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	<title>On est toutes des Françoise Archives - FRANCOISE STEREO</title>
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		<title>On est toutes (et tous) des Françoise&#8230; Sagan</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 May 2017 13:19:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[9 Le temps]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Le temps des femmes]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>ADRIEN RANNAUD Illustration: Anne-Christine Guy &#160; &#160; Paule contemplait son visage dans la glace et en détaillait les défaites accumulées en trente-neuf ans, une par une, non point avec l’affolement, l’acrimonie coutumiers en ce cas, mais avec une tranquillité à peine attentive[i]. &#160; La première phrase d’Aimez-vous Brahms… rappelle l’étrangeté de cette autre phrase qui [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2017/05/Rannaud.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-3181" src="/wp-content/uploads/2017/05/Rannaud.jpg" alt="" width="1000" height="1000" srcset="/wp-content/uploads/2017/05/Rannaud.jpg 1000w, /wp-content/uploads/2017/05/Rannaud-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2017/05/Rannaud-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2017/05/Rannaud-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2017/05/Rannaud-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2017/05/Rannaud-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></a></p>
<h2 style="text-align: right;">ADRIEN RANNAUD</h2>
<p>Illustration: Anne-Christine Guy</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">Paule contemplait son visage dans la glace et en détaillait les défaites accumulées en trente-neuf ans, une par une, non point avec l’affolement, l’acrimonie coutumiers en ce cas, mais avec une tranquillité à peine attentive</span><a href="#_edn1" name="_ednref1">[i]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La première phrase d’<em>Aimez-vous Brahms… </em>rappelle l’étrangeté de cette autre phrase qui ouvrait, en 1954, la carrière de Françoise Sagan :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse<span style="color: #000000;"><a style="color: #000000;" href="#_edn2" name="_ednref2">[ii]</a></span>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On y retrouve la mélancolie insondable du personnage féminin, la perplexité d’une attente, le regard dans un reflet – la mer, le miroir – où se dessinent et s’entremêlent l’angoisse polie de Paul Éluard et le frénétisme de l’« Horloge » de Baudelaire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>De l’héroïne de <em>Bonjour tristesse</em>, Cécile, à celle d’<em>Aimez-vous Brahms…, </em>Paule, seuls le décor et l’âge ont changé. L’une s’entretient avec l’ennui, malgré les promesses du soleil méditerranéen qui attise le désir de « l’âge tendre ». L’autre compte les rides et les ombres de son corps comme autant de secondes qui la séparent de Roger, censé la rejoindre dans son appartement parisien. Cécile entreprend sa vie de « jeune femme », Paule apprend à vivre avec son rang de « femme jeune » – « une femme qu’elle reconnaissait à peine<a href="#_edn3" name="_ednref3">[iii]</a> », précise la narratrice. Une présence masculine alimente leurs pensées, le père, l’amant, l’ancien mari. Et pourtant, dès l’incipit, elles sont seules, entreprenant un tête-à-tête avec elles-mêmes, unique aventure fabriquée pour <em>faire passer le temps</em>.</p>
<p><a href="/wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-3182 size-medium" src="/wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes-300x300.png" alt="" width="300" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes-300x300.png 300w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes-768x768.png 768w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes-250x250.png 250w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes-100x100.png 100w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-femmes.png 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a></p>
<p>Dans les premières images de <em>Goodbye Again</em>, l’adaptation cinématographique d’<em>Aimez-vous Brahms…</em>, Ingrid Bergman-Paula prend le contrepied de l’héroïne saganienne : elle court après les taxis, après sa femme de ménage, Gaby, après l’eau qui coule dans le bain, après le téléphone qui ne sonne que pour lui signifier sa relative importance au monde. Hâtant ses pas et ses pensées, elle trouve dans cette course après la montre la justification de son état d’héroïne de cinéma. L’impatience s’essouffle lorsqu’Yves Montand-Roger apprend à Paule qu’il ne viendra pas, que le cinquième anniversaire de leur rencontre n’aura pas lieu. Gaby s’en mêle, dans un dialogue où la bonne, sibylline, en dit long sur le destin de sa maîtresse :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">&#8211;<em> Maman</em> says : “it doesn’t matter when you are young ; but when you are old, you want to be married”.</span><br />
<span style="color: #808080;"> &#8211; Oh, Gaby, am I that old?</span><br />
<span style="color: #808080;"> &#8211; No, but you are too much alone<span style="color: #000000;"><a style="color: #000000;" href="#_edn4" name="_ednref4">[iv]</a></span>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Gaby partie, Ingrid-Paule reste devant son miroir, essayant de figer le temps sur son visage avec de la crème. Doublement enfermée dans les cadres du plan et du miroir, l’héroïne reconnecte avec son homologue du roman : en essayant vainement de « <em>tuer le temps</em><a href="#_edn5" name="_ednref5">[v]</a> ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Du plus loin qu’il me revienne, j’ai toujours vu en Françoise Sagan une affolée de la vie. Son décès, survenu en 2004, fut largement médiatisé. En France, les images de ses cheveux blonds et de ses cigarettes hantaient les écrans de télévision. Sortie des archives de l’INA, sa voix coupante, rapide, résonnait à nouveau sur les postes de radio. M’était apparue l’image d’une femme fébrile, respectée de Bernard Pivot (qui n’était encore, pour moi, que « Monsieur Dictée »), auteure d’une œuvre imposante aux parfums de scandale. La disparition de Sagan fut, dans mon imaginaire d’adolescent, un choc à nul autre pareil. J’assistais pour la première fois à la mort d’un écrivain, qui plus est une femme, seule, en décalage avec le monde du XXIe siècle qu’elle semblait pourtant avoir anticipé, en visionnaire qu’elle était. Plus récemment, le <em>biopic</em> de Diane Kurys causa un choc identique. Les talents de Sylvie Testud, interprète de Sagan tout en justesse, y furent pour beaucoup; tout comme la trame narrative du film, basée sur le contraste entre une écrivaine recluse, et son double plus jeune, plus prompt à s’enthousiasmer, plus fonceuse. Les courses de chevaux, l’alcool, les virées en voiture, l’argent qui se gagne et se perd en un souffle, l’amour insolent comme la drogue : autant de séquences qui soulignaient, dans leur enchaînement échevelé, la frénésie d’une écrivaine tracassée par l’ennui. Dans ce film, Sagan-Testud prend des risques, s’écarte de la route plus d’une fois, se relève pour nous jouer sa petite mélodie. « J’ai toujours vécu sans compter : l’argent, le temps… » raconte la voix off de Testud, rappelant l’état d’urgence dans lequel aimait vivre l’auteure de <em>Bonjour</em> <em>tristesse</em>, et que trahissent plusieurs des titres de ses romans. En effet, bien plus qu’un emprunt à Racine, <em>Dans un mois, dans un an</em> (1957) évoque, sous les aspects froids de l’inaction et des monologues, les passions virulentes qui déclenchent la grande machine tragique. Dans <em>La chamade</em> (1965), les mouvements du cœur sont aussi perceptibles que les bombes qu’ils posent entre les personnages, menant un peu plus aux <em>Bleus à l’âme</em> de 1972. Dans une image mêlant la violence de la Seconde Guerre mondiale et l’art de la précision picturale, <em>Un sang d’aquarelle</em> (1987) traduit une morbidité qui n’a d’égal que l’amour pour la vie manifesté par le personnage principal.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Toutefois, c’est peut-être avec <em>Aimez-vous Brahms…</em> (et bien sûr, <em>Bonjour tristesse</em>) que se manifestent le mieux, chez Sagan, les remous de la psyché confrontée au drame. Le roman ne dure que le temps d’une passion. Comme dans nombre de textes saganiens, il raconte l’histoire d’un triangle amoureux. Paule, femme blessée par l’absence de celui qu’elle aime. Roger, mondain quarantenaire multipliant les excuses pour batifoler avec Maisy ou d’autres jeunes femmes. Enfin, Simon, la jeunesse fringante et délicieusement névrosée, qui tombe sous le charme de Paule et sème la confusion dans l’esprit de l’héroïne. Chez Sagan, on se quitte comme on respire. Les bouffées d’air frais sont rares, la noirceur des sentiments l’emportant sur la sensualité qui émane des rencontres entre les personnages. Pourtant, au terme d’<em>Aimez-vous Brahms</em>…, comme dans <em>Bonjour tristesse</em>, rien ne semble avoir changé. Une aventure plus tard, Paule et Roger sont toujours ensemble, un peu plus (dés)unis qu’ils ne l’étaient avant la rencontre avec Simon : elle l’attend, il n’est pas là. On remarque d’ailleurs combien les rôles dévolus au masculin et au féminin contaminent jusqu’à l’excès le roman de 1959 : à lui l’action, à elle la patience; à lui les conquêtes et l’approbation silencieuse de la société, à elle les rumeurs et la perdition, quand elle se met en tête d’aimer un homme plus jeune qu’elle.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La critique sociale qu’adresse Sagan dans ses romans est tout sauf simple. Bien sûr, la crise de la bourgeoisie se lit dans chaque titre – à ce sujet, <em>La laisse </em>(1989) en dit long sur les turpitudes monétaires de ces couples parisiens qui vont à Longchamp les dimanches encourager un cheval ou une tromperie. Dans l’écriture et dans les thèmes, tout n’est que distinction et démonstration d’argent, en même temps que les héros et héroïnes traquent la vicissitude de leur raffinement. Pour autant, Sagan comme ses personnages n’est pas révolutionnaire. La crise se résorbe, les héros incorporent l’idéologie dominante, en souffrent et s’en réclament. Le féminisme de Sagan s’inscrit dans la foulée de ses ressentiments et de ses amours pour les idéaux bourgeois. Signataire du <em>Manifeste des 343 salopes</em> de 1971, elle est en avance sur le M.L.F., refuse « l’affrontement entre les sexes<a href="#_edn6" name="_ednref6">[vi]</a> » et prône l’échange et l’amour comme armes du combat : « Les hommes, il faut parler avec eux, leur faire comprendre<a href="#_edn7" name="_ednref7">[vii]</a>. » Pourtant, ses héroïnes, agitées et scandaleuses, s’avançant au bord d’un éclatement à nul autre pareil, se retournent et réintègrent la maison d’origine. En découle une litanie, oscillant entre la colère et le regret.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans <em>Aimez-vous Brahms…</em>, c’est le temps qui passe – et qui <em>ne se rattrape guère</em>, chantait Barbara, une amie de Sagan – qui constitue le moteur de cette litanie et, en ce sens, de la critique sous-jacente qu’adresse l’auteure. Héroïne accaparée par le souvenir idyllique d’un coup de foudre avec Roger, puis celui, presque calqué sur le premier, d’un mariage dont il ne reste que l’image de la mer et des voiliers, elle voit en Simon les relents d’une jeunesse primitive et sans raison, passionnée et convulsive. À l’attente se succède la fuite dans la légèreté. Le nouveau compagnon, Simon, est plus jeune qu’elle. Qu’en dira-t-on? se met à craindre le personnage féminin :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">Elle imaginait sur quel ton les gens, ses amis, diraient cela : « Vous savez, Paule? » Et plus que la peur des racontars, plus même que la peur de la différence d’âge entre elle et Simon qui, elle le savait bien, serait soulignée, c’était la honte qui la prenait. Honte à penser avec quelle gaieté les gens diraient cela, quel entrain ils lui prêteraient, que goût pour la vie et les jeunes hommes, alors qu’elle ne se sentait que vieille et lasse, et à la recherche d’un peu de réconfort […] Mais on n’avait jamais eu pour elle ce mélange de mépris et d’envie que, cette fois, elle allait susciter<span style="color: #000000;"><a style="color: #000000;" href="#_edn8" name="_ednref8">[viii]</a></span>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’opposition entre « elle » et « les gens », « ses amis », si caractéristique de l’univers saganien, propulse la remise en question de la relation avec Simon, tout comme elle allume les derniers feux d’un intérêt déjà sur le point de s’éteindre. Objet de convoitise, de jalousie et de mépris, l’amour de Paule est malmené par les reproches mêmes de Roger :</p>
