à l’avenir. Qu’arrivera-t-il lorsque la crise prendra fin ? Les adoptant.e.s pourront-ielles toujours prendre soin de leur animal ? La décision d’adopter ou de se procurer un animal doit être réfléchie. Car une fois la crise de la COVID passée, votre animal de compagnie demeurera toujours un membre de la famille.</p>
<p>Je terminerais en vous disant que si comme moi, vous êtes sensibles à la cause animale et que vous faites partie des personnes privilégiées qui n’ont pas eu à subir une baisse de revenu, SVP, allez faire un don dans un refuge. Je suis consciente que ce n’est pas évident pour tout le monde, mais si c’est possible, go !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pour soutenir la cause animale pendant la crise de la COVID-19&#8230; </strong><strong>Faites un don !</strong></p>
<p><a href="http://mouvementchatserrants.ca/index.html" target="_blank" rel="noopener"><strong>Mouvement Chats Errants</strong></a></p>
<p><a href="https://educazoo.com/refuge-educazoo-quebec?fbclid=IwAR3HfgBtPr1rU3ozbCUPsM2gY5859oEYPy3KmUz3m8Hsvct0ey2LozUdaP0" target="_blank" rel="noopener"> <strong>Éducazoo-Québec</strong></a></p>
<p><a href="http://www.centreacsa.com/" target="_blank" rel="noopener"><strong>Adoption Chats Sans Abri</strong></a></p>
<p><a href="https://spadequebec.ca/" target="_blank" rel="noopener"><strong>SPA de Québec</strong></a></p>
<p><a href="https://refugelfm.com/" target="_blank" rel="noopener"><strong>Les Fidèles Moustachus</strong></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Violence conjugale et maisons d&#8217;hébergement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 01:04:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
		<category><![CDATA[NOUVELLES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LINH NGUYEN Illustration : Virginie Larivière &#160; J’ai entendu dire que ça voulait lire sur les maisons, alors je me suis dit que c’était un bon moment pour écrire un p’tit quelque chose en lien avec ma deuxième maison : la Maison des femmes de Québec, une maison d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/La-courbe.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4603" src="/wp-content/uploads/2020/09/La-courbe.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/La-courbe.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/La-courbe-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/La-courbe-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/La-courbe-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/La-courbe-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/La-courbe-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">LINH NGUYEN</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #33cccc;">J’ai entendu dire que ça voulait lire sur les maisons, alors je me suis dit que c’était un bon moment pour écrire un p’tit quelque chose en lien avec ma deuxième maison : la Maison des femmes de Québec, une maison d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale. J’en profite pour saluer l’équipe de lumineuses/juste-assez-folles collègues avec lesquelles je travaille, car sans elles, passer au travers cette crise serait aussi triste qu’une vieille motte de chou kale. Donc voilà, un petit billet sur la violence conjugale au temps de la COVID-19 t’attend sous ces lignes; un bref survol des conséquences du confinement sur les femmes qui vivent avec un conjoint violent et sur notre réalité en maison d’hébergement.</span></p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p>Je suis d’avis qu’en général, on n’est pas obligé d’avoir vécu quelque chose pour être capable de le comprendre. Vous pouvez donc imaginer c’que c’est que de vivre avec quelqu’un qui nous rabaisse constamment à grand coup d’insultes et d’exaspérations méprisantes, qui ne se gêne pas pour piger dans l’argent de l’épicerie pour SES cigarettes, qui vous fusille du regard dès que vous prenez votre cell bin relaxe pour regarder Facebook ou répondre à un message (et ça, c’est s’il ne l’a pas déjà tiré dans le mur en guise d’avertissement) et qui après vient s’excuser avec un beau bouquet de « je m’excuse », « tu trouveras jamais personne qui t’aime comme moi », « c’est ta faute », « y’a juste moi qui peut t’endurer » et le grand classique de tous les temps : « r’garde c’que tu m’fais faire ! ». En passant, ça, c’est grosso modo le cycle de la violence conjugale. Donc, astheure que tout le monde a l’image bien claire dans la tête, rajoutez à ce scénario perpétuel qu’il est impossible pour la conjointe de sortir ventiler avec des ami.e.s, d’aller dans les groupes de femmes pour essayer de comprendre ce qu’elle vit, d’appeler à une ligne d’écoute en violence conjugale pour du soutien, tout ça parce que son conjoint est 24 heures sur 24 dans les parages à épier tous ses faits et gestes. On pourrait dire que c’est une belle opportunité pour garder le contrôle à son maximum, hein ?</p>
<p>Et bien c’est l’enjeu auquel on a fait face au printemps, et cet été dans une moindre mesure, dans notre travail; l’impossibilité de rejoindre les femmes victimes en raison du confinement (ou plutôt, de se faire rejoindre par elles) sans les mettre encore plus en danger. Et pour celles qui réussissent à arriver dans une maison d’hébergement où il y a encore de la place (parce oui, sans surprise, les maisons sont souvent à pleine capacité), on s’entend que les recommandations de la santé publique ne s’envolent pas comme par magie. Elles sont les mêmes et nous les respectons quasi religieusement pour nous guider dans nos pratiques. Pour s’assurer de répondre à notre mission et rester ouvertes le plus longtemps possible, tout en rassurant les travailleuses, qui, on ne se le cachera pas, ont les mêmes inquiétudes que tout le monde (en passant, on n’est pas des anges gardiens. On n’a pas de super pouvoir, ni l’immunité contre le virus/l’anxiété qui vient avec. Mais on est des cr**s de combattantes), on s’entend qu’on doit maintenant alterner notre chapeau d’intervenante féministe avec celui de bourreau de la prévention. Et bourreau, c’est faible comme terme. Les femmes hébergées ne sont plus libres d’entrer et sortir comme avant, nous avons des règles plus-que-strictes sur les tâches et la nourriture, il y a moins de travailleuses sur le plancher et on passe quasiment autant de temps à désinfecter et à planifier des stratégies d’action qu’à intervenir. MAIS (notez les majuscules utilisées. Ce n’est pas pour rien.) MAIS, c’est mille fois pire de rester confinée dans une maison, dans un appart, avec un conjoint violent que de venir en maison d’hébergement où les femmes ne manquent de rien : ni d’écoute, ni de nourriture, ni de produits d’hygiène, ni de soutien dans leurs démarches, ni d’informations, ni de moments cocasses et agréables qui nous aident toutes à passer à travers les crises (sanitaires et conjugales) ensemble, solidairement.</p>
<p>Pour finir, j’aimerais vraiment sensibiliser les travailleuses et travailleurs de milieux essentiels, comme les pharmacies, les livreuses et livreurs, les dépanneurs ou les épiceries à la violence conjugale en temps de COVID-19. Si une femme vient vous voir, qu’elle vous dit qu’elle vit de la violence conjugale et qu’elle est confinée avec son conjoint, s’il vous plait, essayez du mieux que vous le pouvez de trouver un moyen pour qu’elle-même communique avec une ligne d’écoute, avec une maison d’hébergement ou avec la police si le danger est imminent.</p>
<p>Il y a aussi d’autres moyens si vous êtes en confinement et que vous vivez de la violence, donc je vous invite à utiliser et à partager le plus possible ces trucs-là :</p>
<ul>
<li>Allez à la pharmacie ou à l’épicerie pour acheter des médicaments ou produits et adressez-vous à une caissière ou à une pharmacienne pour qu’elle appelle une maison d’hébergement ou la police pour vous;</li>
<li>Si vous vous faites livrer des denrées ou autres choses, glisser un mot d’appel à l’aide au livreur avec l’argent que vous remettez ou lorsque vous prenez votre sac;</li>
<li>Laissez une note dans la boîte aux lettres de votre voisin.e en qui vous pouvez avoir confiance;</li>
<li>Si vous en avez la possibilité, allez prendre une marche et apportez votre cellulaire ou approchez une personne qui marche aussi pour lui demander d’appeler une maison d’hébergement ou la police pour vous;</li>
<li>Vous pouvez aussi écrire aux maisons d’hébergement (24/7) par le biais de nos sites Internet ou par courriel (le nôtre : maisondesfemmes.qc@videotron.ca). Il y a un lien rapide pour quitter et effacer l’historique sur les sites Web.</li>
</ul>
<p>Ensemble, soyons un filet pour ces femmes et enfants victimes de violence conjugale.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://www.sosviolenceconjugale.ca/" target="_blank" rel="noopener"><strong>SOS violence conjugale</strong></a></p>
<p>Par téléphone: 1 800 363-9010 / par texto: 438-601-1211 (entre 14h30 et 22h, du lundi au vendredi) / par clavardage <a href="https://www.resourceconnect.com/sosvc/chat" target="_blank" rel="noopener">ici</a> (entre 14h30 et 22h, du lundi au vendredi) / par courriel: <a href="mailto:sos@sosviolenceconjugale.ca" target="_blank" rel="noopener">sos@sosviolenceconjugale.ca</a>  (délai possible de 24 heures)</p>
<p><a href="https://www.facebook.com/Maison-des-Femmes-de-Qu%C3%A9bec-453750541333258" target="_blank" rel="noopener"><strong>Maison des Femmes de Québec</strong></a></p>
<p>Par téléphone: 418-522-0042 (c&rsquo;est ouvert 24 heures sur 24, gratuit et confidentiel) / par courriel : <a class="oajrlxb2 g5ia77u1 qu0x051f esr5mh6w e9989ue4 r7d6kgcz rq0escxv nhd2j8a9 nc684nl6 p7hjln8o kvgmc6g5 cxmmr5t8 oygrvhab hcukyx3x jb3vyjys rz4wbd8a qt6c0cv9 a8nywdso i1ao9s8h esuyzwwr f1sip0of lzcic4wl py34i1dx gpro0wi8" tabindex="0" role="link" href="mailto:maisondesfemmes.qc@videotron.ca" target="_blank" rel="noopener">maisondesfemmes.qc@videotron.ca</a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Le grand cahier des maisons abandonnées</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 01:03:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
		<category><![CDATA[NOUVELLES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ESTELLE GB &#160; Illustration: Virginie Larivière &#160; J’ignore ce qui m’amena à m’intéresser aux images de maisons à l’abandon. Une suite de hasards : partir d’une recherche sur les lieux disparus d’une ville, tomber sur des photographies d’usines en ruines, des images de vestiges d’écoles, de salles de bal poussiéreuses. Puis, découvrir ces maisons. Des [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4644" src="/wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/10/Fourrer-le-temps-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">ESTELLE GB</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Illustration: Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ignore ce qui m’amena à m’intéresser aux images de maisons à l’abandon. Une suite de hasards : partir d’une recherche sur les lieux disparus d’une ville, tomber sur des photographies d’usines en ruines, des images de vestiges d’écoles, de salles de bal poussiéreuses. Puis, découvrir ces maisons. Des maisons-visages, façades d’habitations désertées, photographiées en pied, curieuses, blessées, étrangement invitantes. Je m’y arrêtai. J’eus envie d’y entrer pour m’y perdre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je me mis à collectionner ces photos de maisons à l’abandon. Je les imprimais, découpais leur contour, j’essayais qu’elles aient toutes la même grandeur, puis je les collais dans mon grand cahier. Je tentais de les agencer, de les rassembler suivant une certaine logique cartographique, de créer avec elles des plans descriptifs, des possibilités de formes, des diagrammes. Ici, des façades, là, des intérieurs. Il y avait les incendiées, les graffitées, les placardées, les à-moitié-démolies. Il y avait les coquettes, les béantes, les meurtries, les comme-si-de-rien-n’était. J’eus l’idée de les superposer, de les renverser, de gribouiller dessus, je bricolais.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>À travers mes collages, je remarquai la sérialité banale des photographies, ce jeu de distinction-ressemblance auquel s’étaient prêtés les photographes (je pense à Kevin Bauman, ou James Griffioen). En fait, c’était toujours la même image, seule la maison changeait. J’étais touchée par leur fixité, leur immobilité, qui faisait pourtant signe d’un mouvement, d’une fuite (ces maisons avaient été habitées, on les avait quittées). Leur statut temporel mixte me donnait le vertige : maisons encore mais plus tout à fait, signes d’une disparition annoncée mais non encore advenue, instants furtifs attrapés au vol par le clic de la caméra.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’essayai de résister à la tentation de trop les poétiser, d’en faire de simples ruines s’offrant au regard de celles et ceux qui ont le luxe de les contempler – résister à la <em>ruin porn</em>, c’est-à-dire refuser de « romantiser » les ruines industrielles et de capitaliser sur leur sublimité. Ces images documentaient aussi des réalités sociales brutales (délocalisation d’usines, fermetures de villes et de quartiers, pauvreté, racisme, exploitation), mais dont les photographies semblaient effacer toute trace. Si ces maisons paraissaient paisibles, leur esthétisation ne devait pas nous duper. Les images étaient violentes par tout l’invisible qu’elles créaient : des personnes vivaient toujours là, mais on se refusait à les montrer.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>À force de collages et de relectures, je trouvai dans ces photographies de maisons à l’abandon l’expression à la fois d’une question (comment en est-on arrivé là?), et d’une invitation (viens, entre, habite). Et c’était la conjonction de ces deux moments qui, je le souhaitais, allait fonder la recherche que j’allais mener sur ces maisons et sur leur image.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je me souviens, quand j’étais jeune étudiante et que j’habitais un vieil appartement rue Ontario, à Montréal, notre proprio, qui rénovait notre salle de bain, nous avait donné la clé d’un logement voisin inoccupé pour qu’on puisse aller se doucher. Il y faisait froid, un peu, et une espèce de pénombre y régnait. Les murs étaient sales, et il y avait des vieux meubles ici et là. Les quelques fois où j’y suis allée, j’ai erré un long moment d’une pièce vide à l’autre. J’y dessinais ma vie. « Je mettrais tel fauteuil là, j’installerais mon bureau là-bas, et ici, nous souperions tous et toutes ensemble, et nous ririons des blagues de M. » Je nous voyais manger là, étudier là-bas, faire l’amour, je me souviens clairement d’avoir « vu » mes plantes un peu partout.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pourquoi nous projetons-nous dans les espaces d’habitation inoccupés? Qu’y a-t-il à trouver dans ces moments d’entre-deux, après et avant l’habitation?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans un texte intitulé <em>Imperial Debris. Reflections on Ruins and Ruination</em>, Ann Laura Stoler propose de reconsidérer la notion de ruine afin d’insister sur son caractère actif de <em>processus</em>. La ruine est un processus violent qui consiste justement à <em>ruiner</em>, c’est-à-dire à détruire, exploiter, saccager un territoire, un lieu, des personnes. « Les » ruines, quant à elles, sont ces choses qui restent après, ce qui demeure vivant ou existant, même si sous forme de fragments – les débris, les pierres, les déchets, la pourriture, les corps, les sensibilités, les âmes brisées. Ce sont les choses tangibles qui durent après la guerre, l’occupation, le passage et les appropriations des empires. <em>What people are left with, what remains</em>. Et ce sont, entre autres, les paysages brisés, les restes d’habitation.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mon cahier de maisons abandonnées présente beaucoup d’habitations photographiées dans la <em>Rust Belt</em> américaine. Les paysages montrent ces espaces ruinés par le passage de la grande industrie : cinquante années de fière production, puis délocalisations, fermetures, épuisement de la ressource, salaires trop élevés, dévaluation, saisies. Villes de rouille; les gens vivent dans la rouille du grand capital. Les maisons laissées derrière apparaissent alors comme des déchets rejetés par une immense machine à ruiner les territoires et les personnes, débris matériels où persistent, comme le propose Stoler, les effets violents de l’impérialisme.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au début de ma recherche, quand je bricolais dans mon grand cahier des maisons abandonnées, j’avais l’impression de le faire pour mieux connaître ces maisons. Mieux les comprendre, par un jeu d’association visuelle, d’observation de tendances et de motifs. Je voulais les approcher <em>visuellement</em>. Aujourd’hui, je me sens presque gênée par la naïveté qui animait mon geste de collectionnement. Il y a, derrière mes découpages, mes cadrages et recollages, derrière la recherche prétendument créative d’un classement, un certain fantasme d’appropriation, de <em>possession</em> – et je le dis avec gravité. Objectiver ces habitations, les manipuler à ma guise, les offrir à mon regard satisfait de collectionneuse : j’assurais mon emprise, jouissant du privilège de la distance (géographique et de classe), réduisant la complexité de la réalité de l’abandon à des images agencées dans un grand cahier. Comme le souligne Susan Sontag, collectionner des photographies est l’expression d’un désir, c’est chercher à donner accès à une réalité en se prévalant de droits sur elle <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. « Les photographies sont réellement de l’expérience captive, et l’appareil photo est l’arme idéale de la conscience quand elle cherche à multiplier ses possessions <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a>. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Qui étais-je pour prendre possession de ces maisons et imposer sur elles mes interprétations ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’essaie encore aujourd’hui de démêler cette proposition : et si les photographies de mon grand cahier – et mon grand cahier lui-même – étaient elles et lui aussi des « débris matériels où persistent les effets violents de l’impérialisme » ? Les gestes de captation, de déplacement, de réduction et de contemplation qui constituent la photographie poursuivraient-ils, sur le plan symbolique, l’appropriation des territoires et des vies, élargissant les terrains concrets des empires actuels?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au moment même où je commençais à batailler avec ces questions, j’accouchai de mon premier enfant. Je me souviens de mon appartement quelques semaines après sa naissance. Mon chum avait repris le travail, et je passais mes journées seule avec notre enfant. Parfois, mon chum m’appelait pour me dire qu’une réunion se prolongeait, qu’il rentrerait tard, et quand je raccrochais, j’entendais le vide hurler autour de moi. Je frissonnais, notre quatre et demi m’apparaissait immense et froid, la seule chaleur qui persistait était celle du petit corps animé de mon bébé, dont les sourires étaient ma seule source de lumière. Qu’allais-je faire, seule, encore? J’habitais ce lieu plus que jamais, j’y passais le plus clair de mon temps et m’investissais pour la première fois dans cette domesticité dont il était l’espace central. Pourtant, je sentais que ma maison se dérobait, se vidait de sa chaleur, je m’y sentais abandonnée. Ce n’est pas tant que j’en étais prisonnière, mais j’y étais abandonnée – isolée, écartée, laissée derrière, abandonnée à ma solitude et ma vulnérabilité singulières, à ne pas savoir quoi faire de cet amour inquiet qui traçait les contours de ma nouvelle vie de mère. Ma maison m’avalait et jamais l’envie de la fuir n’avait été aussi poignante.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les contradictions éthiques et politiques qui stimulent ma recherche n’empêchent pas que je sois toujours aussi touchée par ces photographies – par ces maisons abandonnées. C’est leur fragilité qui me trouble. C’est comme si elles chuchotaient, d’un cœur d’existant à un autre, une inquiétude et une ouverture tout à la fois : comment habiter la fragilité? Comment habiter tout court, ou encore comment habiter dans la fragilité du monde?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’idée d’habiter tient beaucoup d’un partage de nos mondes avec les autres entités qui les peuplent. C’est Heidegger qui disait qu’habiter, c’est ménager un lieu pour les choses auprès desquelles nous séjournons sur Terre : être présent.e aux choses, offrir demeure. Pas que ça me réjouisse particulièrement de citer ici Heidegger, mais il y a dans sa proposition quelque chose qui me plaît – cette idée qu’habiter, c’est entrer en relation avec les choses du monde, c’est prendre soin.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Prendre soin jusqu’à l’effondrement. Prendre soin même des déchets, des débris impériaux, des restes et des cendres. Prendre soin intimement, en explorant les racoins incongrus de nos demeures communes, en connaissant nos difficultés, nos erreurs, nos angles morts, prendre soin des êtres qui sont là et qui disparaîtront – car les disparitions sont annoncées. Apprendre à habiter nos fragilités.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Peut-être y a-t-il de ça, dans mon grand cahier des maisons abandonnées : l’essai imparfait d’offrir demeure (fragile) à des maisons délaissées. Esquisser un lieu pour les souvenirs, bricoler des espaces, refuser de fuir. Veiller, c’est-à-dire prendre soin, jusqu’à la disparition.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p><strong>Notes</strong></p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Susan Sontag, <em>Sur la photographie</em>, Paris, Christian Bourgois éditeur, 2008, p. 33.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> <em>Ibid.</em>, p. 16.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Références</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Susan Sontag, <em>Sur la photographie</em>, Paris, Christian Bourgois éditeur, 2008.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ann Laura Stoler, « Imperial Debris. Reflections on Ruins and Ruination », <em>Cultural Anthropology</em>, vol. 23, no. 2, mai 2008, p. 191-219.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Quelques photographies de maisons à l’abandon</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Kevin Bauman, <em>100 abandonned houses</em> : <a href="https://www.100abandonedhouses.com/" target="_blank" rel="noopener">https://www.100abandonedhouses.com/</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>James Griffioen, <em>Feral houses</em> : <a href="https://twistedsifter.com/2011/11/feral-houses-by-james-griffioen/" target="_blank" rel="noopener">https://twistedsifter.com/2011/11/feral-houses-by-james-griffioen/</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Detroit urbex, <em>Grixdale neighborhood</em> : <a href="http://www.detroiturbex.com/content/neighborhoods/hpdead/index.html" target="_blank" rel="noopener">http://www.detroiturbex.com/content/neighborhoods/hpdead/index.html</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1"></a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Chroniques d’abandons – documenter la scolarisation partielle et parcellaire des enfants autistes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurence Simard-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 01:01:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LAURENCE SIMARD &#160; &#160; Le projet de documenter la scolarisation partielle et parcellaire des enfants autistes dans la région de Québec a pris forme au printemps 2019. C’était un moment charnière. Je venais de terminer mon doctorat, et j’ouvrais les yeux sur mon quotidien après une longue course, tête baissée, vers l’avant, dans le déni [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/10/Vague.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4713" src="/wp-content/uploads/2020/10/Vague.jpg" alt="" width="2048" height="2048" srcset="/wp-content/uploads/2020/10/Vague.jpg 2048w, /wp-content/uploads/2020/10/Vague-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/10/Vague-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/10/Vague-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/10/Vague-1024x1024.jpg 1024w, /wp-content/uploads/2020/10/Vague-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/10/Vague-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 2048px) 100vw, 2048px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">LAURENCE SIMARD</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le projet de documenter la scolarisation partielle et parcellaire des enfants autistes dans la région de Québec a pris forme au printemps 2019. C’était un moment charnière. Je venais de terminer mon doctorat, et j’ouvrais les yeux sur mon quotidien après une longue course, tête baissée, vers l’avant, dans le déni des micro-catastrophes qui jalonnaient le chemin. Le marathon terminé, je m’éveillais soudainement au mal-être et aux impossibilités logistiques de nos vies, à mon fils et à moi.</p>
