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	<title>FLECTURES Archives - FRANCOISE STEREO</title>
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		<title>La constellation des sorcières</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Oct 2019 15:09:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>DOMINIQUE RAYMOND Sur Zodiaque, collectif, La Mèche, 2019 &#160; Je regarde le dernier livre de La Mèche reçu en service de presse. Je réfléchis. Je n’ai encore jamais fait de Flecture « sur commande » pour promouvoir la sortie d’un livre. Il me faut une raison, l’envie d’un coup de cœur (L’école des soignantes) ou d’un [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;">DOMINIQUE RAYMOND</h2>
<p style="text-align: right;">Sur <em>Zodiaque</em>, collectif, La Mèche, 2019</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2019/10/9782897070939.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-4305 alignleft" src="/wp-content/uploads/2019/10/9782897070939.jpg" alt="" width="379" height="583" srcset="/wp-content/uploads/2019/10/9782897070939.jpg 400w, /wp-content/uploads/2019/10/9782897070939-195x300.jpg 195w" sizes="(max-width: 379px) 100vw, 379px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je regarde le dernier livre de La Mèche reçu en service de presse. Je réfléchis. Je n’ai encore jamais fait de Flecture « sur commande » pour promouvoir la sortie d’un livre. Il me faut une raison, l’envie d’un coup de cœur (<a href="/suis-celles-pleurent/" target="_blank" rel="noopener"><em>L’école des soignantes</em></a>) ou d’un coup de gueule (<a href="/le-feminisme-des-suicidees/" target="_blank" rel="noopener"><em>Les suicidées</em></a>). Je suis à la fois flattée – c’est signe que <em>Françoise Stéréo</em> est devenue une plateforme incontournable – et craintive – je ne veux pas me sentir obligée de lire et de rendre compte de ce que j’ai lu parce que j’ai reçu un livre gratuitement.</p>
<p>Donc, rien n’est simple. Normal, je suis Cancer ascendant Gémeaux, j’ai ma Vénus en Gémeaux (!) et ma Lune en Balance. C’est Chloé Savoie-Bernard qui me l’a dit. C’est elle qui a mis le point d’exclamation entre parenthèses : « Gémeaux est un signe compliqué ». Je la crois sur parole, elle qui signe un très beau texte dans <em>Zodiaque</em> sur son rapport au corps, ses absences, sur Jung, la psychanalyse et l’astrologie; elle qui est en lice pour le Prix du Gouverneur général pour la poésie de <em>Fastes</em>; elle qui fut ma correspondante ici même dans <a href="/category/blogue/la-theorie-un-echange/" target="_blank" rel="noopener"><em>La Théorie un échange</em></a>. Quand on fait sa carte du ciel, l’heure de la naissance est une donnée importante qui détermine certaines « maisons ». Je suis née à 2 h 25 du matin, mais je voulais sortir bien avant. Ma mère a dû se croiser les jambes – les infirmières lui tenaient les pieds et bouchaient sa vulve de leurs mains – pour m’empêcher de sortir. Oui, prenez le temps, mesdames, que vous ayez ou non accouché, d’imaginer la scène et de faire une face horrifiée&#8230; Le médecin dormait chez lui, il fallait l’attendre. Finalement, c’est à cause du médecin que je suis Gémeaux compliquée bord en bord. Merci Doc, merci beaucoup !</p>
<p>Je me prends au jeu de m’imaginer autrement, plus simple, plus zen, moins obsédée par mes angoisses, moins angoissée par mes obsessions. Une fiction. Plusieurs autrices parmi les douze signataires parviennent à se laisser guider par l’imaginaire que charrie leur signe. Je pense à la sirène d’Anne-Martine Parent, Poisson, évidemment, qui distingue si justement le fait d’être mère et celui d’avoir un enfant. Je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas, parce que je suis compliquée et parce que je suis Cancer. Je suis une maladie. Je ne suis pas malade, non, mais le nom de mon signe est maladie et j’en ai honte. En plus, cette année, elle s’est incrustée dans ma famille, dans la gorge de ma belle-sœur et dans les couilles de mon beau-frère. Un Cancer en attire un autre. J’ai lu le texte de Marjolaine Beauchamp en premier, pour savoir comment dépasser le haut-le-cœur cancéreux. Force est de constater que c’est impossible. « La fois où j’ai déboulé juillet » est un texte magnifique, dessiné au stylo et manuscrit, qui illustre l’affliction profonde d’une femme qui veut en finir. Le Cancer n’échappe pas à la maladie.</p>
<p>Les femmes auraient une plus forte attirance pour l’astrologie que les hommes, ce que Zodiaque, en ne colligeant que des textes de femmes pour former « une constellation de nouvelles sorcières », assume et accentue. Comme tout secteur à prépondérance féminine, l’astrologie est regardée de haut par les hommes, boudée, ridiculisée, perçue comme futile ou dangereuse, une arnaque. « Pourquoi les gars hétéros détestent tant l’astrologie ? », je ne sais pas, et ce n’est pas à cette question que répond <em>Zodiaque</em>. Il faut lire l’article du <a href="https://www.vice.com/fr_ca/article/qvq87p/pourquoi-les-gars-heteros-detestent-tant-lastrologie" target="_blank" rel="noopener"><em>Vice</em></a> pour cerner quelques pistes.  L’intérêt du recueil postfacé par Stéphanie Roussel réside dans cette prise de conscience que l’astrologie a un pouvoir, totalement éloigné du stéréotype de la divination, et beaucoup plus près de la sémiotique (un signe est un signe) : le pouvoir de faire émerger les histoires, qu’elles soient belles ou affligeantes, fictives ou biographiques.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Je suis celles qui pleurent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie Veillet]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Sep 2019 01:47:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>DOMINIQUE RAYMOND Sur L’école des soignantes, Martin Winckler, P.O.L., 2019. &#160; Je me souviens d’avoir vu il y a de cela quelques années, sur les tablettes d’une librairie, un livre intitulé La maladie de Sachs, signé par un certain Martin Winckler. Au même moment, je suivais un cours sur Georges Perec, j’étais plongée dans la [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2019/09/Lécole-des-soignantes.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-4191 size-medium alignleft" src="/wp-content/uploads/2019/09/Lécole-des-soignantes-205x300.jpg" alt="" width="205" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2019/09/Lécole-des-soignantes-205x300.jpg 205w, /wp-content/uploads/2019/09/Lécole-des-soignantes.jpg 400w" sizes="(max-width: 205px) 100vw, 205px" /></a>DOMINIQUE RAYMOND</p>
<p style="text-align: right;">Sur <em>L’école des soignantes</em>, Martin Winckler, P.O.L., 2019.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je me souviens d’avoir vu il y a de cela quelques années, sur les tablettes d’une librairie, un livre intitulé <em>La maladie de Sachs</em>, signé par un certain Martin Winckler. Au même moment, je suivais un cours sur Georges Perec, j’étais plongée dans la lecture de <em>La vie mode d’emploi</em>, dont l’un des protagonistes s’appelle Gaspard Winckler. J’ai souri, en me promettant de lire un jour du Winckler.</p>
<p>J’ai donc lu cet été du Winckler, pour le plaisir, pour tenir ma promesse, parce que je suis une fan finie de Georges Perec, parce qu’un gars qui prend pour pseudonyme le nom d’un personnage évoluant dans l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française doit écrire des choses plutôt intéressantes (l’auteur s’appelle Marc Zaffran, un médecin de profession, né à Alger, qui a vécu en France, puis a immigré tardivement au Québec et qui enseigne à l’Université de Montréal). J’étais à mille lieues de penser au féminisme, à <em>Françoise Stéréo</em>, aux Flectures.</p>
<p>Or, j’ai lu <em>L’école des soignantes </em>et j’ai pleuré. Quand tu te retrouves en face d’une œuvre aussi féministe, aussi sincèrement féministe, qui révèle au grand jour les principes de classe et de discrimination sur lesquels s’échafaude tout le système de santé, <em>par l’entremise de la fiction</em>, tu ne peux t’empêcher de pleurer, de pleurer de rire aussi, par rapport à l’absurdité de la situation dans le monde réel. Pour une fois, ce n’est pas « un fucking male chauvinist pig qui s’approprie et déforme la parole des femmes », comme le dit si bien l’un des personnages.</p>