<blockquote><p>&nbsp;</p></blockquote>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">&#8211; « Je t’avouerai, dit Roger, que je ne pensais pas, en t’invitant à déjeuner, subir le récit de tes ébats avec un petit jeune homme.</span><br />
<span style="color: #808080;"> &#8211; Tu pensais me faire supposer les tiens avec une petite jeune femme, dit Paule aussitôt.</span><br />
<span style="color: #808080;"> &#8211; C’est déjà plus normal », dit-il, les dents serrées<span style="color: #000000;"><a style="color: #000000;" href="#_edn9" name="_ednref9">[ix]</a></span>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>« C’est déjà plus normal. » Avant l’heure, Paule est associée à la <em>cougar</em>, figure féminine de la prédation, si présente de nos jours et qu’<a href="/le-jour-ou-on-ma-cougarifiee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">a bien mise en relief Caroline Allard</a> dans un <a href="/category/numero-2/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">numéro précédent</a> de <em>Françoise Stéréo</em><a href="#_edn10" name="_ednref10">[x]</a>. Roger se fait le porte-parole de la bien-pensante bourgeoisie, mais aussi d’un système plus global, où la sexualité des femmes se conjugue au singulier – et si possible, sur un temps limité. Ce n’est pas Paule qui est ici en cause, ni sa féminité, ni ses choix sentimentaux, mais bien son âge et la présence des années sur son visage. Cela ne manquera évidemment pas de troubler la critique hollywoodienne, presque interdite devant la déviance présumée d’Ingrid Bergman-Paula dans l’adaptation cinématographique<a href="#_edn11" name="_ednref11">[xi]</a>.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Si les femmes ont longtemps été privées d’histoire, c’est que leur corps ne leur appartenait pas. La situation est-elle différente aujourd’hui? Force est d’en douter foncièrement. <em>Aimez-vous Brahms…</em> se fait l’écho fictionnel de cette situation en mettant en scène la culpabilité de Paule, cette dernière portant sur son corps la marque du temps. Le « on-dit » reprend ses droits, fait chanceler le personnage féminin, insinue dans son esprit le poids de la faute :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">Dans le cabaret, à une table voisine de la leur, elle reconnut deux femmes un peu plus âgées qu’elle qui travaillaient parfois avec elle et qui lui adressèrent un sourire surpris. Quand Simon se leva pour la faire danser, elle entendit cette petite phrase : « Quel âge a-t-elle maintenant ? »</span></p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">Elle s’appuya contre Simon. Tout était gâché. Sa robe était ridicule pour son âge, Simon un peu trop voyant et sa vie un peu trop absurde<span style="color: #000000;"><a style="color: #000000;" href="#_edn12" name="_ednref12">[xii]</a></span>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les cancans du grand monde parisien sont les miniatures d’un discours global où la sensualité féminine, passée la vingtaine, est un vice. Or, la rupture avec Simon et le retour dans les bras de Roger, loin de régler les tourments de Paule, ne font au contraire qu’accentuer ses malaises existentiels et amoureux. La dernière page du roman, aussi intraitable que dans les autres textes de Sagan, s’achève sur les non-dits et les frustrations de Paule :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">À huit heures, le téléphone sonna. Avant même de décrocher, elle savait ce qu’elle allait entendre :</span></p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">« Je m’excuse, disait Roger, j’ai un dîner d’affaires, je viendrai plus tard, est-ce que…<span style="color: #000000;"><a style="color: #000000;" href="#_edn13" name="_ednref13">[xiii]</a></span> »</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La dernière séquence de <em>Goodbye Again</em>, quant à elle, prolonge le désespoir du personnage féminin puisque Paula retourne à son miroir, recommençant le rituel du début, amorçant le cycle d’une vie d’impatiences et de regrets. Le cadre se referme lentement sur elle, comprimant le visage d’Ingrid Bergman dans un dernier regard perdu sur le miroir, alors que la tristesse d’Anthony Perkins-Simon revient à la mémoire du spectateur, et que le troisième mouvement de la symphonie n° 3 de Brahms débute.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>De nos jours, Sagan nous revient, plus forte, plus intraitable que jamais; non pas en tant que romancière, mais en tant qu’observatrice du monde. Le florilège de ses entrevues, paru sous le très beau titre <em>Je ne renie rien</em>, en constitue un exemple. Plus récemment, paraissaient dans un même volume quelques dizaines de chroniques écrites entre 1954 et 2003<a href="#_edn14" name="_ednref14">[xiv]</a>, et portant sur une foule de sujets encore actuels : la pauvreté, la lutte des classes, les conditions de travail si difficiles des infirmières, l’action féministe, la misère des femmes noires. Vive, subtile, décapante : Sagan y livre ses coups de cœur, ses indignations, ses analyses, offrant ainsi de démonter quelques clichés à son égard<a href="#_edn15" name="_ednref15">[xv]</a>. C’est bien là une femme de lettres, une femme de discours et d’idées, une femme qu’on a plaisir à lire et à écouter. Avouerais-je toutefois ma fascination, mon émerveillement constant, ma surprise pour Paule, Roger, Simon, mais aussi pour la Cécile de <em>Bonjour tristesse</em>, le Constantin du <em>Sang d’aquarelle</em>? Autant de personnages issus du monde bourgeois qui sont captivés et capturés par le temps qui s’allonge au fil des pages. Un temps qui verrouille les affinités et délimite les possibles amoureux, un temps qui altère les traits des femmes et joue contre leur liberté d’agir; un temps cyclique, quotidien et trompeur contre lequel on ne peut rien, martelé dans le roman de 1959 par cette même phrase aux allures de métronome qui hante Paule : « Aimez-vous Brahms […] Aimez-vous Brahms<a href="#_edn16" name="_ednref16">[xvi]</a>… »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au temps qui passe, aux drames de la bourgeoisie et aux amours qui se finissent en bouquets de roses fanées, Sagan propose une écriture chirurgicale, surannée parfois, mais franche. Elle commente, décrit, se fend d’un petit rire qui trahit son penchant pour la dérision par rapport à la fatalité des mots et des hommes. Ironique et tragique, elle apparaît même dans le film <em>Goodbye Again </em>: buvant, dansant, cherchant dans la vie les plaisirs les plus futiles pour fuir le néant s’ouvrant sous les pieds de la fiction. De même, dans <em>Aimez-vous Brahms…</em>, une jeune fille apparaît, spectatrice en dilettante du drame qui se joue et se rejoue dans elle, et qui n’est pas sans évoquer le « charmant petit monstre » de la littérature française :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 90px;"><span style="color: #808080;">J’étais avec une fille gentille mais trop romanesque. Elle ressemblait à une image de la jeunesse pour gens de quarante ans […] Elle avait l’air sinistre, elle conduisait sa quatre-chevaux à toute vitesse, les dents serrées, elle fumait des gauloises en se réveillant… et, à moi, elle me disait que l’amour n’est que le contact de deux épidermes<span style="color: #000000;"><a style="color: #000000;" href="#_edn17" name="_ednref17">[xvii]</a></span>.</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>À l’ordre, Sagan oppose la démesure ; au silence, le drame; aux principes bourgeois, la dépense.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Quitte à tout perdre, il serait urgent de redécouvrir cette « trop romanesque » écrivaine.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p><a href="#_ednref1" name="_edn1"></a><strong>Notes</strong></p>
<p>[i] Françoise Sagan, <em>Aimez-vous Brahms…</em>, Paris, Livre de poche, 1966 [1959], p. 9.</p>
<p><a href="#_ednref2" name="_edn2">[ii]</a> Françoise Sagan, <em>Bonjour tristesse</em>, Paris, Presses Pocket, 1991 [1954], p. 11.</p>
<p><a href="#_ednref3" name="_edn3">[iii]</a> <em>Id</em>em.</p>
<p><a href="#_ednref4" name="_edn4">[iv]</a> Anatole Litvak [dir.], <em>Goodbye Again</em>, Argus Films, Mercury Productions, 1961.</p>
<p><a href="#_ednref5" name="_edn5">[v]</a> Françoise Sagan, <em>Aimez-vous Brahms…</em>, p. 9, je souligne.</p>
<p><a href="#_ednref6" name="_edn6">[vi]</a> Françoise Sagan, <em>Je ne renie rien. Entretiens, 1954-1992</em>, Paris, Stock, 2014, p. 11.</p>
<p><a href="#_ednref7" name="_edn7">[vii]</a> <em>Id</em>em.</p>
<p><a href="#_ednref8" name="_edn8">[viii]</a> Françoise Sagan, <em>Aimez-vous Brahms…</em>, p. 119.</p>
<p><a href="#_ednref9" name="_edn9">[ix]</a> <em>Ibid</em>., <em>Aimez-vous Brahms…</em>, p. 135.</p>
<p><a href="#_ednref10" name="_edn10">[x]</a> Caroline Allard, « Le jour où on m’a cougarifiée », <em>Françoise Stéréo</em>, n° 2, 2014, [en ligne] <a href="/le-jour-ou-on-ma-cougarifiee/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">/le-jour-ou-on-ma-cougarifiee/</a>.</p>
<p><a href="#_ednref11" name="_edn11">[xi]</a> « Vous partagez la vie d’un homme avec qui vous n’êtes pas mariée, et vous prenez un amant assez jeune pour être votre fils. Quelle honte ! » Ingrid Bergman et Alan Burgess, <em>Ingrid Bergman. Ma vie</em>, Paris, Fayard, 1980, p. 517.</p>
<p><a href="#_ednref12" name="_edn12">[xii]</a> Françoise Sagan, <em>Aimez-vous Brahms…</em>, p. 154.</p>
<p><a href="#_ednref13" name="_edn13">[xiii]</a> <em>Ibid</em>., p. 179.</p>
<p><a href="#_ednref14" name="_edn14">[xiv]</a> Françoise Sagan, <em>Chroniques, 1954-2003</em>, avant-propos de Denis Westhoff, Paris, Livre de poche, 2016.</p>
<p><a href="#_ednref15" name="_edn15">[xv]</a> Je ne peux ici qu’adhérer aux commentaires de Juliette Arnaud lorsque celle-ci présentait le recueil de chroniques au micro de <em>France Inter</em>, le 30 novembre 2016 : <a href="https://www.franceinter.fr/emissions/si-tu-ecoutes-j-annule-tout/si-tu-ecoutes-j-annule-tout-30-novembre-2016" target="_blank" rel="noopener noreferrer">https://www.franceinter.fr/emissions/si-tu-ecoutes-j-annule-tout/si-tu-ecoutes-j-annule-tout-30-novembre-2016</a>.</p>
<p><a href="#_ednref16" name="_edn16">[xvi]</a> Françoise Sagan, <em>Aimez-vous Brahms…</em>, p. 63-65.</p>
<p><a href="#_ednref17" name="_edn17">[xvii]</a> Françoise Sagan, <em>Aimez-vous Brahms…</em>, p. 46.</p>
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230; Briquel-Chatonnet</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Marie-Michèle Rheault Le prix Irène Joliot-Curie, du nom de la célèbre chimiste qui a obtenu un prix Nobel pour la découverte de la radioactivité artificielle, est décerné chaque année à des femmes dont la carrière exemplaire participe à la promotion de la recherche en France et à l’étranger. Il récompense trois chercheuses s’étant illustrées dans [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2196" src="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png" alt="francoise_briquel_chatonnet" width="1286" height="797" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet.png 1286w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-300x186.png 300w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-768x476.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Francoise_Briquel_Chatonnet-1024x635.png 1024w" sizes="(max-width: 1286px) 100vw, 1286px" /></a>Marie-Michèle Rheault</h2>
