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	<title>C&#039;est kif-kif Archives - FRANCOISE STEREO</title>
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		<title>À propos du milieu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 May 2017 13:20:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[9 Le temps]]></category>
		<category><![CDATA[C'est kif-kif]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
		<category><![CDATA[Ruptures et continuité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>EFTIHIA MIHELAKIS &#160; Illustration: Anne-Christine Guy &#160; L’autre soir, elle était en route pour aller voir une amie au café. Elle était partie dans l’Ouest depuis un an et elle tentait tant que bien que mal, et en dépit de sa fatigue, de revoir ses ami.es lors de ses passages à Montréal, de courir après [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-3253" src="/wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis.jpg" alt="" width="1000" height="1000" srcset="/wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis.jpg 1000w, /wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis-150x150.jpg 150w, /wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis-300x300.jpg 300w, /wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis-768x768.jpg 768w, /wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis-250x250.jpg 250w, /wp-content/uploads/2017/05/Mihelakis-100x100.jpg 100w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px" /></a></h2>
<h2 style="text-align: right;"></h2>
<h2 style="text-align: right;">EFTIHIA MIHELAKIS</h2>
<p>&nbsp;</p>
<p>Illustration: Anne-Christine Guy</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’autre soir, elle était en route pour aller voir une amie au café. Elle était partie dans l’Ouest depuis un an et elle tentait tant que bien que mal, et en dépit de sa fatigue, de revoir ses ami.es lors de ses passages à Montréal, de courir après le temps qui lui paraissait toujours occupé par des moments manqués, des rencontres souhaitées mais impossibles.</p>
<p>Depuis quelques mois, elle s’adaptait à un autre temps qui remplissait un lieu lui devenant désormais étrangement hospitalier. Elle aimait sa solitude.</p>
<p>Et maintenant, à Montréal, elle était devenue une revenante. Ce soir-là, sans qu’elle ne saisisse pourquoi, elle ne se souvenait plus à quelle intersection se situait le café. Elle s’est dit qu’il était sans doute quelque part entre Le Fameux, maintenant fermé, et l’hôtel dont elle ne se souvenait jamais du nom, au coin de Sherbrooke. Elle gardait les yeux hauts pour trouver un bâtiment verdâtre avec de grandes vitres au rez-de-chaussée.</p>
<p>Elle a décidé de garer la voiture au coin de la rue Marie-Anne. Elle a marché jusqu’à la rue Rachel. Pas de café. Elle s’est rendue à l’avenue Saint-Laurent puis est revenue jusqu’à la rue Marie-Anne. Pas de café. L’hiver était arrivé, mais elle refusait de porter du linge chaud. Elle s’était, en l’espace de quelques mois, habituée aux hivers plus cléments qu’elle avait vécu lorsqu’elle était à Calgary et aux Chinooks.</p>
<p>Elle a failli se faire renverser par une voiture parce qu’elle était distraite par les gens, des couples surtout, qui marchaient avec le visage béat, main dans la main. Elle était aussi distraite par l’intensité des quadrillages condensés. Elle avait maintenant l’impression de se faire assaillir par la multiplication de ce qui lui semblait être l’arrivée précipitée d’un autre trottoir. Ses yeux s’étaient habitués aux grands espaces.</p>
<p>Un pied dans la rue, un pied encore sur le trottoir, elle s’est subitement souvenue de la première fois qu’elle avait conduit sur l’avenue Patricia à Brandon. Elle venait de déménager depuis quelques semaines de Calgary au Manitoba. Mis à part les quelques rues au centre de la petite ville, il n’y avait que de vastes routes sans fin avec des intersections mal identifiées, quasi inexistantes. Elle avait dit à V. que ses yeux ne savaient pas comment voir sans quadrillage, qu’il y avait comme une étendue d’espace et un sentiment de vertige à ne pas savoir où poser son regard. C’était exhilarant et profondément troublant.</p>