<p>Nous sommes en 2039, à Tourmens, en France. Hannah Mitzva, fils de deux mères, commence sa résidence au pôle Psycho du Centre hospitalier holistique de Tourmens (le <em>Chht!</em>) Au sein même de l’enceinte de l’hôpital, donc, cette école des soignantes que découvre Hannah, en même temps que la lectrice, propose un enseignement et des soins en accord avec des valeurs simples, mais fondamentales : le respect, le partage, et ce, sans rapport de force ni préjugé. L’école n’est pas fondée sur une hiérarchie classiste et sexiste : <em>exit</em> l’échelle qui met le médecin au sommet et le préposé tout en bas, ou celle qui met l’infirmière au service du médecin. Ici, chaque personne est <em>une soignante</em>, et ce, peu importe son sexe, peu importe ce qu’elle panse.</p>
<p>Sur tous les plans, les femmes constituent le point nodal de l’école des soignantes, la mesure étalon. Tous les termes désignant les membres de l’école, les soignantes et les soignées, les invitées, les mentores, etc. sont employés au féminin. Il n’existe qu’une seule référence dans la formation des soignantes : le corps des femmes, ce négligé. De tout temps, les hommes ont constitué la norme par laquelle la médecine s’est approprié le savoir sur la nature humaine, reléguant les femmes et leur hystérie à une spécialité : la gynéco. Une telle inversion de la perspective a pour effet de faire ressortir l’aberrante inégalité des sexes dans le domaine médical. Au lieu de fragmenter les soins selon les maladies d’organes, l’école les organise selon les besoins des soignées : en plus du pôle Psycho, où l’on soigne toute personne se plaignant d’un trouble émotionnel ou cognitif, on retrouve le pôle Urgences, le pôle Enfants, pour les moins de 8 ans, le pôle Aînées, pour les plus de 68 ans souffrant d’une affection liée au vieillissement, le pôle Physio et finalement le pôle Andro, pour les hommes de 8 à 68 ans. Avouez que ça fait sourire de voir ainsi les hommes circonscrits et relégués dans une catégorie…</p>
<p>Alors, <em>L’école des soignantes</em>, une utopie? Une dystopie? En littérature, l’utopie comme la dystopie décrivent des lieux qui n’existent pas. La dystopie raconte les structures d’un lieu qui fonctionne mal, où se trouvent des sociétés ultracontrôlées, où les libertés individuelles sont compromises. Motif privilégié de la science-fiction, la dystopie prolifère aux XX<sup>e</sup> et XXI<sup>e</sup> siècles : de <em>Total Recall</em> à <em>La servante écarlate</em> en passant par <em>La ferme des animaux </em>ou <em>Le</em> <em>meilleur des mondes</em>, le genre sans cesse renouvelle les atmosphères étouffantes, dénonçant d’une part les dérives réelles comme le nazisme, incarnant d’autre part les peurs qui nous habitent et qui nous hantent. Quant à l’utopie, dont le plus grand représentant reste encore aujourd’hui Thomas More (<em>Utopia</em>, 1516), elle repose plutôt sur une conception d’un monde idéal, une société juste, égalitaire. L’utopie joue sur deux tableaux, ce qui provoque un certain inconfort, voire un inconfort certain : la déprime se frotte à la réflexion. Parler d’une société qui n’existe pas, c’est une manière de parler, en creux, de la société qui existe. Forcément, les pratiques médicales décrites dans <em>L’école des soignantes</em>, qu’elles soient positives et adoptées ou négatives et ridiculisées, nous amènent à réfléchir sur les politiques et les pratiques actuelles. D’un autre côté, l’aspect déprimant de l’utopie réside justement dans le fait que c’est <em>utopique</em> : tout ce qui est décrit dans le roman de Winckler est bien trop beau pour être vrai, on ne peut que douter que cela se réalise un jour. D’ailleurs, au sein même de son univers diégétique l’école se bute à bien des difficultés, notamment financières : tout le monde n’est pas favorable à ses pratiques révolutionnaires!</p>
<p>Voilà pourquoi j’ai pleuré : j’ai ri, j’ai réfléchi, j’ai déprimé. Je me suis sentie écoutée, comprise, respectée alors que je n’ai rien dit; j’ai senti que Winckler avait écouté, compris, respecté des centaines, plutôt des milliers de femmes. Dans ce roman, l’auteur propose aussi quelques intermèdes à sa fiction, qui se présentent sous forme de liste anaphorique à la manière des <em>Je me souviens</em> de Perec (évidemment) :</p>
<p>Je suis celle qui incarne le péché originel</p>
<p>Je suis celle par qui le scandale arrive</p>
<p>Je suis celle qui provoque la brouille entre les frères ou les meilleurs amis</p>
<p>Je suis la mère coupable que son enfant soit homosexuel, schizophrène ou autiste</p>
<p>[…]</p>
<p>Je suis celles qui, de nos jours, sans cérémonie, sont lobotomisées pour leur bien</p>
<p>Je suis celles qui feraient mieux de remettre les pieds sur terre et de faire un enfant</p>
<p>Je suis celles qu’on dit incapables d’élever un enfant</p>
<p>[…]</p>
<p>Je suis celles à qui on l’avait dit et qui l’ont bien cherché</p>
<p>Je ne saurais trop vous encourager à être celles qui ont lu <em>L’école des soignantes</em>. Et de lire, comme je m’apprête à le faire, le reste de la bibliographie de Martin Winckler. Et tant qu’à y être, abonnez-vous à son compte Twitter, vous serez conquises par ce médecin qui nous veut du bien.</p>
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		<title>De Platon à Homère. Eremo de Louky Bersianik</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Apr 2019 13:38:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>DOMINIQUE RAYMOND &#160; &#160; Je suis née en 1979, l’année où Louky Bersianik publie Le pique-nique sur l’Acropole. Je l’ai lu vingt ans plus tard, je n’ai certainement pas tout compris, mais j’ai ressenti une admiration sans bornes pour cette autrice. Quelle audace! Revisiter Platon, dénoncer le sexisme sous-jacent des thèses de la psychanalyse, au [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2019/04/C1_Eremo.jpg"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-3820 size-medium" src="/wp-content/uploads/2019/04/C1_Eremo-184x300.jpg" alt="" width="184" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2019/04/C1_Eremo-184x300.jpg 184w, /wp-content/uploads/2019/04/C1_Eremo-768x1255.jpg 768w, /wp-content/uploads/2019/04/C1_Eremo-627x1024.jpg 627w, /wp-content/uploads/2019/04/C1_Eremo.jpg 1645w" sizes="(max-width: 184px) 100vw, 184px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">DOMINIQUE RAYMOND</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je suis née en 1979, l’année où Louky Bersianik publie<em> Le</em> <em>pique-nique sur l’Acropole</em>. Je l’ai lu vingt ans plus tard, je n’ai certainement pas tout compris, mais j’ai ressenti une admiration sans bornes pour cette autrice. Quelle audace! Revisiter Platon, dénoncer le sexisme sous-jacent des thèses de la psychanalyse, au moyen de dits médiévaux, tout en avertissant l’ami lecteur qu’il n’est pas un convive du pique-nique puisque l’amie lectrice, elle, n’a jamais été conviée au <em>Banquet</em>. Il fallait le faire. Vous dire à quel point vingt ans plus tard, j’étais fébrile à l’idée de lire un inédit de Bersianik…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je ne fus pas déçue. J’ai dévoré <em>Eremo</em> en quelques heures. Ce deuxième tome des <em>Inenfances de Sylvanie Penn</em>, publié à titre posthume, présente les moments marquants d’une fillette de huit ans, vécus au couvent d’un désert nommé Eremo pendant la Deuxième Guerre mondiale. De la colère dominicale de ne pas recevoir la visite de ses parents à la joie indescriptible d’avoir du steak haché au menu, toute la gamme des émotions de Sylvanie nous est transmise par une narratrice sensible, qui trace un portrait plus que charmant de ce personnage-enfant. Et la lectrice se prend d’affection pour ce petit bout de femme, une « force de la nature » (p. 134). Une seule fois le <em>Je</em> l’emporte, se met à l’avant-scène, alors que le personnage témoigne des transformations du corps, son corps couvert de pied en cap de la sévère robe noire, camouflage typique de la couventine : « Moi aussi, je me multiplie. Je prends chaque jour un peu plus d’espace en hauteur, en largeur, en profondeur […] Je commence à avoir des « gros poumons”, comme