<p style="text-align: justify;">Le prix Irène Joliot-Curie, du nom de la célèbre chimiste qui a obtenu un prix Nobel pour la découverte de la radioactivité artificielle, est décerné chaque année à des femmes dont la carrière exemplaire participe à la promotion de la recherche en France et à l’étranger. Il récompense trois chercheuses s’étant illustrées dans leur domaine de recherche et tend à promouvoir la place des femmes dans la recherche scientifique. Le 14 septembre dernier, c’est Françoise Briquel Chatonnet qui remportait ce prix dans la catégorie «Femme scientifique de l’année» pour ses travaux en histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">À la fois docteure en histoire, directrice de recherche du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au laboratoire Orient et Méditerranée, directrice de la <a href="http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article105" target="_blank">mission épigraphique franco-syrienne</a> sur les inscriptions syriaques et coresponsable du <a href="http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article108" target="_blank">catalogage des manuscrits syriaques</a> du patriarcat syro-catholique à Charfet au Liban, Françoise Briquel Chatonnet se consacre depuis plus de vingt ans à la recherche sur les manuscrits syriaques et la culture des chrétiens d’Orient. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages scientifiques et a à cœur de former la relève en soutenant les étudiantes dans leurs recherches :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #008080;">Dans le cadre de son travail de terrain, notamment en Syrie et au Liban mais aussi en Inde, Françoise Briquel Chatonnet a pu réfléchir à la place des femmes et essayer de jouer un rôle afin d&rsquo;aider localement les femmes qui souhaitaient faire de la recherche sur leur tradition en nouant des collaborations. En tant que directrice de l’équipe Mondes sémitiques de l’UMR Orient et Méditerranée du CNRS, elle a également à cœur de former des étudiantes, en master ou doctorantes, venant de Syrie, Liban, Tunisie ou encore Chypre, en leur apportant encadrement, encouragement et soutien, mais aussi aide matérielle et soutien auprès des instances de leur pays, ou de la France, afin qu’elles obtiennent un poste en rapport avec leurs compétences. <a style="color: #008080;" href="#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Françoise Briquel-Chatonnet a su, autant par la qualité de ses recherches que par sa présence sur le terrain, se forger une place de choix dans son domaine. Elle est maintenant reconnue par ses pairs comme une historienne chevronnée et une référence incontournable dans le champ des études syriaques et sémitiques.</p>
<hr />
<p><a href="#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> Extrait du <a href="http://www.orient-mediterranee.com/IMG/pdf/prix-irene-joliot-curie-2016_628975.pdf" target="_blank">dossier de presse</a> du prix Irène Joliot-Curie.</p>
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230; David</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Jul 2016 14:01:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[7 La communauté]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>VALÉRIE GONTHIER-GIGNAC &#160; Le 10 juin dernier, l’Assemblée nationale adoptait la Loi modifiant le Code civil afin de protéger les droits des locataires aînés. Une loi d’à peine trois articles tenant sur une seule page, mais qui remplit celle qui l’a déposé de fierté. — Écoutez, c’est rarissime, rarissime qu’un projet de loi déposé par [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/07/FD.jpg" rel="attachment wp-att-2130"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2130" src="/wp-content/uploads/2016/07/FD.jpg" alt="FD" width="2048" height="1365" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;">VALÉRIE GONTHIER-GIGNAC</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le 10 juin dernier, l’Assemblée nationale adoptait la <em>Loi modifiant le Code civil afin de protéger les droits des locataires aînés</em>. Une loi d’à peine trois articles tenant sur une seule page, mais qui remplit celle qui l’a déposé de fierté.</p>
<p>— Écoutez, c’est rarissime, rarissime qu’un projet de loi déposé par un parti de l’opposition se rende jusque-là, se réjouit Françoise David.</p>
<p>On sent la fin de session parlementaire : Françoise David est en blitz d’entrevues, il y en aura au moins deux autres après la nôtre. Son attachée de presse nous a averties : « Pas plus de trente minutes! » Pourtant, l’atmosphère est détendue dans le grand bureau de l’Assemblée nationale. Françoise David peut respirer, elle a la garantie que ce projet de loi, qui l’a habitée pendant près de quatre ans, sera adopté le lendemain.</p>
<p>Retour dans le temps. « Moi, la question du logement dans mon quartier me préoccupait. Dans Rosemont-La Petite-Patrie, je voyais qu’il y avait des augmentations de loyer, qu’il y avait des transformations en condo, je soupçonnais qu’il y avait de la spéculation… »</p>
<p>Proche du milieu communautaire par sa formation, son expérience et sa sensibilité, elle a déjà tissé comme députée des liens naturels avec les organismes de sa circonscription. Des liens qu’elle veut empreints d’autonomie et de transparence : dès son entrée en fonction, elle a établi et diffusé une liste de critères pour l’attribution du fond de soutien à l’action bénévole dont elle dispose en tant que députée. « C’était très important pour moi d’établir qu’un organisme communautaire, c’est autonome. Oui, vous pouvez dire des affaires qui ne me font pas plaisir, c’est votre <em>job</em>. »</p>
<p>Quand elle contacte les principaux intervenants concernés par la question du logement, tous acceptent son invitation : les élus de l’arrondissement, le comité logement, quelques autres groupes communautaires… De réunion en réunion, le dossier avance — une étude juridique est même commandée à des professeurs de l’UQAM —, et, au bout d’un an, Françoise David commence à voir l’ampleur du projet : « S’attaquer de plein fouet à deux députés, au problème de la spéculation dans Rosemont-La Petite-Patrie et les autres quartiers centraux de Montréal et de Québec : gros contrat… »</p>
<p>Heureusement, Sylvain Gaudreault, alors Ministre des Affaires municipales, des Régions et de l&rsquo;Occupation du territoire sous le gouvernement péquiste, se montre ouvert à sa préoccupation : il annonce même qu’il prévoit en tenir compte dans la politique nationale de l’habitation sur laquelle il travaille. Cet engagement satisfait la députée David, qui entend profiter de l’opportunité d’une collaboration : « Lui, il avait beaucoup plus de moyens que moi. »</p>
<p>Mais les élections sont déclenchées au printemps 2014, et Françoise David s’inquiète de devoir tout recommencer si les libéraux prennent le pouvoir. La suite tient un peu du hasard : au cours de recherches autour de la spéculation et de la crise du logement, l’équipe de Québec solidaire tombe sur une loi française de 1989 qui protège de l’éviction les locataires à faible revenu de 70 ans et plus. L’idée chemine : « Parmi les gens qui venaient au comité logement ou dans mon bureau, parmi les locataires évincés, y’avait des aînés de 80, 85 ans… c’était juste épouvantable. Alors je me suis dit, commençons par là. »</p>
<p>À partir de ce moment, sa stratégie se précise : « Je pense à la chose suivante : on va essayer d’aller chercher un engagement au débat des chefs! »</p>
<p>Son équipe n’y croit qu’à moitié, mais elle tient son bout. « Moi, j’ai un peu une tête de cochon, pis j’ai dit, ça coûte pas cher, on essaie! » Deux jours avant le débat, elle convoque un point de presse où elle annonce son intention, au retour en chambre, de déposer un projet de loi pour protéger les locataires aînés, ajoutant qu’elle espère obtenir un appui de toute la classe politique sur cette question.</p>
<p>Le soir du débat, elle explique à nouveau son projet, prenant les autres chefs à partie : « Êtes-vous d’accord avec moi? » Tous acquiescent. Après les élections, remportées par les libéraux, la députée David dépose donc son projet de loi tel qu’annoncé. « La plupart du temps, quand les oppositions déposent un projet de loi, il ne se passe rien du tout. Mais là, le ministre Moreau, ou peut-être Couillard, je ne sais plus, s’est levé pour dire : “Oui, nous en avons pris l’engagement durant la campagne électorale, nous voulons travailler de concert avec les oppositions, nous allons donc, oui, nous allons traiter ce projet de loi.” »</p>
<p>Forts de ce premier succès, Françoise David et son équipe se remettent au travail en collaboration avec celle du ministre Moreau. Un an et plusieurs amendements plus tard, le projet de loi est déposé. Mais après l’étude en commission parlementaire, le ministre, sans faire marche arrière, annonce néanmoins qu&rsquo;il faut en retravailler certaines dispositions. L&rsquo;équipe se retrousse les manches et trouve, à force de consultation, une manière satisfaisante d’intégrer les précisions et les assouplissements demandés. Le projet est enfin prêt.</p>
<p>Mais, en février 2016, nouvel écueil : le ministre Moreau, malade, est remplacé par Martin Coiteux. Françoise David s’alarme : « Je me dis, tout est à recommencer… »</p>
<p>Pas tout à fait : Martin Coiteux se présente à la première rencontre, accompagné de sa directrice de cabinet qui se montre réceptive au projet de loi. « Je pense qu’elle a joué un rôle très important là-dedans. C’est intéressant, les solidarités entre femmes et féministes. Elle est libérale, clairement, et je suis solidaire. Ça, on s’entend elle et moi là-dessus. Mais elle a trouvé qu’il y avait quelque chose là. Au fond, on a beaucoup travaillé ensemble. »</p>
<p>Des rencontres et des discussions ont lieu, avec la Régie du logement notamment, qui s’oppose à l’idée d’introduire un déséquilibre entre les droits des propriétaires et ceux des locataires. Mais, de fil en aiguille, on aboutit à une entente qui se formule simplement : un locataire de revenu faible ou modeste, qui a plus de 70 ans et qui vit dans le même logement depuis au moins dix ans ne peut en être évincé. Françoise David a tout de même concédé trois exceptions à cette règle : un propriétaire peut reprendre un logement, pour lui-même ou un proche aidant s’il a plus de 70 ans, ou, s’il a moins de 70 ans, pour loger un membre de sa famille âgé lui-même de 70 ans ou plus.</p>
<p>Des exceptions qui la tiraillent, mais pour lesquelles elle a obtenu l’appui des groupes d’aînés et de son comité logement. Ils lui disent : « Écoute, on aurait mieux aimé qu’il n’y ait pas d’exception, mais la règle est intéressante et c’est un gain réel pour les locataires aînés. »</p>
<p>Un gain qui compte, même si, au final, il ne résout pas l’ensemble du problème auquel aurait voulu s’attaquer Françoise David. Depuis le début de l’entrevue, nous avons à plusieurs reprises noté son côté pragmatique, très concret, opposé à l’image d&rsquo;idéaliste qui colle à Québec solidaire. Notamment sur la question de la charte de la laïcité, présentée en 2013 en réponse à la fameuse charte des valeurs du Parti québécois : « J’essayais de prendre les éléments les plus consensuels qui venaient à la fois de tous les partis politiques, mais aussi d’une majorité de gens dans la population pour dire : “Regardez, déjà, si on faisait tout ça, on aurait avancé, laissons de côté l’histoire des signes religieux, parce que c’est ça qui déchire tout le monde, avançons donc sur le reste.” »</p>
<p>On retiendra aussi de Françoise David ce goût pour le consensus et pour la cohésion, cette capacité de voir ce qui rassemble les gens pour pouvoir s’en servir comme base pour avancer. Une attitude partagée dans le parti, qui explique un peu comment Québec solidaire a pu émerger, dix ans plus tôt, de la fusion des petits partis qui composaient la gauche parlementaire : « Parce qu’au-delà de nos différences de milieux, de militance, etc., on partageait sur le fond des idées de gauche, féministes, écologistes, indépendantistes (ça c’est important aussi). Même si, mettons, pour certaines femmes, le féminisme venait d’abord, et que pour certains autres, les idées de gauche venaient d’abord. Mais tout le monde était quand même capable de dire : “On partage tout ça.” »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’entrevue s’achève, on est même venu cogner deux fois à la porte du bureau pour signaler que les trente minutes qu’on nous avait accordées étaient terminées. Nous félicitons encore Françoise David pour son projet de loi. Elle hoche la tête : « Mais ce qui est le <em>fun</em>, là, c’est qu’on va avoir un super bilan. Manon a travaillé très, très fort pour un changement de règlement à l’état civil pour les enfants trans. » Elle mentionne aussi la participation d’Amir Khadir au projet de loi sur <em>Pharma Québec,</em> qui balise l’achat groupé de médicaments par le gouvernement pour en réduire les coûts.</p>
<p>Québec solidaire prendra-t-il un jour le pouvoir? Sans doute que Françoise David y croit. Mais, pragmatique, elle se concentre sur des objectifs concrets : « Dans la même session parlementaire, on va être capable de dire aux gens : “Regardez, regardez à trois ce qu’on arrive à faire. Imaginez-vous si à la prochaine élection on était, je sais pas, 25!” »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230;. Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 May 2015 17:57:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[4 Économie]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