<p>Mon fils a quatorze ans, bientôt quinze. Il est autiste. Comme beaucoup d’enfants autistes, sa différence d&rsquo;avec la norme est devenue plus apparente avec l’âge et l’augmentation des attentes de fonctionnement (attentes qu’on impose de plus en plus agressivement aux enfants et aux adultes en contexte néolibéral – mais c’est une autre histoire). Après une fréquentation à la garderie à temps plein, et sans trop d’histoire, il avait complété son primaire dans une classe spécialisée en trouble du spectre de l’autisme (TSA), avec une fréquentation oscillant entre trois et quatre jours semaines.</p>
<p>Au printemps 2019, mon fils terminait sa première année de secondaire dans une école à mandat régional en autisme. La transition du primaire au secondaire s’était très mal déroulée. Au fil des semaines, l’état émotif de mon fils s’était détérioré alors que son anxiété devenait envahissante. Pour l’équipe de l’école, il était devenu un cas problématique, et les stratégies d’intervention s&rsquo;étaient multipliées, incluant les changements d’éducatrices et de locaux. Les heures de fréquentation scolaire avaient diminué rapidement, et nous avions  perdu le service de transport scolaire. Au retour des fêtes, il n’allait à l’école que quelques après-midis semaines, et passait la majorité de son temps dans un local capitonné. En février, on nous a appris qu&rsquo;il était retiré de l’école jusqu’à la semaine de relâche, et à la semaine de relâche jusqu’en avril. Il a fini par réintégrer l’école à raison d’environ une heure par jour, quatre jours semaines. C’est ainsi qu’il a terminé son année scolaire 2018-2019.</p>
<p>Au retour à l’école, à l’automne 2019, l’école avait mis en place des mesures mieux adaptées à mon fils, visant favoriser son sentiment de confiance et de sécurité et baisser son anxiété. Ces mesures ont porté fruits : mon fils regagnait de sa joie de vivre à l’école et créait des relations de bienveillance avec ses intervenantes. Quand la COVID a frappé chez nous, en mars 2020, il fréquentait l’école à raison de deux heures et quart par jour, quatre ou cinq jours semaine, avec l’objectif à très long terme d’une scolarisation à temps plein.</p>
<p>D&rsquo;être aux premières loges de la scolarisation partielle et parcellaire de mon fils m’a menée à formuler plusieurs constats. Premièrement, le problème est systémique. Malgré la tentation forte de blâmer différent.es acteurs et actrices à différents moments, ce n’est « la faute » de personne. Le gâchis relève de différentes institutions (l’école, la commission scolaire, l’organisation du transport scolaire, le CIUSSS, le CRDI), ancrées à différentes échelles (de l’attitude pathologisante de certaines intervenantes jusqu’au travail en silo des ministères de l’éducation et de l’enseignement supérieur, et de la santé et des services sociaux).</p>
<p>Deuxièmement, la déscolarisation ou la diminution du temps de scolarisation d’un.e enfant est majoritairement présentée comme nécessaire pour répondre à ses besoins particuliers. Cette façon d’articuler le problème est trompeuse. Bien sûr, les enfants autistes ont des besoins particuliers, notamment sur le plan sensoriel et de la socialisation, qui incluent des périodes de repos. Or, rien ne nous permet de présumer que le milieu familial répond mieux à ces besoins que l’école, ni qu’il est impossible que l’école réponde à l’ensemble de ces besoins. Le problème en est plutôt un de manque d’engagement collectif véritable envers l’intégration des enfants autistes, qui permettrait d’imaginer et de construire des milieux véritablement adaptés à l’ensemble et à la diversité de leurs besoins.</p>
<p>Troisièmement, la temporalité de la scolarisation partielle et parcellaire est mal comprise et mal intégrée dans la réponse institutionnelle et dans l’offre de services. Il est rare qu’un.e enfant soit complètement déscolarisé.e sur une période de temps étendue. Les épisodes de déscolarisation arrivent le plus souvent par blocs, entrecoupant des périodes de scolarisation plus ou moins partielle – d’où le terme « parcellaire ». Les réponses institutionnelles, surtout des bureaucraties comme le CIUSSS, qui sont très lourdes et présentent un roulement étourdissant d’intervenant.es, arrivent souvent très tard, et donc en décalage avec la situation réelle. C’est d’autant plus le cas que les services sociaux sont de plus en plus structurés en « épisodes », c’est-à-dire avec un début et une fin (lire : la plus rapide possible). Comme les besoins à la base d’une demande d’épisode de services sont fréquemment différents de ceux retrouvés plusieurs semaines ou mois plus tard, lors de l’intervention réelle, il faut souvent réajuster le plan de services, voire recommencer le processus.</p>
<p>Pendant ce temps, les années et la vie passent.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La scolarité parcellaire et partielle des enfants autistes entraîne des problèmes évidents sur le plan des apprentissages, qui stagnent souvent d’un épisode de déscolarisation, ou de diminution de scolarisation, à l’autre. Pour les parents ou figures parentales des enfants, ces parcours de scolarité sont catastrophiques. Il n’existe pas de milieu de vie quotidienne pour les enfants qui ne fréquentent pas l’école à temps plein. La présomption est que « la famille » prendra en charge les enfants pendant les heures où ils et elles sont retiré.es de l’école, sans que les questions de qui constitue la famille dans ce contexte (indice : les mères), et de comment ces personnes sont censées avoir le temps et les ressources pour assumer cette charge supplémentaire, soient posées et discutées collectivement.</p>
<p>L’échelonnement de la scolarisation parcellaire dans le temps, et l’incertitude quant au temps de scolarisation dans les semaines, mois, et années à venir, réduit dramatiquement les possibilités pour les parents de poursuivre d’autres activités, notamment de travail salarié. De plus en plus de chercheur.es constatent des impacts majeurs de l&rsquo;expérience d’être mère d’enfant(s) autiste(s) sur la participation sociale, le maintien en emploi, et la santé mentale des femmes. Les mères d’enfants autistes se retrouvent souvent dans des contextes de précarité et de dépendance économique envers un.e conjoint.e.  Cette tendance socio-économique est d’autant plus grave que ces mères tendent à avoir de lourdes responsabilité de soin jusqu’à très tard dans leurs vies.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Voici, en gros, le constat qui m’est tombé sur la tête au printemps 2019, dans un moment de pause forcée.</p>
<p>La scolarisation partielle et parcellaire se situe quelque part entre l’anecdotique et le systémique. Elle s’incarne dans des vécus souvent trop épuisant pour ménager les conditions d’une organisation collective, pour articuler en revendications claires et réalistes les amas flous de « je suis pu capable ».</p>
<p>C’est pourquoi à l’automne 2019 j’ai pris contact avec Véronique, intervenante communautaire à Autisme Québec. Ensemble nous avons convenu que la scolarisation partielle et parcellaire des enfants autistes est une histoire partagée, malgré les circonstances uniques à chaque enfant, et les différentes interprétations entre parents, ancrées dans différents objectifs – dans différentes visions de la « vie bonne ».</p>
<p>La scolarisation partielle et parcellaire des enfants autistes est un enjeu collectif, qui appelle une réponse structurelle.</p>
<p>C’est aussi un enjeu très peu connu, ni documenté – en sont témoins les réactions de surprise horrifiée lorsque, de loin en loin, des récits d’enfants ou de familles vivant un épisode déscolarisation sont relatés dans les médias.</p>
<p>Après un passage au comité consultatif des services aux élèves handicapés, en difficultés d’apprentissage ou d’attention de ma commission scolaire, et des conversations avec quelques journalistes spécialistes en enjeux scolaires, j’ai constaté qu’il y a très peu de données de compilées sur la fréquentation scolaire des enfants présentant un TSA. Ce manque de données contribue grandement à invisibiliser le problème de la scolarisation partielle et parcellaire des enfants autistes, et à faire porter le poids et la responsabilité de cette scolarisation inadéquate aux familles individuelles. Par ailleurs, il est très difficile d’élaborer un projet de revendication collective sans avoir un portrait des enfants et familles atteintes et de la portée du problème.</p>
<p>Avec Véronique, nous avons donc entrepris de documenter, non pas la scolarisation parcellaire et partielle des enfants autistes, mais bien le manque de données sur cette scolarisation. À l’automne 2019 nous avons envoyé des demandes d’accès à l’information aux six commissions scolaires inclues dans le territoire d’Autisme Québec : CS de Portneuf, CS des Découvreurs, CS de la Capitale, CS des Premières Seigneuries, CS de Charlevoix, et Central Quebec School Board, ainsi qu’au Ministère de l’éducation et de l’enseignement supérieur.</p>
<p>Le libellé des demandes était comme suit :</p>
<p><span style="font-size: 10pt;"><em>En vertu de l’article 9 de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, nous désirons recevoir les informations suivantes :</em></span></p>
<p><span style="font-size: 10pt;"><em>1)      Pour chaque école : le nombre d’enfants inscrit.es qui présentent un trouble du spectre de l’autisme, ou à qui on a attribué une cote 50.</em></span></p>
<p><span style="font-size: 10pt;"><em>2)      Pour chaque école : le nombre des enfants inscrit.es présentant un trouble du spectre de l’autisme, ou à qui on a attribué une cote 50, <strong>qui sont scolarisé.es en classe régulière</strong>, ainsi que :</em></span></p>
<ol>
<li><span style="font-size: 10pt;"><strong><em>le nombre d’heures de scolarisation</em></strong><em> de ces enfants par semaine.  </em></span></li>
</ol>
<p><span style="font-size: 10pt;"><em>3)      Pour chaque école : le nombre des enfants inscrit.es présentant un trouble du spectre de l’autisme, ou à qui on a attribué une cote 50, <strong>qui sont scolarisé.es en classe spécialisée</strong>, ainsi que :</em></span></p>
<ol>
<li><span style="font-size: 10pt;"><em><strong>le type de classe</strong> spécialisée que ces enfants fréquentent</em></span></li>
</ol>
<ul>
<li style="list-style-type: none;">
<ol>
<li><span style="font-size: 10pt;"><em>le <strong>nombre d’heures de scolarisation</strong> de ces enfants par semaine. </em></span></li>
</ol>
</li>
</ul>
<p><span style="font-size: 10pt;"><em>4)      Pour chaque école : le nombre des enfants inscrit.es présentant un trouble du spectre de l’autisme, ou à qui on a attribué une cote 50, qui <strong>sont scolarisé.es en mandat régional en TSA</strong>, ainsi que :</em></span></p>
<ol>
<li><span style="font-size: 10pt;"><em>le <strong>nombre d’heures de scolarisation</strong> de ces enfants par semaine.</em></span></li>
</ol>
<p><span style="font-size: 10pt;"><em>5)      Pour chaque école : le nombre des enfants inscrit.es présentant un trouble du spectre de l’autisme, ou à qui on a attribué une cote 50, qui sont scolarisé.es <strong>à domicile</strong>, ainsi que :</em></span></p>
<ol>
<li><span style="font-size: 10pt;"><em>Le <strong>nombre d’heures de scolarisation</strong> de ces enfants par semaine.</em></span></li>
</ol>
<p>Nous avons reçu les réponses du ministère de l’éducation et de toutes les commissions scolaires, sauf Central Québec, pour laquelle j’ai pu inférer certaines données à partir de la réponse du ministère de l’éducation.</p>
<p>Voici un tableau récapitulatif de certains éléments de  réponses</p>
<p>&nbsp;</p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td colspan="5" width="623">
<p style="text-align: center;"><strong>Portneuf</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="131"></td>
<td width="127">Classe régulière</td>
<td width="131">Classe spécialisée</td>
<td width="125">Mandat régional</td>
<td width="110">Total</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants présentant une cote 50 ou un TSA</td>
<td width="127">32</td>
<td width="131">31</td>
<td width="125">0</td>
<td width="110">63</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants scolarisé.es à temps partiel</td>
<td width="127">0</td>
<td width="131">1</td>
<td width="125">0</td>
<td width="110">1</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="5" width="623">
<p style="text-align: center;"><strong>Découvreurs</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="131"></td>
<td width="127">Classe régulière</td>
<td width="131">Classe spécialisée</td>
<td width="125">Mandat régional</td>
<td width="110">Total</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants présentant une cote 50 ou un TSA</td>
<td width="127">135</td>
<td width="131">25</td>
<td width="125">52</td>
<td width="110">212</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants scolarisé.es à temps partiel</td>
<td colspan="4" width="493">
<p style="text-align: center;">Pas de données</p>
<p>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="5" width="623">
<p style="text-align: center;"><strong>Capitale</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="131"></td>
<td width="127">Classe régulière</td>
<td width="131">Classe spécialisée</td>
<td width="125">Mandat régional</td>
<td width="110">Total</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants présentant une cote 50 ou un TSA</td>
<td width="127">302</td>
<td width="131">301</td>
<td width="125">57</td>
<td width="110">660</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants scolarisé.es à temps partiel</td>
<td colspan="4" width="493">
<p style="text-align: center;">Pas de données</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="5" width="623">
<p style="text-align: center;"><strong>Premières Seigneuries</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="131"></td>
<td width="127">Classe régulière</td>
<td width="131">Classe spécialisée</td>
<td width="125">Mandat régional</td>
<td width="110">Total</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants présentant une cote 50 ou un TSA</td>
<td width="127">199</td>
<td width="131">209</td>
<td width="125">20</td>
<td width="110">428</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants scolarisé.es à temps partiel</td>
<td colspan="4" width="493">
<p style="text-align: center;">Pas de données</p>
</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="5" width="623">
<p style="text-align: center;"><strong>Charlevoix</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="131"></td>
<td width="127">Classe régulière</td>
<td width="131">Classe spécialisée</td>
<td width="125">Mandat régional</td>
<td width="110">Total</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants présentant une cote 50 ou un TSA</td>
<td width="127">13</td>
<td width="131">7</td>
<td width="125">0</td>
<td width="110">20</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants scolarisé.es à temps partiel</td>
<td width="127">Pas de données pour 1 élève</td>
<td width="131">0</td>
<td width="125"> 0</td>
<td width="110">Pas de données pour 1 élève</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="5" width="623">
<p style="text-align: center;"><strong>Central Québec</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="131"></td>
<td width="127">Classe régulière</td>
<td width="131">Classe spécialisée</td>
<td width="125">Mandat régional</td>
<td width="110">Total</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants présentant une cote 50 ou un TSA</td>
<td width="127">60</td>
<td width="131">3</td>
<td width="125">0</td>
<td width="110">63</td>
</tr>
<tr>
<td width="131">Nbr d’enfants scolarisé.es à temps partiel</td>
<td colspan="4" width="493">
<p style="text-align: center;">Pas de données</p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><em>Tableau 1 &#8211; données extraites des réponses aux DAI présentées par commission scolaires</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce tableau illustre plusieurs choses.</p>
<p>Il n’y a pas de procédure de collecte de données cohérente et généralisée entre les commissions scolaires et le ministère de l’éducation. Ce n’est pas une surprise, n’importe quel.le journaliste en dirait autant. La façon de présenter l’information en réponse aux demandes est aussi incohérente, ce qui rend un projet de documentation citoyen lourd et rébarbatif.</p>
<p>Cependant, malgré cette façon de compiler et de présenter l’information en silos, on retrouve une remarquable similarité entre les grosses commissions scolaires, c’est-à-dire des Découvreurs, de la Capitale, et des Premières Seigneuries, et entre ces commissions scolaires et le ministère, dans la négligence, voir le refus, à documenter les heures de scolarisation des enfants autistes.</p>
<p>Dans ces trois commissions scolaires, on retrouve 1300 élèves présentant un TSA et pour lesquel.le.s on ne détient aucune information sur le temps de scolarisation. On sait, pourtant, que plusieurs de ces élèves ont des parcours de scolarisation parcellaire et partielle. Le problème est bien connu. Ainsi, dans sa réponse à notre demande d’accès à l’information, Me Érick Parent, Secrétaire général et directeur de l’information et des communications et responsable de l’accès à l’information de la commission scolaire de la Capitale, déclarait qu’il n’était pas en mesure de nous donner le nombre d’élèves scolarisé.es à temps partiel « parce que ce nombre fluctue constamment ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous en étions à réfléchir à comment articuler une lutte collective et politique à partir de ces réponses, qui cartographient les lacunes de documentation des expériences de scolarisation de nos enfants et, par extension, leur abandon institutionnel.</p>
<p>Et la COVID est arrivée. Ce projet, comme le reste de nos vies, a pris une débarque.</p>
<p>Avec le confinement du printemps 2020, l’expérience de bris de scolarité est devenue généralisée. Des milliers de parents ont, pour la première fois, goûté à la précarité, l’imprévu, la perte de revenu, la perte d’emploi, la charge accrue de soins, la charge mentale, et l’épuisement qui caractérisent beaucoup des vies pré-COVID de parents d’enfants autistes.</p>
<p>Par ailleurs, la pandémie, on le dit et on le répète, exacerbe les inégalités et vulnérabilités. Pour beaucoup de nos familles, les bouleversements à la routine de nos enfants et la perte de leurs repaires temporels et spatiaux ont dramatiquement exacerbé leur angoisse, qui s’est manifestée en comportements difficiles. Le quotidien est devenu plus lourd et plus fermé.</p>
<p>Puisque ce numéro parle de maisons, notons que beaucoup d’enfants qui fréquentent les écoles à mandats régionaux sont placé.es, dans des institutions ou des familles d’accueil. Apparemment cette tendance se serait exacerbée durant la COVID – mais encore une fois ce ne sont encore que des rumeurs, des anecdotes.</p>
<p>Cette pensée est immobilisante d’angoisse. Dans mes mauvais moments elle me mène à me demander ce qu’il me reste d’énergie et de ressources, et si ces réserves seront suffisantes pour ne jamais atteindre ce point de cassure. Combien de temps avant que les jambes ne me lâchent ? Est-ce qu’il me reste assez à perdre, à abandonner ou à sacrifier, pour éviter d’en arriver là ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>***</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous sommes maintenant au coeur de la deuxième vague de la pandémie. La scolarité de mon fils est toujours aussi fragile et précaire. Dû à un congé maladie de son intervenante (qui est extraordinaire – le congé n’a rien à voir avec la COVID, et j’espère qu’elle va bien) et au manque de personnel pour la remplacer, mon fils va à l’école une heure par jour, trois jours par semaine. Comme tout est fermé, je passe l’heure à l’attendre en travaillant dans l’auto.</p>