disent les garçons qui ont les mêmes points roses aux mêmes endroits mais où la peau n’avance pas. » (p. 68-69)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La force de l’œuvre réside dans cette distance entre la narratrice et la protagoniste, qui se reproduit sur le plan de l’écriture. En racontant ainsi sa propre enfance, Bersianik prend l’événement à rebours, refait le parcours dans l’autre sens, de droite à gauche. De la même façon, lire Bersianik, c’est s’obliger à prendre les mots et les mythes à rebours, à inverser le titre et retrouver Homère, à inverser le nom de la jeune fille et retrouver la patrie du Squonk, à inverser la prépondérance des personnages pour comprendre les larmes de Pénélope, aussi significatives que les exploits guerriers d’Ulysse. Car cette guerre reste celle de Sylvanie Penn, ne l’oublions pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Heureusement, je n’ai pas encore épuisé cette lecture à rebours, qui donne un « effet-choral » au roman, comme le soulignent les éditrices. Mais j’ai cueilli le champignon qui permit à Persée de s’abreuver, je l’ai cueilli dans le désert d’<em>Eremo</em>, et je poursuivrai ma route en reculant vers un autre désert, glacial, celui de <em>Permafrost</em>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<h4><span style="color: #00ccff;">Flectures</span></h4>
<p><span style="color: #00ccff;">Toute lecture portée par le projet féministe est une flecture. Seront donc déposées ici des recensions, des critiques, des analyses d’œuvres qui, explicitement ou non, déboulonnent ou reconduisent des idées reçues en matière d’égalité entre les sexes.</span></p>
<p><span style="color: #00ccff;">Vous avez un texte à proposer ? Contactez Dominique Raymond, responsable de la rubrique, à <a href="mailto:francoisestereo@gmail.com">francoisestereo@gmail.com</a>.</span></p>
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		<title>Sur/vivre la violence du monde</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie Veillet]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Jul 2018 13:36:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; DOMINIQUE HÉTU &#160; Le jeu de la musique, Stéfanie Clermont, Le Quartanier Éditeur, Collection Polygraphe, 2017, 341 p. &#160; Les ancrages de la vie ordinaire tissent les nouvelles de cette œuvre impressionnante : l’ordinaire du vivant qui donne une texture active à la mémoire endeuillée; l’ordinaire du sexisme qui marque les interactions amoureuses et entres [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2018/07/Jeu-musique.jpg"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-3599 size-full" src="/wp-content/uploads/2018/07/Jeu-musique.jpg" alt="" width="920" height="1476" srcset="/wp-content/uploads/2018/07/Jeu-musique.jpg 920w, /wp-content/uploads/2018/07/Jeu-musique-187x300.jpg 187w, /wp-content/uploads/2018/07/Jeu-musique-768x1232.jpg 768w, /wp-content/uploads/2018/07/Jeu-musique-638x1024.jpg 638w" sizes="(max-width: 920px) 100vw, 920px" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;">DOMINIQUE HÉTU</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Le jeu de la musique</em>, Stéfanie Clermont, Le Quartanier Éditeur, Collection Polygraphe, 2017, 341 p.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les ancrages de la vie ordinaire tissent les nouvelles de cette œuvre impressionnante : l’ordinaire du vivant qui donne une texture active à la mémoire endeuillée; l’ordinaire du sexisme qui marque les interactions amoureuses et entres amies, solidaires et craintives; et l’ordinaire de la pauvreté qui jonche le sol et qui fait du travail, de la jobine, une charge émotionnelle ajoutée aux angoisses matérielles.</p>
<p>Un prologue ouvre le recueil, imbriquant un lieu marquant de l’adolescence et un suicide, soulignant les affects géographiques qui contribuent au processus de deuil, au maintien d’une certaine vitalité dans l’absence et la perte : « Je ne sais pas si ce lieu existe encore. […] Je ne sais pas s’il y a eu, comme le voulait une rumeur, un développement de condos là-bas. […] Ces lieux tranquilles où vivre et mourir en paix, il n’y en a presque pas. » (14) Cet ordinaire montre – dans ces nouvelles qui reprennent ici et là les mêmes personnages et nous dévoilent petit à petit les liens qui se font et se défont au fil des expériences et du temps – comment les petits gestes comptent dans le maintien de ce qu’on appelle, en philosophie morale, « la vie bonne ». Les sujets – hommes, femmes, jeunes filles, lesbiennes, personnes transgenres, racisées, pauvres, intellectuel.le.s, ou encore activistes – se rencontrent, s’aiment, se disputent, et tentent de maintenir l’amour ou de le re/construire sous différentes formes. Ces relations intersubjectives se font écho et, dans ces différentes nouvelles aux ancrages communs, montrent que « la beauté, ça pousse n’importe où, même dans les familles tristes et résignées, même dans un monde de bouffe surgelée, de jobines au Applebee’s » (278).</p>
<p>Le féminisme qui opère dans <em>Le jeu de la musique </em>rend ainsi compte de la texture relationnelle, à la fois soignante et douloureuse, de cet amour, qu’il soit filial, amical, conjugal, éthique ou politique. Les femmes, les mères, les amies, et les sœurs tourmentées forment des réseaux solidaires, sans garantie, érigés dans la nuance réaliste qui ne glorifie pas, n’idéalise pas la misère, la souffrance, l’extase amoureuse et le couple, qui n’élève aucune situation particulière au rang de modèle normatif. Organisées en cinq sections, les nouvelles rappellent sans cesse les difficultés de concilier besoins de soi et besoins des autres : « Tu es là pour aimer, tu ne sais pas ce qu’aimer veut dire. Tu ne sais pas comment donner alors que ton corps crie et n’arrive pas à prendre soin de lui-même. » (299) Les personnages évoluent dans la négociation constante de leur appartenance intersubjective au monde, que ce soit par la mémoire ou dans le deuil, dans un milieu familial violent, dans un squat californien, dans la dépression, dans la relation amoureuse parfois difficile, coûteuse, blessante. Dans leur sensibilité ordinaire par laquelle se révèlent les expériences vécues de l’isolement, mais surtout de la relationalité, les nouvelles de Stéfanie Clermont sont porteuses d’une revendication fondamentale concernant la capacité et la nécessité du langage, du poétique, à rendre compte, sinon à valoriser des expériences vulnérables, hésitantes, blessées, injustes.</p>
<p>Ainsi, dans son féminisme social et interdisciplinaire, <em>Le jeu de la musique </em>traite habilement et parfois très subtilement des rites bien incarnés du passage à l’âge adulte, de la culpabilité trop souvent associée à la dépression et au suicide, de la difficile conciliation entre le monde de surconsommation et le devoir environnemental, de l’expérience transgenre et de la violence conjugale. À travers ces histoires, la responsabilité, la solidarité, l’écoute, et le besoin intersubjectif de reconnaissance recadrent, redirigent notre attention sur la vulnérabilité non pas comme faiblesse ou comme tare, mais comme préoccupation humaine nécessaire, comme lieu agentif du commun : « Je dis : J’ai été forte jusqu’à maintenant, non? Tu dis : Tu as été toutes sortes de choses, tu es un être humain. Ce n’est pas la réponse que je voulais entendre. Moi, je voulais entendre : Tu as été incroyablement solide. » (301)</p>
<p>Finalement, les citations en exergue de chacune des parties, empruntées à Shakespeare, Robbie Basho, Anne Sexton, Diane di Prima et Mahmoud Darwish, soulignent avec force les affects et les enjeux concrets mobilisés dans les nouvelles. Entre les incantations des sorcières de <em>Macbeth</em>, l’attente amoureuse de Basho, la colère blessée de Sexton, et la passion vulnérable et tenace de di Prima, l’écriture de Clermont se déploie parmi les émotions complexes de l’expérience relationnelle de la vie, caractérisée par un amour omniprésent, multiforme, persistant, mais à tout coup malmené par un manque d’hospitalité, de <em>care</em>, et par un certain manque, voire une carence, où l’ordinaire du quotidien, de ses coûts, de ses charges, prend tout son sens. C’est ici que la citation de Darwish, dernière présence intertextuelle du recueil, frappe fort : « Nous aussi, nous aimons la vie quand nous en avons les moyens. »</p>