<p>Le Laïka. C’était un café qu’elle connaissait bien. Elle l’avait fréquenté beaucoup pendant son doctorat. Et là, dans la rue, rien. Un espace vide dans sa mémoire. Il y avait maintenant juste son corps qui tentait de retrouver les pas qu’elle avait exécutés des centaines, peut-être des milliers de fois. Elle a dû vérifier sur son cellulaire. Il était à 25 mètres vers le sud.<a href="/wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures.png"><img decoding="async" class="alignright wp-image-3173 size-medium" src="/wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures-300x300.png" alt="" width="300" height="300" srcset="/wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures-300x300.png 300w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures-150x150.png 150w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures-768x768.png 768w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures-250x250.png 250w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures-100x100.png 100w, /wp-content/uploads/2017/05/Vignette-ruptures.png 900w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a></p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Une fois arrivée, S. et elle ne se sont pas mises tout de suite à parler. Il y a de ces gens qu’on peut ne pas voir depuis des années et avec qui on a pourtant l’impression d’avoir une conversation ininterrompue, seulement parsemée de longues pauses fortuites, comme s’il fallait faire l’expérience de la distance pour mieux se retrouver. Elles savaient ce qu’elles avaient vécu. Il ne fallait pas le dire à voix haute. La durée infinitésimale d’un regard complice et chaleureux ravivait la puissance de la colère sororale comme un éclair tant désiré à la fin d’une journée de canicule. L’orage qui tourbillonnait en elle la gardait souvent au bord d’un état limite : elle pouvait à n’importe quel moment soit rire ou pleurer. Il n’y avait aucune différence caractérielle entre ces deux manifestations. Car les violences vécues lors de ses apprentissages universitaires, la honte qu’elle a vécue lors de la presque venue de la Charte des valeurs, l’avenir incertain et morbide de ses camarades dans le domaine des lettres à l’université, la montée d’une angoisse généralisée, et l’arrivée de Trump au pouvoir ne l’avaient pas mis hors d’elle-même. Elle savait qu’il fallait qu’elle appartienne à quelque chose, qu’elle retrouve quelque chose en elle. Mais elle ne pouvait –elle ne voulait– pas tout à fait le définir, le circonscrire, le limiter. Elle a dit subitement à M. :  <em>Je ne sais pas. J’ai l’impression qu’il faut se rejoindre quelque part au milieu, mais sans avoir l’impression de perdre ce qui nous est essentiel.</em> <em>Ce que je suis ; ma différence. </em></p>
<p>Comment faire, en tant que deuxième génération, pour ne pas porter toute la responsabilité du changement qui doit opérer chez ceux et celles qui le refusent ? Il lui semblait que c’était toujours à elle d’apprendre aux Blancs comment agir, comment comprendre, comment être sensibles, comment faire de la place pour quelqu’un qui n’était pas comme eux et elles. Il lui semblait qu’elle avait aussi appris à être celle qui devait servir d’intermédiaire pour les premières générations.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Une semaine plus tôt, elle était allée prendre un verre avec ses nouveaux collègues profs. Une jeune serveuse l’a entendue parler français. Elle l’a tout de suite interpellée : <em>Je parle aussi français ! J’étais en immersion au secondaire et j’ai suivi un cours avec M. </em><em>&#8211;</em><em> Que faites-vous ici ?</em> &#8211; <em>Je suis prof de littérature et de français à l’université. </em>&#8211; <em>Mais vous venez d’où ?</em> Cette question, elle ne l’avait jamais entendue enfant au sein de sa famille. Elle l’avait entendue pour la première fois dans une université francophone et plus encore lorsqu’elle a commencé à interagir avec des francophones.</p>