		<category><![CDATA[Travail et commerce]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>JULIE VEILLET Dans le cadre de ce numéro sur l’économie, nous cherchions à faire le portrait d’une Françoise particulièrement impliquée dans le milieu des affaires. Nous n’avons pas eu à nous casser la tête longtemps; Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) depuis 2003, cumule plus de trente [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1281" src="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.png" alt="FBertrand" width="600" height="265" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.png 600w, /wp-content/uploads/2015/05/FBertrand-300x132.png 300w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></a> JULIE VEILLET</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cadre de ce numéro sur l’économie, nous cherchions à faire le portrait d’une Françoise particulièrement impliquée dans le milieu des affaires. Nous n’avons pas eu à nous casser la tête longtemps; Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) depuis 2003, cumule plus de trente ans d’expérience à la tête de différentes organisations.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-1130 size-full" src="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png" alt="Travail et commerce" width="200" height="200" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce.png 200w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2015/05/Travail-et-commerce-100x100.png 100w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Diplômée en sociologie de l’Université de Montréal et détentrice d’une maîtrise en études environnementales de l’Université de York à Toronto, elle effectue une carrière de gestionnaire de haut niveau à l’Université du Québec à Montréal où elle occupe diverses fonctions, dont celle de doyenne à la gestion des ressources. Elle dirige ensuite plusieurs organisations, dont la Société de radio-télévision du Québec – aujourd’hui connue sous le nom de Télé-Québec –, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et Groupe SECOR.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’elle ne se considère pas elle-même comme féministe, comme elle nous l’a précisé au tout début de l’entrevue, Françoise Bertrand est une femme qui a trimé dur pour faire sa place dans un milieu d’hommes, et pas le moins hostile. Il nous a donc semblé tout à fait à propos de nous entretenir avec elle afin qu’elle nous parle de ses différentes expériences, des défis d’occuper un poste de direction en tant que femme et de la place actuelle des femmes dans les communautés d’affaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Julie Veillet : Bonjour Mme Bertrand, merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Vous êtes présidente-directrice générale de la FCCQ depuis 2003.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Françoise Bertand :</strong> Je suis arrivée à la tête de l’organisation en août 2003, et j’y suis depuis, donc depuis 12 ans. J’y suis très heureuse, très enthousiaste, toujours aussi passionnée, toujours aussi curieuse. C’est formidable parce que j’ai appris beaucoup de choses à travers les membres, que ce soit dans les chambres de commerce ou nos membres corporatifs. J’ai vraiment accru ma compréhension des enjeux économiques de façon importante, tout en restant une généraliste affirmée. <em>(Rires)</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.jpg"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1286" src="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.jpg" alt="FBertrand" width="322" height="483" srcset="/wp-content/uploads/2015/05/FBertrand.jpg 1365w, /wp-content/uploads/2015/05/FBertrand-199x300.jpg 199w, /wp-content/uploads/2015/05/FBertrand-682x1024.jpg 682w" sizes="(max-width: 322px) 100vw, 322px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Quel est le pourcentage des femmes qui sont membres des chambres de commerce environ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>Souvent, c’est assez mixte. Je vous dirais que comme dg, souvent, ce sont des femmes. Enfin, dans les chambres les plus actives, ce sont des femmes. Et pour la présidence, ça alterne. Mais les femmes ne sont pas exclues, loin de là. Pour les conseils d’administration, c’est mixte aussi. Ça va varier selon les régions, les localités. Ça dépend beaucoup du tissu économique aussi. Dans les milieux plus industriels, les milieux de commerce de détail où il y a plus de professionnels, ça va varier. Je vais être franche, du côté des dg, il y a plus de femmes, et du côté de la présidence des chambres, il y a plus d’hommes. Il y a une belle diversité, mais il y a encore une supériorité numérique aux postes d’administrateurs chez les hommes. Mais depuis que je suis là, depuis 13 ans, je peux voir que la présence des femmes s’est accrue de façon importante et il y a un rajeunissement des administrateurs. Ça amène vraiment des regards différents, des approches différentes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Est-ce que la conciliation travail-famille a été difficile pour vous?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>J’ai fait des choix, mais je ne dirais pas que ça a été difficile. Moi, j’ai appris dans la vie à vivre avec les conséquences de mes gestes. Je me suis mariée, j’ai été divorcée et j’ai eu une fille. Ça m’a amenée à faire des choix. Par exemple, j’ai eu pendant longtemps une gardienne à la maison, alors que je n’avais pas de voiture. J’ai déjà changé de <em>job</em> parce que ça me redonnait une présence à des heures importantes pour être avec ma fille. Quand j’ai quitté l’UQAM, avant que je choisisse Télé-Québec, il y a eu des offres pour prendre des postes ailleurs dans d’autres villes et je les ai refusées, je ne les ai même pas considérées deux secondes, parce que ma fille devait avoir 15 ans à cette époque-là, et c’est évident qu’elle ne m’aurait pas suivie, et je ne voulais pas ne pas profiter de ma fille jusqu’au bout de sa présence dans ma vie plus immédiate. Pour le reste, je dirais que plus ma fille a grandi – il faut dire que j’ai eu ma fille à 23 ans –, alors plus j’avais des responsabilités et plus ma fille devenait autonome. On a grandi ensemble : moi en responsabilités et elle en âge, en autonomie et en indépendance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Sentez-vous parfois que le regard critique sur les femmes dans votre milieu est déplacé, comme c’est le cas pour les femmes en politique. Je pense notamment à l’exemple de Pauline Marois, qui se faisait souvent critiquer sur ce qu’elle portait. </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>C’est comique ça parce que c’est vrai. Mais en même temps, pour Monique Jérôme Forget, qui n’était pas première ministre, mais qui avait quand même un poste très important, ça n’a pas été le cas. Alors, j’ai peine à démêler dans ma tête ce qui appartient à la personne, ce qui appartient au fait que c’est une femme… Mais moi, comme femme, d’abord, je ne me suis jamais cachée de l’être, je ne me suis pas habillée tout à coup dans des tailleurs noirs ou marines – aujourd’hui par exemple, je suis dans le turquoise –, j’ai toujours été qui j’étais et j’ai toujours défendu ce principe-là. Là, je suis féministe, vous allez voir <em>(rires)</em>, moi ce que je défends, c’est qu’on prenne notre place avec qui on est et dans toute notre diversité et non pas se mettre sur un modèle. S’il y a quelque chose qu’on a acquis, c’est le droit de nos choix jusqu’au bout. Pas à moitié. Et moi, je réfute les espèces de modèles comme la gestion au féminin. Je ne suis pas là du tout, du tout. Ce qui fait la richesse des équipes et des organisations, c’est une réelle diversité, mais basée sur qui on est, et non pas sur comment on voudrait se projeter pour que les gens aient une perception de nous qui serait fausse. Si on était tous faits pareils, ce serait bien ennuyant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Comment c’est d’être porte-parole d’une grosse association? Est-ce que c’est difficile d’avoir à se prononcer sur des sujets chauds de l’actualité et d’avoir à subir les critiques? Je pense notamment à votre déclaration concernant le manifeste environnemental <a href="http://elanglobal.org/"><em>L’élan global</em></a>. Vous avez reçu plusieurs critiques à la suite de cette intervention, comment vivez-vous avec les critiques?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>Très bien. Comme je le disais, il faut vivre avec les conséquences. Il ne faut pas non plus parler à travers son chapeau. Il faut parler à partir de faits, parler avec des analyses qu’on a pu faire, des argumentaires, des mémoires. Ici, on travaille avec 20 comités, on a tout un processus de gouvernance, on travaille avec des experts dans chacune des filières, donc les opinions sont à la fois documentées, et d’autre part, passées au crible dans notre système de gouvernance. C’est sûr que la critique sur <em>L’élan global</em>, ça s’appuie sur ce qu’on a écrit depuis des années sur un portefeuille pluriel. J’ai un peu exagéré <em>(rires)</em> quand je les ai envoyés vivre au Utah, ça, j’avoue que je me suis laissée emporter, mais sur le fond de l’argument, de dire que c’est une vision romantique de la nature, de penser que nous avons encore besoin d’hydrocarbures pour plusieurs décennies… c’est certain que ça, je suis très à l’aise que des gens ne soient pas d’accord avec moi, mais j’espère que ces gens-là acceptent qu’on ne soit pas d’accord avec eux aussi. Il y a des faits, il y a des opinions, des perceptions, des interprétations. J’ai été présidente du CRTC pendant cinq ans, des critiques, j’en ai eues. Si on n’est pas capable de vivre avec ça, on est aussi bien de ne rien faire. Il n’y a que les gens qui ne font rien qui ne peuvent pas être critiqués. Franchement, je m’étais emportée ce matin-là [sur la critique de <em>L’élan global</em>] parce que ça, habituellement, je ne vais pas là, je ne fais pas de choses personnalisées… C’est malvenu ça, ce n’était pas nécessaire. Mais de dire que certains voudraient qu’on retourne à la chandelle et à la charrette – j’ai dit ça plusieurs fois –, je pense qu’ils ont une vue romantique de la nature, c’est ce que je pense.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Pensez-vous que les regroupements de femmes en affaires ont encore leur place en 2015? Pensez-vous que ça a permis de donner plus de place aux femmes dans les milieux d’affaires ou si au contraire, ça ne participe pas plutôt à les ghettoïser?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>Je pense que ça prend les deux. Comme femmes, on ne peut pas juste se réfugier dans des groupes de femmes. Mais inversement, si on avait été juste dans des groupes où on était la seule ou si on était chanceuse, on était deux, un moment donné, on manque de support. Mais moi j’ai été dans des groupes masculins à grande majorité, et du support, j’en ai eu, des mains tendues par des hommes, j’en ai eues. C’est ce qui a fait ma carrière au fond. Très peu de fois, ce sont des femmes qui m’ont tendu la main, qui m’ont donné des chances. Pas parce que les femmes me boycottaient, c’est parce qu’il n’y en avait pas. Donc, ce n’est pas parce que les hommes ne sont pas capables de soutien et d’offrir des opportunités, mais il reste qu’il y a des éléments pour lesquels c’est le <em>fun</em> de parler entre femmes. Et ça, ça reste bien agréable. C’est clair qu’il y a des femmes qui n’aiment pas se retrouver comme ça entre femmes, comme si leurs collègues pouvaient penser qu’elles avaient une image d’elles pas assez ferme, pas assez sûres d’elles, et que ça leur porterait ombrage. Mais c’est vrai qu’avec les femmes des fois, on peut avoir des partages un peu différents, avec des connotations et des couleurs différentes. Je suis pour la diversité à tout point de vue.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Que considérez-vous comme étant votre plus grande réalisation en carrière?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FB : </strong>J’ai eu l’extrême privilège de toujours faire des choses que j’aimais, avec des équipes extraordinaires, avec beaucoup d’enthousiasme et de dévouement, tout en ne m’oubliant pas. J’ai eu la chance de toujours faire du travail que j’adorais et quand je n’aimais plus ça, je changeais. C’est certain que la présidence du CRTC, ça a été extrêmement important. C’est pendant que j’étais là qu’on a ouvert la concurrence pour la téléphonie, qu’on a permis la consolidation des entreprises en matière de radiodiffusion… C’est sûr que ce passage-là a été crucial. Mais le rôle que je joue ici aussi. J’y suis encore et ça prouve comment je suis passionnée par le travail qu’on fait, j’y crois beaucoup à cette mission-là. Quand vous faites le tour des chambres de commerce et que vous voyez le peu de moyens qu’on a et tout ce qu’on accomplit, je ne peux pas ne pas en ressentir une très grande fierté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : En terminant, qu’est-ce qu’on vous souhaite pour l’avenir?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FB : Que ça continue! <em>(Rires)</em> Une chose qu’on oublie toujours, ce qui permet qu’on fasse une carrière, c’est les choix de vie. Moi, je trouve qu’on a obtenu ce choix-là. Et on doit l’exercer. Peu importe le choix qu’on a, deux ingrédients absolument importants : la santé et l’énergie. Si on n’a pas la santé, la vie que j’ai menée à travers toute cette carrière-là, je n’aurai pas pu. Deuxièmement : le travail. Ma grand-mère disait toujours : « Y’a juste dans le dictionnaire que succès vient avant travail. » Parce qu’occuper des postes, ce n’est pas juste de les occuper. Comme femme, j’ai toujours été « la première femme à… ». C’est sûr, c’est ma génération, c’est normal. En même temps, je ne l’ai jamais senti comme tel, mais je réalise aujourd’hui qu’il ne fallait pas que je me trompe, il ne fallait pas que j’échoue. Parce que quand t’es la première, c’est sûr que les gens te regardent et si ça marche, une autre peut être acceptée plus facilement. Ça veut pas dire que c’est un automatisme… Alors, ça, je ne l’ai pas senti comme un poids, mais avec le recul je le vois. Donc, beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail.</p>