<p>_______________________________________________________________________</p>
<h4 style="text-align: left;"><span style="color: #00ccff;">Flectures</span></h4>
<p style="text-align: left;"><span style="color: #00ccff;">Toute lecture portée par le projet féministe est une flecture. Seront donc déposées ici des recensions, des critiques, des analyses d’œuvres qui, explicitement ou non, déboulonnent ou reconduisent des idées reçues en matière d’égalité entre les sexes.</span></p>
<p style="text-align: left;"><span style="color: #00ccff;">Vous avez un texte à proposer ? Contactez Dominique Raymond, responsable de la rubrique, à <a href="mailto:francoisestereo@gmail.com">francoisestereo@gmail.com</a>.</span></p>
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		<title>De la reconduction de quelques clichés</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Jun 2018 01:47:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CLARA LAGACÉ Patrice Lessard, Cinéma Royal, Montréal, Héliotrope, 2017. &#160; Louiseville, petite municipalité au maire rébarbatif qu’on connaît malheureusement trop bien – d’ailleurs réélu l’automne dernier – est le lieu choisi pour camper l’intrigue du plus récent roman de Patrice Lessard, Cinéma Royal, paru chez Héliotrope à l’automne 2017. Cinéma Royal raconte l’histoire de Jean-François, surnommé [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2><a href="/wp-content/uploads/2018/06/cinema-royal-patrice-lessard.jpg"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-3578" src="/wp-content/uploads/2018/06/cinema-royal-patrice-lessard.jpg" alt="" width="641" height="427" srcset="/wp-content/uploads/2018/06/cinema-royal-patrice-lessard.jpg 641w, /wp-content/uploads/2018/06/cinema-royal-patrice-lessard-300x200.jpg 300w" sizes="(max-width: 641px) 100vw, 641px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">CLARA LAGACÉ</h2>
<p>Patrice Lessard, <em>Cinéma Royal</em>, Montréal, Héliotrope, 2017.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Louiseville, petite municipalité au maire rébarbatif qu’on connaît malheureusement trop bien – d’ailleurs réélu l’automne dernier – est le lieu choisi pour camper l’intrigue du plus récent roman de Patrice Lessard, <em>Cinéma Royal</em>, paru chez Héliotrope à l’automne 2017.</p>
<p><em>Cinéma Royal</em> raconte l’histoire de Jean-François, surnommé Jeff, barman depuis plus de vingt ans à la taverne Windsor. C’est un sympathique raté. Un jour, son quotidien morne et prévisible, qu’il affectionne néanmoins, est bousculé par l’arrivée de Luz. Gros plan d’abord sur ses longues bottes sexy, puis on recule jusqu’à un plan taille pour prendre pleine mesure de sa beauté mystérieuse et exotique (elle vient d’Espagne), qui ne cadre d’aucune façon avec le décor fané du bar (et de Louiseville en général). S’ensuivent quelques semaines de séduction durant lesquelles de nombreuses bouteilles de vin rouge sont englouties. Jeff tombe amoureux de Luz et cela semble réciproque, malgré ou en raison du mariage malheureux de cette dernière. Pourtant, cela paraît pour le moins surprenant que cette ténébreuse étrangère se soit éprise d’un homme qui selon ses propres dires est « une insignifiante personne » (p. 101) sans ambition. Alors que Jeff doit s’évader avec sa douce, celle-ci disparaît, confirmant les réticences inavouées de notre narrateur (et les nôtres). Je n’en révélerai pas plus ; il s’agit d’un roman à intrigue après tout! Suffit de mentionner que la troisième partie est particulièrement délectable sur le plan de l’autodérision et des aventures rocambolesques.</p>
<p>J’admets donc avoir été complètement prise par la trame narrative cocasse, voire tenue en haleine par un dénouement que je pouvais certes deviner, mais qu’il me hâtait tout de même de lire. Or, en déposant le roman, un goût âcre m’est resté en bouche. Ne venais-je pas de dévorer une histoire qui donne à lire une représentation très stéréotypée d’une femme fatale — exotisée de surcroît, lieu commun sexiste des films noirs et de notre imaginaire collectif depuis la chute d’Ève?</p>
<p>Il faut dire que <em>Cinéma Royal</em> regorge de clichés et s’amuse à les grossir jusqu’à les rendre dérisoires. L’important intertexte avec le cinéma de Hitchcock et l’exploration des codes et l’esthétique des films noirs y est pour beaucoup. Luz fait ravage dans la vie de Jeff qui est obnubilé par sa beauté provocante. Elle est mariée à Alexandre Gagné, un avocat lié à « la pègre locale », et affirme vouloir se venger de lui et du traitement qu’il lui réserve. Tous les ingrédients pour une intrigue à la <em>Fenêtre sur cour</em> – film qui obsède d’ailleurs nos deux protagonistes – sont au rendez-vous.</p>
<p>Cependant, bien que Lessard joue avec plusieurs stéréotypes, il en reconduit par ailleurs d’autres. De fait, on n’accède jamais à la subjectivité de Luz. Comme dans les films dont le roman s’inspire, la femme fatale de <em>Cinéma Royal</em> demeure un objet de fascination qui occupe certes un rôle central dans l’intrigue, mais est avant tout l’objet de désir du protagoniste masculin. Rien dans le roman de Lessard ne laisse penser que ce schéma est ébranlé. Pas même lorsque son narrateur remarque qu’« il n’y avait aucun personnage féminin dans la nouvelle [qui a inspiré <em>Fenêtre sur cour</em>], c’est Hitchcock et son scénariste qui avaient inventé Lisa, Stella, Miss Torso et Miss Lonelyhearts » (p. 86). Sommes-nous supposés-es remercier Lessard d’avoir également inclus quelques personnages féminins dans le sien? Leur seule présence ne suffit pas.</p>
<p>D’ailleurs, les autres personnages féminins dans <em>Cinéma Royal </em>sont presque exclusivement des femmes sur qui Jeff a fantasmé par le passé. Par exemple, on apprend que Luz habite dans l’ancienne maison d’Élisabeth, la grande sœur d’un de ses amis d’enfance qui personnifiait, à l’époque, tous ses rêves sexuels adolescents : « Son maillot rouge enserrait sa lourde poitrine et je rêvais d’elle et me masturbais frénétiquement chaque jour en imaginant ses seins dans mon visage alors qu’elle se penchait pour les mettre à ma portée » (p. 123). Élisabeth n’existe que relative au regard objectivant du narrateur. Les lecteurs-trices baignent dans un univers qui donne peu d’agentivité et encore moins de complexité aux personnages féminins mis en scène.</p>
<p>Bref, si je peux accepter que Luz, comme Jeff et Alexandre Gagné, occupe une fonction spécifique dans cette intrigue hitchcockienne, il m’est plus difficile d’avaler le fait qu’elle n’a pas pour autant de subjectivité propre. Je me serais attendue à une plus grande complexification des rôles féminins dans le cadre d’un roman qui ironise sur les codes des films noirs – du moins, certains de ces codes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>P.S. Puisqu’on parle de cinéma, ajoutons que <em>Cinéma Royal </em>est loin de réussir le test Bechdel.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<h4 style="text-align: right;"><span style="color: #008080;">Flectures</span></h4>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;">Toute lecture portée par le projet féministe est une flecture. Seront donc déposées ici des recensions, des critiques, des analyses d’œuvres qui, explicitement ou non, déboulonnent ou reconduisent des idées reçues en matière d’égalité entre les sexes.</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;">Vous avez un texte à proposer ? Contactez Dominique Raymond, responsable de la rubrique, à</span> <a href="mailto:francoisestereo@gmail.com">francoisestereo@gmail.com</a>.</p>
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		<title>D’un aria à l’autre, féminin cette fois</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie Veillet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Apr 2018 16:06:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; DOMINIQUE RAYMOND &#160; Meb, Aria de laine, poèmes découpés dans Maria Chapdelaine, Montréal, Moult éditions, novembre 2017. &#160; &#160; L’origine Comme bon nombre d’étudiants québécois j’ai dû, un jour, prendre quelques heures de ma vie pour lire Maria Chapdelaine, l’exemplaire roman du terroir écrit par Louis Hémon et publié au Québec en 1916, plus [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2018/04/2284362-gf.jpg"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-3565 size-full" src="/wp-content/uploads/2018/04/2284362-gf.jpg" alt="" width="317" height="550" srcset="/wp-content/uploads/2018/04/2284362-gf.jpg 317w, /wp-content/uploads/2018/04/2284362-gf-173x300.jpg 173w" sizes="(max-width: 317px) 100vw, 317px" /></a></p>