<p>Elle s’est mise à faire ce qu’elle fait tout le temps. Penser aux apprentissages, aux origines et aux devenirs. Elle savait que si cette question s’apprend très jeune, comme un alphabet qu’on apprend par cœur pour s’approprier une langue, on ne naît pas en ayant ce désir pervers, voire sournois, trop souvent enveloppé d’un masque de bienséance, de vouloir circonscrire l’autre, de vouloir qu’il performe son altérité, qu’il devienne l’aliéné qui a été ciblé en répondant à la question : <em>D’où viens-tu ?</em> On le devient. On imite, on pense que c’est légitime. On écoute, on entend. On voit que d’autres le disent. Que c’est accepté. On n’apprend pas le silence, le sien. On n’apprend pas à se douter soi-même, à exister. On append à se déclarer maîtres chez soi. Et on le dit. On en est responsable.</p>
<p>Face à la serveuse, il n’y a eu aucun ressentiment, aucune douleur, aucune volonté de faire rebondir la question sous forme d’ironie, en disant, &#8211; <em>Et vous, d’où viennent vos ancêtres ? </em>Elle a tout simplement répondu : &#8211; <em>De Montréal. </em>Et la serveuse : &#8211; <em>De Souris. </em>Quelque chose semblait avoir radicalement changé. Elle n’était plus une étudiante en face d’une figure d’autorité. Son nom s’était déplacé, mais il demeurait dans la même sphère d’autorité. Il n’y avait plus Madame Eftihia, petite-fille de la grand-mère paternelle Eftihia, fille du père Mihelakis, présente. Il y avait le titre, « Docteure », que le monde anglophone utilisait sans ironie.</p>
<p>Mais il était impossible pour elle de se rappeler autre chose qu’une clameur, celle des doux reproches de gens pourtant si insignifiants, mais dont les mots calomnieux avaient percé la peau de sa mémoire vive. C’était comme si les mots « d’où / viens-tu? » ne pouvaient pas se détacher du mot « Docteure » ; ce dernier y ajoutait seulement un supplément, comme un post-scriptum mélancolique. Chaque fois qu’elle entendait ou lisait « d’où », elle voyait défiler dans sa tête la suite de la question. Elle attendait le désastre de cette sensation de vouloir disparaître au même moment qu’on vous pointe du doigt, comme si les origines pouvaient être désastreuses, comme si elles pouvaient seulement être empreintes de quelque chose d’ontologiquement affreux et abject qu’il faut toujours donner à voir, à montrer. « Docteure » : la promesse de la différence, du déclassement, mais aussi le retour à une autre forme d’altérité impossible à déchiffrer, à localiser.</p>
<p>L’étudiante paraissait intéressée à suivre un de ses cours l’automne prochain, mais semblait réticente. &#8211; <em>Je ne sais pas. Je dois travailler deux jobs</em>. <em>J’habite dans une ferme avec une colocataire, mais c’est quand même difficile travailler et étudier.</em> &#8211; <em>Je vous comprends, </em>a-t-elle répondu, &#8211;<em> j’avais quatre jobs pendant mes études au baccalauréat&#8230; </em>Sa collègue L. a intercepté la conversation pour demander : <em>Mais pourquoi as-tu choisi d’avoir quatre jobs au lieu de lire ? </em>Cette fois-ci, au lieu de répondre à la question automatiquement, elle s’est souvenue des mots d’Ernaux : « il y a ceci dans la honte : l’impression que tout maintenant peut vous arriver, qu’il n’y aura jamais d’arrêt, qu’à la honte il faut plus de honte encore ». Elle a juste dit : <em>Parce que</em> <em>c’est comme ça. Je ne suis pas fille de parents privilégiés comme toi. Ça fait pas de moi quelqu’un qui n’aime pas lire.</em></p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>V. l’a appelée pour lui parler de Milos Yiannopoulos, du <em>Breitbart News</em>. Il devait faire une conférence à l’université de Berkeley, mais des manifestants se sont prononcés contre lui et tout ce qu’il représente : il prône la liberté d’expression, mais attaque spécifiquement les groupes féministes, la communauté LGBTQI, les communautés minorisées. Ce n’était pas la première fois qu’on lui avait donné à voir un.e deuxième qui avait fait les manchettes. La différence : c’est que ce sont souvent des histoires positives, des histoires pour nourrir le mythe du bon immigrant. C’est comme si c’était inimaginable de voir un enfant issu d’une communauté minorisée se prononcer contre d’autres personnes « autres ». On a souvent vu pulluler le mythe du recommencement ou celui de l’immigrant qui se sacrifie pour ses enfants pour décrire l’expérience des premières générations. On a moins pensé de façon critique le mythe du deuxième qui doit être vertueux, quasi surhumain.</p>