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<hr />
<p>Cet article <a href="/on-est-toutes-des-francoise-bertrand-presidente-directrice-generale-de-la-federation-des-chambres-de-commerce-du-quebec/">On est toutes des Françoise&#8230;. Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec</a> est apparu en premier sur <a href="/">FRANCOISE STEREO</a>.</p>
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		<title>On est toutes des Françoise… Durocher, waitress</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Mar 2015 13:27:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[3 La colère]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>MARIE-MICHÈLE RHEAULT &#160; « À toutes les waitress fines du Québec » est la dédicace du premier court métrage de Michel Tremblay et d’André Brassard, Françoise Durocher, waitress, sorti en 1972. À mon avis, il aurait mieux valu que la dédicace interpelle les waitress obligées d’être fines puisque pour ces femmes au métier prisé par Tremblay (on [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2015/03/Francoise-Durocher1.png"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-1065 " src="/wp-content/uploads/2015/03/Francoise-Durocher1.png" alt="Francoise Durocher" width="314" height="371" srcset="/wp-content/uploads/2015/03/Francoise-Durocher1.png 350w, /wp-content/uploads/2015/03/Francoise-Durocher1-254x300.png 254w" sizes="(max-width: 314px) 100vw, 314px" /></a>MARIE-MICHÈLE RHEAULT</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">« À toutes les <em>waitress</em> fines du Québec » est la dédicace du premier court métrage de Michel Tremblay et d’André Brassard, <em><a href="https://www.onf.ca/film/francoise_durocher_waitress" target="_blank">Françoise Durocher, waitress</a></em>, sorti en 1972. À mon avis, il aurait mieux valu que la dédicace interpelle les <em>waitress</em> <em>obligées</em> d’être fines puisque pour ces femmes au métier prisé par Tremblay (on se rappelle Pierrette Guérin et Lise Paquette dans les <em>Belles-Sœurs</em> et le trio de serveuses dans <em>En pièce détachées</em>), les raisons d’être en maudit (pour ne pas dire en « tabarnak ») sont nombreuses. Serveuses, filles de table, <em>waitress</em>, hôtesses, elles en ont beaucoup sur le cœur et Tremblay ne manque pas d’exprimer les misères des gens qui composent la classe ouvrière dont il est issu. « Les traits qu’il prêtait à ses personnages étaient le résultat de leur aliénation[1] » et les personnages de <em>Françoise Durocher, waitress</em> en incarne plusieurs facettes.</p>
<p style="text-align: justify;">Après la mythique litanie des commandes (« <em>Un </em><em>smoke-meat</em><em>, bacon, a’ec des </em><em>pickles</em><em>, d&rsquo;la moutarde, un café, deux crèmes, deux clubs, deux clubs.</em><em>Un pas d&rsquo;mayonnaise, l&rsquo;autre pas d&rsquo;bacon, d&rsquo;la moutarde en masse, deux cokes, deux cokes […] »</em>), le film s’ouvre sur une annonce de la direction qui oblige les serveuses à changer d’uniforme. Elles en ont ras-le-bol qu’on leur impose ces uniformes de plus en plus serrés, de plus en plus courts. « Je travaille icitte pour gagner ma vie, moé. Pas pour faire des parades de mode d’uniformes de <em>waitress</em> », de lancer une Françoise à la face de la direction. Elles en ont assez de parader et, surtout, de payer pour le faire. Elles déplorent l’obligation d’avoir à acheter leur nouvel uniforme alors qu’elles ne gagnent pas assez pour subvenir à leurs besoins. « Si on avait donc un union », déplore une autre Françoise. Le message de Tremblay sur l’objectivation du corps des femmes ne passe cependant pas que par l’uniforme des serveuses. Un peu plus loin dans le film, Tremblay montre une Françoise en larmes, qui vient de se faire larguer par un homme à qui elle a donné sa jeunesse. Elle a travaillé au club pour son Johnny pendant dix ans. Il a utilisé sa beauté pour attirer la clientèle jusqu’à ce qu’elle soit trop vieille (30 ans!) et la « laisse tomber comme une roche ». Françoise pleure le temps perdu, ce temps où elle était la reine du club et où sa jeunesse, qu’elle a donnée aveuglément, lui permettait tout. Elle se retrouve devant rien et ne peut pas croire qu’elle sera contrainte à devenir une « <em>waitress</em> de Kresge ». Elle saoule sa peine. L’alcool coule dans sa gorge comme le maquillage sur ses joues. Cette déchéance la rendra terne, éteinte, mais elle n’aura d’autres choix que de devenir <em>waitress</em> de restaurant.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Françoise Durocher, waitress</em> propose aussi une détermination des personnages à sortir de leur condition matérielle restreinte, de leur pauvreté financière. Le personnage qui incarne le mieux cette aliénation est la Françoise interprétée par Rita Lafontaine. Cette femme, aussi larguée par son amoureux, montre une volonté à se sortir de la condition précaire dans laquelle elle est née. « Je veux arriver à quelque chose dans vie, tu comprends. Je veux avoir un char, un beau logement, du beau linge. […] J’ai toujours été pauvre, j’ai toujours tiré le diable par la queue, mais je veux que ça change. » On comprend aussi, un peu plus loin, que cette volonté de changer passera inévitablement par l’indépendance. Elle s’en sortira seule et rien ne pourra l’arrêter, même pas « ce petit bâtard » qu’elle porte en elle et dont elle se débarrassera.</p>
<p style="text-align: justify;">Tremblay aborde aussi l’emprisonnement symbolique de la femme mariée, celle qui n’en peut plus d’avoir la responsabilité du mari et des enfants. Le personnage alcoolique souhaite se faire arrêter et emprisonner pour échapper à cette condition dont elle ne peut plus supporter les rouages. « Pis je voulais y aller en prison. J’aimais mieux aller en prison que de retourner chez nous. J’peux pus les voir. Des fois j’ai envie de tuer Henri, l’écraser comme une punaise rien que pour me faire arrêter! Finir en prison, je m’en sacre. On est logées, on est nourries, on finit par se faire des chums. […] Je le sais que je vais finir par le faire. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ces femmes ont toutes les raisons du monde de pleurer, de tout sacrer là ou de crier à la face du monde leurs conditions insoutenables, mais elles sourient. Le sourire qu’elles adressent aux clients devient la seule arme qu’elles peuvent utiliser contre leur propre aliénation. Il leur permet de croire qu’elles ont le contrôle de leur métier difficile, mais qui peut les faire accéder à l’indépendance. Avec <em>Françoise Durocher, waitress</em>, Tremblay et Brassard offrent une véritable ode à ces femmes, à ces Françoise de la classe populaire, qui en arrachent pour se sortir de leurs conditions.</p>
<hr />
<p style="text-align: justify;">[1] <a href="http://cinemaquebecois.telequebec.tv/#/Films/258/Clips/1216/Default.aspx" target="_blank">http://cinemaquebecois.telequebec.tv/#/Films/258/Clips/1216/Default.aspx</a></p>
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230; Hardy</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Nov 2014 04:14:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[2 Culture pop]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>JULIE VEILLET Lorsque nous avons choisi la culture populaire comme thème pour ce deuxième numéro, Françoise Hardy, célèbre chanteuse française et véritable icône de la mode des années 1960, nous est apparue incontournable pour cette chronique. Si elle ne se revendique pas du féminisme et bien qu’il y ait plusieurs éléments de son parcours qui [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="/wp-content/uploads/2014/11/Francoise-Hardy-2.png"><img decoding="async" class="alignleft wp-image-701 size-full" src="/wp-content/uploads/2014/11/Francoise-Hardy-2.png" alt="Françoise Hardy 2" width="350" height="827" /></a>JULIE VEILLET</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque nous avons choisi la culture populaire comme thème pour ce deuxième numéro, Françoise Hardy, célèbre chanteuse française et véritable icône de la mode des années 1960, nous est apparue incontournable pour cette chronique. Si elle ne se revendique pas du féminisme et bien qu’il y ait plusieurs éléments de son parcours qui peuvent nous faire un peu grincer des dents, elle reste une figure de proue de la culture populaire et est affublée d’une personnalité forte et assumée, qui lui a permis de faire sa place dans un milieu majoritairement gouverné par des hommes. Femme de tête qui n’a jamais eu peur de dire les choses comme elle les voit, elle a affiché, et affiche toujours, une grande liberté dans ses opinions et dans ses choix de vie. Entrevue fictive avec la <em>star[1]</em>.</p>
<p style="text-align: center;">*  *  *</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Françoise Hardy m’avait donné rendez-vous chez elle, par un beau samedi après-midi. À peine avais-je franchi le seuil de la porte qu’elle m’entraînait déjà au jardin, où une bonne bouteille de merlot et un plateau de fromages nous attendaient. Elle était belle, lumineuse, accueillante, et je me sentis tout de suite à l’aise, comme avec une vieille amie. Au loin, la tour Eiffel surplombait la ville et on entendait retentir les cloches de Notre-Dame. Une vraie carte postale. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Françoise, vous permettez que je vous appelle par votre prénom?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Elle acquiesce en souriant</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Vous êtes venue au monde le 17 janvier 1944 dans le IX<sup>e</sup> arrondissement de Paris. Votre mère, Madeleine, était aide-comptable à mi-temps et vous élevait seule, votre sœur Michèle et vous. Votre père, un homme d’affaires qui dirigeait une société fabriquant des machines à écrire et à calculer, n’a jamais été vraiment présent dans votre vie, étant alors marié à une autre femme que votre mère, ce qui faisait de vous des enfants illégitimes. Que pouvez-vous nous dire de la relation de vos parents?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Mon père était fou de ma mère, mais il était marié. De son côté, ma mère avait un gros problème avec la gent masculine, puisqu’elle n’a jamais pu passer une seule nuit avec un homme. Comme sa propre mère – ma grand-mère –, elle était frigide et assez castratrice.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Vous tenez des mots durs envers votre grand-mère, Jeanne Hardy; vous passiez pourtant vos week-ends et vos étés chez elle dans votre enfance? Vous n’entreteniez pas une bonne relation avec elle?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Ma grand-mère, très névrosée, n’a jamais cessé de me dénigrer, elle me disait que j’étais laide, bête, que j’avais tous les défauts de la terre et aucune qualité requise pour mériter d’être aimée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : La famille semble être un sujet délicat pour vous&#8230; Parlons plutôt des débuts de votre carrière. Vous avez été découverte en 1961 par Jacques Wolfsohn, le dirigeant de la maison de disques qui produisait à l’époque Johnny Hallyday et Petula Clark. Votre</strong> <strong>premier succès, « Tous les garçons et les filles », a fracassé tous les records de vente en 1962 et a contribué à lancer votre carrière. Pourtant, vous êtes très critique par rapport à la chanson. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Sur le moment, j’étais contente que la chanson marche et qu’elle passe à la radio, mais la pauvreté des arrangements m’a toujours exaspérée. Son succès a été déterminant et, si je semble la dénigrer aujourd’hui, c’est parce que j’ai l’impression que les gens ne connaissent de moi que ce titre, alors que j’en ai enregistré beaucoup d’autres très supérieurs sur tous les plans…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : On peut penser par exemple à « L’amitié » ou à « La maison où j’ai grandi », qui sont, je dois le dire, mes deux chansons préférées de votre répertoire. </strong></p>