<h3></h3>
<p>&nbsp;</p>
<h3></h3>
<h3 style="text-align: right;">DOMINIQUE RAYMOND</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Meb, <em>Aria de laine</em>, poèmes découpés dans <em>Maria Chapdelaine</em>, Montréal, Moult éditions, novembre 2017.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>L’origine</strong></p>
<p>Comme bon nombre d’étudiants québécois j’ai dû, un jour, prendre quelques heures de ma vie pour lire <em>Maria Chapdelaine</em>, l’exemplaire roman du terroir écrit par Louis Hémon et publié au Québec en 1916, plus tard chez Fides, dans la collection du Nénuphar, qui consacre, ironiquement car Hémon est Breton, « les meilleurs auteurs canadiens ». Quel aria que le souvenir de cette lecture, un embarras, un moment pénible et malaisant : un homme décrit le destin d’une pauvre femme, protagoniste en apparence, sujet de couverture par l’intitulé mais au fond, simple objet de convoitise entre nomades et sédentaires, prétexte, en plus, à la propagande.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On aura compris qu’à la seule vue du sous-titre de l’ouvrage de Meb (Marie-Ève Bouchard), « poèmes découpés dans <em>Maria Chapdelaine </em>», j’étais conquise. <em>Aria de laine</em> est un exutoire pour toutes celles et ceux qui ont rêvé de réduire en miettes ce classique de la littérature québécoise. Car c’est exactement ce que Meb fait, sans être motivée, toutefois, par un quelconque sentiment : « Je suis tombée par hasard sur <em>Maria Chapdelaine</em> », confie-t-elle dans le préambule. Hachurée, bariolée par le feutre rouge, l’« Œuvre » de Louis Hémon redescend de son piédestal, redevient minuscule, retourne à l’état de texte, perfectible et transgenre (!) puisque le roman se mue en fragments de poésie. Le jeu est aussi paratextuel, car Moult éditions a astucieusement détourné la maquette de la collection du Nénuphar, de sorte qu’<em>Aria de laine </em>semble faire partie de cette collection et Meb, d’une manière irrévérencieuse mais délicieuse, s’inscrit comme l’une de nos meilleures auteures canadiennes.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Le geste</strong></p>
<p>La violence du travail créatif de Meb vient de la désacralisation d’une œuvre mythique. Elle vient aussi de la mise en page. Tout est fait pour rendre visible la découpe opérée dans le texte d’origine : des lambeaux carrés ont été soutirés d’un exemplaire à grands coups de ciseaux ou d’exacto, des ratures rouges, sanglantes biffent le texte superflu cependant que des traces de plomb encadrent les quelques mots qui formeront les poèmes. Tout ceci nous mène au plus près du geste de la poète, qui se compare à celui des artisans de la <em>Black Poetry</em> et aux fragmentistes. La pratique comme l’esthétique du fragment est toujours violente <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. Le fragment indique une brisure, un débris, le reste d’un tout qui, tantôt ou jadis, volait en éclat; il laisse ainsi supposer un acte violent mais qui n’est pas forcément négatif ou sans espoir.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le reste</strong></p>
<p>La littérature québécoise au tournant des années 1970-80 a fait du fragment une arme de prédilection. Les formalistes l’ont érigé en forme privilégiée du <em>texte</em>, les féministes, notamment Nicole Brossard, en ont fait une pierre d’assise de leur écriture. Il s’agit de mettre en évidence le <em>non-sujet</em>, en incorporant des bribes — des fragments — d’un réel éclipsé, d’un « chapitre effrité », des morceaux de la réalité concrète des femmes. La langue, avec ses mots et ses structures dévolus à la logique sexiste et patriarcale, s’en trouve ainsi, forcément, déconstruite et fragmentée : les phrases sont courtes, nominales et elliptiques, sans propositions relatives ou coordonnées aptes à rendre le tout cohérent et conséquent. Mais le fragment chez Brossard réside aussi dans l’interstice, le non-dit, le blanc, là où se situent l’essentiel, l’avenir, le lumineux. Les carrés découpés d’<em>Aria de laine </em>me rappellent les poèmes carrés du <em>Centre blanc </em>: fil ténu d’Ariane tissé par Pénélope.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Quant au reste, ces fragments de poésie en tant que tels, ils mettent en évidence le lyrisme du texte d’origine, pays chanté, que s’approprie la voix solo d’une aria, lyrique elle aussi :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 30px;"><span style="color: #33cccc;">Je me suis dit</span><br />
<span style="color: #33cccc;"> Devant l’immense</span><br />
<span style="color: #33cccc;"> Hiver</span><br />
<span style="color: #33cccc;"> Je ne suis pas</span><br />
<span style="color: #33cccc;"> À moi</span></p>
<p style="padding-left: 30px;"><span style="color: #33cccc;">Elle répondait</span><br />
<span style="color: #33cccc;"> Ignore les mots</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il est facile en un sens d’ignorer les mots d’<em>Aria de laine</em>, puisqu’aucun n’est de Meb, et parce que tout est dit de toute façon depuis que La Bruyère a dit que tout est dit. Au final, seuls comptent la découpe, le geste, l’assemblage, le rapaillage, la courtepointe que forment ces vingt chants.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Voir à cet égard Normand de Bellefeuille ou Maurice Blanchot.</p>
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		<title>L’absente de tous bouquets</title>
		<link>/labsente-de-bouquets/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=labsente-de-bouquets</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Dec 2017 03:37:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#160; DOMINIQUE RAYMOND &#160; Je suis chargée de cours à l’université depuis 10 ans. J’ai donné quatre fois le cours Histoire du théâtre occidental. Je suis aussi une chargée de cours féministe. Je ne peux me contenter d’enseigner ce que je lis dans les manuels et autres traités d’histoire du théâtre, car la place des [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: right;"><a href="https://www.leslibraires.ca/livres/la-coalition-de-la-robe-marie-claude-garneau-9782890916111.html?u=68361"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-3510 size-full" src="/wp-content/uploads/2017/12/Coalition.jpg" alt="" width="1426" height="1875" srcset="/wp-content/uploads/2017/12/Coalition.jpg 1426w, /wp-content/uploads/2017/12/Coalition-228x300.jpg 228w, /wp-content/uploads/2017/12/Coalition-768x1010.jpg 768w, /wp-content/uploads/2017/12/Coalition-779x1024.jpg 779w" sizes="(max-width: 1426px) 100vw, 1426px" /></a>DOMINIQUE RAYMOND</h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je suis chargée de cours à l’université depuis 10 ans. J’ai donné quatre fois le cours Histoire du théâtre occidental. Je suis aussi une chargée de cours féministe. Je ne peux me contenter d’enseigner ce que je lis dans les manuels et autres traités d’histoire du théâtre, car la place des femmes est nulle. J’exagère? Lisez l’article « Histoire du théâtre » de l’Encyclopédie Larousse. Aucune dramaturge n’est nommée. Zéro. La seule mention relative aux femmes dans le domaine théâtral concerne le travestissement à l’époque élisabéthaine : les rôles féminins sont joués par des hommes.</p>
<p>Alors, quelles sont mes options? Enseigner l’absence des femmes, montrer la béance, le trou, le vide. Bon, mais encore. Aller du côté du contemporain, car Ariane Mnouchkine tend à s’imposer comme une figure marquante du théâtre de la fin du XXe siècle. Certes, mais disons que ça fait une histoire courte, le théâtre de 1975 à aujourd’hui… Chercher des ressources ailleurs que dans les manuels? Voir ce qui s’enseigne dans les différentes formations en théâtre? Eh bien en lisant <a href="http://www.editions-rm.ca/livres/la-coalition-de-la-robe/" target="_blank" rel="noopener">La Coalition de la robe</a>, on constatera que ça ne servirait à rien.</p>