<p>Le bon deuxième est celui qui se tait et se range derrière les rideaux de la place publique. Il maintient une position invisible, indicible, jouant plutôt le rôle de médiateur, de diplomate devant jongler avec les mondes qui paraissent souvent irréconciliables entre celui des <em>gens d’ici </em>et celui de <em>ses parents. </em>Être deuxième a été construit comme quelque chose de dérisoire, comme si nous étions en marge du savoir, des arts, de la société, de la politique, si bien que nos paroles, nos discours, nos réalités doivent en retour toujours être confinés à des logiques différenciées. Sans le savoir, on se dit, les deuxièmes pourront-ils enseigner la littérature québécoise comme les gens d’ici le veulent ? Les deuxièmes pourront-ils garantir la survie du français comme les gens d’ici pensent le faire ? Les deuxièmes ne sont-ils pas plus utiles pour le pouvoir lorsqu’ils ou elles deviennent une main-d’œuvre spécifique ? Des <em>consommateurs </em>? Comme ça, on peut mieux les critiquer, dire qu’ils ne participent pas à la <em>polis</em>.</p>
<p>Elle avait donc envie de le dire enfin à voix haute qu’elle ne prônait pas la « tolérance » de la différence, justement parce que les différences ne sont pas des handicaps et des obstacles avec lesquels il faudrait faire, qu’il faudrait apprendre à contourner, à surmonter, à dépasser, à corriger. Il faut les cultiver. Qu’on soit deuxième ou pas.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p>Elle s’est souvenue plus tard qu’elle croisait souvent sa mère dans les couloirs de l’université lorsqu’elle sortait de ses cours. Sa mère faisait l’entretien ménager du pavillon des lettres françaises de McGill.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>À propos du yogourt grec</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie-Michèle Rheault]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Oct 2016 14:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[8 Science]]></category>
		<category><![CDATA[C'est kif-kif]]></category>
		<category><![CDATA[CHRONIQUES]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Eftihia Mihelakis L’autre jour, assise face à l’ordi, elle est en train de bouffer son dîner toute seule dans son bureau, quand une collègue cogne à la porte pour lui demander si elle a envie de son pot de yogourt. Elle lui tend le pot et lui dit que c’est du yogourt grec, en lui [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h2 style="text-align: right;"><a href="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-2244" src="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png" alt="julie-payette" width="1039" height="1341" srcset="/wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette.png 1039w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-232x300.png 232w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-768x991.png 768w, /wp-content/uploads/2016/10/Julie-Payette-793x1024.png 793w" sizes="(max-width: 1039px) 100vw, 1039px" /></a>Eftihia Mihelakis</h2>
<p style="text-align: justify;">L’autre jour, assise face à l’ordi, elle est en train de bouffer son dîner toute seule dans son bureau, quand une collègue cogne à la porte pour lui demander si elle a envie de son pot de yogourt. Elle lui tend le pot et lui dit que c’est du yogourt grec, en lui faisant un clin d’œil. Elle prend le pot, le place à côté de l’écran : <em>ah ! du yaourt, merci !</em> <em>Je le mangerai plus tard, pour la collation.</em> (Elle ne mange jamais de collation.) Elle tourne le dos pour faire face à l’écran. Avant de fermer la porte, sa collègue réagit. <em>Yaourt ? C’est quoi ça du yaourt ?! Viens pas me dire que c’est normal de dire yaourt, comme les Français ?!</em></p>
<p style="text-align: justify;">Que disons-nous de nous-mêmes et des autres quand nous portons une attention surdimensionnée à la nécessité de manger du yogourt de façon quotidienne ? Et pourquoi est-il si important de manger du yogourt grec ? S. dit : <em>considère le marché pour un instant. Il y avait un vide il y a une dizaine d’années où il ne se passait rien dans le milieu du yogourt</em>. <em>Le yogourt grec est devenu une stratégie marketing pour combler ce vide. </em>C’est quand même exceptionnel que dans le milieu du yogourt, il y avait un continent noir à explorer. Et à exploiter.</p>