<p><em>Elle sourit de nouveau.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Bien entendu, le succès amène son lot de critiques. Par exemple, le journaliste et animateur Philippe Bouvard vous avait surnommée « l’endive du twist ». Comment aviez-vous réagi à ce sobriquet?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : J’avoue que cela m’amusait et que c’était bien trouvé. J’avais l’habitude des surnoms légumiers. Avec mon mètre soixante-douze et mes 52 kilos, depuis l’école, je me faisais traiter d’asperge.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Vous vous êtes d’ailleurs bien jouée de la situation en nommant par la suite votre compagnie de production Asparagus, en référence à cette histoire. C’était là une belle petite vengeance!</strong></p>
<p><em>Elle rit aux éclats, laissant paraître des dents blanches comme neige.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Parlons mode maintenant. Bien que vous n’accordiez à vos débuts aucune importance à votre look et que vous n’aviez, selon vos proches, aucun goût pour vous habiller, vous êtes pourtant devenue une icône de mode convoitée par les plus grands créateurs et vous avez littéralement représenté l’avant-garde de la mode des années 1960 avec vos minijupes, vos bottes blanches et votre frange juste au-dessus des yeux. D’ailleurs, Paco Rabanne a dit de vous, et je cite : « Françoise représente un type de femme ultra-moderne, le symbole de la féminité des années 1960, comme Bardot était celui des années 1950. » Ce n’est pas rien!</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : À Londres, j’avais demandé à Paco Rabanne de me confectionner une tenue et je me suis retrouvée avec une combinaison métallique qui pesait seize kilos. Moi qui étais déjà statique sur scène, je ne pouvais plus bouger du tout! En plus, le poids du matériau entraînait l’entrejambe qui descendait jour après jour. Résultat, Paco Rabanne devait m’envoyer non pas des couturières mais des ouvrières munies de tenailles, de tournevis, de marteaux, pour remonter l’entrejambe de cette tenue diabolique qui était, je tiens à le préciser, magnifique!</p>
<p><strong>JV : C’est ce qui s’appelle de la haute couture! </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Nouveau fou rire, confirmant la complicité que j’avais sentie grandir entre nous deux depuis que j’avais mis les pieds chez elle. Nous sommes interrompues par Jacques (Dutronc), qui passait par hasard pour une visite de courtoisie à Françoise. Je l’invite à se joindre à nous. </em></p>
<p><strong>JV : Bonjour Jacques! Vous permettez que je vous appelle Jacques?</strong></p>
<p><em>Il soulève un sourcil. Je sens déjà les balbutiements d’une grande amitié.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Je suis contente que vous vous joigniez à nous puisque je m’apprêtais justement à aborder avec Françoise la question de ses amours. Il va sans dire que vous êtes l’homme le plus important de sa vie et que vous ne pourriez plus vivre l’un sans l’autre, même si vous ne formez plus un couple. Lorsque vous vous êtes connus, pourtant, vous avez longtemps hésité, chacun de votre côté, à faire les premiers pas.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">JD : Moi, elle me paraissait inaccessible… C’était plus facile de me croquer des petits boudins… J’aime bien contempler une belle toile, mais de là à repeindre dessus, c’est autre chose… L’admiration provoque une sorte de distance. En clair, cela ne m’était jamais venu à l’esprit que j’avais mes chances, elle ne me donnait pas beaucoup d’indications.</p>
<p style="text-align: justify;">FH : Avec [Jacques] Wolfsohn, on allait chez Castel et chez Régine, et je voyais ce Dutronc, que je trouvais très séduisant, flanqué de minettes toujours différentes que je ne trouvais pas assez bien pour lui. Étant donné sa vie dévergondée, je pensais n’avoir aucune chance.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Alors que Jacques avait pourtant complètement flashé sur vous, Françoise! On peut le comprendre, vous étiez, et êtes toujours, d’une beauté à couper le souffle!</strong></p>
<p style="text-align: justify;">JD : C’est vrai que c’était une très jolie fille à l’époque… Maintenant aussi d’ailleurs […] Globalement, elle se maintient bien. Je l’ai connue à 52 kilos, elle en a peut-être pris un ou deux à tout casser en trente ans, c’est pas mal. J’en connais d’autres qui se sont fait rouler : ils passent de 50 à 100 kilos, c’est effrayant. Et puis à l’époque, il existait des listes de femmes que tout le monde rêvait de croquer. Et Françoise en faisait partie.</p>
<p><strong>JV : Croquer, boudins, vous êtes obsédé par la nourriture ma foi!</strong></p>
<p><em>Rires. Il me fait un clin d’œil en se découpant un morceau de camembert.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Quelques années plus tard, vous êtes tombée enceinte et vous avez mis au monde le beau Thomas. Ç’a été un moment charnière de votre vie de couple, j’imagine?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Au bout de quelques jours, je rentrai avec notre précieux bout de chou endormi dans son couffin que Jacques portait précautionneusement. Mais rien ne changea dans notre mode de vie qui semblait encore plus étrange maintenant qu’il y avait un bébé. Il vivait toujours chez lui et venait chez moi à peu près trois fois par mois, s’il était à Paris.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Après vous être occupée seule de Thomas pendant près d’un an, vous avez réussi à convaincre Jacques de trouver une maison pour vous trois, maison dans laquelle vous avez vécu pendant vingt-cinq ans. On pourrait donc croire que votre vie de couple était alors au beau fixe, mais vous avez commencé à ce moment à entendre des rumeurs voulant que Jacques ait une maîtresse? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Je n’y croyais pas. Je n’ai su que plus tard que c’était vrai. Aujourd’hui, je me dis que j’ai été bête de tant souffrir!</p>
<p style="text-align: justify;">JD : La jalousie, ça fait chier […] parce que ça supprime les bons moments et n’en provoque que des mauvais. […] Mais je sais que je lui ai joué quelques tours de passe-passe… Je lui donnais rendez-vous un mardi, mettons le 26 juin, et je n’arrivais qu’au mois de septembre… <em>Mea culpa</em>… C’est tellement plus sympathique de boire un verre entre amis lorsqu’on sait qu’on est attendu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Et vous, Françoise, comment vous sentiez-vous dans tout cela? Avez-vous eu l’impression d’être une victime ou sentez-vous que vous vous êtes tout de même accomplie en tant que femme?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : J’ai l’impression d’avoir été une femme moderne pour trois choses. J’ai toujours gagné ma vie. J’ai utilisé la contraception avant qu’elle soit légalisée et – en partie à cause de mon enfance, mais pas seulement – le mariage m’a toujours paru une sorte d’aberration imposée par la société.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JV : Et vous avez aussi fait de grandes choses au cours de votre carrière. Vous avez enregistré près de 30 disques en plus de 50 ans à œuvrer dans le monde musical, vous avez également publié quelques livres, et vous vous intéressez maintenant beaucoup à l’astrologie, au point de vous livrer vous-même à des analyses.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Dans le livre <em>Les Rythmes du zodiaque</em> que j’ai mis plus de deux ans à écrire, j’illustrai mon propos en citant certains traits de pianistes célèbres représentatifs de leurs signes – la Capricorne Clara Haskil ne supportait pas les compliments, le Capricorne Michel Angeli n’aimait pas les applaudissements, le Poisson Richter jouait dans l’obscurité et allait servir la musique dans les coins les plus reculés de la Sibérie, là où on l’attendait le moins, la Gémeau Martha Argerich prône la liberté, la spontanéité, la fantaisie, etc.</p>
<p><strong>JV : Vous aimez la musique de piano à ce que je vois?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Je ne sais pas écrire autre chose que la douleur des sentiments et seule la musique romantique qui exprime une douleur sublimée m’inspire.</p>
<p><strong>JV : Et manifestement, ce n’est pas l’inspiration qui vous a manquée…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">FH : Mon parcours n’a rien d’extraordinaire, je n’ai rien su faire d’autre que quelques petites chansons par-ci par-là, mais j’y ai mis tout mon cœur.</p>
<p style="text-align: justify;">JD : Bon, ben, je vais vous laisser, parce que là mon cigare s’est éteint et il se fait tard…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le soleil se couche sur Paris. On s’embrasse tous les trois et on se dit au revoir, le cœur léger, promettant de se donner des nouvelles bientôt et, qui sait, peut-être même de nous revoir. Je retourne, seule, à mon hôtel, longeant la Seine. Une étrange nostalgie s’empare de moi, alors que je me surprends à siffloter : « Oui, mais moi, je vais seule, par les rues, l’âme en peine / Oui, mais moi, je vais seule, car personne ne m’aime… »</em></p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">[1] Cette entrevue est purement fictive. Les réponses attribuées à Françoise Hardy et à Jacques Dutronc sont tirées de la biographie de Gilles Verlant <em>Françoise Hardy : ma vie intérieure</em> (Éditions Michel Albin, Paris, 2002, 103 p.) et de l’autobiographie <em>Le désespoir des singes… et autres bagatelles</em> (Éditions Robert Laffont, Paris, 2008, 389 p.).</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230; tout court</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Lefrançois]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Nov 2014 04:13:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[2 Culture pop]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>HANNAH HADIR L&#8217;affaire Barry La femme masquée sévit encore! &#160; C’est lundi matin (le 5 octobre 1891) que Robertine Barry s’est introduite au 428, rue Saint-Gabriel, à Montréal (siège du journal La Patrie), armée d’une plume, dans le but avoué d’y verser l’encre et d’y répandre des idées progressistes, voire féministes. C’est masquée – elle [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center;"><strong><a href="/wp-content/uploads/2014/11/Barry.png"><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-351 size-full" src="/wp-content/uploads/2014/11/Barry.png" alt="Barry" width="500" height="706" srcset="/wp-content/uploads/2014/11/Barry.png 500w, /wp-content/uploads/2014/11/Barry-212x300.png 212w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px" /></a></strong></h1>
<p style="text-align: center;">HANNAH HADIR</p>
<h1 style="text-align: center;"></h1>
<h1 style="text-align: center;"><strong>L&rsquo;affaire Barry </strong></h1>
<h2 style="text-align: center;"><strong>La femme masquée sévit encore!</strong></h2>
<p>&nbsp;</p>
<div style="width: 45%; float: left;">