<p>« Ce n’est pas sur les bancs de l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe qu’on nous a parlé du Théâtre des cuisines, un théâtre militant, féministe et marxiste, qui souhaitait rejoindre la classe ouvrière »; « Ce n’est pas sur les bancs de l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe que nous avons appris à remettre en question la sous-représentation des femmes dans le paysage théâtral. » (p. 19 et 21)[1]</p>
<p>Ce nous, c’est la parole de trois diplômées en théâtre, Marie-Claude Garneau, Marie-Êve Milot et Marie-Claude Saint-Laurent, témoins d’une performance déterminante de la Coalition de la robe : elle constitue l’élément déclencheur d’un engagement total, à la fois féministe, politique et théâtral. D’une part, le trio suit les traces du collectif, ramassant les indices de leurs actions et les présentant du même coup au lecteur : extraits du Manifeste de la Coalition de la robe, récit de performances, lettres diverses. D’autre part, les trois femmes partagent leurs propres recherches, par exemple, une étude de la place des femmes dans la revue Jeu, et suggèrent différentes postures réflexives et actives possibles, en offrant notamment un petit guide pratique pour un théâtre féministe. Dans ce petit guide, rien pour les profs. Mais je n’hésiterai pas, si j’ai l’occasion de redonner un jour Histoire du théâtre, à mettre La Coalition de la robe au programme.</p>
<p>Pour pallier l’absence et perpétuer la mémoire, les Éditions du remue-ménage proposent un Agenda des femmes 2018[2] . En plus d’inclure une cinquantaine d’extraits d’œuvres littéraires écrites par des femmes, l’Agenda a permis à une douzaine d’autrices de s’exprimer sur le travail d’une écrivaine qui les habite, amalgamant ainsi leurs univers intime et littéraire. Lectrices, nous sommes aussi conviées à amalgamer ces deux univers, à joindre la notation de nos douleurs mensuelles à nos lectures du moment. L’Agenda des femmes littérarise notre quotidien, sublime la mémoire individuelle pratico-pratique – se souvenir de mes rendez-vous – en mémoire collective – se souvenir de toutes ces autrices qui ne figureront peut-être jamais dans les manuels d’histoire littéraire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p>[1] Marie-Claude Garneau, Marie-Êve Milot et Marie-Claude Saint-Laurent, La Coalition de la robe, Éditions du remue-ménage, Montréal, 2017.</p>
<p>[2] L’Agenda des femmes 2018, Éditions du remue-ménage, 2017.</p>
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		<title>À propos des femmes savantes</title>
		<link>/a-propos-femmes-savantes/?utm_source=rss#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=a-propos-femmes-savantes</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julie Veillet]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Oct 2017 20:45:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>CAMILLE GAGNÉ    Être humain de sexe féminin lorsque son âge permet d’envisager sa sexualité (par oppos. à enfant), et, le plus souvent, après la nubilité et à l’âge adulte, sociologiquement lié à l’âge où le mariage est possible (par oppos. à fille).  « Femme », Le Petit Robert de la langue française &#160; Les règles, oui, [&#8230;]</p>
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<h2></h2>
<h2 style="text-align: right;">CAMILLE GAGNÉ</h2>
<p><em> </em></p>
<p><em> Être humain de sexe féminin lorsque son âge permet d’envisager sa sexualité (par oppos. à enfant), et, le plus souvent, après la nubilité et à l’âge adulte, sociologiquement lié à l’âge où le mariage est possible (par oppos. à fille).</em><em> </em></p>
<p>« Femme », Le Petit Robert de la langue française</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les règles, oui, je les connais.</p>
<p>Je suis une femme dans la vingtaine. Des fois, je me sens seule. Je suis fascinée par Nelly Arcan. Je suis déjà tombée dans les bras d’un ex. Au grand bonheur de ma coiffeuse, j’ai souvent le besoin de changer de tête. Je fais beaucoup de sacrifices pour plaire. J’ai l’habitude d’attendre Godot à l’aéroport (ou ailleurs).</p>
<p>J’ai déjà critiqué des dizaines de Cindy, en étant consciente qu’au fond, je ne vaux pas mieux. Comme si le reflet de ces femmes imparfaites heurtait celle qui se cache au fond de moi, sous un sourire tracé et des cils Lancôme.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La première fois que j’ai parcouru <em>Des femmes savantes</em>, j’ai reconnu une part plus ou moins grande de moi-même dans chaque personnage de Chloé Savoie-Bernard, non sans en éprouver un profond malaise. Rien de flatteur à se reconnaître dans la peau de filles qui dépendent du regard de l’homme ou qui sont prêtes à tout laisser tomber pour en rejoindre un. Des femmes qui sont conscientes de la perversité de leur rapport à l’autre, des femmes qui pensent en marchant tandis que leurs pieds les mènent droit au précipice. Des femmes savantes.</p>
<p>« Ces femmes ont bien appris la leçon. Les règles, elles les connaissent. Est-ce donc leur faute si, au dernier moment, ça coince? […] Quelles parts de soi faut-il enjamber pour atteindre l’autre? » Ces questions prémonitoires de la quatrième de couverture, je me les posais encore pas plus tard que l’hiver dernier, lors de ma dernière rencontre. Une petite alarme avait sonné dans ma tête lorsque l’homme, sans qu’on ne soit jamais rencontré.es, m’avait confié qu’au-delà de toutes les qualités d’une personne, c’était l’attirance sexuelle qui prônait. J’avais ignoré cette voix qui me criait d’aller voir ailleurs : mon choix était consciemment mauvais. Après notre cinquième rencontre, il a mis fin à notre futur, prétextant qu’il n’envisageait pas de relation plus sérieuse avec moi en raison d’un détail d’ordre esthétique : « Tu as un duvet foncé au-dessus de la bouche. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Des histoires comme celles <em>Des femmes savantes</em>, j’en connais plein. Des récits de femmes, cet « être humain femelle adulte, qui se différencie généralement de l’homme par des seins renflés, des hanches larges, ainsi qu’une pilosité et une musculature plus faibles ». Comment correspondre aux attentes ontologiques de cet être humain différent de l’homme, aux « caractéristiques qu’on attend traditionnellement de son sexe »? Pour une ressource couramment consultée comme Antidote, une femme se définit par des attentes, elle doit avoir une forme spécifique, être plus faible et moins poilue que son homologue masculin. Suffit-il d’être conscient de l’archaïsme de ces définitions pour s’en émanciper?</p>
<p>Je songe à la citation de Matias Viegener dans l’exergue du recueil : « Their problem is that they know too much, but also know that this knowledge protects them from nothing. » Je songe également à la comédie de Molière, <em>Les femmes savantes</em>, à l’ironie du sort de ces femmes qui auraient sans doute été mieux traitées si elles s’en étaient tenues à ce qu’on attendait d’elles, à « ces pionnières de l’égalité des sexes, indépendantes, fortes et révoltées contre une société qui les infériorise et les met à distance du pouvoir<a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> ». Cette même comédie qui mène de front plusieurs attaques tout en ridiculisant l’émancipation féminine, « associant la culture intellectuelle des femmes au faux idéalisme ». Quelques siècles plus tard, sous un titre semblable et dans un décor différent, qu’en est-il des femmes cultivées? À l’ère où l’on impose la parité des genres au sein de notre gouvernement fédéral tout en lapidant la moustache d’une députée provinciale, qu’en est-il de ces « filles de Nelly et de Sylvia », héritières d’une société qui ne cesse de multiplier attentes et pressions? « Certaines arriveront à faire le grand écart, d’autres non », nous dit un personnage de Chloé Savoie-Bernard. Mais au final, je me demande s’il est possible d’être épanouie, femme et savante, de s’émanciper complètement de ces pressions extérieures, s’émanciper de Nelly Arcan et de Sylvia Plath, de l’influence de l’image chez les femmes, de la marchandisation du corps, du génie féminin écrasé par une société dominée par les hommes.</p>