<p style="text-align: justify;">Alléluia ! Une équipe de marketing semble avoir découvert le trajet pour atterrir sur le nouveau continent. Elle étudie les données produites par la communauté scientifique : <em>les études démontrent que les bactéries dans le yogourt activent les mouvements gastro-entériques pour accélérer le processus naturel de la digestion et rétablissent la flore intestinale. Qui pourrait vouloir acheter ça ? Les femmes ! Il faut les faire chier.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Avant, on aurait eu du yogourt pas exotique, pas genré. Du yogourt nature ou du yogourt avec de la confiture au fond du pot, du yogourt sans gras, mais c’était du yogourt bien ordinaire, avec rien de vraiment différent, juste de l’aspartame. Rien qui aurait éveillé en nous un besoin profond jusque-là insatisfait et inexploré.</p>
<p style="text-align: justify;">Et tout d’un coup, les pubs abondent. Des femmes qui dansent à la télé en plein milieu du salon ou dans la cuisine, là où elles semblent être bien confortables ; et sur leur ventre, un schéma dynamique avec des flèches qui tournent en rond. Elles semblent être enfin contentes, soulagées&#8230; de ne plus être constipées.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y aurait eu rétablissement de l’équilibre. Elles auraient enfin liquidé tout ce qui est pogné dans leurs tripes depuis des millénaires. On entend les femmes dire à la télé : <em>c’est bien de retrouver l’équilibre en soi.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Amen !</p>
<p style="text-align: justify;">Le bonus : le yogourt probiotique garde la flore vaginale bien fraîche, bien en équilibre. C’est ce que disent les publicités, les amies, même la yuppie à l’épicerie bio du coin le dit. <em>Un pot par jour, c’est santé !</em></p>
<p style="text-align: justify;">C’est possiblement vrai que les femmes soient tannées d’acheter des médicaments antifungiques pour traiter les infections à levures vaginales. Prends A. qui a dit l’autre jour : <em>c’est fou de penser au confort que je ressens lorsqu’une infection à levures s’actualise</em> live. <em>Plus besoin de médicaments, plus besoin d’aller voir le pharmacien qui feint de comprendre l’inconfort que procurent ces infections. Allez hop</em>, <em>je prends un pot de yogourt probiotique avant ou après le sexe, avant mes menstruations, après mes menstruations, pendant l’ovulation. </em>Et aussi pendant la collation? avait-elle envie de lui dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Z. a dit l’autre jour que le yogourt grec est un merveilleux supplément nutritionnel pour son entraînement. <em>Ah oui, le yogourt grec. Elle avait presque oublié que tous les yogourts n’étaient pas égaux. </em>Il est un haltérophile. Il lui dit : <em>je dois manger 239 g par jour de protéines</em>. <em>C’est sérieux mon affaire.</em> À quantité égale, le yogourt grec, plus ferme, et ayant un résidu solide, renferme deux fois plus de protéines que le yogourt ordinaire. Les pubs montrent un Adonis bien musclé qui est fier de transmettre sa culture. Une masse de gars se convertissent tout d’un coup. Ils ne croient qu’à la puissance du yogourt grec.</p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em>Le yogourt grec est deux fois plus cher que le yogourt ordinaire. Le procédé est pourtant bien simple : il est égoutté. La texture est lisse, ferme et onctueuse parce qu’on a enlevé l’excès de matières liquides. <em>Il n’y a rien de grec là-dedans !</em></p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;">Elle finit par réaliser : <em>j’aurais dû lui dire « substance laitière à forte concentration de protéines et de bactéries à l’intention des femmes qui sont peut-être constipées depuis </em>forever<em> ou des </em>douches<em> qui veulent augmenter leur masse musculaire ».</em> Elle finirait peut-être un jour par le bouffer le yogourt grec, sûrement, peut-être, mais pas tout de suite.</p>
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