<p style="text-align: justify;"><strong>C’est lundi matin (le 5 octobre 1891) que Robertine Barry s’est introduite au 428, rue Saint-Gabriel, à Montréal (siège du journal <em>La Patrie</em>), armée d’une plume, dans le but avoué d’y verser l’encre et d’y répandre des idées progressistes, voire féministes. C’est masquée – elle signait sous un faux nom – que cette hors-la-loi s’est livrée à des actes subversifs par des propos entraînant le désordre social.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les représentants de la loi se demandent ce qui a pu inspirer une jeune femme telle que Barry à embrasser la carrière de femme de lettres. En février 1863, lors de sa naissance, nul n&rsquo;aurait pu prédire que la fillette de L&rsquo;Isle-Verte allait choisir plus tard une vie aussi hors norme. Et pourtant, le célibat et la vie de journaliste l&rsquo;y condamnent en l&rsquo;éloignant très certainement du destin des femmes de son époque. Une enquête préliminaire suit son cours, mais les autorités restent discrètes sur le sujet pour le moment.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelques indices</strong><br />
Une source sûre a toutefois révélé à <em>Françoise Stéréo</em> que Robertine Barry est née d&rsquo;un père marchand, mais littéraire à ses heures, très instruit et possédant des idées bien libérales. Ce sont là des indices qui permettent de croire que dès son enfance, la jeune Barry jouissait d&rsquo;un contexte familial favorable à son émancipation. En effet, les enquêtes sur les femmes de lettres du début du siècle démontrent avec preuves à l&rsquo;appui que la reconnaissance de la subjectivité féminine dès le jeune âge et l&rsquo;encouragement des proches dans la voie choisie permettent aux femmes d&rsquo;attaquer et d&rsquo;affirmer plus sûrement la carrière d&rsquo;écriture.</p>
<p style="text-align: justify;">À ces premiers signes avant-coureurs s&rsquo;ajoute le fait que la petite Robertine a eu droit à une solide éducation. En effet, comme bien des femmes qui tombent dans les lettres à cette époque, Barry fréquente le couvent des Ursulines de Québec. Quittant ensuite définitivement son patelin natal, elle migre vers Montréal. Son plan est bien stratégique puisque la presse se concentre alors dans la métropole où se développe considérablement la vie littéraire.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, Robertine avait des antécédents. Des preuves confondantes d’une écriture très précoce ont été retrouvées à son domicile : un journal personnel soigneusement caché et une copie d’<em>Histoire de Trois-Pistoles</em>, que la jeune femme avait écrite à l’âge de 19 ans. Cette <em>Histoire</em> avait par ailleurs été saluée par un prix et publiée. On reconnaît bien ici des symptômes précurseurs d&rsquo;une carrière de femme de lettres.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Retour sur les évènements</strong><br />
Barry a d&rsquo;abord fait ses débuts au journal <em>La Patrie</em>. C&rsquo;est au sein de cette publication qu&rsquo;elle s&rsquo;est fait connaître, masquée sous le nom de Françoise. Déjà, ses mots font du grabuge. D&rsquo;abord avec sa « Chronique du lundi » (1891-1900), puis avec le « Coin de Franchette » (1897-1900). Par cette collaboration, qui s&rsquo;étend de 1891 à 1899, Barry est la première femme journaliste à recevoir un salaire. Pendant cette période, elle sévit encore en publiant son recueil de nouvelles, <em>Fleurs champêtres</em> (1895), ainsi que son recueil de chroniques, Chroniques du lundi, choisies parmi les nombreux textes parus dans sa page du même nom.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré la popularité de ses pages et après avoir fait couler l&rsquo;encre à souhait, Barry ne semble pas satisfaite de ses écarts et la voilà qui frappe encore. En 1902, elle fonde son propre journal, <em>Le Journal de Françoise</em>. À travers ses éditoriaux, comptes-rendus et diverses rubriques, notre marginale n’hésite pas</p>
</div>
<div style="width: 45%; margin-left: 10%; float: left; text-align: justify;">à prendre la défense des femmes, ces pauvres créatures que l&rsquo;on veut pourtant peu brillantes et uniquement destinées aux rôles d&rsquo;épouse, de mère et de bonne ménagère. Cet organe de communication sert aussi à la diffusion des activités des diverses associations féminines qui naissent au début du siècle. La journaliste se fait ainsi l&rsquo;artisane et la complice de la mise en place de liens sororaux, alors que les femmes sont chassées des regroupements littéraires et intellectuels masculins. Mais ces faits ne font que renforcer le profil de salonnière de Barry. D&rsquo;ailleurs, les tentacules de son réseau littéraire se sont étendus jusqu&rsquo;en France où la journaliste avait séjourné à titre de déléguée au Congrès international des femmes qui se déroulait durant l&rsquo;Exposition universelle de Paris en 1900. Son implication dans diverses associations féminines dans son propre pays n&rsquo;en est pas moindre. On sait, par exemple, le rôle prépondérant qu&rsquo;elle joue dans la fondation de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, cette section féminine de la Société Saint-Jean-Baptiste. Œuvres de charité, conférences et autres participations associatives sont aussi à son actif. Enfin, la fatigue vient à bout de la femme de lettres qui cesse ses activités en 1910. Elle accepte alors un travail de fonctionnaire qui aurait pu lui fournir temps et argent pour verser l&rsquo;encre à sa guise. C&rsquo;est la mort qui l&rsquo;arrêtera, la même année.<strong>L&rsquo;effet Françoise</strong><br />
Toutefois, l&rsquo;effet Françoise ne s&rsquo;arrête pas là. La femme de lettres entraîne dans son sillage bon nombre de jeunes femmes de bonne famille qui vont dévouer leur vie à l&rsquo;écriture et à des causes perdues (c.-à-d. féministes). Certaines d’entre elles, dont les plus célèbres sont Anne-Marie Gleason Huguenin, mieux connue dans le milieu sous le nom de « Madeleine », et Georgina Bélanger, dite « Gaëtane de Montreuil », vont également fonder leur journal. Avec sa complice Joséphine Marchand, on peut dire que Barry est l&rsquo;une des pionnières du journalisme féminin et qu&rsquo;elle offre ainsi aux femmes un modèle de réussite féminin dans le milieu des lettres. Plus encore, elle outrepasse les frontières de la bluette et prend part à la Vie littéraire (avec un grand V) de son époque. Rapidement, l&rsquo;influence de Barry a dépassé les limites de la bienséance. On se rappelle l&rsquo;importance du journalisme dans la venue des femmes à l&rsquo;écriture publique. Avec l&rsquo;industrialisation et le développement de la presse au tournant du XXe siècle, les femmes accèdent à l&rsquo;écriture publique par le biais du journalisme féminin. Certes, elles écrivent alors pour les femmes, dans des rubriques et des pages dites féminines. Il n&rsquo;en demeure pas moins que cette écriture « féminine » est publiée et sort des lieux privés qui lui étaient autorisés. C&rsquo;est également l&rsquo;occasion, lentement, de publier à travers cette fenêtre « féminine », des textes de création, notamment de la poésie, des contes ou encore des récits de voyage. On sait aussi que cette ouverture peut être l&rsquo;occasion de subvertir les codes sociaux. Et voilà que le champ des possibles commence à s&rsquo;ouvrir et que l&rsquo;écriture des femmes est sur sa lancée. Rien ne pourra plus l&rsquo;arrêter.<strong>Des dégâts impossibles à estimer</strong><br />
L&rsquo;énigme est de moins en moins opaque et l&rsquo;effet « Françoise » se propage. Traversera-t-il le temps? Fera-t-il des petites Françoise? La rumeur veut que près de cent ans plus tard, l’esprit de Françoise soit en train de renaître sous la plume de jeunes femmes à la mine (de crayon) patibulaire…</p>
</div>
<div style="clear: both;"></div>
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		<title>On est toutes des Françoise&#8230; Guénette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Valérie Gonthier-Gignac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2014 20:00:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[1 Sans thème]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[On est toutes des Françoise]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>VALÉRIE GONTHIER-GIGNAC &#160; Au fil des numéros, nous vous présenterons des Françoise de tous les horizons. Des Françoise qui ont fait de grandes choses, et d’autres qui en ont fait de plus modestes, mais qui sont toutes, flamboyantes ou discrètes, des piliers du monde qu’on habite. Nous cherchions, pour ouvrir le bal de cette série [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_112" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-112" class="wp-image-112 size-medium" src="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette-300x224.jpg" alt="Programmatique_FrançoiseGuenette" width="300" height="224" srcset="/wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette-300x224.jpg 300w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette-65x50.jpg 65w, /wp-content/uploads/2014/06/Programmatique_FrançoiseGuenette.jpg 960w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /><p id="caption-attachment-112" class="wp-caption-text">© Louise Guénette</p></div>
<p>VALÉRIE GONTHIER-GIGNAC</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Au fil des numéros, nous vous présenterons des Françoise de tous les horizons. Des Françoise qui ont fait de grandes choses, et d’autres qui en ont fait de plus modestes, mais qui sont toutes, flamboyantes ou discrètes, des piliers du monde qu’on habite.</p>
<p>Nous cherchions, pour ouvrir le bal de cette série d’entrevues, une Françoise à la carrière établie et au féminisme affirmé. C’est tout naturellement que nous avons pensé à Françoise Guénette, journaliste et animatrice indépendante, qui fut aussi corédactrice en chef du magazine féministe des années 1980 <em>La Vie en rose.</em></p>
<p>J’ai pris rendez-vous par téléphone :</p>
<p>« Bonjour, Françoise. Avec des amies féministes, on est en train de monter un projet de revue. On se demandait si tu nous accorderais une entrevue?</p>
<p>— Une revue féministe? Pas papier, j’espère! »</p>
<p>Un cri du cœur : ça laisse des traces, avoir été rédactrice en chef.</p>
<p>J’éclate de rire : « Si tu nous donnes des conseils en prime, on va les prendre… »</p>
<p>On se rencontre chez elle, dans son salon, à côté d’une table où s’empilent des colonnes de livres. Elle s’excuse, d’un revers de la main : « J’en ai presque une trentaine à lire, pour un contrat d’animation — des tables rondes – au Salon du livre de Québec, dans un mois. Ils ne sont même pas tous là. »</p>
<p>Je souris : chaque fois que je suis allée chez elle, Salon du livre ou pas, la table du salon débordait de bouquins.</p>
<p>Elle s’assoit sur le divan en cuir en hochant la tête.</p>
<p>« L’hiver et le début du printemps, c’est toujours fou. Mais je ne me plains pas : mes contrats sont stables d’une année à l’autre, et j’ai l’été de congé&#8230; »</p>
<p>Françoise collabore parfois avec le magazine <em>L’actualité</em>. Quand on s’est vues, elle terminait un dossier sur l’édition numérique, tout en préparant, dans le cadre de la série <em>Le monde vu par</em>, présentée par le Musée de la civilisation, un entretien avec Janette Bertrand.</p>
<p><strong>La rencontre avec le féminisme</strong></p>
<p>Je m’installe sur le fauteuil perpendiculaire au sien. C’est bon, on y va : « Tu sais d’où te vient ton nom, Françoise?</p>
<p>– C’est le nom de Françoise à Joe… quelque chose – j’oublie toujours –, bref, d’une ancêtre du côté de mon père. Mes parents ont voulu donner des noms très classiques à leurs enfants. J’ai un frère qui est mort à un an, quelques mois avant ma naissance, qui s’appelait Pierre Guénette, comme le premier Guénette qui est arrivé en Nouvelle-France, vers 1649. Nos prénoms ont un lien direct avec les origines de la famille. »</p>
<p>Plus tard, en révisant ma première version de l’article, les filles de <em>Françoise Stéréo</em> ont souligné ce passage : « C’est vraiment l’<em>fun</em>, comme question, ça donne un côté humain à l’échange. On devrait la garder pour nos entrevues avec des Françoise. »</p>
<p>En relisant ma transcription, j’avais plutôt noté que, à cet endroit, j’aurais pu glisser une question sur la notion de filiation, si intrinsèquement liée au système patriarcal… Occasion perdue : dans le vif de l’entretien, j’ai enchaîné :</p>
<p>« Le féminisme, il est entré comment dans ta vie?</p>
<p>– C’est arrivé au milieu des années 1970, après l’université, quand j’ai commencé à travailler. En 74-75, j’étais reporter pour une émission quotidienne à la radio de Radio-Canada, qui s’appelait <em>Présent</em>. J’ai eu l’occasion, à ce moment-là, de couvrir les grandes manifestations pour le droit à l’avortement, en appui au D<sup>r</sup> Morgentaler. Je me suis intéressée à cette histoire; j’ai fait une entrevue avec Morgentaler, et j’ai rencontré des militantes, notamment les femmes du Comité de lutte pour l’avortement libre et gratuit. À ce moment, le Comité de lutte organisait des voyages à New York pour les filles qui devaient se faire avorter. C’était illégal, clandestin et dangereux au Québec.</p>