<p>Le souhait de Coralie n’est, au fond, peut-être pas aussi fou qu’elle le prétend : « C’est que, pour être certaines que je ne me perde pas en route, [Nelly et Sylvia] ont semé des petits cailloux qui me conduisent jusqu’à l’abîme, mais que voulez-vous, je suis folle, folle de même, je veux défaire le sort, je veux vivre […]. » Dans « Tu baignes dans la lumière », les tentations de rechutes sont tellement omniprésentes qu’elles rendent le chemin vers la guérison et l’épanouissement particulièrement difficile. J’aime me dire que même si l’espoir de Coralie demeure fort ténu, il est bel et bien là, quelque part au bout des pages.</p>
<p>Entre la « Liste des raisons pour lesquelles tu devrais m’aimer » et la « Liste des choses que je ne ferai plus jamais », une mutation s’opère. Certains personnages oscillent, d’autres échouent en cours de route, mais quelques-uns redressent la tête. Un progrès pointe à l’horizon. La première narratrice à ne pas succomber aux « scénarios universels » est celle de « Vœux ». Cette victoire est toutefois circonstancielle. « Si j’avais été dans un meilleur état, peut-être me serais-je laissée avoir par le flux tranquille de notre conversation », avoue-t-elle. La volonté de Coralie ne semble aussi tenir qu’à un fil, telle une funambule qui doit sans cesse se rappeler que tout ira bien, qui a besoin de se le répéter pour s’en convaincre et ne pas perdre pied.</p>
<p>C’est vrai qu’il y a des jours où ignorer les surfaces réfléchissantes suffit et d’autres où je fracasserais mon reflet en mille pièces. Jamais je n’ai songé à attraper un feutre Sharpie et porter fièrement la moustache à coup de crayon permanent. J’aimerais être une fille d’Halle Berry. Dans « Halle Berry et moi », la narratrice refuse de porter son hérédité comme « la tortue sa maison sur le dos ». Elle aspire à plus qu’à simplement faire la belle et courber le dos. Elle s’adresse à sa mère, à Halle Berry et à toutes ces figures de femmes qui gaspillent leur savoir et qui exigent la perfection d’elles-mêmes :</p>
<p>[…] toi qui es obsédée de la calorie en trop, comme ta mère avant toi et comme moi après vous, tu ne savais peut-être pas que certains garçons aiment les filles lourdes, certains garçons les trouvent douces et vraies, préfèrent la rondeur des courbes aux angles sculptés par le gym de mon corps d’aujourd’hui, et je serai parmi elles, parmi ces filles grosses, je serai vraie de vraie de vraie, véritable, tu m’entends, jamais plus je ne ferai semblant d’être une fille légère et sans histoire.</p>
<p>C’est le message que j’aurais voulu retirer <em>Des femmes savantes</em>. J’aurais aimé avoir la force de surpasser une simple remarque machiste et superficielle, ne pas avoir développer le réflexe de couvrir mon visage à chaque fois que je souris, de peur que la blancheur de mes dents n’accentue la présence de l’ombre qui tache honteusement le haut de ma lèvre supérieure. Malheureusement, toutes ne disposent pas du même caractère, toutes n’ont pas le courage de tourner le dos à leurs mères, à une tradition de femmes savantes asphyxiées, à la pogonophobie du sexe féminin. Toutes n’ont pas la force d’embrasser leurs origines et d’irradier le monde de leur singularité. Toutes ne refusent pas de se dire « […] je suis bien fille de Montréal, fille de mon époque, je sais qu’aux garçons qu’on ramène pour un soir, on doit se garder de faire d’autres scènes que celles de sa cambrure en doggystyle », de se taire devant ces hommes qui les trouvent « lourdes ».</p>
<p>Les exemples de femmes qui acceptent, qui se résignent et qui chutent sont trop présents pour les ignorer. Le recueil fourmille de personnages qui peinent à supporter une sortie sans maquillage, qui se contredisent dans leurs actions et leurs intentions, qui supportent toutes sortes de traitements pour attirer l’attention, qui jouent avec la vie et la mort. Il est pourtant impossible de rester insensible au sort de ces femmes silencieuses, dépendantes, masochistes ou superficielles. Impossible de ne pas sentir la solitude et la perte de repère qui contraignent ces femmes à se rattacher à la seule perche qui leur est tendue. Impossible de reprocher à Cindy de ne pas être infaillible, alors qu’avoir les dents blanches, être la meilleure, être la plus belle ou être la plus intelligente ne suffit pas. Impossible d’ignorer les regards que l’on porte sur mon visage.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Est-ce que le recueil s’émancipe vraiment des figures torturées de femmes suicidées et des définitions empoussiérées de dictionnaires couramment utilisés? Est-ce qu’on constate une progression, une évolution du statut de la femme savante depuis la pièce de Molliere? J’aimerais le croire et m’y rattacher, comme la promesse d’un avenir allégé de ces luttes quotidiennes. Mais avec le point « [m]’attacher à des gens » qui vient clore « La liste des choses que je ne ferai plus jamais », il demeure difficile de croire à l’espoir d’épanouissement complet dans l’autonomisation que laissent entendre les dernières lignes du livre : « J’ai claudiqué souvent, mais il s’agit peut-être seulement de me tordre les chevilles, d’aligner mes genoux, mes chevilles et mes pieds pour arrêter de marcher à côté de moi, pour marcher dans mes propres pas. » Peut-être que le recueil, au final, manque de lumière, qu’il aurait pu montrer plus d’exemples de figures féminines fières et fortes. Peut-être que je me fais de fausses idées, mais j’ose espérer que le prochain topo des femmes savantes sera plus optimiste que les deux précédents, et ce, avant longtemps.</p>
<p>En attendant, l’œuvre de Chloé Savoie-Bernard donne à réfléchir sur les coulisses d’une pièce qui dure depuis plusieurs siècles. Dans ses nouvelles en clair-obscur, l’auteure arrive à montrer les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontées les jeunes femmes d’aujourd’hui. Parmi sa série de dénouements finalement très sombres, elle nous montre qu’il y a encore du travail à faire, mais que l’émancipation est possible, que certaines y parviennent. La solution ne se trouve pas entre les lignes, elle est tracée juste là, sous notre nez, en caractères noirs. Elle nous berce et nous accompagne de la première à la quatorzième et dernière nouvelle. Peu importe que la démarche soit claudicante ou imparfaite, ce qui importe, c’est de « marcher dans ses propres pas », c’est de sortir de ces faux idéalismes et de ne pas avoir à s’excuser pour ce que nous sommes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce qui importe, c’est de trouver la force de se dire « sorry, moi c’est pas Nelly Arcan, je ne me pendrai pas dans mon appart du Plateau », c’est d’ignorer la tentation de retomber dans de mauvaises habitudes et de se conformer à de mauvais modèles. C’est de me dire que je connais les règles et que, parce que je les connais, je suis capable d’oublier une mauvaise rencontre comme on oublie une mauvaise journée. C’est de ne pas laisser définir ma féminité par n’importe quel homme insignifiant et sans importance. C’est de me faire des « high fives multiples à moi de moi » pour chaque petite victoire. C’est de me répéter jusqu’à m’en convaincre que « je me trouvais forte d’avoir vaincu ma petite peur, d’être sortie de ma zone de confort, de m’être affranchie, en quelque sorte, […] même si je savais que dès le lendemain », je recommencerais à scruter mon visage à la recherche de ce duvet foncé qui aurait échappé à mon attention toutes ces années, à comparer les prix d’épilation au laser chez différentes cliniques d’esthétique, à finalement attraper une pince à épiler, me regarder dans le miroir et agiter l’instrument dans le vide, entre mon reflet et ma chair.</p>
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<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Claude Latendresse, « Les femmes savantes », <em>Jeu </em>56 (1990), p. 162–165.</p>
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<h4><span style="color: #008080;">Flectures</span></h4>