<p>Lorsque la maladie sera partie, lorsqu’on sera revenu à un semblant de normalité, lorsque les politiques agressives de droites visant à répondre à la crise économique post-COVID menaceront de sabrer les petites sécurités sociales qui nous restent, on espère que vous vous souviendrez, et que vous serez solidaires des personnes autistes et de leurs familles dans leurs luttes.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>Québec, ville coloniale</title>
		<link>/quebec-ville-coloniale/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=quebec-ville-coloniale</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurence Simard-Gagnon]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 01:00:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LAURENCE SIMARD et BENOIT LALONDE &#160; &#160; Notre maison est coloniale. Nous avons préparé cette carte interactive pour documenter les marqueurs coloniaux dans la ville de Québec. Nous vous invitons à naviguer la carte, et à y participer en ajoutant des lieux nommés ou érigés à l&#8217;honneur d&#8217;acteurs et d&#8217;actrices coloniales. Bonne visite, et merci [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3><a href="/wp-content/uploads/2020/10/Resistance.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4711" src="/wp-content/uploads/2020/10/Resistance.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/10/Resistance.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/10/Resistance-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/10/Resistance-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/10/Resistance-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/10/Resistance-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/10/Resistance-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h3>
<h3></h3>
<h3 style="text-align: right;">LAURENCE SIMARD et BENOIT LALONDE</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Notre maison est coloniale.</p>
<p>Nous avons préparé cette carte interactive pour documenter les marqueurs coloniaux dans la ville de Québec.</p>
<p>Nous vous invitons à naviguer la carte, et à y participer en ajoutant des lieux nommés ou érigés à l&rsquo;honneur d&rsquo;acteurs et d&rsquo;actrices coloniales.</p>
<p><a href="https://storymaps.arcgis.com/stories/8ef40745ac0e4ea59c632565e52d8d3e" target="_blank" rel="noopener"><img decoding="async" class="size-medium wp-image-4707" src="/wp-content/uploads/2020/10/Québec-ville-coloniale-300x180.jpg" alt="" width="300" height="180" srcset="/wp-content/uploads/2020/10/Québec-ville-coloniale-300x180.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/10/Québec-ville-coloniale.jpg 400w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a></p>
<p>Bonne visite, et merci de votre participation!</p>
<p>&nbsp;</p>
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]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Derrière la maison, le profil du papillon lune</title>
		<link>/derriere-maison-profil-papillon-lune/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=derriere-maison-profil-papillon-lune</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 00:10:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>KIM RENAUD-VENNE &#160; &#160;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;">KIM RENAUD-VENNE</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Kim_Renaud-Venne_Derriere-la-Maison-le-profil-du-papillon-lune_2020.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4595" src="/wp-content/uploads/2020/09/Kim_Renaud-Venne_Derriere-la-Maison-le-profil-du-papillon-lune_2020.jpg" alt="" width="3300" height="2550" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Kim_Renaud-Venne_Derriere-la-Maison-le-profil-du-papillon-lune_2020.jpg 3300w, /wp-content/uploads/2020/09/Kim_Renaud-Venne_Derriere-la-Maison-le-profil-du-papillon-lune_2020-300x232.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Kim_Renaud-Venne_Derriere-la-Maison-le-profil-du-papillon-lune_2020-768x593.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Kim_Renaud-Venne_Derriere-la-Maison-le-profil-du-papillon-lune_2020-1024x791.jpg 1024w, /wp-content/uploads/2020/09/Kim_Renaud-Venne_Derriere-la-Maison-le-profil-du-papillon-lune_2020-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 3300px) 100vw, 3300px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
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		<item>
		<title>aut. 40 à la hauteur du boul. brien</title>
		<link>/aut-40-a-hauteur-boul-brien/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=aut-40-a-hauteur-boul-brien</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 00:06:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>MATHILDE CONSTANT-JOANNIN (texte et photo) &#160; ça y est, maman, je suis malade pour la simple et unique bonne raison que ma vie se déroule sous mes yeux sur l’air de la chanson d’une publicité de compagnie de dégât d’eau et que je parle avec les mêmes mots que j’aie de la peine ou que [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Mathilde-Contant_aut.-40.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4585" src="/wp-content/uploads/2020/09/Mathilde-Contant_aut.-40.jpg" alt="" width="3264" height="2448" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Mathilde-Contant_aut.-40.jpg 3264w, /wp-content/uploads/2020/09/Mathilde-Contant_aut.-40-300x225.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Mathilde-Contant_aut.-40-768x576.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Mathilde-Contant_aut.-40-1024x768.jpg 1024w, /wp-content/uploads/2020/09/Mathilde-Contant_aut.-40-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 3264px) 100vw, 3264px" /></a></p>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">MATHILDE CONSTANT-JOANNIN</h2>
<p style="text-align: right;">(texte et photo)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>ça y est, maman, je suis malade pour la simple et unique bonne raison que ma vie se déroule sous mes yeux sur l’air de la chanson d’une publicité de compagnie de dégât d’eau </em></p>
<p><em>et que je parle avec les mêmes mots que j’aie de la peine ou que j’écrive de la poésie</em></p>
<p><em> </em></p>
<p><em>ça y est, maman, j’ai oublié mon adresse j’ai foncé dans deux autos hier j’ai inventé une recette et j’ai pleuré en m’étouffant</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>allô</p>
<p>j’ai réparé la machine à café</p>
<p>et le toaster</p>
<p>j’ai respiré ton vinaigre en attendant une épiphanie</p>
<p>j’ai attendu</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’ai pensé à toi en allant chercher ma civic chez mes parents</p>
<p>je ne t’écris pas de la main gauche</p>
<p>je t’écris en mangeant du sel</p>
<p>mon voisin écoute du rap</p>
<p>je mange du sel</p>
<p>est-ce que ça va</p>
<p>est-ce que tes montagnes se grimpent</p>
<p>ou ça va</p>
<p>est-ce que ta mémoire se lève</p>
<p>ou ça va</p>
<p>est-ce que le soleil s’est enrôlé dans l’armée ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je parle comme un soldat</p>
<p>en ptsd</p>
<p>je prie pour croire en dieu</p>
<p>parce que dieu m’aime</p>
<p><span style="text-decoration: line-through;"> </span></p>
<p>mon psy fait de la plongée au mexique</p>
<p>pendant que je calcule mes respirations comme un décompte</p>
<p>en apnée au réveil</p>
<p>la maladie de mourir au-dessus de l’eau</p>
<p>et une définition wikipédia du manque</p>
<p>j’apprends une recette :</p>
<p>comment rendre un gars fou</p>
<p>c’est un avertissement</p>
<p>mon psy fait de la plongée au mexique</p>
<p>ce n’est pas confidentiel</p>
<p>j’écris comme tout le monde</p>
<p>et je cuisine du tofu parce que je suis végétarienne</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je ne dors plus</p>
<p>non j’exagère</p>
<p>je ferme toutes les fenêtres pour ne plus voir dehors</p>
<p>surtout ne pas voir</p>
<p>les fleurs qui s’ouvrent tôt le matin</p>
<p>et le gazon se faire tondre à midi</p>
<p>pendant que je cherche les frontières de mon pays</p>
<p>tu me trouves gentille</p>
<p>je suis perdue</p>
<p>tu amènes tes chandelles à ta propre fête</p>
<p>la cire nous revole dans la face</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>brise la vitre c’est un cas d’urgence</p>
<p>tu vas comprendre</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>à l’état de nature</p>
<p>les fleurs fleurissent</p>
<p>le poison empoisonne</p>
<p>les bébés ne se tuent pas volontairement</p>
<p>c’est comme ça</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>la terre roule les yeux quand je parle</p>
<p>j’oublie de m’indigner pour les bonnes choses</p>
<p>et j’aime les pissenlits</p>
<p>sur le bord de la quarante</p>
<p>je prends mon temps</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>le fleuve traverse les voies</p>
<p>l’eau douce</p>
<p>la colère</p>
<p>les incantations</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je t’offre</p>
<p>une prison sans portes</p>
<p>le prix à payer pour garder la nuit</p>
<p>saine et sauve</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>tantôt je suis allée chercher mes médicaments à pied</p>
<p>j’ai vu une nouvelle sorte de pigeon</p>
<p>un bariolé noir et blanc</p>
<p>et si ce n’est pas une nouvelle sorte je vais faire semblant de ne jamais m’être baignée deux fois dans le même fleuve parce que c’est ta fête</p>
<p>le fleuve se rappelle nous allons nous rappeler il faut se souvenir même si les pigeons se mentent eux aussi et qu’ils transportent leurs propres morts je veux que l’amour se charge du reste et que les sous-textes se plantent</p>
<p>je veux pleurer</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>un jour nos maisons seront assez belles pour vivre dedans</p>
<p>et nous nous soignerons aussi bien que nos plantes</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p>« aut. 40 à la hauteur du boul. brien » s’inscrit dans un espace-temps incertain et investit les lieux de transition comme <em>safe space</em>. Le texte parle de perte de repères et de moments d’envahissement dans lesquels le corps n’est plus sécuritaire. Il pense la folie comme entité qui échappe aux frontières, qui passe à travers les murs.</p>
<p>Que faire quand les limites entre l’extérieur et l’intérieur se brouillent ? Comment se sentir « chez soi » quand tout se confond ? Quand on a le sentiment profond d’être ébranlée ? Quand, d’une maison à une autre, la conviction d’être en danger et de ne pas pouvoir se déposer persiste ?</p>
<p>Dans cette œuvre, le <em>je</em> et le <em>tu</em> entrent en relation, parce que le seul moyen trouvé pour se sentir chez soi, c’est de parler au <em>nous</em>.</p>
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		<title>Géométrie du silence</title>
		<link>/geometrie-du-silence/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=geometrie-du-silence</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 00:03:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>STÉPHANIE FILION &#160; &#160; &#160; &#160; &#160; &#160; &#160; &#160; &#160; &#160; Les poèmes sont construits à partir de mots empruntés à des recueils de poèmes de Madeleine Gagnon et Rina Lasnier.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;">STÉPHANIE FILION</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Geometrie-du-silence.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4612" src="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Geometrie-du-silence.jpg" alt="" width="3959" height="2969" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Geometrie-du-silence.jpg 3959w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Geometrie-du-silence-300x225.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Geometrie-du-silence-768x576.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Geometrie-du-silence-1024x768.jpg 1024w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Geometrie-du-silence-65x50.jpg 65w" sizes="(max-width: 3959px) 100vw, 3959px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_La-vie-quotidienne.jpg"><img decoding="async" class="size-full wp-image-4613" src="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_La-vie-quotidienne.jpg" alt="" width="2970" height="3956" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_La-vie-quotidienne.jpg 2970w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_La-vie-quotidienne-225x300.jpg 225w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_La-vie-quotidienne-768x1023.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_La-vie-quotidienne-769x1024.jpg 769w" sizes="(max-width: 2970px) 100vw, 2970px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Nos-propres-chagrins.jpg"><img decoding="async" class="size-full wp-image-4614" src="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Nos-propres-chagrins.jpg" alt="" width="2842" height="3810" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Nos-propres-chagrins.jpg 2842w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Nos-propres-chagrins-224x300.jpg 224w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Nos-propres-chagrins-768x1030.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Stephanie-Fillion_Nos-propres-chagrins-764x1024.jpg 764w" sizes="(max-width: 2842px) 100vw, 2842px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p>Les poèmes sont construits à partir de mots empruntés à des recueils de poèmes de Madeleine Gagnon et Rina Lasnier.</p>
<p>Cet article <a href="/geometrie-du-silence/">Géométrie du silence</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Le poids de ma maison</title>
		<link>/poids-de-maison/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=poids-de-maison</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 00:01:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>TYPHAINE LECLERC-SOBRY &#160; Illustration : Virginie Larivière &#160; Dans un podcast que j’écoute ces temps-ci, l’animatrice utilise l’expression « people who live in larger bodies » – les gens qui vivent dans des corps plus gros. Elle explique qu’en tant que personne mince, elle souhaite utiliser une formulation aussi neutre que possible pour désigner les personnes grosses, [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4616" src="/wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/La-vie-dedans-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">TYPHAINE LECLERC-SOBRY</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans un podcast que j’écoute ces temps-ci, l’animatrice utilise l’expression « people who live in larger bodies » – les gens qui vivent dans des corps plus gros. Elle explique qu’en tant que personne mince, elle souhaite utiliser une formulation aussi neutre que possible pour désigner les personnes grosses, qui elles, peuvent revendiquer les termes qui leur conviennent le mieux pour elles-mêmes. J’apprécie l’intention, mais je trouve toujours la formule étonnante. Quand je l’entends, je m’imagine habiter mon corps, m’y loger comme s’il était distinct de ce que je suis véritablement. Un corps-cabane, un corps-appart.</p>
<p>Nous vivons dans une société qui nous invite continuellement à devenir une version améliorée de nous-même. On nous suggère de faire advenir cette personne fantastique qui sommeille en nous quand l’année commence, quand l’été arrive, à la rentrée. Tous les prétextes sont bons pour nous solliciter, même une pandémie. Sur les réseaux sociaux, les défis, horaires et autres suggestions d’activités se multiplient. Il suffit de suivre le programme pour devenir plus organisé.e, plus mince, plus confiant.e, plus attrayant.e.</p>
<p>J’essaie de rester critique face à ces appels au s<em>elf-improvement,</em> mais je me laisse souvent emporter. J’ai essayé, sans succès, de mettre en place une routine familiale de confinement à grands coups de pictogrammes. Il y a quelques années, Marie Kondo m’a fait rêver de garde-robes libérées, de chaussettes pliées avec amour – pas roulées, ça leur ferait mal ! –, de bibliothèques aérées et de surfaces épurées. Je me suis enrôlée dans des défis de désencombrement. J’ai trié et donné pas mal de choses, mais je partais de loin. J’ai désencombré, mais je suis restée le genre de personne qui garde ses cahiers de notes du secondaire, ses agendas, les souvenirs familiaux dont personne ne veut et beaucoup d’objets juste au cas où. Je suis certainement encore <em>encombrée</em> : en cette période où remplir notre maison et combler nos besoins et envies est soudainement moins aisé, je ne me reconnais pas dans les propos que je lis sur un groupe Facebook où des femmes regrettent leur désencombrement extrême des dernières années. (Je me rends compte que j’aurais peut-être besoin de faire le ménage de mes groupes Facebook).</p>
<p>Je n’ai pas atteint l’idéal épuré dont j’ai brièvement rêvé, entre autres parce que je n’arrivais pas à me rassurer en me disant que je pourrais retrouver les objets dont je me débarrassais en les rachetant si j’en avais besoin dans le futur. C’est pourtant un conseil que j’entendais et que je lisais souvent, sans que soit souligné le privilège de pouvoir adopter cette attitude. Même chose du côté des podcasts, blogues et comptes Instagram qui traitent d’acceptation du corps, de <em>fat-positivity</em> et de libération face aux standards de beauté occidentaux. Encore et encore, on nous recommande d’acheter des vêtements dans lesquels notre corps sera confortable plutôt que de tenter en vain de le faire entrer dans des tenues exiguës. On nous exhorte à nous délester de nos vêtements trop petits et des attentes qui s’y attachent.</p>
<p>Et je suis d’accord. J’ai tellement souvent acheté des vêtements un peu justes avec l’idée que bientôt, ils m’iraient parfaitement, pour me retrouver encore plus à l’étroit quelques mois plus tard. Je suis consciente que, jusqu’ici, j’ai eu le luxe de pouvoir simplement choisir la taille au-dessus pour y être à mon aise, ce qui n’est pas le cas pour tous les corps. J’ai le privilège de pouvoir payer des vêtements à ma taille quand j’en ai besoin. Malgré cela, je suis mal à l’aise à l’idée de renouveler constamment ma garde-robe pour accommoder mon corps qui se transforme.</p>
<p>Les injonctions à faire rapetisser mon corps, ou à le contraindre à arrêter de fluctuer, s’entremêlent avec l’idéal de la maison ordonnée et minimaliste où l’on ne manque pourtant de rien. Il s’agit de discipliner les lieux, les bourrelets, les poils pour que rien ne dépasse. Dans un cas comme dans l’autre, on promet la légèreté et le bonheur à la clé. Je voudrais bien clamer que je rejette ces idéaux de minceur et de minimalisme, mais la vérité c’est qu’encore récemment, j’ai acheté en ligne des jeans un peu petits et qu’ils sont encore dans mon placard. Au lieu de les renvoyer, je les ai gardés <em>au cas où</em>. Je garde encore des vêtements que je n’ai pas portés depuis ma première grossesse il y a sept ans. Ces morceaux ont résisté aux vagues de désencombrement parce qu’ils me rappellent celle que j’étais avant que mon corps devienne une maison pour mes enfants, qu’il se transforme et s’étire pour les accueillir et les nourrir. Je les garde par attachement à mon corps d’avant qu’il soit un corps-de-mère. Comme si ces vêtements portaient la possibilité d’abandonner le corps que j’habite aujourd’hui pour en retrouver un autre.</p>
<p>Je n’ai pas encore désencombré tous ces vêtements trop serrés, mais j’essaie de faire du ménage dans mes croyances. Au fil des ans et des grossesses, mon corps est devenu plus gros. Je l’ai parfois senti comme m’étant étranger, séduite à l’idée de « retrouver » mon corps d’avant, une maison ordonnée, fonctionnelle. Mais cette maison-là n’est plus. Là où j’habite, il y a des jouets qui trainent et des planchers qui collent. Des cheerios dans les craques du canapé, des vergetures, des cheveux blancs. Des garde-robes assez grandes pour conserver les boîtes de vêtements trop petits. Du linge mou pour bercer mon bébé. Des jeans taille haute et un t-shirt à paillettes x-large, parfaits pour danser toute la soirée en oubliant que les enfants vont me réveiller trop tôt le lendemain. Un ventre mou, des jambes fortes, trop de bibelots et de photos de famille.</p>
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		<title>Le tournis</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 00:00:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LUX Illustration : Virginie Larivière &#160; Performance dans le cadre de l&#8217;émission Les Simones du 18 mars 2020. Pour l&#8217;émission au complet, c&#8217;est ici &#160;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4620" src="/wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Insoutenable-confinement-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">LUX</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Performance dans le cadre de l&rsquo;émission <a href="https://ckiafm.org/emission/les-simones" target="_blank" rel="noopener">Les Simones</a> du 18 mars 2020.</em></p>
<p><em>Pour l&rsquo;émission au complet, c&rsquo;est <a href="https://www.facebook.com/LesSimonesCKIA/videos/656041855168898/" target="_blank" rel="noopener">ici</a></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Lui&#8230; Et les enfants</title>
		<link>/lui-et-les-enfants/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lui-et-les-enfants</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 00:00:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>LICIA CANTON Illustration : Virginie Larivière &#160; C’est une photo, mais ce n’est pas n’importe quelle photo. C’est la photo que j’apporte avec moi à chaque voyage depuis 2002. Un peu abîmée, elle a été pliée en deux par quelqu’un. Je ne sais pas qui, un enfant sans doute… quelqu’un qui ne sait pas qu’une [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Radicaux.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4622" src="/wp-content/uploads/2020/09/Radicaux.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Radicaux.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Radicaux-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Radicaux-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Radicaux-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Radicaux-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Radicaux-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">LICIA CANTON</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C’est une photo, mais ce n’est pas n’importe quelle photo. C’est la photo que j’apporte avec moi à chaque voyage depuis 2002.</p>