<p>Mon contact avec le féminisme est donc passé beaucoup par des rencontres personnelles. Par l’amitié, finalement, parce que j’ai continué à voir les filles après la fin de mes reportages.</p>
<p>Juste après cette période, je suis allée passer un an en Europe, pour un stage en journalisme. Là-bas, je me suis mise à lire plusieurs revues féministes françaises. Je me souviens aussi d’un grand reportage que j’avais fait sur l’avortement, en Italie; là-bas aussi, c’était une grosse bataille.</p>
<p>Quand je suis revenue au Québec, j’ai été contactée par les filles du Comité de lutte, qui avaient décidé de lancer un magazine, <em>La Vie en rose</em>… »</p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td width="439"><em>La Vie en rose</em> est un succès dans le monde des magazines québécois, et pas seulement des magazines féministes : d’un petit encart en 1980 dans <em>Temps fou,</em> un magazine trimestriel de gauche, la revue a grossi, pour atteindre un tirage mensuel de 40 000 exemplaires sept ans plus tard. Baveuses et drôles, les filles de <em>La Vie en rose</em> ont réussi à donner au féminisme une véritable tribune dans l’espace médiatique.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Le passage à <em>La Vie en rose</em></strong></p>
<p>Inutile de dire que <em>La Vie en rose</em> est un modèle, pour nous, les filles de <em>Françoise Stéréo</em>. Un modèle presque paralysant, dans mon cas : suis-je assez convaincue, avec mes nuances, mes doutes et ma peur des affirmations radicales, pour seulement penser comparer mes convictions à celles de ces militantes qui ont construit ce monument du féminisme québécois?</p>
<p>C’est un soulagement, quand Françoise répond, sereine et assumée, à ma question un peu détournée :</p>
<p>« Dirais-tu que tu es devenue une militante féministe avec <em>La Vie en rose</em>?</p>
<p><strong>–</strong> Non, fait-elle en secouant la tête, pas une vraie militante. Je faisais <em>La Vie en rose</em> par conviction, c’est sûr, mais j’étais entrée là d’abord comme journaliste. Pour moi, c’était un projet journalistique en plus d’être un projet politique. Je ne suis pas militante dans l’âme, ni de tempérament ni de formation. Pour moi, Hélène Pedneault était l’essence même de la militante : une fille de principes, de conviction. Moi, je suis trop molle pour ça, trop modérée. »</p>
<p>Je me détends dans mon fauteuil, sans doute amortie par la digestion de l’assiette de sushis partagée avant l’entrevue. Je poursuis dans la même veine, en évoquant à mots couverts une autre inquiétude :</p>
<p><strong>« </strong>Dans le temps de <em>La Vie en rose</em>, avez-vous déjà été prises entre deux feux, deux visions du féminisme qui s’opposaient, et eu à choisir?</p>
<p><strong>– </strong><em>La</em> <em>Vie en rose</em> se disait pluraliste. On ne voulait pas choisir un courant ou l’autre. Un des mandats qu’on s’était donnés était de susciter des débats à l’intérieur du féminisme en acceptant tous les points de vue. Même si on n’était pas à l’aise avec les zones un peu sectaires du féminisme, être pluraliste, c’était d’accepter d’en discuter, et d’exprimer les désaccords dans la revue.</p>
<p>– Y a-t-il eu des conflits, tout de même?</p>
<p>Françoise sourit en me lançant des yeux un <em>Et comment!</em>, avant d’enchaîner :</p>
<p>– C’est arrivé très souvent, surtout à mesure que l’équipe a grossi. Ces conflits internes ont même donné lieu à une séparation entre nous, en deux groupes, que nous appelions la <em>ligne molle</em> et la <em>ligne dure.</em></p>
<p>La <em>ligne dure</em> était représentée surtout par des femmes homosexuelles, qui avaient des positions assez fermes, alors que la ligne molle, c’était plutôt les hétéros, plus modérées, entre guillemets.</p>
<p>On s’entend : c’est certain que, à <em>La</em> <em>Vie en rose</em>, nous étions toutes pour la reconnaissance absolue des droits des gais et lesbiennes. Mais je me souviens de discussions musclées qui sont survenues à l’occasion d’un numéro spécial que nous avions fait sur l’amour, pour lequel nous avions demandé autant des textes à des femmes lesbiennes qu’à des hétéros; alors que les textes des femmes hétéros étaient assez critiques et pessimistes, tous les textes des lesbiennes étaient très flatteurs et positifs. Les hétéros ont eu une réaction un peu épidermique dans le genre de « Ben là, franchement! C’est biaisé, ça ne se peut pas que tout soit parfait dans toutes les amours lesbiennes! » »</p>
<p>Je dois souligner que ce dernier passage de mon article a suscité une petite discussion, au comité de lecture de <em>Françoise Stéréo : </em>àune hétéro qui s’amusait de ce que, dans ce débat, celles qu’on associe davantage à la <em>ligne molle</em> de <em>La Vie en rose</em> reprochaient presque à celles de la <em>ligne dure</em> de ne pas être assez radicales, une fière représentante de notre branche lesbienne politique a objecté que l’aplanissement des rapports de pouvoir dont bénéficient les lesbiennes dans leur couple leur donne un avantage par rapport aux femmes en couples hétérosexuels… C’est rien qu’un début : on va avoir du <em>fun</em>.</p>
<p>Françoise rajoute, avec un sourire dans la voix :</p>
<p>« Je me souviens aussi d’un débat assez dur, où quelques-unes des femmes qui avaient des enfants demandaient à ce qu’on en tienne compte, et qui se faisaient répondre par celles qui, lesbiennes ou pas, avaient décidé de ne pas en avoir : « Ben là, c’est votre choix, assumez-le! » »</p>
<p><strong>La vie professionnelle</strong></p>
<p>« Dans quelle mesure le féminisme a-t-il teinté ta pratique du journalisme? Y a-t-il eu un moment, dans ta vie professionnelle, où tu t’es fait mettre à l’écart à cause de ton étiquette féministe?</p>
<p>— Comme je le disais tantôt, je n’ai pas toujours été féministe. Quand j’ai commencé à travailler à 20 ans, dans une équipe de gars qui en avaient trente, je passais beaucoup de temps à faire la foire et à m’amuser.</p>
<p>Mon stage en Europe, l’année de mes 25 ans, a marqué un tournant. Quand je suis revenue, j’ai eu un contrat à la radio de Radio Canada, comme journaliste à la culture dans une émission du samedi. C’était des années où la culture des femmes, ici comme ailleurs, était très riche, très intéressante, avec Pol Pelletier et le Théâtre expérimental des femmes, la Librairie des femmes, des écrivaines marquantes, etc., et je faisais beaucoup de reportages sur les femmes, sur la culture des femmes, faite par des femmes.</p>
<p>Après deux ans, mon contrat n’a pas été renouvelé et on m’a reproché de ne pas être objective, d’être trop féministe. Pour Radio-Canada, c’était un manque de professionnalisme. »</p>
<p>Elle marque une pause, et ajoute en riant :</p>
<p>« Mais, pour être honnête, je ne ménageais pas mes critiques au réalisateur de l’époque : je n’étais pas très subtile, à 25 ans.</p>
<p>En fait, ça a été une bonne chose, ça m’a donné l’occasion de travailler à temps plein à <em>La</em> <em>Vie en rose</em>.</p>
<p>– Et ensuite? Après <em>La</em> <em>Vie en rose</em>, est-ce que l’étiquette de féministe t’a nui?</p>
<p>– Non, pas du tout. <em>La</em> <em>Vie en rose</em> a pris, au fil des ans, une crédibilité appréciable, et on nous prenait au sérieux dans les congrès des journalistes. Ça ne m’a pas nui, même que ça a aidé à me faire connaître. Ça a été le cas pour d’autres journalistes parmi nous, dont Francine Pelletier, Ariane Émond… »</p>
<table>
<tbody>
<tr>
<td width="439">L’aventure de <em>La Vie en rose</em> s’est terminée en 1987, sept ans après le premier numéro, coulée, à première vue, par une crise financière inextricable : un coût de production mensuel de 70 000 $, et un nombre d’abonnements (10 000) insuffisant pour attirer les commanditaires[i]. D’autres facteurs seront avancés, plus tard, pour expliquer la mort de <em>La Vie en rose</em>, dont, peut-être, un changement profond dans le féminisme lui-même, passé d’un projet collectif à quelque chose de plus individuel, auquel la revue ne se serait pas adaptée.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>L’évolution du féminisme post <em>Vie en rose</em></strong></p>
<p>« Comment ta vision du féminisme, tes convictions, ont-elles évolué à travers les années?</p>
<p>– Je pense que ma vision a évolué parce que la situation a évolué. Quand j’ai commencé, dans les années 1970, l’égalité entre les hommes et les femmes n’était pas reconnue dans les lois. Y’avait pas de congés de maternité payés, pas de salaire égal, pas de garderie. Un des grands changements a été l’avortement, un autre, la contraception.</p>
<p>Depuis <em>La Vie en rose</em>, je n’ai pas fait partie de groupes de femmes. Même si j’ai travaillé avec plusieurs ponctuellement, comme la Fédération des femmes, je ne suivais rien de l’intérieur. Mais l’impression que j’ai, c’est qu’il y a eu des étapes qui ont été franchies. Le féminisme des années 1970 était peut-être un peu plus spectaculaire, parce qu’il y avait des pas de géant qui se faisaient.</p>
<p>Quoique, en 1989, l’affaire Chantal Daigle, ça a été important. D’ailleurs, je suis sortie cette fois-là, avec les 35 000 autres personnes qui ont marché dans la rue à Montréal.</p>
<p>Je crois qu’il y a de beaux dossiers présentement, des dossiers de continuité, comme le partage des tâches dans le couple.</p>
<p>Le débat autour de la prostitution n’est pas réglé non plus. Ni la violence sexuelle, même si les lois ont été modifiées. Et il y a des dossiers qui sont nouveaux : on ne parlait pas d’hypersexualisation dans les années 1980.</p>
<p>Et la question de l’équité salariale n’est pas réglée non plus : les femmes journalistes de Radio-Canada ont mené une grosse bataille il y a quelques années. Elles ont montré qu’elles étaient systématiquement moins payées malgré les conventions collectives. Les gars se négociaient des primes plus avantageuses, par-dessus leur salaire de base. Des femmes de 20 ans d’expérience avec un tas de diplômes gagnaient moins qu’un gars qui avait moins d’expérience et de diplômes. On devait resserrer les règles, est-ce qu’on l’a fait ?… »</p>
<p>Elle termine en faisant une moue dubitative. J’opine des sourcils. On se comprend.</p>
<p>Elle ajoute : « Je crois que beaucoup de femmes sont féministes malgré elles, sans vouloir l’avouer. »</p>
<p>J’éclate de rire. Là-dessus, on pense encore la même chose. Le nombre de fois qu’on s’est fait répondre, avec les filles, en parlant de notre projet à des copines : « Tu sais, moi, je ne suis pas féministe. Mais… »</p>
<p><em>Mais…</em> Mais, bien sûr, elles ne seraient pas prêtes à renoncer aux acquis. Oui, certaines trouvent excessifs les mouvements d’éclat des Femen, d’autres trouvent qu’il faut être bégueule rare pour s’insurger contre une pub à peine suggestive de la SAQ pour saluer le printemps…. Est-ce que, parce qu’on n’embrasse pas toutes les positions féministes, on peut se permettre de renier tout d’un bloc?</p>
<p>La position de <em>Françoise Stéréo</em>, comme celle de beaucoup de féministes que nous côtoyons et qui nous ont précédées, notamment à <em>La Vie en rose</em>, c’est que les féminismes sont multiples, et que les différents points de vue, parfois contradictoires, tissent une toile de fond pour aborder une quantité des sujets de discussion fascinants.</p>
<p>J’ai mon manteau sur le dos, prête à partir, en me disant que cette question des multiples facettes du féminisme nous donnerait de la matière pour une autre entrevue&#8230; Françoise me retient un instant :</p>
<p>« Dis donc, est-ce que tu l’avais, le numéro hors série de <em>La Vie en rose</em>, qu’on a publié en 2005 pour marquer le 25<sup>e</sup> anniversaire de fondation du magazine? Attends, il m’en reste des exemplaires&#8230;</p>
<p>Elle disparaît quelques instants par la porte du sous-sol, où elle a son bureau. Elle revient avec une revue, et un rouleau qu’elle me tend.</p>
<p>– Il me reste quelques affiches de 2005. C’est en prime. »</p>
<p>On s’embrasse toutes les deux, en se promettant de se donner des nouvelles. Je m’en retourne prendre l’autobus, sur René-Lévesque, avec mon paquet sous le bras. C’est encore l’hiver, même si on est en mars. Mais il fait soleil : belle journée pour faire avancer un projet.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>[i] GUÉNETTE, Françoise, « Vie et mort d’un magazine féministe », dans <em>La Vie en rose</em>, hors série, 2005, p. 9.</p>
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