<p><span style="color: #33cccc;">Toute lecture portée par le projet féministe est une flecture. Seront donc déposées ici des recensions, des critiques, des analyses d’œuvres qui, explicitement ou non, déboulonnent ou reconduisent des idées reçues en matière d’égalité entre les sexes.</span></p>
<p><span style="color: #33cccc;">Vous avez un texte à proposer ? Contactez Dominique Raymond, responsable de la rubrique, à </span><a href="mailto:francoisestereo@gmail.com">francoisestereo@gmail.com</a>.</p>
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		<title>Le féminisme des Suicidées</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie Veillet]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Oct 2017 16:45:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[FLECTURES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>DOMINIQUE RAYMOND   Flectures Toute lecture portée par le projet féministe est une flecture. Seront donc déposées ici des recensions, des critiques, des analyses d’œuvres qui, explicitement ou non, déboulonnent ou reconduisent des idées reçues en matière d’égalité entre les sexes. Vous avez un texte à proposer ? Contactez Dominique Raymond, responsable de la rubrique, [&#8230;]</p>
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<h2 style="text-align: right;">DOMINIQUE RAYMOND</h2>
<p><em> </em></p>
<h4 style="text-align: right;"><span style="color: #008080;">Flectures</span></h4>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;">Toute lecture portée par le projet féministe est une flecture. Seront donc déposées ici des recensions, des critiques, des analyses d’œuvres qui, explicitement ou non, déboulonnent ou reconduisent des idées reçues en matière d’égalité entre les sexes.</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #33cccc;">Vous avez un texte à proposer ? Contactez Dominique Raymond, responsable de la rubrique, à <a href="mailto:francoisestereo@gmail.com">francoisestereo@gmail.com</a>.</span></p>
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<h4></h4>
<h4>Le féminisme des <em>Suicidées</em></h4>
<p>« Ce qui a capté mon intérêt, c’est qu’elle donne dans le polar féministe <a href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a>. » Qu’y aurait-il de mieux pour initier les Flectures qu’un texte qui sort des sentiers battus parce que l’auteur est une femme – le polar reste une chasse gardée masculine – et parce qu’il présente des idées subversives qui stimulent la réflexion sur les rapports humains? Eh bien, un polar profondément féministe…</p>
<p>En apparence, soit,<em> Les suicidées </em><a href="#_ftn2" name="_ftnref2">[</a><a href="#_ftn2" name="_ftnref2">2]</a> (<em>Splinter the Silence)</em> propose une version féminine et féministe du roman policier. Les victimes sont des femmes, tuées parce qu’elles sont des femmes qui prennent la parole. Le meurtre de ces activistes, cyberintimidées pour leurs propos antipatriarcaux, est camouflé en suicide. En guise de mise en abyme, on retrouve sur chaque scène de crime un livre d’une auteure associée au mouvement féministe, comme Virginia Woolf ou Sylvia Plath, qui s’est suicidée à peu près de la même manière que le laisse croire l’aménagement des cadavres : pierres dans les poches de la noyée, tête dans le four pour l’asphyxiée.</p>
<p>Quant au tueur, il s’agit d’un psychopathe misogyne qui en veut aux femmes à cause de sa mère, évidemment, laquelle a « abandonné » sa famille pour rejoindre un groupe de femmes « qui lui ont mis des idées dans la tête » (p. 77). Elle meurt dans un accident de voiture en compagnie de deux consœurs. En plus de cette intrigue féministe qui se noue en bonne partie sur le parcours du tueur en série – ses motifs, son mobile et ses actions –, il faut noter une (discutable) préséance des premiers rôles féminins non traditionnels (Jordan, la chef) et (Stacey, la <em>hackeuse</em>). Et pour s&rsquo;assurer que lectrice et lecteur se fassent la remarque, un personnage souligne : « L’une des choses qui lui avait immédiatement plu dans l’équipe de Carol Jordan, c’était sa diversité – homos et hétéros, métisse, asiatique, rouquin – et le fait que personne ne se préoccupe de leurs différences quand il s’agissait de travailler ensemble. » (p. 232) Ce procédé est récurrent. Comme dans cette scène où Jordan règle ses comptes avec les journalistes à propos de son alcoolisme et de la corruption dont elle aurait bénéficié (reprise de la figure, éculée s’il en est une, de l’inspecteur alcoolique) et verbalise les enjeux de cette confrontation dans une optique féministe : « Est-ce que vous niez avoir un problème d’alcool? Carol sentit la colère monter en elle. Qu’est-ce que vous essayez de faire au juste? Me discréditer ou vous livrer simplement à un petit exercice de sexisme ordinaire? Si j’étais un homme, on n’en aurait même pas parlé. Parce qu’un homme qui boit un verre, c’est normal. Mais une femme qui boit, elle, brise toutes les règles. » (p. 309) L’insulte ajoute ici à l’injure : Jordan se défend auprès des journalistes, alors que la conférence de presse avait pour tout autre objet sa promotion comme chef de la Brigade Régionale d’Enquête Prioritaire, qui s’est donné la tâche d’arrêter le tueur.</p>
<p>Ce qui nous laisse plutôt sur notre appétit, c’est que <em>Les suicidées</em> s’inscrit dans une manière traditionnelle de faire le roman policier à intrigue, mettant de l’avant la figure du détective. Les Colombo, Poirot, Bond, Holmes sont autant de variations du récit de détection, où le lecteur comme l’enquêteur connaît parfois le coupable ou l’ennemi, en tout cas suppose minimalement la présence d’un opposant : « On sait de façon certaine et en vertu de quelles règles X gagnera; le plaisir consiste à voir avec quelles trouvailles et quelle virtuosité ils atteindront le moment final, avec quelle jonglerie ils tromperont l’adversaire <a href="#_ftn3" name="_ftnref3">[3]</a>. » (Eco, p. 90) Ce schéma est reconduit par McDermid, en plus des clichés du genre.</p>
<p>Par exemple, Carol Jordan, ex-chef enquêteuse alcoolique, et Tony Hill, un <em>profiler</em>, ont déjà travaillé ensemble et ils ont fait plus, apparemment. Dans cette histoire qui prend autant de place que l’enquête, Hill sera la béquille et le salut de Jordan. Grâce à lui, elle arrêtera de boire, se changera les idées en jouant aux jeux vidéo (oui, oui !) et reprendra le travail d’enquête. Car c’est bel et bien Hill qui a cette importante « intuition » au sujet des suicides, qui n’en sont pas. Le <em>profiler</em> incarne donc la part intuitive qui manque à Jordan, comme dans la plupart des récits de détection traditionnels, où l’acolyte apparaît comme un actant complémentaire, mais indispensable au travail du détective.</p>
<p>En somme, la présence féminine diversifiée est rassurante, elle témoigne de la prise en compte d’enjeux qui concernent la place des femmes dans le monde. Toutefois, il ne suffit plus de remplacer les garçons par des filles, d’attribuer des qualités dites féminines, comme l’intuition, à des hommes, d’intégrer des gros, des roux et des personnes racisées dans les cases du Blanc privilégié; il faut repenser ces cases, tout comme la vision du monde faite de cases. Un polar féministe pourrait déconstruire les règles, nuancer au lieu d’opposer, complexifier plutôt que schématiser <a href="#_ftn4" name="_ftnref4">[4]</a>. Le féminisme des <em>Suicidées</em>, en jouant allègrement et parfois à contresens sur les variables, mais bien peu sur les invariants, demeure un féminisme de surface.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Claudia Larochelle, dans sa chronique à l’émission <em>Indice UV</em> (sur laquelle je suis tombée totalement par hasard…), épisode 39, 7 août 2017, vers la 54<sup>e</sup> minute.</p>
<p><a href="#_ftnref2" name="_ftn2">[2]</a> Val McDERMID, <em>Les suicidées</em>, Paris, Flammarion, trad. de l’anglais (Écosse) par Perrine Chambon et Arnaud Baignot, 2017.</p>
<p><a href="#_ftnref3" name="_ftn3">[3]</a> Umberto ECO, « James Bond, une combinatoire narrative », <em>Communications</em>, n<sup>o</sup> 8, Seuil, 1966, p. 90.</p>
<p><a href="#_ftnref4" name="_ftn4">[4]</a> « La construction par schémas, la bipartition manichéenne est toujours dogmatique, intolérante. » ECO, <em>Ibid</em>., p. 92</p>
<p>&nbsp;</p>
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