<p>Un peu abîmée, elle a été pliée en deux par quelqu’un. Je ne sais pas qui, un enfant sans doute… quelqu’un qui ne sait pas qu’une photo ne se plie pas, ne devrait pas être pliée.</p>
<p>Le coupable pourrait être sur la photo en fait.</p>
<p>C’est un lit avec des personnes. Toutes ensemble dans le lit, très serrées. Le plus grand au centre avec ses bras autour des autres, des bras grands et forts.</p>
<p>Cette photo a beaucoup voyagé avec la photographe. La photographe qui a eu souvent besoin de quitter les gens sur la photo.</p>
<p>Tous en pyjamas dans le lit un beau dimanche, je me rappelle, c’était le dimanche de la fête des Pères en juin 2002, le 16 juin pour être précise.</p>
<p>Le lit de la photo est encore celui où je me couche chaque soir, même si lui dort ailleurs (parfois).</p>
<p>C’est le lit qu’il avait déjà lorsque je suis rentrée chez lui la première fois et que j’y suis restée. C’est le lit qu’il a acheté avec une autre. Un lit que j’aurais voulu changer à certains moments, mais il n’y avait jamais de temps, jamais d’argent, et le lit est toujours neuf alors pourquoi le changer? Pourquoi? Il est encore pareil. Je parle du lit.</p>
<p>Ce lit, s’il pouvait parler, en aurait long à dire. Il en a vu des choses, il en a entendu des choses. Ce lit en a vu de toutes les couleurs. Je ne sais pas ce qui s’est passé, ou qui est passé(e) par là. Qui a dormi dans ce lit avant moi? Je ne sais pas. Combien de femmes? Elles y sont restées une seule nuit peut-être ou plusieurs mois. Chose certaine, je suis la femme qui est restée le plus longtemps. Et apparemment, du moins je l’espère… la dernière. Il y a eu d’autres femmes beaucoup plus vieilles que moi; nos mères qui y ont dormi de temps en temps lorsqu’elles gardaient les enfants quand nous étions en voyage, très rarement. Je me dis, maintenant que nos enfants sont adultes (il y en a qui vivent encore avec nous), qu’il se peut qu’il y ait eu des étrangers qui ont dormi dans notre lit. Ça se peut. Je ne sais pas, je ne pose pas de questions. Je laisse des consignes quand nous ne sommes pas là, quand un de nos enfants organise une fête : personne ne doit rentrer dans notre chambre. Oui, c’est certain, maman, ne t’en fais pas, personne n’entrera dans votre chambre.</p>
<p>J’y crois un peu. Je n’y crois pas entièrement.</p>
<p>J’ai pleuré en regardant cette photo aujourd’hui. Des larmes comme celles qui ont coulées malgré ma joie et ma fierté la première fois que je suis partie en voyage après l’avoir prise, cette photo.</p>
<p>Heureuse, fière de mes découvertes à l’étranger, satisfaite de mes accomplissements…</p>
<p>J’ai appelé la première fois pour partager mon succès avec celui, ceux, que j’aime. J’étais heureuse en composant le numéro.</p>
<p>« La prochaine fois que tu décideras de partir&#8230; »</p>
<p>J’étais triste en raccrochant, surprise de son ton. Je me suis promis de ne plus appeler, mais ce sont mes enfants et j’ai appelé chaque fois.</p>
<p>Chaque conversation était plus courte que la précédente… plus désagréable.</p>
<p>« J’appelle pour parler avec mes enfants. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Chaque fois, je pleurais.</p>
<p>Cette photo me rend triste, cette photo me rend heureuse. Cette photo me rappelle que j’ai choisi, que j’ai poursuivi mon chemin et mes objectifs même quand ceux qui m’aiment ne comprenaient pas. Oui, j’en suis convaincue. Ils m’aiment. Toutes les personnes sur cette photo m’aiment. Ils m’aimaient lorsque je l’ai prise, cette photo. Et ils m’aiment encore, beaucoup, aujourd’hui.</p>
<p>Ils ont tous souri lorsque je leur ai montré la photo aujourd’hui.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai pleuré en regardant cette photo aujourd’hui. Les enfants sont tellement beaux, tellement sages, tellement petits. Le jour où la photo a été prise, je pouvais encore prendre chaque enfant dans mes bras. Même l’enfant qui s’est jointe à nous en premier n’a que sept ans sur cette photo. Une petite fille que j’aimais bercer à un mois, à un an. Je me rappelle du matin où je nourrissais cette enfant en lui donnant mon sein, juste avant d’aller au premier rendez-vous chez le pédiatre. Je me revois avec lui et notre premier enfant dans la salle d’attente. Je me rappelle notre réaction lorsqu’on appela le nom de l’enfant. C’était son tour, notre tour, mais nous les adultes étions surpris qu’on appelle le nom de l’enfant. Un nom de fille, celui que nous lui avions donné. Ce n’était pas mon choix; nous lui avions donné le nom que j’avais choisi pour deuxième prénom, et mon nom de famille comme troisième nom. N’importe, cet.te enfant, qui a 25 ans aujourd’hui, ne se dit plus fille, ne se dit pas femme, même si cette enfant se présentait comme telle. Cet.te enfant, mon enfant, notre enfant, a changé de nom, a changé de pronom. On ne dit plus « elle », mais « iel ». Le pronom qui est un peu des deux, mais aussi ni l’un ni l’autre, qui est le féminin et le masculin. Cet.te enfant est trans.</p>
<p>Cet enfant s’appelle par un autre nom que celui, que ceux, qu’on lui a donnés.</p>
<p>Cet enfant que j’aime tellement, qui m’aime tellement, a beaucoup souffert. Iel souffre encore. J’aurais voulu empêcher cela ; je veux empêcher cette souffrance quotidienne, mais je n’y réussis pas. Je pleure encore, je pleure dans la douche, là où personne ne m’entend, là où mes larmes se confondent avec l’eau qui coulent, l’eau chaude qui diminue ma douleur, l’eau froide qui me réveille, qui me donne l’énergie nécessaire pour continuer la journée, la semaine, le mois, l’année. Bref pour continuer… en espérant toujours que cette souffrance, la sienne, la mienne, la nôtre, s’éteindra un jour, bientôt.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai pleuré en regardant cette photo aujourd’hui. Mon deuxième enfant, qui a quatre ans dans la photo, m’a beaucoup préoccupé à sa naissance. Il était jaune, très jaune. On me l’a pris à la naissance pour je ne sais quelle raison et j’ai protesté. « Non, je ne veux pas qu’on me le prenne. » Lui, il m’a expliqué qu’on allait me le ramener. À vrai dire j’étais un peu stressée à la naissance de ce garçon, parce que c’était un gars, parce que ce n’était pas une fille. Je n’avais pas eu de frère et je ne savais pas vraiment comment m’y prendre. C’est drôle ça. Un peu. Non, pas du tout. C’est étrange d’y repenser aujourd’hui.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le plus petit n’a que huit mois sur cette photo. C’est l’enfant dont je n’étais pas certaine. Mais je le dis tout de suite à haute voix et sans hésitation : je suis hyper contente qu’il soit parmi nous. C’est juste que j’étais bien avec deux enfants. J’avais retrouvé ma forme. J’avais trouvé un équilibre entre le travail et la famille. J’avais le temps pour aller au gym, pour une vie sociale aussi. Je n’étais pas certaine d’y arriver avec trois enfants et c’est pour cela que nous avons attendu. Je n’étais pas prête. Puis un jour il me dit, « Lorsque les deux plus grands seront partis, il nous restera encore le plus petit. » Cela m’a convaincue.</p>
<p>Si je n’ai pas eu de regret pour le troisième, j’ai regretté ne pas en avoir eu un quatrième parce qu’il me semblait toujours que quelqu’un manquait à table à l’heure du souper. Si nous n’avions pas attendu si longtemps, il se peut qu’on aurait eu un autre enfant. Mais j’ai eu le plus jeune à 39 ans. Je n’ai plus retrouvé ma forme comme avant et depuis sa naissance je suis toujours en mode rattrapage dans tout ce que je fais. Mais je n’ai aucun regret. Aucun.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai pleuré en regardant cette photo aujourd’hui.</p>
<p>J’ai pleuré des larmes de joie, des larmes de tristesse.</p>
<p>Des larmes de vie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>(le 5 février 2020)</p>
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		<title>ce qui meurt par mes absences</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:59:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>SARAH-JANE OUELLET Illustration : Virginie Larivière &#160; I. les jours s’écoulaient sans que j’aie la force de m’en occuper. je n’arrachais plus les feuilles malades pour aider celles restantes dans leur survivance. la terre se serait dissipée en fines particules si je m’en étais approchée. il faudrait que tu les rempotes, qu’elles respirent un peu. ces plantes-là, tu les [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4625" src="/wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Le-temps-present-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">SARAH-JANE OUELLET</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>I.</p>
<p>les jours s’écoulaient sans que j’aie la force de m’en occuper. je n’arrachais plus les feuilles malades pour aider celles restantes dans leur survivance. la terre se serait dissipée en fines particules si je m’en étais approchée. <em>il faudrait que tu les rempotes, qu’elles respirent un peu.</em> <em>ces plantes-là, tu les arroses une fois toutes les deux semaines pas trop de soleil mais pas à l’ombre non plus tu comprends? tu verras, ça épure l’air dans une pièce, ça met de la vie!</em></p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p style="text-align: left;">j’ai commencé un rituel consistant à garder des êtres en vie pendant une semaine. une fois par mois, je visite une fleuriste qui m’assemble un magnifique bouquet : des roses jaunes, blanches ou rouges, garnies de longues tiges vertes, puis enveloppées d’un papier brun et maintenues en place par une ficelle. après avoir choisi trois ou quatre fleurs, la commis me confirme l’excellence de mes choix avant de les enfermer devant moi. n’importe quel montant me semble raisonnable. je ne demande pas conseil et quitte la boutique. les gens dans la rue me regardent comme si je méritais des honneurs, les yeux  empreints de <em>félicitations</em>. ils s’imaginent que j’ai eu droit à une marque de reconnaissance, une déclaration d’amour; n’importe quoi de beau.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>une fois arrivée à la maison, je les installe au centre de ma table à manger. chaque jour, je vois les fleurs perdre de leur couleur. quelques pétales tombent, leurs têtes ramollissent. je me raidis, change leur eau dans l’urgence qu’elles restent avec moi.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>une semaine plus tard, la réalité me rattrape: elles vont mourir. alors qu’elles ont passé la semaine à décrépir, je les retire de l’eau et prépare mon matériel funèbre : une paire de ciseaux, une bobine de fil et mon garde-robe d’entrée. on m’a déjà dit que de les faire sécher dans les placards conserve l’éclat de vie qu’il leur reste. évidemment, je préfère en connaître plus pour m’occuper des plantes après leur mort.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p style="text-align: right; padding-left: 90px;">aligner les fleurs sur le plancher. couper un bout de ficelle pour chacune d’entre elles. faire un nœud sur leur tige. s’assurer que le garde-robe soit confortable, qu’elles aient l’espace pour faner en toute quiétude. suspendre chaque fleur tête vers le bas. fermer la porte, laissant les fleurs dans le noir complet. les oublier quelques jours.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>deux semaines plus tard, je sors les fleurs étriquées pour décorer mon appartement. je les appose sur les murs, les dépose dans des vases. <em>c’est une bonne idée d’accrocher des fleurs dans ton appartement! comme ça, tu les récupères à la fin de leur vie!</em> <em>il est beau le mur de ta chambre, où as-tu pris ton inspiration?</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>là où d’autres voient la beauté, je vois ma dégénérescence.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>II.</p>
<p>c’est la veille du jour de l’an. il fait froid jusque dans les os et nous nous réchauffons au foyer du salon. mon père m’apporte un chocolat chaud et nous regardons un film du temps des fêtes qui passe à la télé.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>je visite mon lapin aux deux jours. nous l’avons déplacé dans le garage pendant les vacances, le temps que la visite cesse. je le prends dans mes bras et il se colle à mon cou. dès qu’une autre personne le tient, il saute sur moi puiser ma chaleur.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>je visite mon lapin aux deux jours.  au départ, mon père n’était pas vraiment d’accord d’adopter un lapin à la maison. c’est ma mère qui m’a amenée à l’animalerie alors qu’il était en voyage hors de la ville. en traversant la porte d’entrée, j’ai tout de suite aperçu la cage des lapins : il y en avait un au pelage blanc, avec de petites oreilles et un nez tout rose. on s’était choisis. mon père a fait semblant d’être content pour moi à son retour.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>je visite mon lapin aux deux jours. d’habitude, il se promène dans le salon lorsque je joue sur le tapis. il explore les différents recoins, se cache et je m’amuse à le chercher. une fois sur deux, je le trouve sous le divan à gratter le tissu. ma mère nous gronde mais ça m’est égal de prendre le blâme pour nous deux. je sais qu’il s’amuse aussi.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>je visite mon lapin aux deux jours.</p>
<p>je ne savais pas que ce n’était pas assez.</p>
<p>je ne savais pas qu’il avait besoin de ma chaleur.</p>
<p>il ne m’a pas demandé d’aide.</p>
<p>il ne m’a pas dit qu’il allait mourir.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>quand ma mère et moi l’avons trouvé, il était complètement crispé. tous ses traits étaient figés, ses yeux étaient d’une profondeur impénétrable. je n’avais jamais vu la mort de façon aussi statique. je m’imaginais devoir l’entendre, le voir, le sauver. nous l’avons abandonné dans toute son immobilité. ma mère l’a mis dans un grand sac noir et l’a déposé avec les ordures.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je ne pouvais plus rien faire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>III.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>mon frère me remémore son dixième anniversaire. on s’était amusés à peindre les murs du salon de la maison de notre enfance. à mesure que la discussion progresse, je réalise que je n’ai plus en mémoire les images du salon, ni de la cuisine, ni de l’emplacement des pièces dans la maison. il sort une feuille et dessine pour moi chaque espace en me décrivant ce qui s’y trouvait, au détail près. j’acquiesce, même si ce schéma ne m’évoque rien.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>il existe très peu de photos de ma jeunesse. ma mère en sort de temps en temps, toujours les mêmes. toutes les fois, je ne reconnais pas les gens avec qui je semblais partager une complicité. ma mère m’indique les rares fois où j’apparais. je jurerais avoir été peinte par-dessus le papier glacé.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>ce matin, je retourne sur la rue perron, ce lieu qui m’a vu grandir les neuf premières années de ma vie. cette rue où je dessinais à la craie sur l’asphalte, où je n’avais qu’à traverser pour rejoindre mon meilleur ami. au bout se trouvait un parc où je pouvais aller sans surveillance.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>dans mes souvenirs, je visualise ma maison à gauche, celle de mon meilleur ami à droite. un peu plus loin, une grande demeure accueillait une famille de dix enfants. une tante habitait une petite maison bleue et j’y étais invitée pour manger des sucreries. la mienne était ornée de briques rouges, d’un toit vert forêt, d’un grande cour à l’avant et d’une boîte aux lettres métallique.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>la rue est déserte. je marche lentement, regarde à gauche, analyse chaque maison. j’en vois une ressemblant à la mienne, mais ce n’est pas exactement celle-là. je continue. une autre, presque identique; ce pourrait être elle. j’hésite. arrivée au bout de la rue, je me dis que je suis forcément passée devant. je fais demi-tour, repasse toujours lentement. aucune ne semble la bonne. je ne saurais dire quel était le numéro de porte. je ne reconnais pas la maison de mon meilleur ami non plus. je ferme les yeux, tente de m’imaginer courir devant la maison, de me remémorer sa forme, ses couleurs, son essence.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je suis passée quatre fois devant ma maison d’enfance sans jamais la trouver.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>dans le dictionnaire, on dit que « souvenir »<em> </em>signifie la survivance dans la mémoire d’une sensation, d’une impression, d’une idée. les photos qu’on me partage, les histoires qu’on me raconte, ce sont des souvenirs qu’on a construits pour moi. ce matin, j’ai compris que ma mémoire s’était dissoute peu à peu, qu’elle appartient maintenant aux autres.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je suis un pictogramme de ma propre enfance.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>IV.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>dès que je mets le pied hors de chez moi, je flotte au-dessus des carreaux du trottoir. j’espère ne croiser personne. je ne saurais dire qui marche à ma place. mon corps avance par lui-même, j’arrête à chaque intersection sans regarder autour et j’espère qu’aucune voiture ne va me rentrer dedans. j’espère aussi ne croiser personne. si j’aperçois une connaissance, je la salue et tente de rester en équilibre. à chaque <em>bonjour </em>une dissociation entre dans ma bouche et le reste de mon corps se configure.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>cet hiver, ma mère est venue passer une semaine chez moi. des pots de peinture traînaient dans l’entrée depuis trois mois et des boîtes s’empilaient depuis mon déménagement. j’habite seule et repousse toujours la visite. je dis que mon appartement n’est pas prêt, que je prends mon temps.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>en arrivant, ma mère m’a fait remarquer que j’avais un réel problème de mouches à fruits. depuis des semaines, elles volaient dans mon appartement par trentaines. j’avais accepté cette cohabitation, n’ayant pas la force de les chasser. je finissais par oublier leur présence.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>la première soirée, ma mère était en pleine crise de panique, incapable de souper à cause des mouches qui lui tournaient autour. <em>c’est invivable</em>! elles me heurtaient le visage aussi, mais avant ce soir-là, c’est comme si je ne les sentais pas. ma mère a rangé son assiette dans le réfrigérateur et a sorti l’aspirateur pour les avaler une à une<em>. </em>je la regardais agir, sans prononcer un mot.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’aurais voulu lui dire qu’elle exagérait, que ce n’était pas aussi dramatique qu’elle le prétendait. c’est à ce moment-là que mon affaiblissement m’a frappée.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>·</strong></p>
<p>il y a ces jours où on souhaite que les choses autour de nous se rétablissent d’elles-mêmes. il y a ces jours où on souhaite que tout revienne comme avant: les fleurs, les lapins, la mémoire. la mort comme un marathon de choses qui nous quittent sans raison.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>se dire que toutes ces disparitions auraient pu être évitées.  c’est ce qui me permet l’espérance.</p>
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		<title>Il y aura autre chose (métonymies)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:51:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ROMAINE CAUQUE &#160; Illustration : Virginie Larivière &#160; Parmi les idées répandues comme la gastro dans les CPE, il y a celle selon laquelle lorsqu’on quitte quelque chose ou quelqu’un, c’est qu’on ne l’aime plus. Rien n’est plus faux. Je m’apprête à quitter ma maison, mon appartement chéri qui m’a servi d’abri pendant cinq ans. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4627" src="/wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/A-nous-la-ville-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">ROMAINE CAUQUE</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Parmi les idées répandues comme la gastro dans les CPE, il y a celle selon laquelle lorsqu’on quitte quelque chose ou quelqu’un, c’est qu’on ne l’aime plus.</p>
<p>Rien n’est plus faux. Je m’apprête à quitter ma maison, mon appartement chéri qui m’a servi d’abri pendant cinq ans. Un lustre sans lustre, justement, des années si difficiles que j’ai souvent cru que je n’y survivrais pas.</p>
<p>Et me voilà pourtant vivante, résolue à partir, contrat de vente en poche, à moins d’une semaine du déménagement.</p>
<p>C’était la bonne décision, j’ai même hâte qu’on en finisse de cette agonie d’amour domestique. Je suis triste de partir, mais il le faut : savoir que je fais le bon choix pourrait me consoler de cet arrachement, mais non, au soulagement d’être bientôt libérée d’un fardeau est tressée cette peine insondable : les deux sentiments cohabitent et me paralysent au milieu de piles de boîtes à moitié vides.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Dès que la décision de vendre avait été prise, je m’étais mise à couver nerveusement mon appartement de l’intérieur, comme une poule dont l’esprit inquiet frôlerait la fission nucléaire. L’ironie était que c’était plutôt les lieux qui m’avaient couvée tout ce temps : y habiter m’avait construite, faisant de moi une femme heureuse par moments. Cet espace avait servi de refuge à moi comme aux miens et même à des inconnus quand, par l’intermédiaire d’un contact, j’avais hébergé leurs amis. Et pourtant, je l’ai haï par moments, j’ai regretté l’avoir acheté vu les tracas qu’il me causait.</p>
<p>J’ai souvent maudit mon désir de neuf, cette envie d’être dans du beau qui m’avait rendue complice de la gentrification d’un quartier populaire qui s’éteignait sous mes yeux. Au fil des années, j’avais vu disparaître des anciennes écuries (comme on n’en trouve presque plus à Montréal), des maisonnettes et des entreprises familiales pittoresques. Elles avaient vite été remplacées par des constructions neuves, mais sans style et souvent de mauvaise qualité. J’avais vu fermer des commerces pourtant implantés dans le quartier depuis des décennies. Un jour était venu le temps de partir à mon tour : à défaut de pouvoir freiner ce gâchis auquel j’avais participé, je pouvais à tout le moins ne plus m’imposer d’en être la témoin au quotidien.</p>
<p>À l’approche du jour du déménagement, je jetais un regard neuf sur cet espace qui émergeait à mesure que je me délestais d’objets superflus. Comme un visage vieillissant laisse paraître pour la première fois les saillies des os au fil des années, ma maison me laissait maintenant voir le fantôme d’une forme de vie qui n’existerait bientôt plus. Alors que je m’apprêtais à quitter cet endroit que j’ai tant aimé, je me demandais évidemment par moments si c’était la bonne décision, si ce n’était pas qu’une banale erreur.</p>
<p>Mais le contrat de vente était signé, il n’était plus possible de retourner en arrière, ni même souhaitable : cet endroit superbe n’était aucunement dénué d’imperfections, me le rappeler m’aiderait à aller de l’avant.</p>
<p>Cet espace me faisait désormais penser à ces situations où on a beaucoup aimé quelqu’un par l’effet d’un coup de foudre, mais où l’on en vient ensuite à devoir se résoudre à partir. C’est dans ce genre de moments que sa beauté nous frappe avec d’autant plus de violence. On ne part pas parce qu’on n’aime plus. On part parce qu’il le faut.</p>
<p>Dans le crépuscule qui caressait cette nuit imminente, le silence étourdissant de l’endroit m’enveloppait : est-ce que je retrouverai un jour un endroit aussi calme, sur cette île où les piles de briques s’alignent vers le ciel comme des cathédrales?</p>
<p>À ce moment précis, la hantise d’avoir pris la mauvaise décision refaisait surface, je dansais avec le regret au point d’en avoir le vertige, « j’ai trahi ma maison », c’est comme ça que je le ressentais. J’avais trahi ce que j’avais construit, ce petit monde érigé entre ces murs au fil du temps, j’allais bientôt le démembrer et le plier en mille dans des boîtes de carton. Il n’existerait plus cet espace qui était le mien et bientôt les souvenirs associés à ces cinq années passées là s’éroderaient parce que les lieux où leurs fantômes aimaient se rassembler leur seraient désormais interdits.</p>
<p>Ma maison s’écroulait autour de moi et la désolation me transperçait, mais je tenais bon parce que c’était la chose à faire.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>J’avais eu la sagesse de repousser jusqu’à la dernière minute le moment de retirer mes œuvres des murs, afin que les lieux conservent un aspect accueillant jusqu’à la veille du déménagement.</p>
<p>Puis il avait fallu m’y résoudre. Retirer les cadres des murs, c’était comme arracher la peau d’un visage : ce simple geste, tout un monde s’érodait.</p>
<p>Puis le matin de la veille du jour D était venu. Restait à fermer les dernières boîtes.</p>
<p>J’avais activé la fonction « automate ». L’heure qui avance, la nécessité que tout soit prêt, sous peine de voir la facture des déménageurs doubler. Remplir les cartons, les fermer, voir le plein devenir vide, le blanc des murs enveloppant tout le passé d’une seule platitude muette, prendre des objets, se faire enlacer par un souvenir, chasser cette pensée, reprendre le rouleau de <em>tape, </em>continuer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Et passer à une autre pièce.</p>
<p>Par un caprice de l’agenda du notaire, j’avais droit à la « jouissance des lieux » (pour parler son langage) deux jours après mon déménagement dont le moment avait été fixé, lui, par les contraintes de disponibilité des déménageurs. L’appartement allait donc rester vide puisque les nouveaux propriétaires n’emménageaient qu’à la fin du mois. De toute façon, cela ne me concernait plus. Pour ma part, il m’avait fallu faire des prouesses logistiques puisqu’en raison d’une pénurie d’appartements libres à la location (découlant de la spéculation immobilière sévissant alors), j’avais dû libérer l’appartement avant que celui trouvé pour la location ne soit disponible.</p>
<p>Mais la nuit avant l’arrivée des déménageurs, un coup de hache à l’intérieur de moi, une phrase lancinante, en boucle : « C’est demain, déjà demain? Non, ce n’est pas possible&#8230; »</p>
<p>Mais oui, c’était possible. À l’heure prévue, ils s’étaient présentés.</p>
<p>J’ai pris une grande respiration, j’ai dit « bienvenue chez moi » une dernière fois et je les ai assistés dans le transport de boîtes et meubles. Mon monde n’emplissait même pas le quart de l’énorme camion. Le tout devait aller en entreposage, en attendant que le nouvel appartement loué soit disponible.</p>
<p>Dès l’opération terminée, je me retrouvai libre comme un oiseau sur un fil, incapable de me résoudre à entrer dans une autre cage.</p>
<p>Mon réflexe avait été de retourner dans l’appartement vide.</p>
<p>J’avais regardé la nuit tomber, comme je l’avais fait tant de fois au cours des années. Puis j’avais déroulé un tatami de camping, m’étais allongée contre le sol, amoureusement allongée contre ce plancher de qualité somme toute assez médiocre, pour dormir une dernière fois dans ce qui avait été mon royaume de mille pieds carrés (huit cent soixante-sept en excluant les balcons, pour être plus précise). J’aurais pu aller chez des amis, tel qu’on me l’avait proposé. Mais je n’aurais échangé pour rien au monde cette dernière nuit d’adieu à cinq ans de vie entre ces murs.</p>
<p>Comme on veille le cadavre d’un amour perdu, je m’étais lovée corps et âme une dernière fois contre ce que j’avais aimé (à la différence près que le rapport contenu/contenant était inversé : j’étais dans cet espace pour la dernière fois, il me fallait apprendre à le quitter de l’intérieur). Les murs blancs parlaient une langue étrange. Ce n’est d’ailleurs qu’une fois les cadres enlevés que j’avais constaté avec surprise que malgré ma tristesse de partir, il me fallait en fait admettre que je ne quittais rien du tout : tout ce qu’il y avait eu de bien entre ces murs, c’était de moi. De ma vie, des amis qui m’avaient visitée, des moments doux, des amours qui y avaient été vécues, des blessures qui y avaient été pansées, de ces dimanches ensoleillés à cuisiner. <em>Tout</em> <em>ça</em> – qui était, pour l’instant, dans des boîtes entreposées – allait me suivre ailleurs. Mais les factures, les problèmes de gestion, non.</p>
<p>C’était déjà ça.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Je croyais que je me morfondrais longtemps en pleurant ma maison perdue et c’est tout le contraire qui était arrivé : dès le lendemain, j’étais prête à passer à autre chose.</p>
<p>Restait à affronter le mois <em>sur la corde à linge</em>, pour reprendre une expression de ma grand-mère. Une copine ayant eu vent de ma situation avait proposé une solution providentielle par la grâce d’un texto : « tu sais, je pars plusieurs semaines en vacances, tu peux habiter dans mon appartement si tu veux ».</p>
<p>Je n’avais plus de maison, mais une âme généreuse était prête à me confier la sienne. C’était déjà beaucoup.</p>
<p>J’étais donc partie par un beau midi avec mon baluchon dans ce quartier central et animé, à trois coins de rue d’un endroit que j’avais habité vingt ans plus tôt. La différence entre l’époque et aujourd’hui est que maintenant je pouvais me payer tout ce que je voulais, je pouvais me payer le luxe d’aller à l’épicerie la plus près (plutôt que de marcher pour me rendre jusqu’à l’épicerie bon marché excentrée), même si tout y coûtait plus cher. Lorsque j’y habitais en tant qu’étudiante et que ce quartier était habité de gens comme moi – cassés raide et perdus –, je ne pouvais me permettre cette folie. Maintenant, ces détails étaient dérisoires : j’avais atteint un niveau de confort que je n’aurais jamais pu imaginer atteindre à l’époque.</p>
<p>Le plus surprenant fut de constater que dès que ma valise avait été posée dans l’appartement prêté, j’en avais presque oublié celui que je venais de quitter. C’est que tout y était soigneusement organisé, agencé, regroupé par thème. Alors que chez moi, des fenêtres énormes m’exposaient à la face du monde (parce que j’avais choisi qu’il en soit ainsi), ici, chaque ouverture vers le monde était protégée d’un rideau translucide, rempart contre l’hypothétique regard d’autrui. Une multitude d’objets (ordinaires ou objets de culte – celui voué à la beauté) étaient répartis sans être oppressants : ce chapelet délicat témoignait du fait que là vivait une personne de goût qui aimait prendre soin des infimes détails.</p>
<p>Par comparaison, mon ancien décor avait été celui d’une brute inspirée par la dérive des plaques tectoniques : des objets trouvés, disparates, des agencements faits à partir de pièces récupérées, au point où on avait déjà dit de moi que j’avais un mode de vie austère.</p>
<p>Peu importe. Cette vie n’existerait plus désormais et l’heure de mon rendez-vous avec Morphée approchait : l’<em>overdose</em> émotionnelle allait enfin pouvoir se résorber.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Le premier réveil à l’appartement loué avait été véritable charme : il y avait, apparemment, une vie après la vie de propriétaire.</p>
<p>À l’épicerie du coin, on trouvait le minimum, mais tout le nécessaire. Au deuxième jour, l’œil avait repéré ce que qui lui avait échappé la veille en raison de l’épuisement : un mur de biscuits en vrac, les mêmes que ceux qui étaient synonymes de fête quand j’étais enfant, quand ma mère choisissait un ou deux de ces paquets économiques permis par le maigre budget familial. Même leurs noms pourtant simples résonnaient à mes oreilles comme une musique sucrée : <em>délices à la noix de coco, son et raisin, feuilles d’érable, amandine, avoine et chocolat. </em></p>
<p>J’avais pris tous ceux que j’aimais jadis, deux fois plutôt qu’une, pour arriver à une somme dérisoire (2,48 $) pour ensuite rentrer « chez moi » avec mon butin comme une fillette après sa collecte d’Halloween. Dès la porte fermée, j’avais pris une bouchée de chacune des sortes comme un prisonnier fraîchement libéré fume sa première cigarette d’homme libre.</p>
<p>Évidemment, comme dans une rupture amoureuse, il y avait un coût, une taxe, un « kamarde » à payer, quelque chose qui devait faire office de monnaie d’échange contre la liberté.</p>
<p>Dans mon cas, ce fut de régler les derniers détails administratifs de la gestion de copropriété, qui évidemment, se surpassaient en complexités inutiles : la banque refusait l’encaissement de tel chèque (pourtant en règle); la clé du local où je devais déposer les derniers documents s’avérait récalcitrante et ainsi de suite. Mais au bout de quelques jours, après l’orage, vint le calme. Enfin.</p>
<p>Comme j’avais oublié de célébrer formellement ce départ, l’idée m’était venue d’acheter la bouteille de bulles la plus petite et la moins chère, pour la forme.</p>
<p>Je l’avais ouverte sur le coin de la rue menant à mon squat temporaire. Je l’avais bue, enfin légère et soulagée dans une obscurité anormale – on avait dû faire des travaux, aucun lampadaire n’était allumé, je n’avais pas à craindre d’être vue. Et quand même que je l’aurais été : comparée aux nombreux excentriques du quartier, j’étais peu susceptible d’attirer l’attention des patrouilleurs, l’un d’eux m’aurait surprise en pleine action d’infraction, je crois qu’on m’aurait dit « santé, Madame! »</p>
<p>Partager cette joie aurait été encore mieux, mais la savourer dans cette douce nuit d’été, c’était déjà beaucoup.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Le mois dans l’appartement prêté se passa comme un charme, puis vint la « nouvelle maison ». Un appartement plus petit loué afin de faire la transition vers le prochain achat d’une maison. Plusieurs semaines avant mon déménagement, je m’étais infligé quelques désagréables visites qui m’avaient convaincue de ne pas traîner : quand on fait la file pour visiter un demi-sous-sol moche et cher, cela veut dire qu’il manque bel et bien d’espaces à louer. Alors que la recherche s’annonçait ardue, j’avais eu la chance, après quelques visites désolantes, d’avoir un contact privilégié d’une amie. Je m’étais précipitée pour visiter et louer sans attendre.</p>
<p>L’appartement aurait été charmant, n’eût été le fait qu’il était déglingué et mal entretenu. Mais il était disponible. C’était tout ce qui comptait.</p>
<p>Avoir les clés ne fut pas sans difficulté : les propriétaires n’avaient pas jugé bon de venir inspecter les lieux et de prévoir de me les remettre. J’avais dû relancer l’ancien locataire qui, par chance, avait fini par me répondre et me confirmer qu’il les laisserait à mon attention, tout comme – je l’apprendrais bientôt avec dégoût – une bonne partie de sa merde sous plusieurs déclinaisons (comme si la mienne ne suffisait pas).</p>
<p>Avec <em>répusignance</em> (si vous me permettez le néologisme : mélange de répugnance et résignation), j’avais dû commencer cette nouvelle vie en torchant les années d’un autre, à m’occuper des restes abandonnés à la hâte et autres surprises désagréables. Des crottes de souris dans les fonds de placards. Des fonds de bouteilles de shampoing laissés sur les tablettes de la salle de bain. Des feuilles d’assouplisseur éventées un peu partout. Le tout dans un mélange d’insectes décomposés et de poussière collée.</p>
<p>Une fois l’appartement vaguement nettoyé (c’était si crasseux que mes efforts semblaient dérisoires), j’avais tenté d’y installer mes choses, mais l’endroit me résistait, comme pour me dire que ce n’était pas la peine de rester. Je me cognais aux coins d’armoires, contre les coins des murs. Je m’éraflais les doigts sur les irrégularités des tablettes de mauvaise qualité. Mes cosmétiques tombaient dans la toilette parce que la seule façon d’accéder à ces horribles armoires superposées (celle du bas, minuscule où rien n’entrait, et celle du haut, inaccessible pour la moyenne des ours) était de remonter la lunette et de se servir de la cuvette comme d’un escabeau. Le plancher était croche comme le pont d’un navire mal piloté.</p>
<p>L’atterrissage s’annonçait difficile et j’avoue avoir regretté longtemps ne pas avoir tout simplement dit à ces gens que leur appartement pourri, ils pouvaient le garder, que retourner à ça ce n’était plus possible pour moi.</p>
<p>Mais les jours avaient passé et la peine aussi, un peu.</p>
<p style="text-align: center;">*</p>
<p>Les premiers jours avaient été déstabilisants, malgré ma volonté de ne pas me laisser abattre. J’avais beau habiter sur une de ces longues rues parsemées d’arbres matures (pas moches du tout, il faut le noter), dès que je m’aventurais vers l’ouest, j’échouais sur une artère bordée de commerces mornes et épuisés menant vers une autoroute au nord qui soufflait jusque dans mon appartement une poussière inquiétante. Je devais aussi m’alimenter à partir d’un supermarché glauque où tout ce qu’on y vendait avait l’air d’être en plastique. Les premières fois, j’en étais d’ailleurs ressortie avec un sac presque vide, dégoûtée de l’offre des tablettes tristes.</p>
<p>Puis les jours avaient passé. Les nuits aussi. De mon balcon, je pouvais me raccrocher à un bout de lune parfois. C’était déjà ça : ce rayon entre le feuillage noir des arbres matures me rappelait qu’à défaut de trouver ma place sous le soleil, la lune, elle, accueillait tout le monde, et qu’il ne fallait pas me décourager.</p>
<p>Après cet appartement pourri, il allait y en avoir un autre, un meilleur, peut-être.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : après la fin d’un monde, il y en aurait un autre.</p>
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		<title>Le droit au logement : un droit féministe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:51:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>MARIE-ÈVE DUCHESNE Comité populaire Saint-Jean-Baptiste &#160; Illustration : Virginie Larivière &#160; Avoir un toit sur la tête. Six mots qui semblent aller de soi pour une grande partie de la population. Avoir un toit sur la tête, c’est la base des besoins essentiels, c’est un sentiment de sécurité. Mais pour plusieurs personnes, ce fameux toit [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4630" src="/wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Du-fond-de-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">MARIE-ÈVE DUCHESNE</h2>
<h2 style="text-align: right;">Comité populaire Saint-Jean-Baptiste</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Avoir un toit sur la tête. Six mots qui semblent aller de soi pour une grande partie de la population. Avoir un toit sur la tête, c’est la base des besoins essentiels, c’est un sentiment de sécurité. Mais pour plusieurs personnes, ce fameux toit vient avec son lot de problèmes. Logements trop chers, insalubres, qui n’apportent pas la sécurité souhaitée… Tant d’obstacles au quotidien pour les locataires. Et quand ces obstacles se conjuguent avec d’autres systèmes d’oppression, le fameux toit sur la tête, ce nid douillet auquel toute personne devrait avoir droit, peut devenir une source de tensions, de violences, de discriminations.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Des logements, si y’en a, y sont chers </strong></p>
<p>Se loger devient de plus en plus difficile. Nous sommes dans un contexte de pénurie de logements. Pour qu’il y ait un certain équilibre dans le marché locatif, on considère que 3 % de taux d’inoccupation de logement est un seuil raisonnable. Or, le taux de la région métropolitaine de recensement (RMR) de la ville de Québec se situe maintenant à 2,4 %. Et la situation est bien pire dans les quartiers centraux où sont concentrés la majorité des locataires : on parle d’un taux d’inoccupation de 1,8 % pour la Basse-Ville de Québec et de 1,7 % pour la Haute-Ville. Dans cette conjoncture, il n’est donc pas rare de voir des propriétaires profiter de l’occasion pour demander des hausses abusives de loyer.</p>
<p>Parce que se loger coûte très cher. Toujours pour la RMR de la ville de Québec <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>, entre octobre 2016 et octobre 2019, le loyer moyen pour un 4 ½ est passé de 808 $ à 862 $, une augmentation de près de 7 %. Pour la Haute-Ville de Québec, le loyer moyen pour le même 4 ½ est de 1065 $. Quand on connaît les écarts de revenus entre les hommes et les femmes, il est facile d’imaginer le défi supplémentaire que peut avoir sur un budget un logement à ce prix.</p>
<p>Dans son dossier « Femmes, logement et pauvreté <a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a> », lancé en 2019, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) dresse le portrait des femmes locataires et de leurs réalités. C’est sans surprise que l’on constate que le revenu médian des femmes locataires est moins élevé que celui des hommes. Selon les données de 2016 de Statistique Canada, on parle d’un revenu médian de 34 392 $ pour les femmes locataires au Québec, contre un revenu médian de 40 470 $ pour les hommes. Bien que les femmes de la ville de Québec soient légèrement plus aisées, l’écart demeure : 36 390 $ comme revenu médian pour les femmes, contre 42 885 $ pour les hommes. Une pauvreté expliquée en partie par le travail invisible des femmes, que ce soit la charge mentale familiale, les soins aux enfants ou parce qu’elles sont proches aidantes. Bref, la pauvreté des femmes persiste et complique la vie de celles qui souhaitent se loger convenablement.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Au-delà du prix : discriminations et violences </strong></p>
<p>Le logement est une denrée rare. Et à cette réalité s’ajoutent les possibles discriminations que peuvent vivre les femmes ou les personnes vivant aux intersections des systèmes d’oppression. Quand les propriétaires ont le gros bout du bâton, il devient facile pour eux de « choisir » les locataires. Exit les mères monoparentales, les personnes racisées, les personnes non-binaires ou celles recevant de l’aide sociale ! De quoi faire vivre beaucoup d’insécurité pour les locataires.</p>
<p>Et cette insécurité fait aussi partie de la réalité de nombreuses femmes locataires avec l’arrivée massive de l’hôtellerie illégale dans les quartiers centraux. Déjà, le phénomène Airbnb pose des problèmes quant à la protection du parc locatif dans un contexte de pénurie de logements. En effet, malgré que ce soit illégal, plusieurs propriétaires préfèrent louer la totalité de leurs logements à des touristes sur du court terme, plutôt que d’assurer un maintien dans les lieux à des locataires à long terme. L’appât du gain financier est majeur. Mais pour plusieurs femmes locataires, ce phénomène amène aussi son lot d’insécurité. Voir autant de va-et-vient dans son bloc d’appartements, ne plus connaître ses voisins ou ses voisines, vivre du « harcèlement de corridor » ne sont que quelques exemples que l’on entend quand il est question de ce nouveau phénomène qui met à mal le droit au logement.</p>
<p>À la lumière de tous ces éléments, il est facile de comprendre le véritable casse-tête que devient la recherche d’un logement. Et parfois, ce besoin est urgent, voire vital : pensons aux femmes qui doivent quitter une situation de violence conjugale ou qui vivent du harcèlement ou des violences dans leur milieu de vie actuel. Quand notre toit sur la tête n’est plus un milieu sécuritaire, c’est notre vie et notre santé physique et mentale qui deviennent également un enjeu. Le droit au logement est officiellement un droit féministe.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Toutes les données sont tirées du rapport de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL): <a href="https://www03.cmhc-schl.gc.ca/hmip-pimh/fr?fbclid=IwAR30FXReho_e8t1Ln__GQBzUomt279TRpVMJ9BaWWRtuv3QuIC1L2i9LAOA#Profile/1400/3/Qu%C3%A9bec" target="_blank" rel="noopener">https://www03.cmhc-schl.gc.ca/hmip-pimh/fr?fbclid=IwAR30FXReho_e8t1Ln__GQBzUomt279TRpVMJ9BaWWRtuv3QuIC1L2i9LAOA#Profile/1400/3/Qu%C3%A9bec</a></p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Pour lire le document : <a href="https://www.frapru.qc.ca/wp-content/uploads/2019/03/DNFemmes2019.pdf" target="_blank" rel="noopener">https://www.frapru.qc.ca/wp-content/uploads/2019/03/DNFemmes2019.pdf</a></p>
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		<title>Speakeasy</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:50:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>JULIETTE BERNATCHEZ Illustration : Virginie Larivière &#160; &#160; J’ai peur du beat qui habite mon corps peur que ce soit un bruit cheap pas sur la note &#160; comme ceux qu’on entend dans ces bars où les dj ne sizent pas trop l’ambiance &#160; je baisse le son à coups de bonnes résolutions je suis [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4632" src="/wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/La-poitrine-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">JULIETTE BERNATCHEZ</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’ai peur du beat qui habite mon corps</p>
<p>peur que ce soit un bruit cheap</p>
<p>pas sur la note</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>comme ceux</p>
<p>qu’on entend dans ces bars</p>
<p>où les dj ne sizent pas trop l’ambiance</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je baisse le son</p>
<p>à coups de bonnes résolutions</p>
<p>je suis en phase avec mon époque</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’essaye de nouvelles choses</p>
<p>le détachement émotionnel</p>
<p>le contrôle de mes humeurs variables</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je me trouve un hobby</p>
<p>je porte une brassière colorée</p>
<p>je commande un verre de vin au Sacrilège</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>il se trouve que je me pose au bar</p>
<p>vingt minutes en avance</p>
<p>sur mon temps</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>comme d’habitude</p>
<p>un gin tonic ou une bière</p>
<p>une chanson plate dans la tête</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’ai l’air de quoi</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’espère dans mon ventre</p>
<p>une symphonie de salon</p>
<p>une enfilade de beats</p>
<p>un synthé quelques basses</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’espère enfin un speakeasy</p>
<p>qui tiendrait lieu entre mes côtes</p>
<p>je serais fébrile</p>
<p>de te savoir présent</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>ma guest list serait prête</p>
<p>il y aurait toi il y aurait moi</p>
<p>il y aurait le divan</p>
<p>le trac serait confortable</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>puis tu dirais wow ici c’est mieux</p>
<p>que n’importe quel bar</p>
<p>de free jazz</p>
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		<title>C&#8217;est une plaie</title>
		<link>/cest-une-plaie/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=cest-une-plaie</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:49:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ISABELLE AYOTTE (texte et illustrations) gonflée comme un caillot une mère vide, épuisée assaillie &#160; creusée de l&#8217;intérieur quelque chose se reproduit me gruge &#160; la forteresse désaffectée de mes cauchemars d&#8217;enfant hantée jusqu&#8217;à la cuisine où les souliers collent au plafond &#160; une poussière épaisse tapisse ma gorge relents de fumée apaisante &#160; les [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4540" src="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte03.png" alt="" width="1230" height="793" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte03.png 1230w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte03-300x193.png 300w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte03-768x495.png 768w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte03-1024x660.png 1024w" sizes="(max-width: 1230px) 100vw, 1230px" /></h2>
<h2 style="text-align: right;">ISABELLE AYOTTE</h2>
<p style="text-align: right;">(texte et illustrations)</p>
<p>gonflée comme un caillot</p>
<p>une mère vide, épuisée</p>
<p>assaillie</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>creusée de l&rsquo;intérieur</p>
<p>quelque chose se reproduit</p>
<p>me gruge</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>la forteresse désaffectée</p>
<p>de mes cauchemars</p>
<p>d&rsquo;enfant</p>
<p>hantée jusqu&rsquo;à la cuisine</p>
<p>où les souliers collent au plafond</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>une poussière épaisse</p>
<p>tapisse ma gorge</p>
<p>relents de fumée apaisante</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>les tentacules du passé se baignent dans mes fluides</p>
<p>je m&rsquo;assèche</p>
<p>de la peau jusqu&rsquo;aux idées</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>les vagues me bercent de leur musique</p>
<p>et tout le reste gronde à l&rsquo;unisson</p>
<p>vibration de train qui passe</p>
<p>sous mon corps</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte01.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4538" src="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte01.png" alt="" width="1215" height="793" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte01.png 1215w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte01-300x196.png 300w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte01-768x501.png 768w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte01-1024x668.png 1024w" sizes="(max-width: 1215px) 100vw, 1215px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte04.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4541" src="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte04.png" alt="" width="1228" height="790" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte04.png 1228w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte04-300x193.png 300w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte04-768x494.png 768w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte04-1024x659.png 1024w" sizes="(max-width: 1228px) 100vw, 1228px" /></a></p>
<p>carapace dure</p>
<p>effritée lourde</p>
<p>devenue immobile</p>
<p>un collage</p>
<p>rapiécée avec choix</p>
<p>la frange déchirée</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>peu de douleurs paraissent</p>
<p>les neurones grillent</p>
<p>laissent une odeur de brûlé</p>
<p>feux de joie</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>une ribambelle d&rsquo;attaques de panique</p>
<p>enfants mort-nés</p>
<p>au dossier médical</p>
<p>ne joueront jamais</p>
<p>dans mes cheveux à raser</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>n&rsquo;aurai jamais l&rsquo;occasion de les étriper</p>
<p>comme elle l&rsquo;aurait fait de nous</p>
<p>saturée d&rsquo;un rôle mal défini</p>
<p>laissées à elles-mêmes les bêtes gluantes</p>
<p>dans le néant bourrant mes tripes</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>chaque petit mensonge</p>
<p>démolit l&rsquo;édifice</p>
<p>de ce que l&rsquo;on tente de construire</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>une effraction pognée sur le fait</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>à l&rsquo;intérieur de mes cellules</p>
<p>les traces de toutes les histoires vécues</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>la maison n&rsquo;a jamais su jouer son rôle de mère</p>
<p>une goupille retirée trop tôt</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>couler à pic dans la lave de la colère</p>
<p>des femmes emprisonnées</p>
<p>pour légitime défense</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>il faut se battre</p>
<p>il faut toujours se battre</p>
<p>même si parfois on perd</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte02.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4539" src="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte02.png" alt="" width="1218" height="790" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte02.png 1218w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte02-300x195.png 300w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte02-768x498.png 768w, /wp-content/uploads/2020/09/IsabelleAyotte02-1024x664.png 1024w" sizes="(max-width: 1218px) 100vw, 1218px" /></a></p>
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		<title>Home is not home is home</title>
		<link>/home-is-not-home-is-home/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=home-is-not-home-is-home</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:48:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CLÉMENCE GACHOT-CONIGLIO (texte et photographies) &#160; « Maison » en italien se dit « casa », en anglais, « home ». Lorsqu’on est loin de chez soi, en italien, on peut dire « sento la mancanza di casa », littéralement « je ressens le manque de la maison », en anglais « I am going back home » signifie « je rentre à la maison ». Ces deux [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH1.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4506" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH1.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH1.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH1-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH1-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH1-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"><b>CLÉMENCE GACHOT-CONIGLIO</b></h2>
<p style="text-align: right;">(texte et photographies)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>« Maison » en italien se dit « casa », en anglais, « home ».</p>
<p>Lorsqu’on est loin de chez soi, en italien, on peut dire « sento la mancanza di casa », littéralement « je ressens le manque de la maison », en anglais « I am going back home » signifie « je rentre à la maison ». Ces deux phrases disent à la fois le retour au pays, chez les siens, chez soi. Le tout, les autres, moi.</p>
<p>À mon oreille, si je dis « je rentre à la maison », en français, un vide se forme, je n’entends pas le même enveloppement.</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH2.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4531" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH2.jpg" alt="" width="1719" height="1118" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH2.jpg 1719w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH2-300x195.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH2-768x499.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH2-1024x666.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1719px) 100vw, 1719px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH3.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4507" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH3.jpg" alt="" width="1613" height="1107" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH3.jpg 1613w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH3-300x206.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH3-768x527.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH3-1024x703.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1613px) 100vw, 1613px" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH2.tif"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4508" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH2.tif" alt="" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH2-1.tif"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4526" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH2-1.tif" alt="" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH4.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4522" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH4.jpg" alt="" width="2075" height="3130" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH4.jpg 2075w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH4-199x300.jpg 199w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH4-768x1158.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH4-679x1024.jpg 679w" sizes="(max-width: 2075px) 100vw, 2075px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH5-1.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4527" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH5-1.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH5-1.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH5-1-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH5-1-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH5-1-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH6.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4524" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH6.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH6.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH6-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH6-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH6-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH7.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4525" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH7.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH7.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH7-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH7-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH7-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a>« Maison »</p>
<p>Le mot me semble défectueux, amputé d’une pluralité sémantique que je ressens dans les deux autres langues que je parle. Le mot me semble manquant de ce sentiment conjugué qu’est l’appartenance. L’appartenance à un territoire, à une géographie, à un chez-soi culturel et collectif fait de traditions et d’ancêtres; l’appartenance à un chez-soi intime, mémoriel, strictement personnel; l’appartenance à un habitat matériel et strictement physique fait d’objets amassés, d’architectures particulières, de témoins du goût et du vécu.</p>
<p>Je cherche le souffle pour me dissocier de ce vocable imparfait et penser seulement à ce besoin d’unité et de complexité contenues quelque part, là où s’intègrent « toutes les valeurs particulières dans une valeur fondamentale<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> ». Si pas de mot, peut-être l’image peut-elle quelque chose pour moi ?</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH9.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4519" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH9.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH9.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH9-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH9-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH9-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH10.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4520" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH10.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH10.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH10-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH10-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH10-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH11.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4521" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH11.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH11.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH11-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH11-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH11-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH12.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4515" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH12.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH12.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH12-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH12-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH12-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH13.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4517" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH13.jpg" alt="" width="2075" height="3130" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH13.jpg 2075w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH13-199x300.jpg 199w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH13-768x1158.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH13-679x1024.jpg 679w" sizes="(max-width: 2075px) 100vw, 2075px" /></a></p>
<p>Depuis 2018, je n’ai plus vraiment « ma maison », « mon coin du monde<a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[2]</a> », ce « non-moi qui protège le moi<a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a> », ce « chez-moi » qui réunit toutes les facettes de l’habitat. Parfois, la vie prend des chemins de traverse. Depuis deux ans, des lieux et des personnes accueillent ma vie, devenue dans une certaine mesure errante, mais foisonnante alors de « chez-nous » et de cocons temporaires.</p>
<p>Que retenir de ces lieux, de ces espaces-paniers où je me dépose, avec mon corps et mon histoire? Ils interrogent en moi une énergie, l’énergie centrifuge, le mouvement du partir. Je cherche à comprendre ce qui m’agite et qui m’obstine dans le déracinement, la fuite, l’éloignement d’un prétendu centre, d’un terreau où s’enraciner. Pourquoi laisser? Pourquoi revenir? Où aller? Où rentrer?</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH14.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4516" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH14.jpg" alt="" width="2075" height="3130" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH14.jpg 2075w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH14-199x300.jpg 199w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH14-768x1158.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH14-679x1024.jpg 679w" sizes="(max-width: 2075px) 100vw, 2075px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH15.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4509" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH15.jpg" alt="" width="1840" height="1232" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH15.jpg 1840w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH15-300x201.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH15-768x514.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH15-1024x686.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1840px) 100vw, 1840px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH16.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4510" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH16.jpg" alt="" width="1840" height="1232" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH16.jpg 1840w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH16-300x201.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH16-768x514.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH16-1024x686.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1840px) 100vw, 1840px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH17.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4511" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH17.jpg" alt="" width="1228" height="1818" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH17.jpg 1228w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH17-203x300.jpg 203w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH17-768x1137.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH17-692x1024.jpg 692w" sizes="(max-width: 1228px) 100vw, 1228px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH18.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4529" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH18.jpg" alt="" width="1669" height="1122" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH18.jpg 1669w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH18-300x202.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH18-768x516.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH18-1024x688.jpg 1024w" sizes="(max-width: 1669px) 100vw, 1669px" /></a></p>
<p>Lorsque je pense à la fuite, à ces maisons qui m’accueillent, qui me donnent d’elles, où je laisse un peu de moi, je pense à son pendant : le refuge. À ce sentiment qu’est la sécurité. Que garde-t-on lorsque la possibilité du retour perd son repère spatial stable et fixe, quand un refuge qui nous est propre cesse brutalement d’exister physiquement? On en crée d’autres, éphémères, différents. Ces maisons qui croisent ma route sont des retranchements qui accueillent la solitude, qui la protègent à un moment donné et qui l’enrichissent.</p>
<p>Cette série veut honorer ces refuges passagers, mes huttes dans la forêt noire. Car s’il n’y a pas de hutte, pas de refuge, l&rsquo;envie de mourir remplace l&rsquo;idée de fuite.</p>
<p>Focalisées sur la magie suspendue dans les instants de bienveillance du jour et des êtres, les images cherchent à communier avec les lieux qui ont fait de la place à mes errances, à travers la France et l’Italie.</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH19.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4513" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH19.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH19.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH19-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH19-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH19-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a></p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/HHH20.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4514" src="/wp-content/uploads/2020/09/HHH20.jpg" alt="" width="3130" height="2075" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/HHH20.jpg 3130w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH20-300x199.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH20-768x509.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/HHH20-1024x679.jpg 1024w" sizes="(max-width: 3130px) 100vw, 3130px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p>Photos prises entre l’Italie et la France à Genova, Mestre, Metz, Marseille, Toulon, Lixy, Modena, Paris, Clichy, Bassano del Grappa, Nantes, La Baule; entre 2018 et 2020. Photographies argentiques tirées au format 24 X 36 sur papier fine art.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Gaston Bachelard, <em>La poétique de l’espace</em>, Presses universitaires de France, 1957, p. 24.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> <em>Ibid.</em></p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> <em>Ibid.</em></p>
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		<title>L&#8217;avenir, grandma et moi</title>
		<link>/lavenir-grandma-moi/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lavenir-grandma-moi</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:48:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CLARA LAGACÉ &#160; Illustration: Virginie Larivière &#160; Mon idée de la maison est pour toujours associée à l’idée d’une vie rangée, d’une existence de banlieusard·e. Et pourtant, dernièrement je me retrouve à en avoir envie. Du calme et une chambre à soi. Ben oui toi, Virginia. * * * Ma Grandma est arrivée d’Angleterre nouvellement [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4636" src="/wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Femme-qui-fige-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">CLARA LAGACÉ</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Illustration: Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mon idée de la maison est pour toujours associée à l’idée d’une vie rangée, d’une existence de banlieusard·e. Et pourtant, dernièrement je me retrouve à en avoir envie. Du calme et une chambre à soi. Ben oui toi, Virginia.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Ma Grandma est arrivée d’Angleterre nouvellement mariée en 1956. Elle a pris racine à Montréal; puis quelques années plus tard, un premier bébé dans les bras, elle a emprunté le chemin de l’Ontario. Elle a traversé l’océan et quitté les siens pour s’installer sur un territoire qui lui était inconnu, mais dont elle se pensait maîtresse — supériorité anglaise, même des classes populaires, oblige. C’était l’Empire. Pas question d’aller chez les Yanks quand on pouvait aller chez soi, dans le <em>Canadian Dominion </em>d’avant le <em>Maple Leaf</em> de 1965.</p>
<p>Durant mon échange étudiant à l’Université de Nottingham, je suis allée voir la rue où Grandma a grandi dans le nord industriel du pays. Je ne le savais pas, mais c’était peu de temps avant qu’on la démolisse. Ou plutôt qu’on y démantèle les maisons : des demeures de journaliers et de journalières qui avaient été à l’emploi de la filature de coton depuis l’âge de 12 ou 19 ans, comme mon arrière-grand-père et mon arrière-grand-mère respectivement. Jugés insalubres, ces foyers ont été rasés. En m’y promenant, je recadrais les histoires que Grandma m’avait contées. Elles s’étaient déroulées ici, dans ce lieu pauvre et gris, sur cette ruelle qui donne à voir sur de minuscules cours arrière, dans ces petites maisons qui ont abrité tant de sourires et de tasses de thé.</p>
<p>Combien d’espace faut-il pour rêver d’ailleurs?</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Faire le décompte : un dans Notre-Dame-de-Grâce, deux dans Saint-Henri, un sur la rue Linton dans Côte-des-Neiges, et maintenant un quatre et demi dans La Petite-Patrie, plus un échange de six mois en Angleterre, sept locations l’été à Trois-Pistoles, où j’enseigne, une brève reprise de ma chambre d’enfance à #Gatineaupourlavie, et une invasion quasi quotidienne du sous-sol de précieux ami·e·s parce que vraiment habiter la chambre de son enfance aux mêmes contours archiconnus, c’est un peu nul, égalent beaucoup de boîtes de livres transportées. Dans tout ça, d’innombrables colocs et repas partagés. Chaque fois que je mets ma vie en boîtes est une occasion de prendre le pouls des saisons passées. De celles à venir. Ma situation n’est pas précaire. Ce chapelet d’habitations résulte d’une série de choix et de privilèges. Les lieux que j’habite forment une constellation personnelle. Reste qu’une question me suit : comment ma réalité trop souvent en transit, à habiter trois villes différentes, parfois simultanément, sans élire domicile, me refusant aux deuils que cela engendre, s’articule-t-elle dans mon rapport à l’avenir?</p>
<p>Depuis l’été dernier, je suis obsédée par les sites web de Centris et DuProprio. À cause d’ami·e·s devenu·e·s propriétaires et parents, l’envie de suivre, de m’installer et de poser mes pénates quelque part pour de bon? Le désir de participer durablement à quelque chose comme une communauté? Peut-être. Je ne sais pas.</p>
<p>Je fais défiler à l’infini des photos léchées en imaginant exactement la façon dont j’arrangerais chaque pièce, les cloisons à démolir pour mieux laisser entrer la lumière, les couleurs dont je peindrais les murs. Chaque semaine j’ai une nouvelle maison préférée à Gatineau, une adresse parfaite à Trois-Pistoles. Jusqu’à ce que quelqu’un·e l’achète. Ce n’est pas grave. Pour l’instant, choisir une maison voudrait dire renoncer : toujours la peur de s’immobiliser.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Au début, Grandma ne venait pas au Canada pour toujours. Puis, le système d’éducation et la qualité de vie l’ont convaincue de rester. Moins de classes, de rigidité. Moins de gris. Elle a pris un navire-cargo qui n’embarquait qu’une douzaine de passager·ère·s sur 4538 kilomètres, de Manchester à Fredericton, armée d’amour et d’espoir, sa vie contenue en deux valises. Elle a pris le large en quête de possibles. Elle en rêvait pour elle-même et elle les a ensuite réclamés avec ferveur pour ses enfants, sa famille.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Au printemps dernier, le président de la firme Groupe Ambition a prédit la mort de 200 villages au Québec <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Trois-Pistoles figure sur sa liste. Date de péremption : 2025. Je me suis toujours demandé comment on ferme un village. On pèse sur l’interrupteur et puis hop, c’est fini? Est-ce que ça se passe dans la nuit du 31 décembre au 1<sup>er </sup>janvier?</p>
<p>C’est quand même vrai que « sur 45 ans, la MRC des Basques a perdu près du tiers de sa population. Le nombre de jeunes y est en chute libre. En 1986, la MRC abritait 4160 personnes de moins de 24 ans contre 1715 en 2016<a href="#_ftn2" name="_ftnref2"> [2]</a> ». Les gens s’exilent, reviennent de moins en moins. Rapidement, il apparaît que les possibles de Trois-Pistoles ne sont pas les mêmes que ceux de Gatineau ni les mêmes que ceux de Montréal ou Manchester. Il est normal et bien que Montréal et Trois-Pistoles et Manchester soient par moments difficiles à comparer. Mais ces lieux et les gens qui les habitent ont le droit d’exister, de se rêver un avenir. Cela va de soi. En même temps, il fait bon de le répéter.</p>
<p>Prédire la mort d’un village, je ne sais pas ce que ça fait à sa valeur immobilière, mais ça m’étonnerait que ça soit une bonne nouvelle.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Après que Grandma a traversé l’océan, dit au revoir à sa famille et à ses ami·e·s, empilé sa vie dans deux valises et pris la main à Granddad pour le meilleur et pour le pire dans les rues de villes qui lui étaient inconnues, elle est devenue casanière. C’était l’époque et son rôle de maman. Aujourd’hui, elle l’est presque maladivement. Descendre de sa chambre au comptoir à l’entrée de la résidence pour aîné·e·s où elle demeure constitue un effort parfois insurmontable. Elle m’impressionne quotidiennement et en même temps, je ne peux m’empêcher de trouver criard le contraste entre son envol de jeunesse et son nid de vieillesse. Pense-t-elle, comme moi, que sa maison l’a un peu engloutie?</p>
<p>Qu’est-ce qu’on oublie de l’avenir qu’on s’était espéré?</p>
<p>J’ai déjà dépassé l’âge qu’elle avait en quittant son pays.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Gatineau, Montréal, Trois-Pistoles : les lieux que j’habite sont une constellation. Mais j’ai la conviction profonde – malgré mon manque de certitudes en toute autre matière – qu’on ne peut pas se lover indéfiniment dans la ceinture d’Orion ou sur la couronne de Cassiopée. Il faut se planter solidement les pieds sur terre. Nos vies existent sur des territoires, pas sur les autoroutes qui les traversent. Et pour nos territoires, comme Grandma l’a fait avant moi pour sa famille, il faut lever le poing et réclamer le droit à l’avenir. Battons-nous pour que les possibles demeurent et grossissent, se diversifient et s’enracinent durablement. Même si revendiquer le rêve fatigue, ne nous arrêtons pas de souhaiter une présence pérenne et collective.</p>
<hr />
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1] </a>Bernard Vachon, <em>Le Soleil</em>, <a href="https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/fermeture-de-200-municipalites-perspectives-demographiques-et-dynamique-territoriale-11b277d2094f8d9c6f12cc6036115cdc" target="_blank" rel="noopener">https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/fermeture-de-200-municipalites-perspectives-demographiques-et-dynamique-territoriale-11b277d2094f8d9c6f12cc6036115cdc</a>.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Majella Simard, <em>Le Devoir</em>, <a href="https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/571030/developpement-regional-dynamisme-ou-devitalisation-a-la-mrc-des-basques" target="_blank" rel="noopener">https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/571030/developpement-regional-dynamisme-ou-devitalisation-a-la-mrc-des-basques</a>.</p>
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		<title>Le confinement en résidence étudiante, témoignage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:47:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Propos recueillis par LAURENCE SIMARD au printemps 2020 Illustration: Virginie Larivière &#160; &#160; Quelques semaines après le début du confinement, j’ai rencontré A, étudiante à la maîtrise, qui habite, travaille et étudie sur le campus de l’Université Laval depuis près de cinq ans. L’entrevue a été éditée dans un souci de concision.   L : As-tu [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/10/Fuck.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4660" src="/wp-content/uploads/2020/10/Fuck.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/10/Fuck.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/10/Fuck-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/10/Fuck-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/10/Fuck-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/10/Fuck-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/10/Fuck-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">Propos recueillis par LAURENCE SIMARD au printemps 2020</h2>
<p>Illustration: Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Quelques semaines après le début du confinement, j’ai rencontré A, étudiante à la maîtrise, qui habite, travaille et étudie sur le campus de l’Université Laval depuis près de cinq ans. L’entrevue a été éditée dans un souci de concision. </em></p>
<p><em> </em></p>
<p>L : As-tu un permis d’études qui te donne un permis de travail ici? Comment ça fonctionne?</p>
<p>A : Les étudiants étrangers qui ont un permis d’études peuvent travailler 20h à l’extérieur du campus et un nombre d’heures illimitées sur le campus. Comme je travaille sur le campus, je peux travailler à temps plein pendant mes études.</p>
<p>L : Avant la COVID, comment ça se passait? C’était beaucoup d’heures de travail, j’imagine?</p>
<p>A : Honnêtement, oui. Surtout que, dans ma cohorte, je suis une des seules à travailler. Y’a une autre jeune fille qui travaille, c’est vrai. Mais je suis débordée par le travail, parce que je cumule deux emplois sur le campus. Je finance mes études, je finance tout, en fait, donc je n’ai pas le choix de travailler beaucoup. Avant qu’il y ait cette histoire de COVID, j’étais déjà dépassée, je m’excusais sans cesse à mes profs parce que je trouvais que je faisais juste le minimum, je me sentais en dessous du niveau de la cohorte. J’étais un peu triste, j’ai rencontré mes profs pour leur expliquer. C’est sûr que par rapport aux autres j’ai beaucoup moins de temps, alors ça se ressent un peu que je n’étudie pas autant qu’eux. Mais sinon, outre ça, en résidence, j’étais très bien. Je n’avais pas de problème particulier, j’ai quand même un bon réseau depuis que je suis ici.</p>
<p>L : Est-ce que tu penses qu’il y a beaucoup d’étudiantes et d’étudiants comme toi, qui vont habiter en résidence et travailler ailleurs sur le campus?</p>
<p>A : La majorité des personnes que je connais en résidence ont toutes un emploi. Ça relève de l’exception, une personne qui n’a pas d’emploi.</p>
<p>L : Est-ce qu’en résidence il y a beaucoup d’étudiantes et d’étudiants étrangers ?</p>
<p>A : La majorité ce sont des étudiants étrangers, internationaux. C’est sûr qu’à l’échelle du campus on est une minorité, mais dans les résidences, la minorité ce sont les Québécois. La plupart des étudiants internationaux en résidence viennent d’Afrique, d’Asie, d’Iran, ou parfois même d’Amérique du Sud.</p>
<p>L : Et ça ressemble à quoi, l’ambiance dans la résidence ?</p>
<p>A : Avant la COVID, les résidences, c’était un espace communautaire, et beaucoup de personnes se regroupaient en fonction des ethnies, ou parfois même de la religion. Il y avait parfois des tensions entre les groupes. Par exemple, certaines personnes musulmanes font leurs ablutions dans le lavabo de la salle de bain. En réaction, certaines personnes du Québec, ou même de France, vont se plaindre en disant « mais c’est dégueulasse, pourquoi ils font ça dans le lavabo des salles de bain ». Il y a aussi le fait que ceux qui viennent d’Afrique sub-Saharienne cuisinent avec beaucoup d’huiles. Alors ça fait du bruit, des petites explosions, il y a des épices et tout, et il y a des personnes qui ne veulent pas trop être proches d’eux parce que ça sent trop fort, ou que c’est trop chaud.</p>
<p>Et il y a toujours le fait que quand on vit en communauté, on n’a pas tous les mêmes rythmes, ni les mêmes habitudes. Par exemple, il y a des groupes qui sont un peu plus disciplinés que d’autres… et ce n’est pas relié à une ethnie, c’est juste des habitudes qu’on a apprises chez nous. Par exemple, il y a des gens qui prennent leur douche avec de la musique très forte, et d’autres personnes vont s’en plaindre.</p>
<p>Mais il y a aussi des activités, par exemple des cuisines collectives, où tout le monde se rassemble, s’aide. Les Africains sont des personnes très généreuses, pour eux c’est normal de partager ce qu’ils ont. Et ça, ça rapproche les personnes. Il y a des Québécois qui vont en résidence parce qu’ils recherchent ça, le brassage des ethnies, ils veulent apprendre à connaître sur d’autres milieux. Des fois quand les parents viennent visiter avec leurs enfants, ils nous disent « c’est impressionnant, c’est beau, vous avez toutes les cultures, ça sent les épices dans la cuisine… » Ils sont toujours impressionnés, parce que les résidences c’est vraiment un genre de microcosme de ce qui se passe sur la planète.</p>
<p>L : Qu’est-ce qui s’est passé quand y’a eu l’éclosion de COVID?</p>
<p>A : Au début de la COVID, les résidents ont commencé à se parler entre eux, y’a des gens qui faisaient des groupes Facebook pour dire « ah, j’ai entendu mon voisin, il se mettait à tousser&#8230;». On recevait plein de courriels de gens qui dénonçaient d’autres personnes&#8230; Des savons ont été mis sur les étages, puis du désinfectant, installé un peu partout. Le nombre de personnes qui nettoient a augmenté, on a reçu des courriels pour dire de respecter les consignes, de bien se laver les mains, etc. Et là on a commencé à entendre parler des autres campus qui commençaient à fermer.</p>
<p>Entre résidents on se posait des questions, on se disait « Hey, vous pensez que ça va fermer, est-ce que ça va fermer? » Et puis, un jour, j’étais là, dans mon lit, et je reçois un appel de mon boss qui me dit qu’on va recevoir un courriel de l’université pour dire qu’on demande aux résidents de partir. Là j’ai commencé à paniquer, j’ai commencé à pleurer devant lui, il m’a rassurée… Il m’a dit que l’université allait trouver une solution pour tout le monde, que ça allait aller, que personne ne serait mis à la rue. Mais sur le coup ça a été un vrai choc pour moi.</p>
<p>Là, on a tous commencé à s’appeler, à paniquer entre nous, et… c’était l’apocalypse, tout le monde est allé au comptoir pour leur dire « vous nous mettez dehors! Vous nous mettez dehors! » Après il y a eu une vague massive de départs. Et avec mes ami.e.s on a commencé à se poser des questions.</p>
<p>Moi j’ai un groupe de cinq ami.e.s. Il y en a une qui est partie parce qu’elle a de la famille à Montréal, il y en a une autre qui veut partir, les deux autres veulent rester, et moi je ne sais pas ce que je veux faire. Et on a commencé à regarder pour des colocations, j’ai commencé à appeler des propriétaires. Mais la plupart disaient « non, le bail commence le premier juillet, j’ai des occupants, je ne peux pas leur demander de partir. » Alors j’ai commencé à faire des cartons, et j’ai vraiment stressé, j’ai angoissé aussi par rapport à mon emploi. J’en ai perdu un des deux, et pour l’autre, on a diminué radicalement mes heures de travail. La semaine prochaine j’aurai seulement 5 heures, alors qu’en temps normal j’ai environ 30 heures par semaine.</p>
<p>Et puis ils ont fermé les salles d’étude ; dans la cuisine ils ont laissé les plaques de cuisson, mais on ne peut plus s’asseoir pour manger, ils ont enlevé les chaises. Ils ont fermé les salons… En gros tout est fait pour qu’on ne sorte pas de notre chambre. Et même si on sort de notre chambre, il y a des équipes de sécurité qui s’assurent qu’on respecte une distance de sécurité et qu’il n’y ait pas de rassemblements, même entre deux-trois personnes.</p>
<p>Moi, je ne sors jamais de ma chambre. Même pour cuisiner j’essaie d’acheter des conserves, et je mange du thon, du riz que je peux faire cuire au micro-ondes… J’évite de descendre parce que généralement il y a encore du monde dans la cuisine, des gens ne respectent pas la distanciation, et moi ça me frustre quand je vois ça. Ça me fait mal au cœur. Et en même temps, je n’aime pas trop cette ambiance où les gens se surveillent. Tu ne sais pas ce que les gens peuvent dire sur les autres, avec la sécurité qui tourne… ce n’est pas sain comme ambiance. Donc je préfère éviter et rester au maximum dans ma chambre. Parfois je commande, parfois je ne mange pas. Il y a des fois où je me couche tôt pour ne pas manger. Ça arrive que je descende dans la cuisine, comme hier je suis descendue à 2 heures du matin. Je voulais vraiment éviter de croiser le maximum de personnes, mais il y avait quand même des gens.</p>
<p>L : Et quand tu dis que tu ne manges pas, c’est par manque de revenu ou parce que tu n’as pas faim?</p>
<p>A : Pour l’instant ça va, mais j’anticipe. Je n’ai pas payé mon loyer ce mois-ci, et j’anticipe les effets de la diminution des heures. Cinq heures par semaine je ne vais pas pouvoir survivre. Surtout que l’été, pour nous les étudiants internationaux, c’est la période la plus importante parce qu’on peut travailler un nombre d’heure illimité. L’été passé je travaillais 70 heures par semaine, j’avais trois jobs. Là je vais me retrouver avec juste 5 heures, encore s’ils m’accordent les 5 heures, et c’est épouvantable, c’est un casse-tête. Parce que l’argent que je fais durant l’été c’est ce qui me permet de survivre durant l’année. Et encore je suis chanceuse que la job qui me reste soit considérée comme un service essentiel, sinon je serais comme mes camarades qui sont désespérés, qui n’ont plus de revenu depuis deux semaines.</p>
<p>L : Est-ce que vous êtes éligibles à la PCU?</p>
<p>A : J’ai cru comprendre qu’on est admissibles, mais pour ça il faut ne plus avoir travaillé depuis deux semaines, il faut avoir gagné 5000$ minimum… Mais sinon, oui on a droit.</p>
<p>L : Et est-ce que tes cours ont recommencé en ligne?</p>
<p>A : Ça c’est un autre gros morceau du problème, c’est d’ailleurs mon plus gros problème en ce moment… Continuer les cours dans une période de pandémie, personnellement je n’y arrive pas. D’ailleurs je suis dans une merde innommable par rapport à mes travaux, parce que mes cours continuent. Il y a un professeur qui n’a pas accepté de mettre le contenu en ligne, mais qui a dit « Finalement, pour remplacer le test que vous deviez faire en classe, rendez-moi le résumé d’un livre. » Le livre imposé se trouvait à la bibliothèque, et moi je lui ai dit « On ne peut pas y accéder », et il a dit « Bon ok, trouvez quelque chose en ligne ».</p>
<p>Donc bref, le premier avril j’étais censée rendre un travail que je n’ai pas rendu, et le problème c’est que les autres l’ont rendu, je ne sais pas comment ils font… Mais je me sens vraiment à part par rapport à ma cohorte, je suis la seule étrangère, je suis la seule qui travaille, donc je me sens en décalage complet.</p>
<p>Mais sinon on doit continuer à rendre nos travaux, on en a beaucoup beaucoup, et j’ai accumulé un retard énorme. J’ai parlé avec tous mes professeurs en leur expliquant que je n’arrive pas. Je suis dans mon lit, j’arrive pas à me mettre sur mon ordinateur et à me concentrer comme si de rien était, alors que j’angoisse… J’angoisse à mort pour mes parents, parce qu’au pays ça commence à devenir très problématique ce qui se passe, et mes parents sont seuls et sont âgés, ils sont très à risques, ils ont des problèmes respiratoires… et ma mère à chaque fois que je lui parle elle me dit « j’ai eu une très belle vie, j’ai eu la chance d’avoir des enfants, je sais que si j’ai ce virus… » et moi dans ma tête je me dis « non non non non non arrête de me dire ça… » Et je regarde les nouvelles et ça m’angoisse encore plus, et après je parle avec des gens, on angoisse tous ensemble, et je n’arrive pas à être productive.</p>
<p>Et je ne sais pas comment les gens y arrivent, je les admire, c’est fantastique, mais moi je suis là avec mes profs et je leur dis « mais je ne peux pas ». Hier j’ai parlé avec un de mes profs qui m’a proposé un délai supplémentaire. Ça m’aide, mais je ne veux pas exagérer non plus parce que si tout le monde rend ses travaux à temps sauf moi, ce n’est pas logique par rapport à la réussite du cours…</p>
<p>J’ai signé une pétition qui a été mise en ligne il n’y a pas longtemps : on a envoyé une lettre à Monsieur Roberge en lui demandant pourquoi tout le monde s’arrête et pas l’université… À l’UQAR ils ont décidé de suspendre la session, ou à la rigueur laisser le choix aux étudiants, est-ce qu’ils veulent continuer ou non, mais… Bon déjà la notation qui va être modifié c’est déjà bien, c’est fantastique même, mais… moi je ne suis pas la seule, j’ai plein de mes ami.e.s qui disent « je ne peux pas, je n’y arrive pas, j’ai essayé… ce n’est pas possible. » Il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de ce qui se passe. Dans mon esprit j’ai l’impression qu’on est coincés pour au moins un an. Minimum jusqu’en décembre le confinement. J’étais censée partir en échange en Europe en septembre, et on a reçu un courriel du bureau international qui nous dit « on garde le cap, les échanges sont maintenus », et je me dis « est-ce que vous êtes sérieux? »</p>
<p>La situation change tous mes plans, absolument tous mes plans. L’échange c’est la raison pour laquelle j’étais venue faire cette maîtrise, et j’avais un stage aussi prévu pour la fin de cet été, et je ne sais pas si on va pouvoir le faire. Je suis bouleversée dans tout ce que j’avais prévu, tous mes amis sont en train de partir des résidences&#8230; On se retrouve tout seul dans ces grands pavillons, et… Ils sont tous avec leurs familles, et tant mieux pour eux, mais nous on est là, on est seuls, on est isolés…</p>
<p>L : Et comment tu parles avec tes ami.e.s?</p>
<p>A : Avec quatre amies, on a fait un genre de serment: tous les jours, au moins une fois par jour on se parle. C’est un moment où on doit être là les unes pour les autres. Et quand on va faire des courses on demande toujours aux autres si elles ont besoin de quelque chose. Et on essaye de s’appeler au moins une fois par jour, le soir, pour se changer les idées, pas parler de la situation, essayer de changer de sujet, parler d’autre chose, et faire comme avant, comme quand on pouvait se voir et que tout allait bien. Donc ça aide beaucoup, ça aide vraiment beaucoup. C’est des périodes où les personnes qui se sentent isolées vont se sentir encore plus isolées. On a une responsabilité vis-à-vis des autres.</p>
<p>L : Qu’est-ce que tu souhaiterais pour l’avenir proche?</p>
<p>A : J’aimerais enlever au moins un poids de mes épaules, les examens et les travaux. En temps normal c’est déjà un stress énorme, mais en ce moment, on a accès à beaucoup moins de ressources, on ne peut pas aller à la bibliothèque, on ne peut pas aller dans des salles d’étude, on n’a pas de cadre propice à l’étude, c’est difficile. Dans ma chambre, il y a trop de distractions, et en ce moment c’est plein de cartons parce que je ne sais pas quand je vais devoir partir. C’est un endroit où je dors, un endroit où je mange, un endroit où je joue, où je regarde des films… Mon esprit est un peu compartimenté, je n’arrive pas à étudier ici. Donc si seulement il pouvait y avoir de la souplesse, si au moins on nous laissait le choix de nous concentrer sur nous.</p>
<p>Et aussi, j’aimerais qu’on nous donne plus de réponses. Est-ce qu’on peut vraiment rester en résidence? Est-ce qu’il y a un risque que les résidences ferment même si on nous laisse rester? Est-ce que si les résidences ferment on nous demandera à tous de partir? On a des communications générales de l’université, mais j’aurais voulu que ce soit un peu plus personnalisé pour certaines catégories d’étudiants.</p>
<p>Le confinement, on n’y peut rien, on est obligé de le vivre, c’est comme ça. Mais en fait, je pense que c’est le poids de l’incertitude qui est lourd. On ne sait pas combien de temps ça va durer.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Après des semaines d’incertitude, les étudiant.es ont pu demeurer dans les résidences pour le printemps et l’été 2020. Cet épisode traumatique n’a pas moins eu des conséquences importantes sur le plan de la santé physique et mentale et sur les situations financières et académiques des étudiant.es étranger.ère.s en résidence. En septembre, on apprenait d’ailleurs qu’une grande partie des étudiant.es internationaux de l’Université Laval verront leurs frais de scolarité augmenter significativement à partir de l’automne 2021.</em></p>
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		<title>Dessine-moi une maison, je te dirai&#8230;</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:45:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CAPUCINE COUSTERE Illustration : Virginie Larivière Poétiques, drôles, colorés, fantaisistes, ou réalistes, sobres et amers, les dessins de #coronamaison sont un florilège d’intérieurs. Ce recueil de dessins est né à la suite d’une idée lancée en l’air par plusieurs artistes français.e.s : réaliser un cadavre exquis au temps du coronavirus. On y trouve plusieurs catégories d’intérieurs : [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2020/09/Chenous.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4638" src="/wp-content/uploads/2020/09/Chenous.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/Chenous.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/09/Chenous-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/09/Chenous-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/09/Chenous-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/09/Chenous-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/09/Chenous-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">CAPUCINE COUSTERE</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>Poétiques, drôles, colorés, fantaisistes, ou réalistes, sobres et amers, les dessins de <a href="http://coronamaison.fun/" target="_blank" rel="noopener">#coronamaison</a> sont un florilège d’intérieurs. Ce recueil de dessins est né à la suite d’une idée lancée en l’air par plusieurs artistes français.e.s : réaliser un cadavre exquis au temps du coronavirus. On y trouve plusieurs catégories d’intérieurs : certains, saturés de couleurs, emplis de plantes, de chats, d’êtres aimés, qui traduisent le confort, le plaisir et le temps libre. Difficile de dire s’ils représentent le vécu ou l’idéal. D’autres accueillent dragons, serpents géants, Totoro et autres personnages imaginaires, transposent Gilead, une jungle ou un sous-marin, mélange disparate d’humour et de cynisme. Enfin, quelques-uns sont réalistes et figurent des pièces un peu vides ou en désordre, qui transpirent la fatigue, la solitude, l’anxiété et le travail. Les bibliothèques, les ordinateurs, les plantes et les chats occupent une place de choix dans ces illustrations, reflet peut-être d’un idéal type de la maison parfaite. Peu d’espaces vides à la Marie Kondo… En temps de crise, <em>posséder </em>rassure.</p>
<p>Le mot-dièse et le modèle de la #coronamaison ont fait le tour du monde. Beaucoup de dessinateur.rice.s ont répondu à l’appel, mais aussi des enfants et des personnes dont on peut supposer qu’elles ont le temps et l’énergie pour s’offrir un espace de création. Si l’on omet les artistes pour qui cet exercice est une forme de travail, et les enfants que leurs parents occupent, les personnes qui ont <em>pris le temps</em>, <em>eu le temps</em> de dessiner, en ont, du temps. Elles disposent de cette précieuse ressource qu’est le temps libre, libre de contraintes, bien difficile à trouver dans nos emplois du temps contemporains chronophages, où chaque minute doit être utilisée <em>efficacement</em>. Or, ce temps-là n’est pas accessible également à toutes les personnes aujourd’hui confinées chez elle. Il y a celles qui occupent encore un travail rémunéré, soit à l’extérieur du domicile, soit en télétravail. Il y a celles qui effectuent (aussi) le travail de reproduction sociale qui comprend, en vrac, l’éducation des enfants, si prenante lorsque l’école est fermée, la préparation des repas, les courses, le maintien en ordre de la maison, le ménage, le ramassage, le repassage, constante course contre la montre. Ce n’est pas tout! Il inclut également une dimension de <em>care</em>, de soin. Ces travailleuses calment les anxiétés des proches, appellent les parents, les grands-parents, prêtent une oreille attentive, prodiguent des conseils. Travail invisible, travail invisibilisé. Notons que la plupart de ces <em>jobs</em>, ce sont des femmes qui les occupent : soignantes, caissières, préposées au ménage, etc., dans leur emploi comme à la maison. Et puis, il est mal vu de ne pas meubler son temps libre, de ne pas l’occuper d’activités utiles permettant de devenir « meilleur.e » (pour qui? pourquoi?), de ne pas le <em>rentabiliser</em>. Il s’agit de l’optimiser, ce temps, de se concentrer sur le développement de soi et surtout, de ne pas « se laisser aller ». Ainsi, les injonctions à être performant.e.s à tout moment ne faiblissent pas : il faut devenir virtuose de la cuisine sans prendre de poids, faire du sport, de la méditation pour calmer les angoisses et progresser, devenir, grandir, lire ces livres qui prenaient la poussière, vivre enfin cette passion mise de côté, apprendre ce que l’on a toujours voulu découvrir, être créatif.ve, appeler ses ami.e.s, faire des apéros ensemble de loin, se reposer, se relaxer, s’informer, s’activer… ! Des « il faut », des « je dois », qui finalement laissent peu de temps libre dans cet espace confiné. Celles et ceux qui, parmi les illustrateur.rice.s de la #coronamaison, ont dessiné sans objectif à atteindre, par simple plaisir, sont probablement parmi les plus chanceux.ses des confiné.e.s. Parmi les plus privilégié.e.s.</p>
<p>Effet du confinement et du danger que représente à présent l’espace public, la maison est l’objet de tous les regards. Cela pourrait avoir du bon : revaloriser cet espace rarement perçu comme très excitant, donner l’opportunité – soyons optimiste! – à beaucoup d’hommes de mettre réellement la main à la pâte et de découvrir que, oui, oui, l’éducation des enfants est un travail. Mais méfions-nous de ces souhaits qui ne cadrent pas forcément avec la <a href="http://www.slate.fr/story/189051/confinement-egalite-femmes-hommes-foyer-partage-taches-parentales-domestiques" target="_blank" rel="noopener">réalité</a>. En effet, ce repli sur l’espace domestique semble s’accompagner d’une rhétorique traditionaliste qui fait de l’espace privé de la famille et de la tradition le rempart contre les vices de la modernité. Cette dichotomie entre espace public, masculin, dur, dangereux et politique, et espace privé, féminin, chaleureux, réconfortant, n’est pas nouvelle. Le phénomène récent du « hygge », notamment promu comme moyen de faire du foyer un cocon afin d’équilibrer nos vies frénétiques, est une traduction récente de cette idéologie. Or, l’espace privé est loin d’être le paradis perdu qu’invoquent ses <a href="https://www.franceinter.fr/vie-quotidienne/boris-cyrulnik-apres-le-coronavirus-il-y-aura-des-changements-profonds-c-est-la-regle" target="_blank" rel="noopener">prédicateurs</a>. Pour en revenir à nos dessins, ces « pièces idéales » racontent, en creux, une autre histoire. On n’y voit pas, ou si peu, la solitude. L’anxiété. Les disputes, les colères, les silences lourds. On ne devine pas les logements insalubres, trop petits pour leurs occupant.e.s, trop délabrés pour leur santé, trop peu meublés pour y vivre sereinement. Les logements trop bruyants qui ne permettent pas la concentration nécessaire au télétravail ou aux études. Ils n’évoquent pas la peur et l’isolement de celui ou celle qui doit rester à la maison en attendant que les symptômes passent, ou encore l’angoisse de la personne qui doit sortir travailler, parce que son emploi est essentiel ou parce qu’elle ne peut pas se permettre de perdre ce salaire. L’inquiétude des revenus qui ne rentrent pas, du loyer que l’on ne peut pas régler, des informations si difficiles à trouver, du futur incertain, n’apparaît pas dans ces dessins. Ils ne révèlent pas non plus les violences, celles qui menacent des enfants, celles qui font que pour les femmes, l’espace privé est plus dangereux que l’espace public, et les hommes proches, une menace bien palpable.</p>
<p>On n’est pas tous et toutes égaux par rapport au confinement.</p>
<p>Mon intérieur idéal à moi ressemble beaucoup à celui dans lequel je vis aujourd’hui : il y a un chat, des livres, des placards pleins de promesses de bons repas maison, mon conjoint. Je suis très privilégiée. Néanmoins, comme Mona Chollet dans la conclusion de son essai de circonstance, <a href="https://www.editions-zones.fr/2020/03/17/chez-soi-en-acces-libre/" target="_blank" rel="noopener"><em>Chez soi</em></a>*, je pense fertile de réfléchir à l’envers de nos fantasmes, à ce qu’ils racontent, aux réalités qu’ils occultent, aux conséquences qu’ils peuvent avoir. De cette manière, l’exercice ne s’arrêterait pas au dessin de la pièce idéale, mais aux moyens de mieux rendre accessible la ressource temps et de faire des intérieurs de réels lieux de repos, de création et de chaleur. Cela implique de penser la société dans son ensemble, l’espace privé n’étant pas un îlot étanche. Au temps de la COVID-19, l’affirmation féministe « le privé et politique » résonne encore avec force.</p>
<hr />
<p>*Essai en accès libre ici : <a href="https://www.editions-zones.fr/2020/03/17/chez-soi-en-acces-libre/" target="_blank" rel="noopener">https://www.editions-zones.fr/2020/03/17/chez-soi-en-acces-libre/</a>.</p>
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		<title>Habitante</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:44:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>ANICK ARSENEAULT Photographies : Nathalie Dion &#160; j’ai parfois dans ma gorge pleine de miel une poignée d’aiguilles d’épinettes pour parler des femmes seules en région &#160; les femmes capables de lire la noirceur apparaissent mobiles en pleine beauté debout dans l’instant au cœur flexible d’un territoire &#160; parler des femmes capables de gérer les [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;">ANICK ARSENEAULT</h2>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/habitante_1_Nathalie_Dion-1.jpeg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4494" src="/wp-content/uploads/2020/09/habitante_1_Nathalie_Dion-1.jpeg" alt="" width="480" height="640" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/habitante_1_Nathalie_Dion-1.jpeg 480w, /wp-content/uploads/2020/09/habitante_1_Nathalie_Dion-1-225x300.jpeg 225w" sizes="(max-width: 480px) 100vw, 480px" /></a></p>
<p>Photographies : Nathalie Dion</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’ai parfois dans ma gorge pleine de miel</p>
<p>une poignée d’aiguilles d’épinettes</p>
<p>pour parler des femmes seules en région</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>les femmes capables de lire la noirceur</p>
<p>apparaissent mobiles en pleine beauté</p>
<p>debout dans l’instant au cœur flexible d’un territoire</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>parler des femmes capables de gérer les insectes</p>
<p>les petits prédateurs moufettes coyotes les oiseaux</p>
<p>et autres animaux morts sur la galerie</p>
<p>les carnassiers en liberté féroce vorace</p>
<p>qui rôdent autour et se pensent invisibles</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>des femmes capables d’aiguiser une scie mécanique</p>
<p>mettre le nez dans un moteur</p>
<p>changer une roue vérifier l’huile réparer une marche</p>
<p>sortir les poubelles même les grosses vidanges immenses</p>
<p>grimper dans les rideaux les pieds dans les plats</p>
<p>gérer la suie vider les cendres monter sur le toit</p>
<p>en tâchant de garder un équilibre physique et mental presque tout le temps</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>des femmes capables de gérer les arbres abattus</p>
<p>débrancher débiter corder rentrer le bois allumer le poêle</p>
<p>maintenir la flamme entretenir le feu dedans dehors</p>
<p>peu importe la température ou la saison</p>
<p>qui brûlent oui attisent enflamment deviennent des reines du foyer</p>
<p>nourrissent les espoirs balaient les angoisses</p>
<p>secouent ce qui est tapi dans l’ombre</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2020/09/habitante_2_Nathalie_Dion.jpeg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4492" src="/wp-content/uploads/2020/09/habitante_2_Nathalie_Dion.jpeg" alt="" width="480" height="640" srcset="/wp-content/uploads/2020/09/habitante_2_Nathalie_Dion.jpeg 480w, /wp-content/uploads/2020/09/habitante_2_Nathalie_Dion-225x300.jpeg 225w" sizes="(max-width: 480px) 100vw, 480px" /></a></p>
<p>capables de courir pieds nus sauter dans l’eau</p>
<p>dériver flotter savourer paumes ouvertes yeux fermés</p>
<p>capables de tenir les rênes de conduire dans le noir dans les rangs</p>
<p>dans la poudrerie dense dans la brume opaque</p>
<p>dans la lumière éphémère</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>mon village ma tête mon corps sont des espaces sans danger</p>
<p>avec une ligne d’horizon un ciel immense</p>
<p>où me pitcher jusqu’aux genoux</p>
<p>lacets détachés cheveux lousses</p>
<p>dans les odeurs de sapin</p>
<p><strong> </strong></p>
<hr />
<p>Ce texte est un extrait d&rsquo;<em>Habitante</em>, un projet réunissant des photos de Nathalie Dion et des textes d’Anick Arseneault, et portant sur la force des femmes en région.</p>
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		<title>138</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2020 23:44:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[14 Les maisons]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ANNE-CHRISTINE GUY Illustration : Virginie Larivière &#160; j’ai quitté ma ville il y a un an ma ville qui m&#8217;avait vue devenir adulte et qui m’avait offert tant de maisons et tant de rues maisons à moi et maisons d&#8217;accueil &#160; mais depuis un an j’habite ailleurs dans des lieux où je me creuse un [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4641" src="/wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine.jpg" alt="" width="960" height="960" srcset="/wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine.jpg 960w, /wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2020/10/Prendre-racine-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></a></h2>
<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">ANNE-CHRISTINE GUY</h2>
<p>Illustration : Virginie Larivière</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’ai quitté ma ville il y a un an</p>
<p>ma ville qui m&rsquo;avait vue devenir adulte</p>
<p>et qui m’avait offert tant de maisons</p>
<p>et tant de rues</p>
<p>maisons à moi</p>
<p>et maisons d&rsquo;accueil</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>mais depuis un an j’habite ailleurs</p>
<p>dans des lieux où je me creuse un nid</p>
<p>mais qui ne sont pas miens</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8211;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>maison #1</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>ma chambre est au deuxième étage</p>
<p>et les fenêtres sont grandes</p>
<p>et j&rsquo;apprends que je suis une adulte</p>
<p>qui a encore peur du noir</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>nous vivons à deux</p>
<p>dans une proximité</p>
<p>étonnante</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>il y a des fleurs collées au mur</p>
<p>de ma chambre</p>
<p>mon palais, mon repère</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>les fleurs</p>
<p>vestiges des princesses</p>
<p>qui y dormaient avant moi</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>nous ne barrons jamais la porte</p>
<p>quand nous quittons la maison</p>
<p>nous admirons le fleuve</p>
<p>le matin au déjeuner</p>
<p>nous nous couchons de bonne heure</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8211;</p>
<p>maison #2</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je dors dans un petit lit dur</p>
<p>dans une salle de jeu</p>
<p>ma chambre de fortune</p>
<p>ni confortable ou belle</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>mais je suis là pour l’amour</p>
<p>et l’amour me le rend bien</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8211;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>maisons #3</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>la fenêtre surplombe la ville</p>
<p>ma ville</p>
<p>qui m’échappe</p>
<p>et se crée une vie sans moi</p>
<p>et sans peine</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>les nuits elle est belle</p>
<p>cette ancienne amante</p>
<p>qui brille de tous feux</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je l’archive sur mon téléphone</p>
<p>comme une obsession</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>ma maison est une chambre</p>
<p>un port d&rsquo;attache</p>
<p>où je me pose comme un marin</p>
<p>au gré de mes marées</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>et où on m&rsquo;accueille</p>
<p>comme une reine</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8211;</p>
<p>maison #4</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’habite chez ma mère</p>
<p>à nouveau</p>
<p>après autant d’années</p>
<p>à vivre ailleurs</p>
<p>que l’âge</p>
<p>que je portais</p>
<p>à mon départ</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’ai repris ma petite chambre</p>
<p>mon petit lit</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’ai actualisé la décoration</p>
<p>et dans la cour arrière</p>
<p>il n’y a plus de forêt noire</p>
<p>qui me fait peur dans mon sommeil</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je garde les rideaux ouverts</p>
<p>ma mère dit que les voisins</p>
<p>vont me voir me changer</p>
<p>je m’en fous</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je garde le chauffage bas</p>
<p>ma mère dit qu’il fait froid</p>
<p>j’aime ça</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je fouille dans les souvenirs</p>
<p>dans les choses entreposées</p>
<p>je croise de vieilles connaissances</p>
<p>à l’épicerie</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>personne sur qui avoir un crush</p>
<p>à part le garagiste</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&#8211;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>maison #4</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>j’ai un bureau dans le sous-sol</p>
<p>je suis à deux pas</p>
<p>d’être un troll trentenaire</p>
<p>dans le sous-sol de sa mère</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Maison #3</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je rentre tard</p>
<p>on a laissé un veilleuse pour moi</p>
<p>je me souviens mes années de cégep</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>si j’avais pu j’aurai aimé ramener avec moi</p>
<p>le garçon que j’ai dû quitter pour prendre le taxi</p>
<p>mais je ne suis pas chez moi</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>chez moi à demi</p>
<p>on dit ma chambre</p>
<p>mais ça ne ressemble en rien</p>
<p>à une chambre qui serait mienne</p>
<p>le lit est deux pieds trop haut</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je dors dans la peur de tomber</p>
<p>au moins ce serait devant un beau paysage nocturne</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>maison #1</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je suis de retour</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>je me sens chez moi</p>
<p>c’est la maison</p>
<p>qui est mienne maintenant</p>
<p>même si toujours temporaire</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>désormais je nommerai le lieu</p>
<p>où tout mon linge entre dans le garde-robe</p>
<p>où je mange mon déjeuner</p>
<p>où je peux inviter des garçons à coucher</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>désormais je nommerai ce lieu maison</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>maison #1</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J’habite une grande maison</p>
<p>et je me masturbe dans le salon</p>
<p>je me masturbe à la lumière du jour</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans la maison les fenêtres immenses</p>
<p>les animaux peuvent me voir me donner plaisir</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>à 3 h de l’après-midi</p>
<p>quand le soleil est si beau</p>
<p>et que la solitude n’est pas dure à porter</p>
<p>même légère</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>et malgré tout d’autres mains</p>
<p>seraient bienvenues</p>
<p>sur mon corps chaud</p>
<p>&nbsp;</p>
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